jeudi 29 juin 2017

L'adulte surdoué au travail

Chapitre 14 – Trouver sa voie professionnelle

24 mars 2017
A moins d’avoir une vocation depuis très jeune, il est difficile de choisir un métier pour l’avenir, surtout dans la société actuelle ou nous avons toujours plus de choix.

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Alors si l’on est hypersensible, que l’injustice nous met hors de nous, et que l’on attache énormément d’importance au jugement des gens et notamment à l’approbation de notre entourage, vous imaginez bien que c’est encore plus compliqué. Souvent, on lit d’ailleurs que les zèbres sont « instables professionnellement ». Mais pourquoi ?

Le zèbre est quelqu’un d’extrêmement curieux. Il aura envie d’étudier toutes les matières qui l’intéressent, et d’essayer de nombreux métiers. Pourtant, on nous demande très tôt dans notre parcours scolaire de nous spécialiser, de choisir des matières, choisir des études, en vue de choisir une profession.
Choisir.
Pour le zèbre, choisir est vraiment difficile, d’autant plus que l’approbation de son entourage est quelque chose de très important pour lui. Alors, qu’il soit mauvais en classe, ou bon partout, il écoutera ses professeurs et ses parents le guider vers une profession qui semble lui correspondre, où il semblera être compétent.
Mais est-ce pour autant ce qu’il veut vraiment faire ?
Souvent, le zèbre est très créatif et rêve secrètement de s’orienter vers une carrière artistique, dans la peinture, la musique, l’histoire de l’art… Ou alors, il s’intéresse tellement à un sujet qu’il voudrait faire de la recherche exclusivement dans ce domaine (en archéologie par exemple). Ces voies très spécifiques étant considérées comme «bouchées», il est assez rare qu’ils soient confortés dans ce choix là. Proches et professeurs préfèreront souvent leur dire de continuer leurs études en parallèle de leurs activités artistiques ou de leurs intérêts, pour plus de sécurité et de stabilité. Parce que la sécurité, c’est aussi quelque chose que les zèbres recherchent, vous vous souvenez ?
Trouver le bon équilibre entre désir et stabilité, entre passion et raison, quand tout nous intéresse, ce n’est pas chose facile.
Surtout s’il faut ajouter au désir et à la sécurité un troisième élément : la stimulation.

Le zèbre ne supporte pas l’ennui. L’important pour lui, dans son travail (et dans sa vie en général), c’est qu’il ne s’ennuie pas, qu’il soit stimulé sans arrêt, qu’il puisse être passionné par ce qu’il fait, et surtout, qu’il n’y ait pas de tâches répétitives… Dès lors que le zèbre a l’impression de stagner, de ne plus rien apprendre, c’est le blocage, l’ennui total, la remise en cause de tout, la dépression parfois même.
En général, quand un zèbre commence à travailler dans une entreprise, ça se passe comme ça : il débute, il découvre, ça l’intéresse. Il apprend des choses.

Puis très vite, il a fait le tour, a vu comment ça fonctionnait, et c’est là que l’ennui se pointe et que les tâches perdent leur intérêt.

Alors il veut partir, démissionner, fuir.

En se disant que ce sera peut-être mieux ailleurs.
Et puis finalement, ailleurs, ça recommence.
Il découvre, il apprend, puis il maîtrise, il se lasse, et il veut repartir.
C’est un peu comme si son cerveau s’embourbait dès qu’il ne se passe plus rien de nouveau. Comme s’il s’endormait (mais sans endormir le flux constant de pensées qui n’ont rien à voir, ce serait trop simple… )

Enfin, on l’a vu dans un précédent chapitre, la relation du zèbre avec l’autorité est compliquée, et au travail, ça pose souvent problème, d’autant qu’un certain nombre d’entreprises fonctionne encore avec un modèle ancien, où le mérite et le talent ont moins de place que la conformité et la politique. Pas étonnant donc que le zèbre qui propose beaucoup (trop) de changements à peine arrivé bouscule l’ordre établi et s’attire les foudres de sa hiérarchie. Si l’on ajoute à cela qu’il a du mal à exprimer le cheminement de sa pensée qui l’a amené à prendre ses décisions, qu’il pose beaucoup de questions pour être sûr de tout comprendre, et qu’il fait passer ses principes moraux et humanistes avant la recherche du profit, on peut en déduire aisément qu‘il se fond difficilement dans l’organisation.

Alors, puisque de nombreux domaines l’attirent, qu’il ne supporte pas l’ennui et se trouve rarement à sa place dans l’entreprise, le zèbre songe souvent à changer de métier, regrette ce à quoi il a renoncé en faisant les choix qu’il a faits, et a envie d’essayer autre chose.

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Lors de mes discussions avec de nombreux zèbres adultes, beaucoup me disent qu’ils ne se sentent pas « expert » (moi la première), qu’ils ont beaucoup changé de poste et n’ont pas de parcours « cohérent », qu’ils ne se sont pas spécialisés contrairement aux autres personnes qu’ils ont pu croiser dans leur vie professionnelle. Pourtant, leur force c’est exactement ça. La polyvalence. Guidée par la passion, la curiosité, et la bienveillance. Certains domaines y sont réticents, mais d’autres accueillent cette compétence à bras ouverts. Et il faut la mettre en avant.

Mais pour cela, il faut parfois oser quitter le travail qui ne les satisfait pas. Par peur du jugement, par peur de perdre un statut social, par peur de rater, mais aussi et surtout par peur de ne plus être en sécurité, changer radicalement de travail est un choix difficile à faire. Un choix plein d’incertitudes. Souvent, c’est même lors d’un arrêt forcé comme un long arrêt maladie, une période de chômage ou un congé maternité que le zèbre (et même le non-zèbre, c’est valable pour tout le monde évidemment) s’autorise à faire ce qui lui plait, et se découvre une nouvelle vocation.
Parfois, c’est un métier manuel, parfois le zèbre se met à son compte pour se libérer de la hiérarchie (mais attention, ce n’est pas une solution pour tout le monde, la montagne de papiers administratifs qui attend les entrepreneurs peut s’avérer problématique pour le zèbre), parfois c’est un métier peu satisfaisant intellectuellement mais peu prenant et qui laisse donc toute la place aux projets personnels que l’on peut réaliser à côté… Il y en a pour tout le monde. Nous sommes tous différents, mais je suis persuadée que chacun est capable de trouver le bon équilibre entre désir, stimulation et sécurité. Et si les expériences malheureuses passées sont considérées négativement par le zèbre, elles lui ont pourtant beaucoup appris sur la vie en entreprise, les relations entre les gens et ce que le zèbre lui-même recherche dans son travail et dans sa vie, et influenceront positivement ses choix futurs.

Dans ma rubrique témoignages, vous découvrirez les témoignages de zèbres ayant vaincu l’ennui, la sensation de ne pas être à sa place et la relation difficile avec la hiérarchie en choisissant une reconversion, en changeant simplement de domaine, en changeant leur façon de voir les choses au même poste, ou en devenant entrepreneurs.

Source :  http://www.rayuresetratures.fr/trouver-sa-voie-professionnelle/

Pénurie de main-d'oeuvre dans l'industrie : un mystère français

Sabine Delanglade - Les Echos |

Régleurs, soudeurs, tricoteurs, ingénieurs, développeurs : notre industrie ne trouve plus les profils qu'elle recherche. Malgré les débouchés, les bons salaires et les horaires réguliers. L'échec de tout un système de formation.

Tu seras robinetier mon fils ! En France, il n'y a pas que le poste de président de la République qui soit difficile à pourvoir. Si la Chine a son EPR avant la France, c'est peut-être à cause des errements de la filière tricolore, c'est aussi parce que des compétences viennent à lui manquer, certains profils sont de plus en plus difficiles à trouver. La France a méprisé son industrie, elle le paie. Quand EDF propose un emploi de cadre administratif, il reçoit 100 à 300 candidatures. Pour un emploi de chaudronnier ou de robinetier, il n'avait déjà qu'une soixantaine de réponses en 2012 et ce chiffre est aujourd'hui tombé à la moitié, ce qui signale des métiers dits « en tension ».
L'énergie n'est pas seule en cause. Elizabeth Ducottet, PDG de Thuasne, un champion mondial de la ceinture lombaire, trouve qu'on a un peu vite tiré un trait sur l'industrie textile, fermé les formations qui y conduisaient. Résultat, son entreprise qui a su réinventer son métier, évoluer des rubans à chapeaux vers un textile médical sophistiqué ne trouve plus les tricoteurs dont elle a besoin pour ses cinq usines françaises. Ne lui reste qu'à embaucher des jeunes sans expertise, qu'elle met deux ans à former : « L'Education nationale n'est à l'écoute des besoins, ni des jeunes, ni des entreprises. » Et, quand il y a des formations, souvent elles ne font pas le plein.
Le proviseur du lycée des métiers de Gennevilliers se désole (*) : « Les élèves vont choisir une formation en fonction d'une demande sociale. Ils sont nombreux à s'orienter vers un bac pro commerce ou administration parce que, pour eux, c'est encore le fantasme du "col blanc". Aujourd'hui, nous avons une formation en plasturgie après laquelle les élèves sont assurés de trouver un emploi. Pourtant, cette section ne se remplit pas. " L'emploi industriel n'attire pas, c'est dommage, c'est lui qui fait la valeur ajoutée d'un pays. Près d'un tiers des entreprises est concerné par des difficultés de recrutement estime le Medef. Cherche régleurs, soudeurs, tuyauteurs... Si les entreprises manquent de bras, elles iront les chercher ailleurs. Il s'agit d'ailleurs plus de cerveaux que de bras, ce qu'il reste à faire savoir. L'industrie traîne encore une image faite de bruits, de suies et de suées qui n'a plus grand-chose à voir avec la réalité des postes de contrôle informatisés. L'usineur ne façonne plus sa pièce à la main. Placé devant une machine qui peut faire 5 mètres sur 3, il doit surveiller les opérations, être capable de réagir, on ne confie pas des outils de plusieurs millions d'euros à n'importe qui. Il faut des bacs pro, voire des BTS. Un robinetier ne s'occupe pas de remplir les lavabos : dans une pièce d'une trentaine de mètres carrés, il pilote un ensemble de flux, vérifie que d'énormes vannes ne fuient pas, etc. A la clef des bons salaires, des horaires réguliers, rien à voir avec la grande distribution ou la restauration. « A force d'avoir dévalorisé les métiers manuels, on en manque ", regrette le patron de Manpower, Alain Roumilhac.
C'est la double peine : « Le manque de personnel qualifié est un frein à la compétitivité des industriels », écrit La Fabrique de l'industrie. Il n'y a pas que les métiers manuels, la mauvaise image de l'industrie a aussi fait des dégâts chez les ingénieurs. Ceux-ci vont plus vers le conseil dans les cabinets où on les embauche à tour de bras et la finance que dans la production. De la même façon les informaticiens plutôt que plonger les mains dans le cambouis des codes, visent des fonctions de management. Résultat, un manque de développeurs sophistiqués, d'architectes de systèmes, de planificateurs réseaux.
Dans ce déni du réel, l'Education nationale a fauté, l'apprentissage est un désastre : « En toile de fond, il y a l'immense échec du système de formation français ", insiste le chercheur Elie Cohen. Pour ne plus se faire prendre au piège, prévoyons donc les métiers d'avenir, et préparons-y les générations futures ? L'exercice a ses limites et laisse sceptique l'économiste Bertrand Martinot : « Qui aurait pu, en 1995, décrire l'état du marché du travail en 2015, prévoir les conséquences de l'arrivée d'Amazon ? " Verdissons, verdissons, c'est le nouveau mot d'ordre mais si le pétrole reste à 30 dollars pendant cinq ans, où en seront les emplois verts ?
Autrement dit, il ne faudrait pas chercher à planifier mais être capable de réagir aux évolutions technologiques imprévisibles. Cela passe par la formation continue, cet autre désastre français. Un bagage de départ solide doit contenir avant tout les outils nécessaires à l'adaptation, le ministère du Travail américain n'a-t-il pas calculé que 65 % des écoliers actuels exerceront, une fois diplômés, un métier qui n'a pas encore été inventé ? A cet égard, la création de l'école W devrait, sans jeu de mots, faire école. W se propose de doter en trois ans des bacheliers d'un diplôme de « contenus et création numérique ", un « couteau suisse » qui leur permettra d'affronter ce qui ne sera jamais automatisé : « discernement, gestion de la complexité, storytelling... » Il ne s'agit plus d'être bilingue, mais de parler aussi le langage du Web. En quinze ans, celui-ci a déjà généré le quart des créations nettes d'emplois. La pente sera dure à remonter pour l'industrie, ne ratons pas le Web. Il faut des « scrum masters », des « data scientists », des « analystes KYC » (comme « Know your customer », des « Feel good managers » etc. (voir la liste des 20 métiers qui montent établie par « Les Echos Start "). Milliards d'informations, de données, comment se retrouver dans ces flux du Web ? On aura toujours besoin de robinetiers !
(*) Rapport « Formation professionnelle et industrie », La Fabrique de l'industrie.

En savoir plus sur : https://www.lesechos.fr/10/02/2016/LesEchos/22126-041-ECH_penurie-de-main-d-oeuvre-dans-l-industrie---un-mystere-francais.htm#33MPMt7sR3ceyEUK.99

Citation d'Etienne Chouard

Sur l'Union Européenne:

«Les institutions européennes institutionnalisent un chômage de masse en imposant définitivement à la BCE une politique anti-inflation.»

Etienne Chouard (Professeur d'économie)

mardi 27 juin 2017

Le chômage comme personne ne vous en avait parlé


Chère lectrice, cher lecteur, 

Le chômage c’est important... cela maintient les salaires vers le bas et les marchés financiers au sommet.
 

Le chômage vient d'ailleurs d'augmenter à nouveau fortement au mois de mai... Décidément l'inversion de la courbe n'a pas eu lieu. C'est qu'ils n'en veulent pas.

En voici la preuve 
cynique et bien réelle. Cela se passe chez Amazon le géant de la distribution en ligne.

Amazon est le premier distributeur hors alimentaire en France. Le groupe emploie 230 000 personnes dans le monde qui représentent environ 15 milliards de dollars de salaires, charges comprises.

Pour chaque nouvel employé chez Amazon on estime que 2 emplois mieux payés sont détruits ailleurs. En 2016 Amazon a réalisé 2,25 milliards de dollars de profits...
Il suffirait d’une hausse de 15% des salaires pour que l’entreprise ne réalise plus de profits du tout. Comment faire pour éviter des hausses de salaires ? S’assurer qu’il y ait toujours suffisamment de chômeurs pour maintenir la pression à la baisse.

Et pour cela les politiques des banques centrales, généralement décidées par des anciens banquiers de Goldman Sachs, sont très efficaces...

Certes 15% d’augmentation, cela à l’air beaucoup comme ça. Mais après 20 ans de stagnation des salaires et étalés sur quelques années cela serait raisonnable.

Pour éviter cette catastrophe qui mettrait Amazon au tapis et redonnerait du souffle aux artisans et indépendants, il faut suffisamment de « JARS »Juste Assez Riche pour Survivre — pour que le moindre boulot de manut’ sous payé dans un entrepôt Amazon ressemble à un bon travail.

Amazon, mais aussi H&M ou Zara sont est en train de transformer des dizaines de milliers d'artisans et indépendants en salariés sous payés et sans avenir. Et ce qui est vrai pour Amazon l’est pour la majorité des grandes entreprises.

Et quand bien même il ne s’agirait que d’Amazon... Amazon n’a pas besoin de faire de profits me direz-vous : en 22 ans d’existence cela ne fait jamais que deux ans que l’entreprise réalise des profits substantiels et les redistribue à ses actionnaires.

Malgré ces profits inexistants, une action Amazon vaut aujourd’hui un peu plus de 1000 dollars. C’est la « magie » d’Amazon. Si l’entreprise redistribuait tous ses profits chaque année à ses actionnaires (sans en garder un centime pour les mauvaises années ou pour l’innovation)... Il faudrait aujourd’hui 188 ans pour qu’un actionnaire retrouve son investissement (P/E ratio de 188). Mais cela n’est pas grave non plus car les actionnaires d’Amazon ne cherchent pas des dividendes mais simplement à revendre leur action plus chère qu’ils ne l’ont achetée.

Du coup la question est : jusqu'où Amazon et son cours de bourse peuvent-ils croître : 2 000 ? 10 000 ? Mais les arbres ne montent pas jusqu’au ciel...

Laisserons-nous les banquiers défendre coûte que coûte leurs investissements délirants quitte à détruire les tissus économiques et sociaux ? Pendant combien de temps encore prendrons-nous leur pertes .
Comme le dit Sam Zell, un investisseur américain légendaire pour les initiés, il faudrait qu’Amazon représente 25% du PIB des États-Unis d’ici 10 ans pour que le prix de son action ait un sens. Nous sommes à un tournant de nos sociétés occidentales :
  • Soit nous continuons ainsi et effectivement Amazon sera dans 10 ans le distributeur exclusif du monde —ou à peu près— et nous serons tous les salariés à la merci de quelques grands groupes dont nous dépendrons entièrement pour notre survie. Pensez à l’URSS mais en encore plus cynique et destructeur.
  • Soit leur château de carte s’effondre... Et il y aura de gros dégâts mais alors peut-être pourrons-nous revenir à un modèle de société plus juste et soutenable.
Comprenez-bien que cette seconde opportunité est la plus probable. Les super-riches d’aujourd’hui ont de bonnes chances de se retrouver à la rue dans quelques années.

De la même manière que les arbres qui poussent le plus vite font les bois les moins robustes, le bois dont sont faits ces nouveaux milliardaires est fragile. Leur succès repose principalement sur nos peurs et notre confiance.

La question est : combien de temps encore aurons-nous peur ? Combien de temps nous sentirons obligé de leur faire confiance ?

À mon avis, la première chose à faire pour sortir de ce cercle vicieux et gagner votre indépendance est de suivre le travail d'Olivier Delamarche. La nouvelle édition de son journal porte sur le chômage et elle a largement inspirée cette lettre.

Union européenne : « Repartons d’une feuille blanche pour garantir une Europe des peuples »

« Il est temps de dire que les droits sociaux et démocratiques des peuples sont supérieurs à la libre circulation des capitaux. » Le 30 juin dernier, le député fédéral PTB Raoul Hedebouw a pris la parole lors du débat sur les suites du Brexit au Parlement. « Nous devons repartir d'une feuille blanche qui garantit une Europe des peuples et une Europe sociale », a-t-il ajouté.



Source : https://youtu.be/QOIAUDxW4Ek

Citation d'Etienne Chouard


lundi 26 juin 2017

Demain (le film)


Chapitre 1 : L'agriculture (à partir de 8'55")
Chapitre 2 : L'énergie (à partir de 33'37")
Chapitre 3 : L'économie (à partir de 58'58")
Chapitre 4 : La démocratie (à partir de 1h27'13")
Chapitre 5 : L'éducation (à partir de 1h43'21")



Source : https://youtu.be/7wmWRXo_mLQ

Interview Natacha Polony : Le journalisme et polony.tv. Hommage après son éviction d'Europe 1 et Paris Première.



Source : https://youtu.be/fB1s4vue0JE

samedi 24 juin 2017

Étienne Chouard redéfinit "le fascisme" et "l’extrême droite"

Dans le marécage médiatique où la substance des mots importants a été modifiée pour les besoins du Système, il faut, pour recommencer à penser correctement, redéfinir les mots. Ce que fait Étienne Chouard avec « les fascistes », « l’extrême droite » et « la démocratie ».
« En fait les fascistes, les gens d’extrême droite, c’est les propriétaires, les grands propriétaires, les possédants, les grands possédants, les ultra-privilégiés, qui veulent bien de la République quand ça leur donne tout le pouvoir, quand les élections leur donnent tout le pouvoir, là ils sont républicains, en fait c’est des fachos, des gens d’extrême droite, des négriers, des esclavagistes, et ils se montrent comme fascistes d’extrême droite quand ils sentent qu’ils vont perdre les élections. Donc le fascisme c’est les possédants qui renoncent à la République et à la démocratie quand ils commencent à perdre les élections. Alors ça c’est un mot qui a du sens, extrême droite, c’est les 1% contre les 99%. Volontairement ou non, le mot extrême droite désigne autre chose maintenant : ça ne désigne plus les banquiers et les possédants. ça désigne des gens qui ont une idée de la nation, des gens qui ont une idée sur le catholicisme... On s’est fait voler le mot... Avec ce nouveau sens on n’arrive plus à incriminer les vrais ennemis du peuple. »

Source https://www.egaliteetreconciliation.fr/Etienne-Chouard-redefinit-le-fascisme-et-l-extreme-droite-41880.html

Pour que les choses soient claires

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.
À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »…  Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalement antidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était
1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir)
ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir)
ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)…
Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.
Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

Source http://chouard.org/blog/2014/11/28/pour-que-les-choses-soient-claires/

Le "trouble" Monsieur Chouard (selon L'Obs, propriété de Mathieu Pigasse, Xavier Niel et Pierre Bergé)

Figure de proue du "tirage au sort" démocratique, ce prof starisé sur le web se trouve pris dans une violente polémique. En cause notamment, ses liens avec le site rouge-brun et antisémite d'Alain Soral. Alors que ses soutiens le lâchent, "L'Obs" l'a rencontré.

D'emblée, il dit de lui-même qu'il est "gentil". Etienne Chouard a d'ailleurs les apparences d'un brave type, avec sa "vieille bagnole de m ..." qui affiche plus de 300.000 kilomètres au compteur, son sourire affable, ses égards sous forme de "qu'en pensez-vous ?" au bout de chaque phrase. Prof d'éco-gestion en BTS à Marseille, il pense avoir diagnostiqué le mal :
Ce système tenu depuis la Révolution française par les riches, qui se sont arrogé le droit d'écrire les lois fondamentales, avec des pauvres pour élire les notables qui légifèrent. C'est le capitalisme, un mot sympathique..."
Il dénonce l'impuissance programmée du peuple, souhaite la fin de "cette ploutocratie gérée par quelques fripouilles".
Et préconise un régime où les élus seraient "tirés au sort", avec "une Constitution écrite par les gens".

A coups de vidéos et de conférences, Etienne Chouard, ex-héraut du "non" au référendum européen de 2005, évangélise les masses en accusant les puissants, en prêchant la souveraineté du peuple.

Une démarche populiste qui paie : sur Facebook, 42.000 fans le suivent, auxquels "s'ajoutent chaque jour un millier de nouveaux adhérents", se vante-t-il. Son compte Twitter enregistre 8.000 abonnés. Sur la Toile, une communauté d'adeptes, baptisés "les gentils virus", s'agite désormais pour lui. Hyper actifs, ils essaiment sur les forums et réseaux sociaux, chargés de "contaminer" les gens.
Et la contagion se propage : à Bordeaux, à Lyon, en Belgique, en Tunisie, et bientôt au Canada, des gens en appellent à l'enseignant militant pour former "tous ensemble des ateliers constituants". A 59 ans, Etienne Chouard croit toucher son rêve, un nouveau monde pour "l'humanité qui, telle une chenille, doit enfin devenir papillon, et prendre son envol".

Drapé dans cette ingéniosité christique, il rabat tous azimuts. C'est le problème. Lui dit :"J'ai un petit côté Bisounours qui me perdra..." Et ajoute, l'air de ne pas y toucher :
Dans la bagarre, je vais peut-être avoir besoin de gens comme Alain Soral, qui ne se laisse pas faire."
Ainsi Etienne Chouard apparaît-il aujourd'hui partout sur le site de l'idéologue d'extrême droite, "Egalité et Réconciliation".

Dans une vidéo de 20 minutes, il affirme qu'Alain Soral est un "résistant", "antitotalitaire", "plus à gauche que les fascistes qui nous dirigent".
Voilà dix ans qu'Etienne Chouard a eu sa "révélation" politique. C'était en 2004. L'émission de Daniel Mermet sur France-Inter, "Là-bas si j'y suis", "critique radicale du libéralisme", a secoué le petit prof endormi sur ses bouquins scolaires. A l'époque, "j'étais comme beaucoup, je votais extrême droite sans le savoir... c'est-à-dire PS". Aujourd'hui donc, Chouard se pense à gauche en flirtant avec la plus infréquentable des droites. "Comme Hugo et Rousseau en leur temps, je me suis transformé", confie-t-il. Ou simplement découvert.

Chouard, ardemment opposé au projet de constitution pour l'Union européenne, a lancé en 2005 Le plan C. Le blog à l'époque enregistre plus de 30.000 connexions par jour, et le prof de BTS se fait un nom. La chenille se sent pousser des ailes :
Beaucoup de gens se reconnaissaient dans mes mots."
Il se trouve alors des idoles comme Henri Guillemin, historien iconoclaste, relit Léon Tolstoï, "pas l'auteur d''Anna Karenine', l'essayiste anarchiste chrétien". Et tient Hugo Chávez, défunt président du Venezuela, pour un héros.
Etienne Chouard se voyait bien alors entrer dans son crépuscule ardent. Avec un destin dans le champ de la pensée, où il croit, du reste, avoir des "amis". Comme "Michel", qu'il a rencontré à la Fête de l'Huma en 2005. Euh... Michel qui ? "Onfray !", s'exclame le prof.
D'ailleurs, il faut absolument que je le rappelle, il dit que mon idée est une lubie de juriste, s'exclame le prof. Il n'a pas compris ! Je me bats pour une mutation, moi."
Le philosophe confirme n'être "pas emballé par l'idée fixe de Chouard", qui, dans son souvenir, "repose sur une association hasardeuse de citoyens volontaires". Michel Onfray précise :
Je ne suis pas ami avec ce monsieur qui a des relations aussi douteuses que rédhibitoires, et que j'ai croisé une fois, il y a fort longtemps, dans le public d'une conférence."
Le militant anti-traité européen a aussi rencontré Soral une fois, il y a un an et demi. Avec les conséquences qu'on sait. C'était à Toulon : "J'ai débarqué dans une réunion où des jeunes m'avaient convié, et Alain Soral était là." Impressionné, Chouard trouve "un homme qui réfléchit beaucoup". Et à qui il pardonne même l'essentiel :
Je pense que ses paroles racistes, voire antisémites, dépassent sa pensée."
Il affirme toutefois être "révulsé par les propos de ce dernier sur les homosexuels", et rejette "le projet de Soral, qui tourne autour d'un chef à l'inverse de ce que je propose".
Mais sur le fond, Chouard trouve que "cet intellectuel" a au moins "un mérite, et pas des moindres : celui de tirer le Front national à gauche". Du coup, Robert Ménard, maire de Béziers soutenu par le FN, fait figure d'élu "très convaincant". Et Etienne Chouard a déjà donné une interview au journal "Minute".
Il prétend ainsi refuser le piège du "cirque autour de l'extrême droite. Le Pen est ce que George Orwell dans '1984' appelle 'l'opposition contrôlée', celle dont le système n'a rien à craindre. Cela vaut pour Mélenchon aussi". Il ajoute :
On me fait reproche de ne pas conchier des gens qui seraient antisémites. Je crois vraiment qu'Alain Soral ne l'est pas. Il a le courage de résister au sionisme. Après tout, c'est un penseur, certes un peu à part... Mais comme l'est Finkielkraut."
Etienne Chouard aime son prochain.

Né en 1956, Etienne Chouard est l'aîné d'une famille recomposée de cinq enfants, élevés dans la tradition de la petite bourgeoisie française catholique. Il évoque avec nostalgie ses deux grands-pères, enseignants en botanique, "Papé, major à Normale-Sup, et Grand-Papa, enseignant à Marseille", qui se connaissaient bien avant la rencontre de ses parents.
"Maman" est née à Montréal, c'est "une femme très à gauche" qui, depuis vingt ans, "fait de l'aide aux devoirs à Marseille avec les enfants les plus rebelles". Une "intello, qui travaillait à la revue 'Tel Quel' avec Sollers et Jean-Edern Hallier, dont le frère est d'ailleurs le parrain de mon frangin !". Quant à "Papa", il est ingénieur retraité en urbanisme, plutôt "giscardien, pas démocrate, donc pour la tyrannie des élus".
Etienne a grandi à Auteuil, fréquenté le lycée Janson de Sailly fait les scouts, et suivi son catéchisme comme il se doit. Il avoue :
Cela m'a rendu l'Eglise odieuse, mais les valeurs chrétiennes sont restées ancrées en moi, et je cherche toujours à les rendre immanentes".
Sa femme, Arlette, est une cousine qui partage avec lui une arrière-grand-mère. "Nous sommes allés consulter, on nous a dit que nous avions trois fois plus de risques que la moyenne de faire des enfants anormaux." Ils ont pris le risque et sont aujourd'hui parents de quatre garçons. Arlette s'occupe des enfants et de la maison, pendant qu'Etienne s'essaie en politique.

En jeans et chemise blanche, il promène sa mine hâlée partout où on l'invite. Depuis vingt-cinq ans, accroché dans le ciel "à un bout de chiffon et quatre ficelles", il vole en parapente.
Aujourd'hui dans les rues d'Aix, il plane un peu quand plusieurs passants le reconnaissent et l'encouragent : "Continuez, on vous suit." Le prof est grisé. Il goûte sa gloire en remplissant des salles, en tissant sa toile sur le Net grâce à son armée d'internautes dévoués.
Et tel un "Géo Trouvetou qui aurait découvert la pierre angulaire", selon l'expression de François Ruffin, fondateur du journal alternatif de gauche Fakir, Chouard trouve lui-même son idée du tirage au sort "inédite", voire géniale.
Il espère d'ailleurs un jour "la déchouardiser", la répandre universellement, et souhaite "que les gens y adhèrent, de l'extrême gauche à l'extrême droite". Il veut l'offrir à "tous ceux qui subissent les puissants". Chouard est trop bon.

François Ruffin pense que l'enseignant en BTS "se situe dans une nébuleuse où il n'y a plus ni droite ni gauche", ce qui fait de lui "le symptôme d'un grand désordre politique". Un pseudo-gauchiste qui cultive des relations fascistes... Un rouge-brun qui fait semblant de s'ignorer. "Je ne comprends pas, répète-t-il. Je suis quelqu'un de très très gentil." Il demande :
Suffit-il de s'en prendre radicalement aux banques, pour être accusé d'antisémitisme ? Si oui, alors c'est terrible pour les juifs !"
Terrain glissant, "sujet casse-gueule"... Le prof d'éco-gestion nous prie de bien vouloir l'excuser d'avance, par cet aveu :
On dit tous un jour une connerie, il ne faut pas enfermer les gens dans des postures, on n'est pas des surhommes !"
Chouard revient sur Alain Soral : "Il tient des propos certes parfois antisémites, mais c'est aussi un antiraciste, puisqu'il mène combat contre les juifs racistes... Et pour moi, les humains changent. On ne sait pas ce qu'il sera dans dix ans."

Pour Etienne Chouard, on sait désormais. Lui-même donne peu cher de sa peau à brève échéance. La polémique dans laquelle il s'est trouvé pris en se rapprochant de Soral, ce "lanceur d'alerte qui proteste contre l'ordre établi", le dévaste :
J'ai l'impression d'être à poil avec un lance-pierres entre les mains, seul sur un champ de tir."
Alors Etienne Chouard a pris la plume, et publié ce 28 novembre [2014] sur son site un long billet intitulé "Pour que les choses soient claires" :
J'en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral."
Une bonne résolution qu'il a tenue à peine vingt-quatre heures.
Dès le lendemain matin, Etienne Chouard, l'"incompétent en politique", cédant une fois encore à son attirance mal assumée pour les "affreux méchants" d'extrême droite, rétablissait le lien.
Il vit mal "cette période très violente, qui tourne mal. Je me fais écrabouiller". Comme une chenille, qui l'a décidément bien cherché.


Source :  http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20141204.OBS7040/le-trouble-monsieur-chouard.html

Accords de Bâle

Les Accords de Bâle sont des accords de réglementation bancaire signés dans la ville de Bâle (Suisse), et élaborés par le Comité de Bâle. Ils visent à garantir un niveau minimum de capitaux propres, afin d'assurer la solidité financière des banques.
Bâle I est signé en 1988.
Bâle II, qui renforce les premiers accords, est mis en place entre 2004 et 20081.
Les accords de Bâle III ont été publiés fin 2010 et leur mise en place est prévue entre 2012 et 2019.

Articles connexes

Lien externe

Buter les journalistes jusque dans les chiottes


Ils sont peu, mais fournissent un travail de qualité ... Les souverainistes sont des personnes qui ont une tête bien faite et Natacha Polony en fait partie. Michel Onfray manifeste son soutien après l'éviction de la journaliste à Europe 1.

Vidéo annonçant la colaboration entre Michel Onfray et Natacha Polony : http://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/buter-les-souverainistes-jusque-dans-les-chiottes?autoplay=true

vendredi 23 juin 2017

DURRUTI – LES ANARCHISTES ET LA REVOLUTION ESPAGNOLE DE 1936 A 1939

Ce n’est pas un hasard, si ce soir, j’expose un sujet qui me tient à cœur. Parce que ce n’est pas le hasard qui m’a vu naître en France.

Il m’a semblé en tant que fils de milicien espagnol mort en exil, que cette génération d’hommes et de femmes confondus ayant combattu pour la liberté et l’émancipation du prolétariat espagnol allait bientôt disparaître. Je leur rends hommage aujourd’hui, par solidarité et par devoir de mémoire ; j’essaierai de vous expliquer du mieux possible.

Emma GOLDMAN dans une lettre datée du 7 avril 1937, après deux séjours, revient avec les mots suivants :

« Nos compagnons espagnols possèdent ce qu’on ne trouve pas, à un tel degré dans aucun autre pays : le courage, l’énergie et une foi qui pourrait soulever les montagnes ».

Max NETTLAU, appelé par son camarade ROCKER « l’HERODOTE de l’anarchie » , écrivait au printemps 1937, peu avant les faits de Barcelone en mai 1937 :

« Dans un moment comme celui-ci, on lutte et ne bavarde pas. Si l’Espagne est vaincue, alors le fascisme aura vaincu sur toute la ligne, dans l’Europe entière et probablement aussi hors d’Europe. L’Etat totalitaire constitue aujourd’hui le plus grand danger, et tant qu’il ne sera pas vaincu, il ne faut plus penser à d’ultérieurs progrès sociaux. Le mouvement espagnol est, jusqu’ici le seul qui ait montré ce qu’il veut et ce qu’il peut, et il n’a absolument rien à attendre de l’étranger ».

- Rappel :

Depuis son origine, le socialisme signifie la libération des travailleurs de l’exploitation, autrement dit la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme. Les objectifs du communisme libertaire, ne se limitent pas au contrôle démocratique de la production par les producteurs, mais comprennent aussi l’abolition de toute forme de domination et de hiérarchie dans tous les aspects de la vie sociale et personnelle et cherchent à combattre les formes d’oppression que peuvent dissimuler nos pratiques et mentalités traditionnelles.

Des révolutions, des vraies, qui ont permis à la liberté, à l’égalité sociale et à l’autogestion de s’épanouir comme des roses, il n’y en a pas eu beaucoup dans l’histoire de l’humanité. La révolution espagnole de 1936 et son printemps libertaire est assurément de celles-ci. Et ce n’est pas un hasard si elle a été assassinée par le fascisme, les démocraties bourgeoises et le stalinisme et si elle a été tuée par l’histoire officielle comme le fût la Commune de Paris en 1871 dont elle s’inspira fortement mais en allant beaucoup plus loin. Ils ont osé le communisme libertaire, sans argent, sans Etat, ils ont osé pendre haut et court le capitalisme, la bourgeoisie et sa hiérarchie. Quelle leçon ! Cette tempête sociale est actuellement sans progénitures.

Des progénitures dans cette révolution espagnole, il y en eu beaucoup, tous anonymes, hommes, femmes que l’histoire n’a pas retenu et que le temps a effacé – d’autres particulièrement comme Buenaventura DURRUTI et ses compagnons, notamment ASCASO furent des dirigeants charismatiques de cette révolution, comme le furent en d’autres temps BABEUF en 1793 et EugèneVARLIN en 1871.

- Naissance de l’anarchisme en Catalogne :

L’anarchisme espagnol est né au sein du prolétariat catalan. Là s’est formé vers 1840 un mouvement libertaire dans l’industrie textile et il a trouvé tout d’abord son expression pratique dans PROUDHON et BAKOUNINE. De là sont sortis les premiers syndicats ouvriers qui furent frappés d’interdiction en 1854. Cette mesure provoqua la première grève générale qui mobilisa en catalogne plus de 40 000 ouvriers. Dans toute l’Espagne s’est dessiné à cette époque un large mouvement ouvrier de masse à tendance anti-étatique. Ce mouvement pratiquait l’action directe comme arme de combat et propageait le fédéralisme.

En 1868, ces organisations entrèrent en contact avec l’Association internationale des travailleurs fondée en 1864. FANELLI, l’ami de l’anarchiste russe BAKOUNINE, parcourut l’Espagne à cette époque, et c’est avec sa collaboration qu’ont été fondés à Madrid et à Barcelone les premiers groupes de l’Internationale en terre ibérique. Un autre centre important du mouvement se créa parmi les travailleurs agricoles de l’Andalousie.

En 1870, il y eu à Barcelone le premier Congrès ouvrier espagnol. Ainsi fut fondée la Fédération régionale de l’AIT appelée en Espagne « l’Internationale ». Cette Fédération forte d’abord de 30 000 ouvriers se déclara purement anarchiste. Le 19 juin 1870 Farga PELLICER ouvrit le Congrès de Barcelone par ces paroles :

« Le droit, le devoir, la nécessité sociale nous réunissent ici pour que nous arrivions à voir clair dans les problèmes de l’économie sociale. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes disent les statuts de l’Internationale. Tous ceux qui vivent du monopole et de l’exploitation sont intéressés à maintenir éternellement notre esclavage. Il n’y a donc aujourd’hui pour cette humanité qu’une seule lutte qui ait une signification sociale véritable : c’est la lutte de la misère contre le capitalisme. Or l’État est le gardien et le protecteur des privilèges sociaux et l’église les bénit et les présente comme étant la volonté de dieu. La seule chose qui nous reste à faire ; c’est de trouver les moyens pour nous délivrer du joug de l’esclavage, du salariat, qui est la base de notre oppression. Il nous faut donc détruire la puissance du capital, de l’État et de l’église pour construire sur leurs ruines l’anarchie, la Fédération des groupes libres des travailleurs ».

Une résolution de ce Congrès fut particulièrement importante pour le développement ultérieur du mouvement ouvrier en Espagne. Elle traite du sujet « l’Internationale et la politique » :

« Tous les efforts des peuples pour conquérir le bien-être et qui se basent sur le maintien de l’État, non seulement, n’ont mené à aucun résultat, mais se sont brisés partout et toujours contre l’État. L’autorité et le privilège sont les piliers les plus solides de l’ordre social actuel basé sur l’injustice ; leur destruction et l’édification d’un nouvel ordre social d’égalité et de liberté sont nos tâches. Toute participation de la classe ouvrière à la politique d’État de la bourgeoisie équivaut dans tous les cas à une consolidation de l’ordre social existant, qui paralyse l’action révolutionnaire socialiste des travailleurs. Le congrès recommande donc à toutes les organisations de l’Internationale de renoncer à toute collaboration avec l’État ; Il les appelle à concentrer leur activité autour de l’organisation sociale. Cette organisation fédéraliste est la véritable expression des intérêts du travail et doit se faire en dehors de tout gouvernement ».

Dans cette résolution se dessine déjà clairement la ligne de développement qui est suivie aujourd’hui par la CNT et par la FAI. Jusqu’à la deuxième décennie du vingtième siècle, n’a existé à côté de la vieille Fédération Régionale Espagnole aucune autre organisation de masse sérieuse des ouvriers espagnols de la ville et des campagnes.

L’anarcho-syndicalisme espagnol a vécu jusqu’au début de 1936 presqu’exclusivement dans l’illégalité. Monarchie, dictature (PRIMO DE RIVERA) et démocratie bourgeoise ont employé toutes leurs forces à étouffer la tendance vers la révolution sociale en Espagne. Il est complètement faux de considérer le terrorisme comme le moyen de lutte propre à l’anarchisme. Dans des circonstances spéciales, l’anarchisme espagnol s’en est servi comme l’ont fait tous les mouvements politiques. Mais spécialement la CNT anarcho-syndicaliste souhaite précisément l’action directe organisée des masses comme base d’une société nouvelle. A Barcelone fut créé le journal « solidarité ouvrière » quotidien depuis 1916 et qui est resté jusqu’en juillet 1936, le seul quotidien ouvrier en Catalogne.

En 1909, éclata à Barcelone l’insurrection anarchiste contre la guerre du Maroc, connue sous le nom de « semaine tragique de Barcelone » . Les masses populaires proclamèrent la grève générale, descendirent armées dans la rue, empêchèrent l’embarquement des troupes et brûlèrent une soixantaine d’églises et cloîtres. Le mouvement fut écrasé. Notre F ∴ Francisco FERRER, le fondateur d’une grande organisation d’Ecoles Modernes, fut accusé d’être l’instigateur intellectuel de la révolte et exécuté avec d’autres anarchistes.

- Développement de la CNT à partir de 1911 : 

En 1911 fut fondée à Madrid, la CNT qui, basée sur les traditions fédéralistes communistes d’Espagne et sur les idées anarchistes, s’est donnée un programme anarcho-syndicaliste. Il est indépendant de toute politique. Il se sert de tous les moyens de lutte de l’action directe organisée et combat pour une transformation socialiste de la société, caractérisée par la main mise sur l’économie au service de l’homme – et la défense de la révolution par les ouvriers eux-mêmes. Il n’admet dans cette lutte aucune intervention de l’appareil politico-bureaucratique et de la classe exploiteuse. L’anarcho-syndicalisme est donc dirigé contre l’Etat et la propriété privée. Pendant la première guerre mondiale, la CNT a gardé son attitude internationaliste.

En 1919 eut lieu le 2 ème Congrès de la CNT, 714 000 ouvriers y étaient représentés, entre temps le patronat catalan organise des syndicats jaunes (appelés syndicats libres) pour combattre la CNT. En même temps il met sur pied une centrale de « pistoleros » (sorte d’escadron de la mort) à seule fin d’exterminer des opposants syndicalistes, environ 400 militants tombèrent sous les coups.

Même sous la dictature de PRIMO DE RIVERA de 1923 à 1930 avec la complicité de LARGO CABALLERO dirigeant du parti socialiste (PSOE) qui fut conseiller d’Etat à cette époque et plus tard premier ministre durant la guerre civile de septembre 1936 à mai 1937, les réactionnaires ne purent venir à bout de la CNT.

De 1931 à 1933 pendant l’époque démocratique, environ 800 ouvriers de la CNT furent assassinés par la police et jusqu’en mai 1936, il fut impossible à la CNT de réunir un nouveau Congrès. Celle- ci a rassemblé au cours de ces années, en moyenne 1 million d’ouvriers révolutionnaires. Dans la majorité des cas, les grèves des ouvriers de la CNT étaient couronnées de succès, moralement et matériellement. Un grand nombre d’entre elles furent déclenchées pour des raisons de solidarité. Là réside la grande différence entre le mouvement ouvrier anarcho-syndicaliste en Espagne et les mouvements de socialisme étatique en Europe centrale.

- Buenaventura DURRUTI :

En hommage à cet homme intègre et courageux et à tous ceux qui combattirent à ses côtés.

DURRUTI trouva la mort durant la défense de Madrid le 20 novembre 1936. Son itinéraire s’est confondu avec celui du mouvement anarcho-syndicaliste avant de s’achever tragiquement en pleine révolution sociale dans de troublantes circonstances.

DURRUTI fut tué sur la ligne de front à Madrid, mais on ne sait pas exactement par qui. Certains disent qu’il fut atteint par une balle ennemie ; d’autres qu’il le fut par ses propres troupes alors qu’il essayait de les empêchait de reculer. On a aussi envisagé l’assassinat politique, les communistes ont parfois avancé l’hypothèse d’un crime des anarchistes extrémistes car DURRUTI se rapprochait des positions politiques du parti. Rien, absolument rien ne leur permet d’affirmer cela. Certains anarchistes par contre accusent les communistes du crime : ils auraient voulu se débarrasser d’un rival trop populaire.

Quoi qu’il en soit, à peine mort, presque tout le monde va se disputer son cadavre avec un bel acharnement, les communistes mettront en avant une seule petite phrase de DURRUTI « nous renonçons à tout sauf à la victoire » pour justifier leur thèse d’un DURRUTI se rapprochant du parti (ce qui fut démenti par sa compagne). Les dirigeants anarchistes gouvernementalistes se réclameront de DURRUTI qui avait accepté la militarisation de sa colonne, ce qui, d’après eux, signifiait qu’il avait d’avance cautionné leur politique de compromissions. Quant aux anarchistes intransigeants, ils se réclameront avec plus de véhémence de DURRUTI, à cause de son extraordinaire passé de révolutionnaire, son action à Barcelone et en Aragon etc. Certains d’entre eux créèrent même au sein de la CNT un groupe qu’ils appelèrent « les amis de DURRUTI » . L’avantage avec un cadavre c’est qu’on peut lui faire à peu près dire ce qu’on veut.

Ce tracé ne vise pas à entretenir le culte d’un héros aussi admirable qu’ait pu se montrer DURRUTI, ni à flatter la nostalgie d’une occasion ratée, aussi sublime qu’ait pu paraître le projet libertaire dans l’Espagne en fête, lorsqu’il s’y esquissa la possibilité d’une société communautaire, sans argent et sans État.

Buenaventura y Domingo DURRUTI est né à Léon le 14 juillet 1896 dans une famille ouvrière. Son instituteur le juge « un élève dissipé » , mais aux sentiments nobles.

En 1903, son père est emprisonné pour avoir participé à une grève pour la journée de huit heures. Plus tard DURRUTI écrira à sa sœur Rosa :

« Dès mon plus jeune âge, la première chose que j’ai perçue autour de moi, c’est la souffrance, non seulement celle de notre famille, mais aussi celle de nos voisins, par intuition, j’étais un rebelle. Je crois que mon destin s’est décidé alors ».

En avril 1913, il est tourneur sur métaux de seconde classe et entre à l’Union des Métallurgistes. Il se manifeste révolutionnaire et s’oppose aux dirigeants syndicaux qui prêchent la modération. Il entraîne ses jeunes collègues dans des actions de soutien aux mineurs des Asturies.

En 1914, il est embauché à la compagnie des chemins de fer du Nord. DURRUTI participe à la grève générale et insurrectionnelle d’août 1917. La troupe est mobilisée et tire à la mitrailleuse sur les grévistes faisant des centaines de morts. DURRUTI appartient à un groupe de jeunes qui incendient locomotives et dépôts. Désavoués par le syndicat, ils sont licenciés à la fin de la grève.

En septembre 1917, DURRUTI se réfugie parmi les mineurs des Asturies, recherché, il gagne la France.

En 1919, il revient en Espagne et adhère à la CNT. Arrêté, il s’évade quelques semaines plus tard et regagne la France. A Paris, il travaille en usine et fréquente les anarchistes français.

De retour en Espagne en 1920, DURRUTI fonde avec quelques amis le groupe «les justiciers » afin de lutter contre les « pistoleros » , tueurs à la solde du patronat. Il participe à un attentat avorté contre le roi ALPHONSE XIII. La guerre sociale bat son plein. Les groupes libertaires s’organisent. Aux « justiciers » incombe la tâche de trouver des armes pour résister à la campagne de terreur de la bourgeoisie. Avec les 300 000 pesetas que leur rapporte leur premier braquage, ils s’achètent 100 pistolets.

En 1922, il rencontre celui qui sera son plus proche compagnon de lutte, Francisco ASCASO, tout juste sorti de prison. ASCASO, rationnel et calculateur, était aussi petit et nerveux que DURRUTI, passionné et généreux, était athlétique et calme. En août, « les justiciers » s’installent à Barcelone.

Après l’assassinat en mars 1923 du dirigeant de la CNT, Salvador SEGUI ; « les justiciers » décident l’élimination de plusieurs ennemis du prolétariat, notamment le 14 juin du cardinal SOLDEVILA archevêque de Saragosse et grand protecteur des tueurs à la solde du patronat.

Après le coup d’Etat de PRIMO DE RIVERA et la féroce répression anti-ouvrière qui s’ensuivit, DURRUTI retourne en exil en France.

En décembre 1924 DURRUTI et ASCASO sont envoyés par le syndicat en Amérique latine. On les retrouve à la Havane, au Mexique rejoints par Gregorio JOVER. Ils attaquent de nombreuses banques pour financer les publications ouvrières locales. Puis c’est le Pérou, le Chili, l’Argentine.

 En février 1926, traqués par toutes les polices du continent sud Américain, ils regagnent l’Europe.

En mai 1927 « les justiciers » sont à Paris pour assassiner ALPHONSE XIII. Informée, la police française arrête ASCASO et DURRUTI, qui sont condamnés à six mois de prison pour détention d’armes. Une campagne menée par Louis LECOIN aboutit à leur libération en juillet 1927. Ils rencontrent Nestor MAKHNO, Rudolf ROCKER et Emilienne MORIN compagne de DURRUTI jusqu’à sa mort (celle-ci dira plus tard, « nous ne nous sommes jamais mariés. Aller à la mairie, cela ne se fait pas chez les anarchistes » ).
La grande ambition de DURRUTI et ASCASO était de créer dans toutes les grandes villes du monde, des librairies libertaires. On devait y publier dans toutes les langues, les ouvrages les plus marquants de la pensée moderne.

ASCASO et DURRUTI vont entre la France, l’Allemagne et la Belgique et ne peuvent rentrer en Espagne qu’à l’avènement de la République en avril 1931.

Le 1er mai 1931, cent mille personnes défilent à Barcelone. Une fusillade oppose gardes civils et ouvriers, auxquels se joignent des soldats harangués par DURRUTI. Des grèves ne tardent pas à éclater dans tout le pays. Le gouvernement centre-gauche réagit par des emprisonnements et des assassinats. De nombreux militants sont exécutés aux portes de la préfecture, plus tard réunions et meetings se succèdent quotidiennement. DURRUTI et ASCASO, passés de l’action individuelle à l’agitation de masse, sont présentés dans la presse bourgeoise comme des fauteurs de violence, ce qui ne fait que renforcer leur popularité.

Les mineurs catalans se révoltent le 19 janvier 1932, ils proclament le communisme libertaire : abolition de la propriété privée et de l’argent pilier du capitalisme. Après cinq jours de combats et des centaines d’arrestations, les meneurs sont emprisonnés et la rafle s’étend à tout le pays. ASCASO et DURRUTI sont déportés aux Canaries jusqu’en septembre 1932. A leur retour, ils sont accueillis à Barcelone par une immense manifestation. En un an la CNT est passée de 800 000 à 1 200 000 adhérents. DURRUTI, OLIVER et ASCASO appartiennent au groupe « Nous autres » , qui s’oppose tant aux doctrinaires qu’aux réformistes et prépare activement l’insurrection.

Le 8 janvier 1933, un nouveau soulèvement en catalogne est écrasé. Dans le Levant et en Andalousie les insurgés proclament à leur tour le communisme libertaire. Partout, la répression est féroce, comme à Casas Viejas près de Cadix où des ouvriers sont arrosés d’essence et brûlés vifs. DURRUTI et ASCASO sont emprisonnés, puis libérés en septembre sous la pression des grèves et des manifestations.

En novembre 1933 la droite remporte les élections. La CNT déclenche le 8 décembre une nouvelle insurrection sous forme de grève générale offensive. Des assemblées populaires décrètent l’abolition de la propriété privée. Le 15 décembre, l’insurrection est vaincue. DURRUTI retourne en prison jusqu’en mai 1934.

Le 4 octobre 1934, la droite monarchiste entre au gouvernement. DURRUTI est arrêté. Le parti socialiste appelle à la grève générale. Des affrontements armés ont lieu dans les Asturies. Au début de l’année 1935, l’Espagne compte 30 000 prisonniers politiques. DURRUTI recouvre la liberté peu avant la victoire du Front Populaire en février 1936. Nombre de bourgeois ont fui abandonnant usines et propriétés foncières. Tandis que les militaires préparent ouvertement un coup d’État. Le 14 juillet 1936, la généralité de Catalogne refuse d’armer les ouvriers. Le 18 juillet on apprend que le coup d’Etat est prévu pour le lendemain matin. Les militaires se préparent au coup de force ; les curés attendent le signal. Deux camions de la CNT, ASCASO et DURRUTI sont à bord, sillonnent la ville. Les patrouilles ouvrières postées dans les rues comprennent que l’heure de la révolution est venue. Des barricades se forment.

Au matin du 19 juillet, après quatre jours de combat, le soulèvement militaire semble déjà vaincu. Abel PAZ dira plus tard : « Les politiciens redoutaient le fascisme, mais ils avaient encore plus peur du peuple en armes ». Des soldats de plusieurs casernes se rebellent contre leurs officiers. Des comités de soldats et d’ouvriers se constituent dominés par la CNT. Celle-ci laisse plus de 500 morts au combat. ASCASO meurt le lendemain du 20 juillet tué lors des derniers affrontements.

A treize heures le 20 juillet, Barcelone a vaincu les fascistes. Mais ces derniers se sont emparés de nombreuses villes comme Saragosse. Madrid est restée sous le contrôle du gouvernement. A Barcelone, fief de la colonisation, les ouvriers ont dès le premier jour pris en main les transports en commun, les usines. Du 22 au 25 juillet, Barcelone connaît un immense chaos, mais un chaos qui fonctionne.

COMPANYS, président de la généralité de Catalogne propose aux anarchistes maîtres du terrain, de partager le pouvoir avec le camp républicain. Les leaders de la CNT, face au danger fasciste se décident pour la collaboration. DURRUTI n’y consent que provisoirement, le temps de libérer Saragosse, le comité central des milices décide de former des colonnes de miliciens qui partiront pour l’Aragon. La première devant être dirigée par DURRUTI, plusieurs autres colonnes furent formées. En deux semaines de guerre, les munitions sont épuisées sur le front d’Aragon, alors que les franquistes disposent déjà de l’appui de l’aviation allemande et italienne. Le front se stabilise.

A l’arrière, politiciens réformistes et communistes, lesquels sont de plus en plus influents dans le camp républicain, sabotent l’approvisionnement en armes des colonnes de la CNT et du POUM (extrême gauche) et menacent le pouvoir des comités de quartier. Pendant ce temps les troupes de FRANCO s’approchent de Madrid.

Fin septembre DURRUTI, appelé à Barcelone pour y appuyer un projet d’achat d’armes à l’étranger, constate combien la CNT est affaiblie et divisée par sa politique de collaboration avec l’Etat. Les partis bourgeois et communistes tiennent les cordons de la bourse. DURRUTI imagine alors de faire le braquage du siècle ; s’emparer des réserves d’or de la banque d’Espagne, (Commune de Paris). Au moment d’agir, les dirigeants de la CNT n’osent se décider, craignant une guerre civile dans la guerre civile.

DURRUTI regagne l’Aragon où la colonne fait face à une offensive franquiste. La contre offensive qu’il dirige permet de gagner deux kilomètres et de calmer le front. Il apprend alors que le gouvernement de LARGO CABALLERO est revenu sur sa promesse de financer l’armement du front d’Aragon et qu’il décide la militarisation des milices anarchistes, rétablissant la hiérarchie et le code militaire. Plusieurs combattants de la première heure prennent congé de DURRUTI, refusant de se soumettre au diktat du gouvernement. Quant à l’or de la banque d’Espagne, il ne tardera pas à partir pour Moscou. La CNT tente d’harmoniser l’attitude des miliciens et les décisions gouvernementales, puis accepte de participer au gouvernement, alors que les conquêtes du 19 juillet sont les unes après les autres remises en causes sous la pression des communistes.

Le 4 novembre, quatre ministres de la CNT sont nommés parmi lesquels GARCIA OLIVER à la justice, lui qui toute sa vie a été un hors la loi. La révolution est dans l’impasse. Pendant ce temps les franquistes sont aux portes de la capitale. Le gouvernement fuit à Valence. Le prolétariat madrilène s’apprête à résister. La présence de DURRUTI à Madrid paraît à tous indispensable.

Après avoir libéré un territoire du Rio Cinca à L’Ebre, les libertaires dépourvus d’armement lourd doivent s’arrêter le 28 juillet à Saragosse. DURRUTI est le responsable délégué de cette colonne appelée « colonne de fer » , dirigée par un comité de guerre, assisté d’un conseil technico-militaire. Elle comprend un groupe de miliciens international (400 Français + Allemands, Italiens, Britanniques + Marocains et Américains) et des groupes de guérilleros chargés d’actions derrière les lignes ennemies. Chaque groupement élit un délégué révocable à tout moment. Cette responsabilité n’entraîne aucun privilège hiérarchique. Le comité de guerre d’Aragon est formé des délégués des colonnes présentent sur le front. La colonne est forte de 6 000 hommes pour 3 000 fusils et gravement démunie d’armement moderne, cependant elle établit une ligne défensive devant Saragosse. La colonne participera à plusieurs prises de villes.

Des collectivités agraires, stimulées par les combattants des colonnes ouvrières se forment dans les 400 villages de la zone du front. Les paysans de ces régions proclament la propriété collective de la terre et des outils. Les assemblées de village désignent des conseils responsables à tout moment devant elles. La discipline au sein de la colonne est librement consentie, les combattants ne se cantonnent pas aux tâches guerrières, aidant les paysans aux champs ou organisant enseignement et activités culturelles.

Début novembre 1936, la colonne quitte l’Aragon pour Madrid. Les troupes de FRANCO sont repoussées momentanément. La colonne y perdra les ¾ de ses effectifs, dont son responsable délégué, DURRUTI. 7 En avril 1937, la colonne sera transformée en une unité régulière de l’armée républicaine qui deviendra la 26 ème division.

Parallèlement, la collectivisation a fait un pas de géant en Catalogne, au Levant, en Andalousie. Des milliers de paysans ont établi le communisme libertaire sans limite, sans argent et sans inégalités d’un village à l’autre. En Catalogne, les travailleurs catalans ont profondément modifié l’économie en trois mois seulement. Le mot d’ordre de la CNT et de l’UGT est « Socialisation de la terre par et pour les travailleurs, socialisation et non étatisation ». C’est là le but final logique du mouvement ouvrier. Le conseil économique, composé des délégués des comités ouvriers publia le programme suivant : 

- Réglementation de la production en accord avec les besoins de la consommation. 
- Contrôle du commerce extérieur. 
- Collectivisation de la grande propriété terrienne, respect de la petite propriété. 
- Dévalorisation partielle de la propriété urbaine par la réduction des loyers et la diminution du revenu des propriétaires. 
- Collectivisation de la grande industrie, des services publics et des transports. 
- Réquisition et collectivisation de toutes les entreprises abandonnées par leurs propriétaires. 
 - Collectivisation des grandes entreprises distributives. 
- Contrôle ouvrier des banques jusqu’à la nationalisation complète du système bancaire. 
 - Contrôle ouvrier sur toutes les entreprises qui constituent l’artisanat et la petite industrie. 
- Résorption intégrale, dans l’agriculture et l’industrie de tous les chômeurs. 
- Création de nouvelles branches industrielles. 
- Électrification de la Catalogne etc. 
- Suppression de tous les impôts indirects. 
 - Plus tard, la création d’une réglementation générale devint nécessaire pour la collectivisation. Réglementation basée sur la généralisation des faits et données existant dans la pratique. 

- Caractère libertaire de la Révolution espagnole : 

Dans un meeting tenu en octobre 1936, le camarade valencien Juan LOPEZ nous dit :

« Nous avons à réaliser quelque chose qui devra servir d’exemple à toutes les révolutions et que seuls les travailleurs espagnols pourront montrer au monde. C’est de changer la société en évitant la dictature, qu’elle vienne d’un seul parti ou de tous les partis réunis formant le bloc des forces antifascistes. Le pouvoir central avec ses organes a fait place politiquement et économiquement à une Espagne fédéraliste. Au moment critique, il y a trois mois, il n’existait plus de gouvernement. Mais l’Espagne continua à vivre, ses villes, ses villages, ses régions vivaient et s’exprimaient sans avoir le moins du monde besoin des organes de L’État. Les représentants du vieux régime, camouflés dans toutes les organisations politiques et même dans le gouvernement, sont intéressés à présent à recoller les morceaux cassés, à recréer un nouvel État centraliste espagnol. Là réside le danger immédiat d’une dictature. Nous sommes en face d’une lutte entre la jeune force de vie et le régime mourant qui essaie de prolonger son agonie. Faute de pouvoir y parvenir par la persuasion et par l’entretien de l’illusion démocratique ce régime, tôt où tard, est obligé d’en appeler à la violence et même à la terreur. Notre tâche, au moment présent est de reconnaître les réalités de la révolution espagnole et de faire front contre le danger, par une organisation parfaitement souple, un rassemblement harmonieux de toutes les forces antifascistes. Il faut éviter la dictature parce que celle-ci ne peut qu’étouffer le caractère spécifique de la révolution. La présence de membres de la CNT et de la FAI (4) dans les organes du gouvernement n’est qu’un compromis transitoire imposé par les circonstances, un recul momentané dans la révolution. Car celle-ci n’a pas d’autre instrument que les masses organisées sur le terrain de la commune et de l’atelier ».

Sur le terrain en Aragon, l’argent ne circule pas. Il se trouve dans les comités et est uniquement utilisé dans les relations avec les régions où l’argent est en circulation comme auparavant. La rétribution du travail se fait par coupons. Tous les membres de la commune se trouvent dans les mêmes conditions et il n’y a aucun privilège. La distribution se fait par les coopératives, créées depuis la révolution. Tout membre de la collectivité prend d’après ses besoins et paye en coupons. Le commerce particulier n’existe plus.

Dans les villages où il y a à côté de la collectivité des petits paysans, la coopérative reçoit tous leurs produits, les leur paye en coupons et leur assure le nécessaire. L’échange entre les communes se fait directement de collectivité à collectivité ou par l’intermédiaire des fédérations inter locales, toujours en nature.

La propriété juridique n’existe plus, tout est à tous ; les moyens de travail, les habitations etc. Les petits paysans ont le droit de cultiver la terre qu’ils possédaient avant, mais sans exploiter le travail d’autrui. Dans les villages entièrement collectivisés, il était courant que les papiers administratifs alimentent un grand feu de joie sur la place, de sorte qu’il ne reste aucune trace écrite des anciens droits de propriété.

Pendant ce temps les troupes franquistes intensifient leurs attaques contre Madrid. Les armes font cruellement défaut dans le camp républicain. Aux miliciens qui l’accompagnent à Madrid DURRUTI adresse un bref discours :

 « J’ai confiance en la victoire, je regrette seulement de vous parler aujourd’hui dans une caserne. Un jour les casernes seront supprimées et nous vivrons dans un régime de liberté ».

L’arrivée de la colonne DURRUTI le 14 novembre 1936, stimule le moral des combattants madrilènes. Le combat est acharné et incertain sous les bombes des Junkers allemands. Dans la cité universitaire on se bat bâtiment par bâtiment, à la grenade, à l’arme blanche.

Le 18 novembre 1936, les 400 miliciens survivants qui combattent sans repos depuis le 15 novembre sont épuisés malgré la présence des brigades internationales. Deux proches compagnons de DURRUTI, YOLDI et MANZANA sont blessés.

Le 19 novembre au matin, l’assaut est donné contre l’hôpital universitaire occupé par les franquistes. Vers 14 heures DURRUTI est atteint d’une balle dans la région du cœur. Il meurt le lendemain 20 novembre 1936 à 6 heures du matin. On transporte son corps au siège de la CNT madrilène où des miliciens le veillent toute la nuit. Madrid est sauvée momentanément.

Les funérailles ont lieu le 23 novembre à Barcelone. Quel qu’ait été le tueur, la balle qui a tué Buenaventura DURRUTI est allée droit au cœur de la ville. Un habitant sur quatre marche derrière le cercueil, sans compter les masses qui bordent les rues.

Moins d’un mois plus tard, « La Pravda » publie ces lignes :

« En Catalogne, l’épuration des éléments trotskistes et anarcho-syndicalistes est commencée ; cette œuvre sera conduite avec la même énergie qu’elle l’a été en URSS » .

Les journées de mai 1937 viendront confirmer cette prévision. Staliniens et réformistes bourgeois y achèvent sans ménagement la révolution agonisante. L’utopie en acte a été dévorée par une guerre civile où s’affrontent deux rackets, deux soldatesques, deux conceptions de l’esclavage économique et de l’État. Voici ce qu’écrivit dans le journal « Le Libertaire » du 17 novembre 1938 Emilienne MORIN, la compagne de DURRUTI :

« Combien de fois, l’ai-je entendu dire : 

« Ce ne serait vraiment pas la peine de se déguiser soldat, si l’on devait se laisser à nouveau gouverner par les pseudo-républicains de 1931 ; nous consentons à faire de grandes concessions, mais n’oublions jamais qu’il nous faut mener de front la guerre et la révolution ». 

Il était convaincu que la bourgeoisie espagnole qui s’était ralliée à la cause républicaine ne perdrait aucune occasion, même en pleine guerre, de saper sans scrupules toutes les conquêtes du prolétariat ; Les évènements devaient lui donner raison ».

 Les dirigeants de la CNT et de la FAI n’ont jamais bénéficié de privilèges. Ils ont passé leur vie dans les usines, sur les chantiers, dans les mines et les champs et dans les prisons de droite comme de gauche. D’après eux, la révolution doit avoir l’homme comme point de départ, et comme instrument et comme but, autrement dit « améliorer l’homme et la société » . La culture est leur passion.

En 1939, un demi-million de réfugiés franchit la frontière française, s’ajoutant aux dizaines de milliers déjà présents sur le territoire français. Ils sont tout d’abord parqués dans des camps sur les plages des Pyrénées Orientales, mourant de faim, de froid et de maladie, puis dans des camps plus nombreux répartis dans tout le sud ouest de la France. Quelques milliers peuvent traverser l’océan vers le Mexique et l’Argentine ; ceux qui restent servent de main d’œuvre de remplacement après la mobilisation ou s’engagent dans l’armée française. Pendant l’occupation, une petite dizaine de milliers sont déportés à Mauthausen, près de 7 000 y mourront. Des centaines d’autres s’engagent dans la résistance et constituent les premiers maquis de France, apportant leur expérience guerrière à un combat qu’ils conçoivent comme le prolongement du leur. Ils espèrent que FRANCO va subir le sort d’HITLER et de MUSSOLINI. Ils seront déçus. Et l’Espagne sacrifiée par la non intervention commença à vivre, sous l’empire du fascisme, la nuit tragique de la répression.

La répression franquiste fut d’une cruauté à peine concevable. Les délits des temps nouveaux étaient la franc-maçonnerie, le communisme, le socialisme, l’anarchisme, la libre pensée et ils devaient être punis sans pitié. On évalue à peu près à 200 000 le nombre de fusillés par FRANCO après la fin de la guerre en février 1939. En 1944 dans les prisons franquistes il y avait près de 50 000 prisonniers politiques.

L’utopie anarchiste avait été éliminée impitoyablement par les communistes et leurs alliés socialistes. Cependant bon nombre de républicains espagnols s’engagèrent dans le Corps Franc d’Afrique qui fut affecté à la 2 ème DB de LECLERC. Ce sont les chars de cette 2 ème DB qui portaient le nom de batailles comme Teruel, Guadalajara, Guernica, Don Quichotte, sous les ordres du capitaine DRONNE qui entrèrent les premiers dans Paris la nuit du 23 au 24 août 1944.

Dans le cimetière civil de Montjuich à Barcelone se trouvent, au pied d’un grand cyprès, trois tombes.

La première à gauche celle du grand pédagogue fondateur de l’école moderne, Francisco FERRER, fusillé le 13 octobre 1909, la tombe du milieu est celle de DURRUTI et la troisième, celle de Francisco ASCASO mort à la prise d’une caserne rebelle le 20 juillet 1936. Ces trois tombes, recouvertes d’une pierre lisse sont dénuées de toute inscription par la grâce du Caudillo. On trouve régulièrement sur ces tombes des fleurs fraîches et d’autres artificielles, prouvant que des mains anonymes et discrètes les fleurissent encore aujourd’hui.

- Conclusion : 

Ce n’est jamais dans l’anarchie que les tyrans naissent. La plus grande somme de crimes se trouve toujours sous le manteau de l’autorité disait SADE.

Concernant le prolétariat actuel : 

En stimulant constamment des besoins artificiels, la consommation de masse et son outil de propagande, la publicité a non seulement berné l’individu par le mirage de la jouissance matérielle, mais dissout la conscience politique des catégories défavorisées tragiquement apprivoisées par le progrès technique, la généralisation du confort matériel, la colonisation de l’imaginaire et aussi par la démission des intellectuels. La parole étant confisquée par les théoriciens et les experts quand ceux-ci détournent l’opinion publique des luttes quotidiennes vers la mascarade électorale, alors il ne faut pas s’étonner que la « piétaille » se démobilise dans une sinistre servitude volontaire.

- Bibliographie :

La guerre d’Espagne et ses lendemains (Bartolomé BENNASSAR) 

L’œuvre constructive de la Révolution Espagnole 1936-1939 (Editions Le coquelicot) 

La guerre d’Espagne de la démocratie à la dictature (François GODICHEAU) 

Buenaventura Durruti 1896-1936 (Abel PAZ) 

Révolution et contre-révolution en Catalogne (Carlos SEMPRUN MAURA) 

Espagne 1936-1937 La guerre dévore la révolution (Henri PAECHTER) 

Los Solidarios (Cédric DUPONT) 

Le Monde libertaire – juin 2007 (journal) 

ANNEXE I 

Situation de l’Espagne à l’avènement de la République en février 1931 :

L’Espagne compte :
1 roi ALPHONSE XIII
24 millions d’habitants, la moitié de la population est illettrée.
8 millions de pauvres.
2 millions de paysans sans terre.
Des propriétés terriennes individuelles allant de 50 000 à 80 000 hectares.

Le salaire moyen est de 1 à 3 pésètes par jour (le Kg de pain vaut 1 pésète).
Le journalier paysan travaille du lever au coucher du soleil.

L’église compte :

20 000 moines.
31 000 prêtres.
60 000 religieuses.
5 000 couvents.

L’armée compte :

15 000 officiers.
800 généraux.
1 officier pour 6 soldats.
1 général pour 100 soldats.

ANNEXE II 

Voici le sinistre bilan des morts que donne JACKSON dans son livre :

100 000 morts sur les champs de bataille.
10 000 morts par les bombardements.
50 000 morts de sous-alimentation et de maladie durant la guerre civile.
20 000 morts par représailles politiques en zone républicaine.
200 000 morts pour les mêmes motifs en zone franquiste pendant la guerre.
20 000 prisonniers « rouges » exécutés ou mort en prison de maladie et mauvais traitements entre 1939 et 1943.
Même si d’autres commentateurs donnent des chiffres plus élevés (1 million de morts) tous sont néanmoins d’accord pour signaler que c’est la répression franquiste, pendant et après la guerre qui, de très loin, a causé le plus de morts.

Les positions de l’église de 1937 à 1938 :

Le terme de croisade fut employé à plusieurs reprises par l’archevêque de Valladolid :

« Les soldats nationalistes sont les croisés du Christ et de l’Espagne ». Et encore « Cette guerre est la plus sainte que l’on ait vue au cours des siècles ».

L’évêque de Tuy en Galice :

« Ce n’est pas une guerre civile, mais une croisade patriotique et religieuse ».

A Salamanque l’archevêque PLA Y DENIEL, qui avait mis l’immeuble de l’archevêché à la disposition de FRANCO publia le 30 septembre 1940 la pastorale « Les Deux Cités » où, après avoir dressé le catalogue des persécutions, il déclarait que l’église s’était logiquement prononcée « en faveur de la défense de la civilisation chrétienne et de ses fondements, religion, famille, patrie... contre les sans-Dieu ».

L’église reçu le salaire de son engagement en faveur de la cause nationaliste : l’Etat franquiste jeta les fondements d’un national catholicisme.

Le rôle de la presse :

La presse anglo-saxonne fit des efforts pour approcher la vérité du conflit. En général la presse française fit preuve de mauvaise foi. Les hebdomadaires « Grégoire » et « Candide » , les quotidiens « l’Echo de Paris » , « Le Jour » , « Le Figaro » , « Le Matin » , « L’Epoque » , « L’Action Française » , pour la presse parisienne ; « L’Eclair » , « Le Roussillon » , « L’Express du Midi » , pour le midi diffusèrent sans complexe les fausses nouvelles.

 ANNEXE III 

Campagne électorale le 16 novembre 1933 :

ASCASO :

« La révolution n’est pas un acte barbare, mais une nécessité pour les opprimés, si ceux-ci veulent retrouver leur dignité. Par la soumission et le réformisme, on maintient l’esclavage. Par la lutte tenace et persévérante, les esclaves peuvent rompre leurs chaînes et forger un monde nouveau. A toi, peuple ouvrier, de choisir ! Cette affaire est tienne et de toi, de toi seulement dépend ton sort ».

ANNEXE IV 

Discurs de Rafael Farga Pellicer, 
en l’acte inaugural 
del 
Congrés de constitució de la FRE de l’AIT. 
Barcelona, 19 de juny de 1870 

Compañeros, yo os saludo, delegados, en nombre de los obreros de Barcelona; yo os saludo a vosotros que venís aquí a afirmar la grande obra de la Asociación Internacional de los trabajadores de esta Asociación cuyo lema es: No más derechos sin deberes, no más deberes sin derechos, y que contiene en si la emancipación completa del proletariado, la extirpación completa de todas las injusticias que han reinado, que reinan aún sobre la faz de la tierra. Sí, os doy la bienvenida a vosotros que venís aquí a afirmar, repito, la grande obra de la Asociación Internacional, bajo cuya bandera se cobijan ya cerca de tres millones de obreros, esclavos blancos y esclavos negros. El derecho, el deber, la necesidad, es la que nos reúne aquí para discutir los problemas que se relacionan con la completa, radical e inmediata emancipación de las clases trabajadoras; los problemas que han de hacer el franqueamiento y redención completa del trabajo y de los trabajadores. La emancipación de los trabajadores ha de ser obra de los trabajadores mismos; esto dicen nuestros Estatutos generales, y tanto más debe suceder así, cuanto que ninguna corporación, ninguna clase ha hecho para la obrera trabajo alguno para que obtenga su emancipación. Todas las demás clases que viven del monopolio y de la explotación, procuran eternizar nuestra esclavitud; por esto ninguno de los Parlamentos burgueses, ninguno de los Parlamentos de los Estados de Europa y de todo el mundo, se ocupan de los trabajadores, ni de los elevados asuntos del trabajo. Hoy hemos de reunirnos para constituir aquí los medios de emanciparnos; he dicho antes que nos reúne aquí la necesidad, porque el mal social y nuestros sufrimientos son grandes; vemos al trabajo, esa gran virtud que todo el mundo encomia, pero que no todos practican, vemos al trabajo víctima de las desigualdades sociales, vemos que el trabajador se halla supeditado al que no produce con su sudor el alimento que le nutre, vémosle encadenado, humillado, esclavizado, por los parásitos de esta sociedad que todo lo poseen; al paso que nosotros, los productores, que regamos con el sudor de nuestra frente la tierra, somos los desheredados que ni hogar, ni un instrumento de trabajo, ni un palmo de terreno nos pertenece. El capital es el gran tirano que gobierna las sociedades presentes; el capital, con su privilegio del interés, dicta las leyes a su capricho. No hay otra cuestión verdaderamente de fondo en la humanidad, ciudadanos, que la de la tremenda lucha entre el capital y la pobreza, entre la miseria y la opulencia. La propiedad, con su privilegio de la renta, es otro de los medios de explotación con que cuenta la sociedad actual. El Estado es el guardador de estos privilegios, y gracias a ellos debe su existencia. La justicia de hoy se ocupa solamente en dirimir las disensiones que tienen los burgueses, nuestros explotadores, puesto que las cuestiones de que siempre se ocupan no son la emancipación del trabajo, ni de ningún asunto que se relacione con los trabajadores. Todas las cargas actuales de la sociedad pesan sobre nosotros. Luego, para cúmulo de todas estas injusticias, que sumariamente acabo de describir, está la Iglesia destinada para bendecir, divinizar la expoliación, la inicua explotación del fuerte contra el débil. Lo único que nos resta a nosotros, desheredados, víctimas del desorden social presente, es, cuando lo tenemos, el salario, fórmula práctica de nuestra esclavitud. La hora de la redención se acerca. Nosotros queremos ejercer nuestros derechos. Aquí nos congregamos para así declararlo al mundo todo; queremos la justicia, y, por tanto, queremos que cese el imperio del capital, de la Iglesia y del Estado, para Construir sobre sus ruinas el gobierno de todos, la anarquía, la libre federación de libres asociaciones de obreros. Muchos hombres ilustres se han ocupado desde hace algunos años en estudiar las cuestiones sociales; pero en sus estudios, a los cuales debemos estar agradecidos, puesto que han planteado el estudio de las cuestiones sociales, no han tratado más que del comunismo autoritario, del individualismo y del socialismo de la clase media. Los trabajadores unidos en la Asociación Internacional han puesto sobre el tapete las cuestiones sociales, viendo que la causa de la emancipación no avanzaba, pendiendo su estudio de los sabios adormideras. El socialismo de la Asociación Internacional es el único socialismo lógico que puede resolver todos los problemas sociales, único que puede curar los males sociales. Después del socialismo de la Internacional, ya ningún otro socialismo tiene razón de ser, ya ninguno tiene razón de existencia. Por esto vemos, ciudadanos, que gran número de hombres ilustres, que se han ocupado de las cuestiones sociales, se han hecho extraños al gran desarrollo de las ideas sociales de la Internacional: ayer tenidos por revolucionarios, han pasado al doctrinarismo, porque no han dado oídas al progreso; y cuando a éste no se le atiende, o se va contra él, se queda aplastado. Esos hombres, burgueses como son, han seguido la ley fatal que ha seguido su clase. La clase media, revolucionaria, ayer, es hoy conservadora. Sus días están contados. El progreso de la Internacional patente está desde la primera hasta la última línea de los Estatutos generales, desde el primero al último de los acuerdos tomados en los Congresos, y, sobre todo, ciudadanos, en los tomados en el Internacional de Bruselas y en el último de Basilea, donde se determinó casi por unanimidad que la tierra debía ser propiedad colectiva de todos los trabajadores y la abolición del derecho de herencia; donde se echaron los cimientos de la nueva organización social, en la cual podremos decir: El Estado somos nosotros. Voy a terminar, compañeros. Nosotros aquí venimos a consolidar la obra de la Internacional; venimos a proclamar altamente el derecho al trabajo, el derecho a la vida; todos nuestros derechos; venimos a decir que queremos ejercerlos, que los ejerceremos; venimos a decirle a esta sociedad inicua: Para que la justicia sea una verdad, queremos como única forma social, la organización económico- solidaria del trabajo; queremos la emancipación social por medio de la revolución social. He dicho.

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