vendredi 20 janvier 2017

Comenius

Comenius, né Jan Amos Komenský le à Uherský Brod en Moravie (Royaume de Bohême, actuelle République tchèque) et mort le à Amsterdam (Pays-Bas), est un philosophe, grammairien et pédagogue tchèque.
Membre du mouvement protestant des Frères Moraves, il s'occupa toute sa vie de perfectionner les méthodes d'instruction.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/ce/Johan_amos_comenius_1592-1671.jpg


Biographie

Jan Amos Komenský
Son père était un maître-meunier extrêmement religieux, suivant les doctrines de Jean Hus. Devenu orphelin à douze ans, il intègre à seize ans l'école latine de Přerov où ses professeurs remarquent des aptitudes prometteuses et le protègent. Il s'inscrit en 1611 à l'Université calviniste de Herborn en Allemagne où, sous l'influence des théologiens Johann Piscator et Johann Heinrich Alsted, il s'initie au millénarisme (attente d'un royaume millénaire parfait sur terre). Sa formation philosophique est en effet bien plus marquée par l'étude de la Bible que par l'étude de penseurs hétérodoxes. En 1613, il s'inscrit à la faculté de théologie de l'Université de Heidelberg.
En 1614, il retourne en Moravie où l’Unité des frères de Bohême (hussites) lui confie la direction de l'école de Přerov. En 1616 il devient pasteur et en 1618 on lui confie la très importante paroisse de Fulnek. Cette même année, il épouse Madeleine Vizovská, de qui il aura deux enfants. En 1621, au début de la Guerre de Trente Ans, les troupes espagnoles prennent la ville de Fulnek et mettent à prix la vie de son pasteur, Comenius. Celui-ci s'enfuit dans les forêts avoisinantes, abandonnant son épouse alors enceinte et son fils. Il écrit pour sa femme un traité de consolation intitulé Réflexions sur la perfection chrétienne. Madeleine et ses deux enfants meurent de la peste sans que Comenius ne les revoie.
Il a perdu en quelques mois son pays, sa paroisse, ses travaux et sa famille. Dès lors, il est condamné à l’éternel exil et voyage dans une grande partie de l'Europe – c’est pour cela qu’on a vu en lui un précurseur de l’unité européenne. Toute sa vie, Comenius espérera une défaite des forces catholiques et un retour de la foi biblique et de sa patrie. Cela le poussera à croire les prophéties du tanneur Christophe Kotter ou de la jeune Christine Poniatowska, une hallucinée de 16 ans qu'il considérera comme sa propre fille, et à s'intéresser aux idées utopiques et ésotériques des manifestes Rose-Croix. Il sera d'ailleurs en correspondance avec leur auteur présumé Johann Valentin Andreae, dont il reprendra les idées de Sociétés chrétiennes.
Orbis Pictus
Ce frontispice représente Comenius rédigeant un manuscrit. Sur la table de travail se trouvent une mappemonde, un encrier et deux livres fermés. Comenius assis sous un plafond constellé montre un mur de vignettes. Cette image est commentée dans le Typographeum vivum.
Frontispice des Opera Didactica Omnia (1657)
En 1624, il se remarie avec la fille du pasteur Cyrille, Dorothée. En 1628, il s'établit à Leszno en Pologne. À partir de 1630, il commence à s'intéresser à la pédagogie et devient un personnage extrêmement en vue, écouté par les catholiques comme par les protestants. De 1651 à 1654, invité par le prince hongrois Sigismund Rakoczi, il réside à Sárospatak, où il tente de mettre en place ses idées pédagogiques. Le cardinal de Richelieu l'invite - sans succès - en France. Il s'établira un temps en Angleterre, puis en Suède dont il réformera les écoles, sur l'invitation de Louis De Geer. On lui fait même la proposition d'aller diriger dans le Nouveau Monde l'école de Harvard, dans la colonie puritaine du Massachusetts.
Il perd sa deuxième épouse et se marie une troisième fois. À Leszno, en Pologne, à la suite d'une attaque des catholiques polonais, Comenius perd sa bibliothèque et tous ses travaux des vingt années précédentes. En 1656, la Hollande, si généreuse envers les réfugiés de l'époque, l'accueille et la ville d'Amsterdam, où il mourra 14 ans plus tard, lui verse une pension de 800 florins. Comenius est enterré non loin de cette ville à Naarden.

Un esprit atypique

Comenius est avant tout un théologien. Les philosophes des Lumières considèrent Comenius comme un métaphysicien d’arrière-garde (un « faux prophète » selon l'article Kotterus du Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle). Pourtant, par sa pensée utopique et atypique, Comenius aura préparé le monde protestant à accepter le rationalisme plutôt antichrétien des Lumières. Son œuvre le fait actuellement considérer comme le père de l'éducation moderne ; Jules Michelet l'appellera Le Galilée de l'éducation. Il est aussi considéré comme l'inspirateur de la franc-maçonnerie. En 1642, Comenius rencontre René Descartes et les deux hommes, malgré des divergences apparemment irréconciliables, ont bien le même but d'une science rationnelle universelle.

Le père de la pédagogie moderne

Orbis Pictus, détail de la p. 1. Extrait de Google Books
Pour Comenius, la réforme de l’éducation est l’unique remède à la profonde crise culturelle que traverse l’Europe à l’époque de la Guerre de Trente Ans. Cette réflexion a des racines religieuses. En plaidant pour une démocratisation de l’éducation, Comenius se fait l’héritier du message égalitaire du christianisme : puisque chaque être humain est une image de Dieu, chaque être humain mérite d’être éduqué. De plus – et c’est là l’une des revendications de la Réforme tchèque – une population qui reçoit une éducation peut accéder directement aux textes sacrés et se rapproche ainsi de Dieu. Lors de l’édition de ses Œuvres didactiques complètes (1657) il donne une interprétation « typographique » de ce projet : l'éducation vise la multiplication des « livres-vivants » que sont les jeunes gens, reflétant de mieux en mieux le « livre-monde » : de même que l’imprimerie permet de diffuser le savoir, l’école, organisée comme un atelier typographique, permettra d’imprimer la sagesse dans les esprits avec rapidité, richesse et élégance1.
Ainsi, « tout doit être enseigné à tout le monde, sans distinction de richesse, de religion ou de sexe ». Cette dimension universaliste de la pensée de Comenius, contenue dans le concept de pansophia, ou sagesse universelle, est son aspect le plus ambitieux. À une époque où l’infériorité des femmes est communément admise, Comenius affirme que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garçons ; il plaide aussi pour une meilleure prise en charge des élèves en difficulté. Du reste, la pensée de Comenius découle pour partie de sa propre enfance : orphelin, il doit son ascension non pas à sa situation sociale, mais à l’éducation.
Affirmer que « tout doit être enseigné » ne signifie toutefois pas que les élèves doivent tout apprendre. Dans Prodromus pansophiae, Comenius raille les efforts des encyclopédistes, dont il juge absurde la façon de présenter les connaissances comme une chaîne d’éléments juxtaposés plutôt que comme un tout. Il s’agit plutôt d’apprendre à bien penser ; les élèves doivent ainsi mémoriser le moins possible.
Pour Comenius, le système éducatif devrait non seulement s’attacher aux activités de la pensée et de la raison (ratio), mais aussi au travail manuel (operatio), dont il affirme qu’il n’est en aucun cas honteux. Il considère que les écoles devraient montrer moins d’intérêt pour l’enseignement du latin, et bien plus d’intérêt pour des matières comme la géographie, l’histoire ou la biologie. Il insiste particulièrement sur l’importance de l’éducation artistique ; il juge que l’art doit être rendu accessible à tous. C’est ainsi qu’en musicologue avisé, il plaide pour la généralisation de l’enseignement de la musique à tous les niveaux scolaires.
Pour concrétiser la « sagesse universelle », Comenius conçoit un système d’éducation rationalisé, unique pour les deux sexes, et composé de quatre degrés : l’école maternelle pour les plus petits (une idée qu’il développe tout particulièrement), l’école publique pour les enfants, l’école secondaire pour les adolescents et les académies pour les plus âgés. Cependant, Comenius considère que l’éducation est un processus qui doit durer toute la vie et que le monde entier est une école.
Mais ce qui fait de Comenius un des pionniers de la pédagogie moderne, c’est sa réflexion sur la manière d’enseigner, et en particulier l’idée que l’enseignant se doit d’éveiller l’intérêt de l’élève. Pour ce faire, Comenius préconise l’utilisation d’images. C’est ainsi que son manuel Orbis sensualium Pictus a pour ambition d’apprendre le latin aux enfants par association d’un mot à une image. Comenius défend aussi le rôle des jeux, en particulier des jeux de groupe ; selon lui, il n’existe rien de tel qu’apprendre en s’amusant. L’enseignant doit aussi encourager la participation des élèves. Parallèlement, la pratique de la punition corporelle est vigoureusement déconseillée. Selon Comenius, la contrainte n’est pas nécessaire à l’élève pour apprendre ; il le désire naturellement.
Dans sa Didactica magna, il propose l'établissement de collèges où seraient formés les futurs enseignants.

Enseignement des langues

Comenius est surtout connu par le petit ouvrage intitulé Janua linguarum reserata ou la Clé des langues (en) (Lesna, 1631) : il y a rassemblé en 1 000 phrases tous les mots usuels, de manière à donner à la fois, en un temps très court, la connaissance des mots et celle des choses. Cet ouvrage eut un succès prodigieux ; il fut souvent réimprimé et fut traduit dans presque toutes les langues.
Comenius a complété cet ouvrage en donnant Orbis sensualium pictus (en), Nuremberg, sorte d'encyclopédie où les mots sont accompagnés d'images qui les expliquent ; Grammatica janualis ; Lexicon januale, recueils où tous les radicaux sont réunis en phrases suivies.
On a réuni ses traités les plus importants sous le titre d'Opera didactica, Amsterdam, 1657. Il a en outre écrit sur l'histoire, la religion, la philosophie. Quelques-uns de ses ouvrages furent écrits en langue tchèque.

Bibliographie

Œuvres de Comenius

  • Problemata miscellanea, 1612 - un traité philosophique
  • Grammaticae facilioris praecepta (Préceptes d'une Grammaire plus facile), 1616 - manuel de grammaire, aujourd’hui perdu
  • Divadlo veškerenstva věcí (Théâtre de l'universalité des choses), 1616 - un projet incomplet en vue de la première encyclopédie tchèque
  • Retuňk proti Antikristu a svodům jeho, 1617-18 - un manifeste contre le pape
  • Listové do nebe, 1619 - une critique de l’injustice sociale
  • O poezii české (De la poésie tchèque), 1620 - manuel de poésie tchèque
  • Přemyšlování o dokonalosti (Réflexions sur la perfection), 1622 - une œuvre dédiée à sa femme
  • Nedobytelný hrad jméno Hospodinovo, 1622
  • Truchlivý (Triste), 1622-1651
  • Labyrint světa a ráj srdce (Le labyrinthe du monde et le paradis du cœur), 1623-1631
  • O sirobě, 1624
  • Přes boží, 1624
  • Centrum securitatis čili hlubina bezpečnosti, 1625
  • Carte de Moravie, 1627, Amsterdam
  • Česká didaktika (Didactique tchèque), 1627-1632 - Cette œuvre pédagogique fondatrice sera traduite en latin sous le titre Didactica magna en 1638. Sera repris dans le recueil de 1657.
  • Informatorium školy materské, 1630 - sur l’éducation des jeunes enfants dans des écoles maternelles
  • Ianua linguarum reserata (La porte ouverte sur les langues), 1631 - manuel de latin
  • Navržení krátké o obnově škol v království českém (Brèves propositions pour la réforme des écoles du Royaume de Bohême), 1632 - proposition de réforme du système scolaire de Bohême
  • Haggaeus redivivus, 1632 - critique de l'oppression de la société et des Habsburg
  • Pozoun milostivého léta, 1632 - exprime l'espoir d'un retour prochain en Bohème
  • Vestibulum, 1633 - manuel de latin, plus accessible que Ianua linguarum reserata
  • Physicae synopsis, 1633, Leipzig - manuel de physique
  • Conatuum Comenianorum praeludia, 1637, Oxford
  • Prodromus pansophiae (Prélude à la sagesse universelle), 1639, London
  • Via lucis (La voie de la lumière), 1642 et 1668 - opinions sur l'éducation et le système scolaire
  • Pansophiae diatyposis, 1643, Danzig (En ligne [archive])
  • Methodus linguarum novissima, 1649 - manuel de langues
  • Historia persecutionum Ecclesiae Slavonicae, 1647 - demande aux Protestants européens d’aider les Tchèques
  • Kšaft umírající matky, Jednoty bratrské, 1650 - déception du fait de la paix de Westphalie
  • Rebita Laucus, 1650
  • Independentia aeternarum confusionum origo, 1650
  • Schola pansophica (L'école pansophique), 1651
  • Sermo secretus Nathanis ad Davidem, 1651 - demande au prince hongrois Sigismund Rákóczi de combattre les Habsburg
  • Gentis felicitas, 1659, Amsterdam - exhortation à combattre les Habsburg
  • Schola ludus, 1654
  • Panegyricus Carolo Gustavo (Panégyrique de Charles Gustave), 1655 - demande au roi de Suède de réformer la Pologne
  • Opera didactica omnia (Œuvres didactiques complètes) (1657) - un recueil de ses écrits pédagogiques
  • Lux in tenebris (La lumière dans les ténèbres), 1657
  • Orbis sensualium pictus, 1658, Nuremberg - imagier pour l'apprentissage du latin (En ligne [archive])
  • Kancionál, 1659 - un recueil de chants religieux
  • Ecclesiae Slavonicae brevis historiola, 1660, Amsterdam - une histoire de l'Église slave
  • De rerum humanarum emendatione consultatio catholica, 1662 - son œuvre la plus imposante, une œuvre philosophique divisée en 7 parties, dont 4 inachevées
  • Lux e tenebris, 1665 - complète Lux in tenebris
  • Clamores Eliae, 1665-1670 - idées sur l'amélioration du monde et la coopération internationale
  • Angelus pacis (L'ange de la paix), 1667 - exhortation à la paix
  • Unum necessarium, 1668 - une sorte de testament philosophique
  • Continuatio admonitionis fraternae, 1669 - polémique

Éditions récentes

  • La Grande didactique ou l'art universel de tout enseigner à tous (1627-1632), trad. de Marie-Françoise Bosquet-Frigout, Dominique Saget, Bernard Jolibert. 2 e éd. revue et corrigée. Paris, Klincksieck, 2002. (Philosophie de l'éducation ; 9). (ISBN 2-252-03407-6).
  • Novissima linguarum methodus. La toute nouvelle méthode des langues, éd. et trad. par Honoré Jean, sous la dir. de Gilles Bibeau, Jean Caravolas et Claire Le Brun-Gouanvic. Genève, Droz, 2005. (Langue et cultures ; 37). (ISBN 2-600-00979-5).
  • Art et enseignement de la prédication. Manuel d'homilétique de l'Unité des Frères tchèques et moraves, éd. et trad. par Daniel S. Larangé. Paris, L'Harmattan, 2006. (ISBN 2-296-00513-6).
  • Le Labyrinthe du monde et le paradis du cœur, trad. par Xavier Galmiche. Paris, Desclée, 1991. (ISBN 2-7189-0560-3).
  • Le Labyrinthe du monde et le paradis du cœur, éd. et trad. par Christian Fleischl. Ottawa, eBooksLib, 2005. (ISBN 1-4121-0472-6).
  • L'Unique Nécessaire, éd. et trad. par Christian Fleischl. Paris, L'Harmattan, 2009. (ISBN 978-2-296-09544-1).
  • La Typographie vivante, éd. critique par P. Billouet, à partir d'une trad. par C. Commiot et P. Billouet. Paris, Honoré Champion, 2014.

Romans, études critiques, commentaires

  • Jean Château (dir.), Les grands pédagogues, PUF, 1956, p. 109-124 (par J.-B. Piobetta).
  • Jacques Prévot, L'utopie éducative. Coménius. Paris, Belin, 1981. (ISBN 2-7011-0357-6).
  • Marcelle Denis, Comenius. Paris, PUF, 1994. (Pédadogues. Pédagogies). (ISBN 2-13-045819-X).
  • Olivier Cauly, Comenius. Paris, éditions du Félin, 1995. (ISBN 978-2-86645-207-0)
  • Étienne Krotky, "Former l'homme" L'éducation selon Comenius. Publications de la Sorbonne 1996
  • Jean Bédard, Philosophe, Comenius ou l'art sacré de l'éducation roman, JC Lattes, France, 2002. www.jeanbedard.com
  • Jean Houssaye (dir.), Premiers pédagogues. De l'Antiquité à la Renaissance, Issy-les-Moulineaux, 2002, p. 366-394 (par Helmut Heiland).
  • Daniel S. Larangé, La Parole de Dieu en Bohême et Moravie : La tradition de la prédication de Jan Hus à Jan Amos Comenius, Paris, L'Harmattan, coll. « Religions & spiritualité », [détail de l’édition] (ISBN 978-2-296-06552-9).
  • Marie Chatardová, "Comenius : le 'Galilée de l'éducation'", Soleo : magazine de l'Agence Europe-Education-Formation France no 27 (juin 2011) - p. 16–17.
  • Jean-Antoine Caravolas, Les Français et Jan Amos Comenius, Paris, Honoré Champion, 2016.

Citations

  • « Lorsque l'éducation générale de la jeunesse commencera par la bonne méthode, il ne manquera plus à personne ce qui lui est nécessaire pour bien penser et bien agir. »
  • « Plus nombreux sont les problèmes auxquels on réfléchit, plus on risque de n'en comprendre aucun. »

Postérité

Sa date de naissance est commémorée en République tchèque et en Slovaquie par la Journée des professeurs.
Les billets de 200 couronnes en République tchèque sont à son effigie.
Université Comenius de Bratislava (capitale de Slovaquie) porte son nom.

jeudi 19 janvier 2017

Ben Laden, 11 septembre : montages et lavage de cerveau -Jacques Cheminade-

4 mai 2011




Source : https://youtu.be/ecmfdvzSij8

Nicolas de Condorcet

Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, né le à Ribemont et mort le à Bourg-la-Reine, est un philosophe, économiste, mathématicien et homme politique français, représentant des Lumières. Il est célèbre pour ses travaux pionniers sur la statistique et les probabilités, son analyse des différents modes de scrutin possibles et le « paradoxe de Condorcet » ainsi que par son action politique, tant avant la Révolution que sous celle-ci. Siégeant parmi les Girondins, il propose ainsi des réformes du système éducatif ainsi que du droit pénal. La Convention nationale ordonne son arrestation en 1793, et emprisonné en 1794, on le trouve mort dans sa cellule deux jours après son incarcération.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5b/Nicolas_de_Condorcet.PNG/485px-Nicolas_de_Condorcet.PNG


Biographie

Né à Ribemont (Aisne) en 1743, il est l’un des descendants de la famille Caritat. Les Caritat tiennent leur titre de la ville de Condorcet (Dauphiné) dont ils sont originaires. Il perd son père1 le 22 octobre 1743 lors de manœuvres en Alsace. Sa mère, très dévote et qui a voué son enfant à la Vierge, l'élève et l'habille en fille jusqu'à 9 ans, âge auquel elle confie son éducation à un précepteur jésuite à domicile, puis, grâce à l'intervention de son oncle paternel Jacques de Condorcet, évêque de Gap, Auxerre et Lisieux, est formé à onze ans au collège des Jésuites de Reims; enfin il est envoyé à quinze ans au collège de Navarre à Paris2. Par réaction à cette éducation religieuse, il fera partie de la première génération des idéologues3.
Condorcet se distingue rapidement par ses capacités intellectuelles. Les premières distinctions publiques qu’il reçoit sont en mathématiques. À l'âge de 16 ans, ses capacités d’analyse sont remarquées par d'Alembert et Clairaut, et bientôt, il devient l’élève de d’Alembert. C'est à cet âge qu'il soutient sa thèse de mathématiques4. Il refuse la carrière militaire à laquelle sa famille le destine, pour se consacrer à celle de mathématicien2.

Le mathématicien

Marquis de Condorcet.
 
De 1765 à 1774, il se concentre plus particulièrement sur les sciences. En 1765, il publie son premier travail sur les mathématiques, intitulé Essai sur le calcul intégral, qui reçoit un accueil très favorable. Dès 1767-1769, il écrit ses premiers articles sur l'arithmétique politique et le calcul des probabilités, défrichant ainsi la nouvelle discipline statistique5. Condorcet est influencé par les savants des Lumières de l'Italie du Nord et par leurs essais de formalisation du réel (Cesare Beccaria, les Pietro et Alessandro Verri, Paolo Frisi5, etc.). Il envisage ainsi des calculs en matière de jurisprudence (voir le texte inachevé « Sur les lois criminelles en France »)5. Mais il faut attendre 1784 pour que Condorcet développe une théorie d'ensemble de l'arithmétique politique5.
Le , soutenu par d'Alembert, il est élu à l’Académie royale des sciences.
En 1772, il publie de nouveaux travaux sur le calcul intégral, unanimement acclamés. Peu après, il se lie d'amitié avec Turgot, qui allait devenir administrateur sous Louis XV (1772), puis contrôleur général des Finances sous Louis XVI (1774).
En 1786, il épouse Sophie de Grouchy, la sœur du futur maréchal de Grouchy, lui-même déjà beau-frère de Cabanis.

Du ministère Turgot au parti girondin

Statue du marquis de Condorcet par Pierre Loison vers 1853. Première statue du Pavillon Colbert au Pavillon Sully, cour Napoléon, palais du Louvre.

L'inspecteur général de la Monnaie et l'ingénieur

En 1774, Condorcet est appelé au ministère par Turgot. Dès lors, Condorcet déplace son centre d’intérêt des mathématiques vers la philosophie et la politique. La première année, il écrit essentiellement des pamphlets, défendant les idées des amis de Julie de Lespinasse5. Les années suivantes, il prend la défense des droits de l'homme et soutient les droits des minorités, dont ceux des femmes, des juifs et des Noirs (il adhère à la Société des amis des Noirs). Il soutient les idées novatrices des États-Unis tout juste indépendants, et propose en France des projets de réformes politiques, administratives et économiques.
Nommé inspecteur général de la Monnaie en 1775 par Turgot5, il est chargé d'une expertise sur les canaux (en particulier un projet de canal souterrain en Picardie5) avec Charles Bossut et d'Alembert. Cette expertise « présente un épisode de la lutte du parti encyclopédiste face aux ingénieurs des Ponts et Chaussées »5. Il faut alors mesurer non seulement la résistance que présente le fluide face au bateau, mais aussi calculer le rapport du coût aux bénéfices5. Avec Turgot, il propose aussi une réforme de la jauge, visant à évaluer le contenu des navires afin d'établir une juste fiscalité5. Celle-ci se heurte à l'opposition de la Ferme générale et de la Cour des aides, ainsi que de Lavoisier5. Inspecteur général installé à l'Hôtel de la Monnaie, il convainc sa mère et son oncle, évêque à Evreux, de quitter Ribemont pour le rejoindre2.

L'académicien

En 1776, Turgot est démis de son poste de contrôleur général. Condorcet choisit alors de démissionner de son poste d’inspecteur général de la Monnaie, mais sa démission est refusée, et il reste en poste jusqu’en 1791. Plus tard, Condorcet écrira la Vie de M. Turgot (1786), où il exposera le bien-fondé des théories économiques de Turgot.
Condorcet continue de se voir attribuer des fonctions prestigieuses : en 17736, il est nommé secrétaire de l’Académie des sciences, et en 1782, secrétaire de l’Académie française. Il s'intéresse alors au « Rapport sur un projet pour la réformation du cadastre de Haute-Guyenne de 1782 », problème scientifique qui soulève deux types d'enjeux : comment effectuer l'opération d'arpentage ? comment estimer à leur juste valeur les terres5 ? Il avait préalablement écrit l'article sur l'arpentage dans le Supplément paru en 17765. Or, selon la théorie physiocrate en vigueur, l'impôt juste est proportionnel au produit net des terres, exigeant donc un cadastre précis et rationnel, qui n'existait pas encore5.
À partir du printemps 1785, il milite auprès des politiques afin que l'arithmétique politique soit enseignée comme science à part entière, et lui donne un rôle central en ce qui concerne l'instruction publique ; celle-ci sera l'ancêtre de la statistique moderne5.

Le député girondin

Statue en bronze de Condorcet par Jacques Perrin, Quai de Conti, Paris, 1894.
 
Porte-parole des Lumières, Condorcet voit dans la Révolution la possibilité d'une réforme rationaliste de la société. Après la prise de la Bastille, il est élu au conseil municipal de Paris. En 1790 il fonde avec Sieyès la Société de 1789 et dirige le Journal de la Société de 1789, la Bibliothèque de l'homme public (1790-1792), la Chronique de Paris (1792-1793) et le Journal d'instruction sociale (1793). Il prend en outre une part active à la cause des femmes, en se prononçant pour le droit de vote des femmes dans le Journal de la Société7, et en publiant en 1790 De l’admission des femmes au droit de cité. Il est alors un des maîtres à penser des jeunes nobles libéraux comme le chevalier de Pange ou André Chénier.
En 1791, il est élu député de Paris au sein de l’Assemblée législative, dont il devient secrétaire. Il est l'un des inspirateurs de l'établissement du système métrique : la proposition de Talleyrand à l'Assemblée nationale constituante, provient largement de ses conseils, qui font suite à ses travaux sous Turgot. Aux côtés de Borda, Laplace, Lagrange et Monge, il fait ainsi partie de la Commission nommée par l'Assemblée et qui doit déterminer quelle mesure utiliser, notamment entre l'alternative de la mesure du pendule ou la mesure du quart du méridien. Le , l'Assemblée décrétait le « mètre » comme unité nationale et étalon du système unifié de poids et mesures devant remplacer la multitude des unités utilisées en France. La longueur du mètre était établie comme égale à la dix millionième partie du quart du méridien terrestre, ce qui concordait avec le projet des Lumières et celui de l'édification, par la Révolution, d'un ordre rationnel, en ce qu'il s'agissait, selon ses promoteurs, d'une « unité qui dans sa détermination, ne renfermait rien ni d'arbitraire ni de particulier à la situation d'aucun peuple sur le globe »8.
En avril 1792, Condorcet présente un projet de réforme du système éducatif visant à créer un système hiérarchique2, placé sous l’autorité d’hommes de savoir, qui agiraient comme des gardiens des Lumières et qui, indépendants du pouvoir, seraient les garants des libertés publiques. Le projet est jugé contraire aux vertus républicaines et à l'égalité, livrant l'éducation de la Nation à une aristocratie de savants9.
En 1792, il est réélu député de l’Aisne à la Convention nationale. Il y siège avec les Brissotins. Il est également membre du comité de constitution qui adopte à peu près sans modifications le projet de constitution10 qu’il a rédigé mais qui n'est finalement pas adopté par l’Assemblée.
Condorcet se trouve bientôt en mauvaise posture. Deux courants de pensée s’affrontent quant à la manière de réformer l’État français : les Girondins, et les Montagnards, ces derniers dirigés par Robespierre. Girondin et opposé à la peine de mort, Condorcet vote contre l’exécution de Louis XVI, prônant la condamnation aux galères à vie, idée qu’il est d’ailleurs l’un des seuls à défendre.
Les Girondins perdent le contrôle de l’Assemblée en faveur des Jacobins, en 1793. Le jacobin Marie-Jean Hérault de Séchelles propose alors une nouvelle constitution, très différente de celle de Condorcet. Mais celui-ci la critique, ce qui le fait condamner pour trahison. Le , sur proposition du conventionnel montagnard François Chabot, la Convention vote un décret d'arrestation contre lui.

La fuite et l'arrestation

Averti par Cabanis du décret d'arrestation à son encontre, Condorcet est contraint de se cacher et trouve refuge pendant neuf mois dans la demeure de Mme Vernet, rue Servandoni, à Paris. Il en profite pour écrire l’un de ses ouvrages les plus appréciés par la postérité, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain qui fut publié après sa mort, en 1795. Le 25 mars 1794, il quitte sa cachette, convaincu de ne plus y être en sécurité et d'être un trop grand danger pour Madame Vernet, sa généreuse hôtesse. Il tente de fuir Paris. Il fait une halte à l'estaminet de Louis Crespinet, rue Chef-de-Ville à Clamart. Jugé suspect, il y est arrêté, conduit devant la sacristie de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul où siège le comité de Surveillance et mis en prison à Bourg-Égalité (Bourg-la-Reine). On le retrouve mort deux jours plus tard, dans sa cellule. Les circonstances de sa mort restent énigmatiques (suicide par un poison issu d'une bague qu'il portait, meurtre ou accident vasculaire cérébral, attaque dont il avait été victime deux ans auparavant)11.

Œuvre

Théoricien des systèmes de votes et du jury pénal

Page de titre de l’Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix.
Articles détaillés : Méthode Condorcet et Paradoxe de Condorcet.
Dans de nombreux ouvrages (Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix de 1785 - Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales - Sur les élections), Condorcet s’intéresse à la représentativité des systèmes de vote, tant dans le cadre politique que dans le cadre judiciaire : l'essai de 1785 ne concerne pas tant le vote politique que le délibéré d'un jury, puisqu'il insiste sur le caractère correct, c'est-à-dire vrai ou faux, de la décision finale — il ne s'agit donc pas de déterminer une préférence (pour tel ou tel candidat) mais un fait (untel a-t-il commis tel crime?). Partant de l'hypothèse d'une très légère propension de l'homme de la rue à juger en accord avec les faits plutôt que de façon erronée, il démontre que plus il y a de votants, plus les chances que le résultat du vote aboutisse à une décision correcte sont importantes. Cette démonstration mathématique soutient sa préférence, en matière pénale, pour le jury populaire plutôt que pour les magistrats individuels.
Ses travaux sur le jury le conduisent à condamner la peine de mort. Dans une lettre à Frédéric II de Prusse, il explique les motifs de son opposition à cette peine : selon lui, les crimes graves et affreux qui en sont susceptibles conduisent le jury populaire — institution qu'il défend dans sa correspondance avec Turgot de 1771, au cours de laquelle il préconise d'écarter les préjugés de classe en évitant que des riches ne jugent des pauvres, et inversement, ainsi que dans l'Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix (1785) — à ne pas pouvoir juger de façon sereine et éclairée, d'où une propension importante à l'erreur judiciaire. Tout comme dans ses travaux sur les modes de scrutin, Condorcet montre ainsi comment les mathématiques peuvent être employées pour soutenir l'analyse de problèmes sociaux et politiques.
Dans les autres essais, il démontre que le scrutin uninominal peut très bien ne pas représenter les désirs des électeurs dès lors que le premier candidat ne récolte pas plus de la moitié des voix : c'est le paradoxe de Condorcet, qui montre un biais inhérent à ce type de scrutin, dans la mesure où le candidat préféré d'une majorité d'électeurs peut n'être pas élu, en raison de la division de ceux-ci et de la dispersion conséquente des voix, conduisant ainsi un candidat qui n'obtient qu'une majorité relative à être élu. En effet :
Considérant une assemblée de 60 votants ayant le choix entre trois propositions a, b et c. Les préférences se répartissent ainsi (en notant a > b, le fait que a est préféré à b) :
  • 23 votants préfèrent : a > c > b
  • 19 votants préfèrent : b > c > a
  • 16 votants préfèrent : c > b > a
  • 2 votants préfèrent : c > a > b
Le candidat a sera élu, ayant remporté 23 voix, soit la majorité. Néanmoins, a n'est pas le choix préféré de la majorité des électeurs, puisque 35 électeurs (19 + 16) préféraient b à a, mais qu'ils n'ont pas réussi à faire élire b car ils ont chacun préféré voter pour leur candidat préféré dans l'absolu, c'est-à-dire b ou c. En termes concrets : si la gauche (ou la droite) possède une majorité dans le pays, mais présente deux candidats plutôt qu'un, elle perdra les élections face au candidat unique de l'autre camp. Ce « paradoxe » sera développé au XXe siècle par les théoriciens du choix social, et notamment par le théorème d'impossibilité d'Arrow.
Pour pallier ce biais, Condorcet propose un autre système, la méthode Condorcet, dans lequel l'unique vainqueur est celui, s'il existe, qui comparé tour à tour à tous les autres candidats, s'avèrerait à chaque fois être le candidat préféré. Néanmoins, il considère que ce système est peu réalisable à grande échelle et échange une correspondance très riche avec Jean-Charles de Borda concepteur d’un autre système, la méthode Borda, qui élabore un système de vote pondéré auquel on accorde une certaine note à chaque candidat — ce qui permet la prise en compte du « paradoxe de Condorcet ».

L'invention du droit d'auteur

En 1776, il publie les Fragments sur la liberté de la presse12 qui serviront de base aux propositions que l'Abbé Sieyès fera avec lui près de vingt ans plus tard en 1790, un an après l'abolition des privilèges, pour établir un droit d'auteur ; plus précisément, pour instituer une responsabilité des auteurs en tant que propriétaires de leurs œuvres. Si l'essentiel de l'écrit de 1776 porte sur la question des délits d'auteurs (pour en distinguer la responsabilité qui revient à l'auteur, à l'imprimeur, et au libraire), cet écrit comporte également quelques pages sur la « propriété » intellectuelle13 qui limitent les privilèges de l'auteur et plaident ouvertement pour la libre circulation des écrits. Le projet de Sieyès et Condorcet est critiqué puis modifié par Beaumarchais qui, avec Mirabeau, renforce les droits des auteurs, par exemple en accordant à l'auteur et à ses descendants le droit exclusif d'autoriser la reproduction de ses œuvres pour une durée de cinq ans post mortem (cinq ans encore au-delà de la mort de l'auteur) à la place de la durée de dix ans seulement (commençant à la publication de l'œuvre et limitée par la mort de l'auteur) accordée par le projet initial.

Autres travaux

En 1786, Condorcet travaille à nouveau sur le calcul intégral et les équations différentielles, montrant une nouvelle manière de traiter les calculs infinitésimaux. Ces travaux ne furent jamais publiés. En 1789, il publie la Vie de Voltaire, où il se montre tout aussi opposé à l’Église que Voltaire. Il donne vingt-quatre articles sur l’analyse mathématique au Supplément de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il s'intéresse aussi aux assurances agricoles (article anonyme dans le Journal de Paris5), à la mesure du risque et à celle de la valeur des pertes5.

Postérité

Transfert au Panthéon de Paris

À l’occasion des fêtes du bicentenaire de la Révolution française, en présence de François Mitterrand, président de la République, les cendres de Condorcet sont symboliquement transférées au Panthéon de Paris en même temps que celles de l’abbé Grégoire et de Gaspard Monge, le 12 décembre 1989. En effet, le cercueil censé contenir les cendres de Condorcet est vide : inhumée dans la fosse commune de l’ancien cimetière de Bourg-la-Reine — désaffecté au XIXe siècle —, sa dépouille n’a jamais été retrouvée.

Descendance de Condorcet

Du mariage de Condorcet avec Sophie de Grouchy naît, au mois de mai 1790, une fille unique : Alexandre-Louise Sophie de Condorcet, qui sera appelée toute sa vie Élisa, prénom qu'elle n'avait pas reçu. "Élisa" épouse, en 1807, le général Arthur O'Connor, réfugié, ami de Cabanis, qui avait mis, en 1804, son épée au service de la France, croyant par là servir la liberté. Le général meurt en 1852, et Elisa en 1859. Ils sont inhumés dans le parc du château familial de Bignon. Les époux O'Connor-Condorcet ont cinq enfants, dont un seul, Daniel O'Connor laisse une postérité : deux fils, dont le général Arthur O'Connor qui se marie, en 1878, à Marguerite Elizabeth de Ganay. De cette union, naissent deux filles : la première, Elizabeth O'Connor, se marie à Alexandre Étignard de La Faulotte ; la seconde, Brigitte O'Connor, au comte François de La Tour du Pin qui lui donne trois enfants : Philis, Aymar et Patrice de La Tour du Pin14.

Hommages

De nombreuses villes françaises ont donné le nom de Condorcet à l'une de leurs voies publiques. En hommage à celui qui proposa le premier système d'Instruction publique en France15 afin de permettre « une instruction publique commune à tous les citoyens »16 comme le prévoyait la Constitution de 1791, de nombreux établissements scolaires portent le nom de Condorcet.

Armes de la famille Condorcet

Condorcet

Les armes peuvent se blasonner ainsi : D'azur au dragon volant d'or, lampassé et armé de sable à la bordure du même.

Œuvres

  • 1765 : Du calcul intégral.
  • 1767 : Du problème des trois corps.
  • 1768 : Essai d’analyse.
  • 1773 : Éloges des académiciens de l’Académie royale des sciences, morts depuis l’an 1666 jusqu’en 1699.
  • 1774 : Lettres d’un théologien à l’auteur du Dictionnaire des trois siècles.
  • 1775 : [ci-dessous, plusieurs brochures prônant les réformes économiques de Turgot]
  • 1775 : Lettre d’un laboureur de Picardie à M. N. (Necker) auteur prohibitif à Paris.
  • 1775 : Réflexions sur les corvées. Monopole et monopoleur.
  • 1775 : Rapport sur un projet de réformateur du cadastre.
  • 1775 : Réflexions sur la jurisprudence universelle.
  • 1776 : [ci-dessous, pendant sa fonction de secrétaire de l’Académie des Sciences, il rédigea de nombreux Éloges de savants français et étrangers]
  • 1776 : Réflexions sur le commerce des blés.
  • 1776 : Fragments sur la liberté de la presse17.
  • 1776 : Pensées de Pascal, édition corrigée et augmentée.
  • 1776 : Éloge de Pascal.
  • 1776-1777 : rédaction de 22 articles sur l’analyse mathématique, dans le cadre du Supplément de l’Encyclopédie
  • 1777 : Éloge de Michel de l’Hôpital.
  • 1778 : Sur quelques séries infinies.
  • 1778 : Nouvelles Expériences sur la résistance des fluides (en collaboration avec d’Alembert et Bossuet).
  • 1780 : Essai sur la théorie des comètes.
  • 1781 : Réflexions sur l’esclavage des nègres.
  • 1781-1784 : Mémoire sur le calcul des probabilités, in Mémoires de l’Académie royale des sciences.
    • Tome Ier. Réflexions sur la règle générale qui prescrit de prendre pour valeur d’un événement incertain la probabilité de cet événement multipliée par la valeur de cet événement en lui-même (1781) ;
    • Tome II. Application de l’analyse à cette question : déterminer la probabilité qu’un arrangement régulier est l’effet d’une intention de le produire ;
    • Tome III. Sur l’évaluation des droits éventuels (1782) ;
    • Tome IV. Réflexions sur la méthode de déterminer la probabilité des événements futurs d’après l’observation des événements passés (1783) ;
    • Tome V. Sur la probabilité des faits extraordinaires. Application de l’article précédent à quelques questions de critique (1784).
  • 1782 : Discours de réception à l’Académie française.
  • 1782 : Lettre sur Swedenborg.
  • 1783 : Dialogue entre Aristippe et Diogène.
  • 1783-1788 : Essai pour connaître la population du royaume.
  • 1784-1789 : Collaboration, avec d’Alembert, Bossut, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande (1732-1807), etc., à la partie Mathématiques de l’Encyclopédie méthodique.
  • 1785 : Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix.
  • 1785-1789 :
    • Œuvres complètes de Voltaire, éditées par Condorcet, Beaumarchais, etc. (édition de Kehl).
    • Vie de Voltaire.
  • 1786 : Vie de Turgot.
  • 1786 : De l’influence de la révolution d’Amérique sur l’Europe.
  • 1786 : Traité de calcul intégral (inachevé).
  • 1788 : Lettres d’un bourgeois de New Haven à un citoyen de Virginie, sur l’inutilité de partager le pouvoir législatif entre plusieurs corps.
  • 1788 : Lettres d’un citoyen des États-Unis à un Français, sur les affaires présentes de la France.
  • 1788 : Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales.
  • 1789 : Vie de Voltaire.
  • 1789 : Réflexions sur les pouvoirs et instructions à donner par les provinces à leurs députés aux États généraux. Sur la forme des élections.
  • 1789 : Réflexions sur ce qui a été fait et sur ce qui reste à faire.
  • 1789 : Au corps électoral sur Esclavage des Noirs.
  • 1789 : Déclaration des droits.
  • 1789 : Éloge de M. Turgot.
  • 1789 : Réflexions d'un citoyen sur la révolution de 1788.
  • 1790 : Dissertation philosophique et politique sur cette question : s’il est utile aux hommes d’être trompés ?
  • 1790 : Opinion sur les émigrants.
  • 1790 : Sur le mot « pamphlétaire ».
  • 1790 : Le Véritable et le Faux Ami du peuple.
  • 1790 : Sur l’admission des femmes au droit de cité.
  • 1791 : De la République, ou Un roi est-il nécessaire à la conservation de la liberté ?
  • 1791 : Discours sur les conventions nationales.
  • 1791 : Discours du 25 octobre sur les émigrants à l’Assemblée législative
  • 1792 : Rapport et projet de décret
  • 1792 : Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791-1792) [archive].
  • 1792 : Discours sur les finances.
  • 1792 : Sur la liberté de la circulation des subsistances.
  • 1792 : La République française aux hommes libres.
  • 1792 : Ce que c’est qu’un cultivateur ou un artisan français.
  • 1792 : Sur la nécessité de l’union entre les citoyens.
  • 1792 : De la nature des pouvoirs politiques dans une nation libre.
  • 1793 : Sur la nécessité d’établir en France une constitution nouvelle.
  • 1793 : Ce que les citoyens ont droit d’attendre de leurs représentants.
  • 1793 : Que toutes les classes de la société n’ont qu’un même intérêt.
  • 1793 : Sur le sens du mot Révolutionnaire.
  • 1793 : Tableau général de la science qui a pour objet l’application du calcul aux sciences politiques et morales.
  • 1794 : Moyens d’apprendre à compter sûrement et avec facilité.
  • 1795 (posthume) : Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain.

mardi 17 janvier 2017

Les différentes espèces de constitutions classées par Aristote


Perdu dans la steppe de Mongolie, cette tribu a développé un mode de vie juste extraordinaire ! Vous allez halluciner...

Depuis le début de son existence, l'Homme a avancé à pas de géant. Il est sortit des caves et des terres sauvages, a construit des villes et des maisons que les générations précédentes n'imaginaient même pas... Et pourtant, certaines tribus résistent à la mondialisation oppressante et ne changeraient leur mode de vie pour rien au monde. Partez en immersion dans l'une d'entre elles, chez les Dukhas de Mongolie !


@HamidSardar-Afkhami

Cette tribu nomade vit dans la steppe depuis plusieurs siècles déjà, si bien que ses membres (dont il reste seulement 44 familles, soit environ 400 personnes) connaissent leur environnement sur le bout des doigts. A tel point qu'ils ont développé une relation très particulière avec les animaux (loups, aigles, ours, élans, etc...) qui les entourent. Leurs capacités sont folles, aucun autre humain ne pourrait en faire autant !

@HamidSardar-Afkhami

Grâce au travail du photographe Hamid Sardar-Afkhami, qui a récemment rendu visite à la tribu au cours d'un de ses reportages, on a la chance de pouvoir découvrir cette population tout simplement extraordinaire !

@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami
@HamidSardar-Afkhami


C'est juste fou non ? Un peuple impressionnant et qui mérite le plus grand respect !

Sourcehttp://www.demotivateur.fr/article-buzz/decouvrez-les-kudhas-cette-tribu-de-mongolie-qui-a-dresse-les-loups-les-ours-et-les-aigles-c-est-magnifique-on-dirait-un-film--2276

Le revenu garanti et ses faux amis

Une idée révolutionnaire... ou pas

Du Forum économique de Davos à la Silicon Valley en passant par les assemblées du mouvement Nuit debout en France, le revenu de base est sur toutes les lèvres depuis quelques mois. La Finlande affirme vouloir l’instaurer ; les Suisses ont voté sur le sujet en juin. Mais, entre l’utopie émancipatrice que portent certains et la réforme limitée que veulent les autres, il y a un monde…


«Parler d’instaurer un revenu garanti sans préciser ce que l’on entend par là revient à discuter de l’adoption d’un félin sans dire si on pense à un chaton ou à un tigre », remarque M. Olli Kangas, directeur de recherche de Kela, l’institut finlandais de protection sociale (1). Or, depuis quelques mois, l’idée rencontre de plus en plus d’écho en Europe et au-delà ; et ses partisans de la première heure ne peuvent se défendre de l’impression de voir des chatons, des tigres et diverses créatures hybrides bondir en tous sens devant leurs yeux ahuris.
Certes, sur une définition minimale du revenu de base, tout le monde s’entend. Chaque individu recevrait de la collectivité, de sa naissance à sa mort, sans condition ni contrepartie, une somme régulière, cumulable avec ses autres revenus, dont ceux tirés d’un travail. Dans les versions de gauche, on imagine un montant proche du salaire minimum (2), assez élevé pour couvrir les besoins de base (autour de 1 000 euros), ce qui permettrait de refuser un emploi jugé inintéressant, nuisible et/ou mal payé (3). Il s’agit de reconnaître les diverses formes que peut prendre la contribution de chacun à la société : travail rémunéré ou non, formation — avant l’entrée dans la vie active ou pour une reconversion —, aide à ses proches, investissement associatif, création, etc. L’un des défenseurs actuels de cette version en France (4), Baptiste Mylondo, l’associe à des mesures drastiques de réduction des inégalités : impôt sur le revenu fortement progressif, taxe sur le patrimoine, instauration d’un revenu maximum (avec une échelle de un à quatre) (5).

Alliances transpartisanes

À l’autre extrémité du spectre, dans la version libérale — théorisée par l’économiste américain Milton Friedman (1912-2006) (6) —, le montant est trop faible pour que l’on puisse se passer d’emploi. Au lieu de renforcer le pouvoir de négociation des salariés, le revenu de base fonctionnerait alors comme une subvention aux employeurs, qui seraient tentés de baisser les salaires. Et il ferait office de « solde de tout compte » en se substituant aux prestations sociales existantes (assurance-maladie, chômage, famille, vieillesse). En somme, l’outil peut être mis au service de visions du monde et de projets de société aux antipodes les uns des autres. « On nous traite tantôt de libéraux, tantôt de communistes », soupirent Mme Nicole Teke et M. Yué Yin, membres du Mouvement français pour un revenu de base (MFRB), fondé en 2013 et fort de quelque neuf cents adhérents.
Vers lequel de ces pôles le débat penche-t-il aujourd’hui ? Curieusement, les analyses divergent : certains ne voient que des chats, et d’autres, que des tigres. À droite, l’ingénieur Marc de Basquiat, l’un des principaux théoriciens de l’idée en France, observe : « Deux sondages réalisés à un an d’intervalle parmi les militants des partis politiques montrent que l’idée est de plus en plus connotée “de gauche”. C’est très ennuyeux, car si elle est perçue comme une lubie de gauchistes, il sera encore plus difficile de la faire progresser. » Les assemblées de Nuit debout, qui ont abondamment débattu du revenu de base et de ses mérites comparés avec le salaire à vie théorisé par Bernard Friot (7), n’ont pas arrangé ses affaires…
Même contrariété, mais pour des raisons opposées, chez Mme Corinne Morel Darleux, membre du secrétariat national du Parti de gauche (PG). Elle a découvert le revenu garanti il y a environ huit ans, avec Mylondo, au sein du Mouvement Utopia (transversal aux Verts et au PG) : « Pour moi, cela reste l’idée la plus subversive du champ politique. Sauf qu’aujourd’hui, je la vois reprise partout sous une forme qui la vide de son sens. » De fait, les expérimentations très médiatisées mises en chantier aux Pays-Bas et en Finlande, par exemple, n’ont rien de révolutionnaire. Dans la vingtaine de villes néerlandaises qui l’envisagent, il s’agit plutôt de « réformes de l’aide sociale inspirées par certains principes du revenu de base », indique l’économiste Sjir Hoeijmakers.
À Helsinki, le Parti du centre, au pouvoir depuis avril 2015, a fait campagne en faveur du revenu de base. Il y voit un moyen d’améliorer l’efficacité de la protection sociale dans un contexte d’austérité et de relancer l’activité en poussant les bénéficiaires de l’aide sociale vers le marché du travail. Cumulable avec un emploi, le revenu de base permettrait de supprimer les trappes à inactivité, c’est-à-dire le risque que la reprise d’un travail rémunéré aboutisse à une baisse de revenus en faisant perdre des prestations sociales. Le principe est largement soutenu par la population, ainsi que par les Verts et l’Alliance de gauche. Un rapport définitif doit permettre de lancer début 2017 une expérimentation de deux ans, mais les premiers éléments rendus publics montrent que l’ambition a été revue à la baisse. Le projet-pilote ne prévoit qu’un revenu de 550 euros, cumulable avec l’aide au logement et versé à dix mille personnes. « L’esprit est très différent de celui du référendum suisse [lire « En Suisse, un débat sans précédent »]  », insiste l’économiste Otto Lehto, membre de la section finlandaise du Basic Income Earth Network (Réseau mondial pour le revenu de base, BIEN). « Il n’est question ni de lutter contre la pauvreté ni d’instaurer un droit au revenu, et encore moins de se libérer de l’emploi. »
Encore peu nombreux et souvent isolés au sein de leurs milieux ou de leurs formations politiques, les partisans français du revenu de base travaillent ensemble, tout en restant lucides sur ce qui les sépare. « J’aime beaucoup Baptiste [Mylondo], mais c’est un idéaliste, déclare de Basquiat. Et puis, vouloir limiter les écarts de revenus à une échelle de un à quatre, c’est tout de même un grand coup porté aux libertés ! » Ancien proche de M. Nicolas Sarkozy, le député Frédéric Lefebvre (Les Républicains), candidat à la primaire de son parti pour la présidentielle de 2017, raconte comment M. Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie - Les Verts (EELV), l’a emmené discuter du revenu de base avec un sans-abri hébergé dans un squat de l’association Jeudi noir. En janvier 2016, à l’Assemblée nationale, il a également défendu avec sa collègue socialiste Delphine Batho, dans le cadre de l’examen de la loi pour une République numérique, des amendements demandant au gouvernement de présenter au Parlement un rapport sur la faisabilité d’un revenu de base. « J’assume totalement l’aspect transpartisan de cette démarche, commente Mme Batho. Les partis ne produisent plus une seule idée nouvelle. L’essentiel se passe en dehors d’eux. Et ce sujet clive autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais nous devons travailler à créer des majorités d’idées. »
Parmi nos interlocuteurs, aucun ne prône ouvertement un démantèlement de la protection sociale actuelle. Pas même M. Lefebvre ni Gaspard Koenig, fondateur du think tank libéral Génération libre. S’il se veut « ni de droite ni de gauche », le MFRB précise dans sa charte qu’un revenu de base « ne doit pas remettre en cause les systèmes publics d’assurances sociales, mais compléter et améliorer la protection sociale existante ». Il pourrait remplacer certaines prestations du régime de solidarité financé par l’impôt, comme le revenu de solidarité active (RSA), mais personne ne prétend toucher au régime assurantiel financé par la cotisation (retraites, chômage, assurance-maladie). Seules les allocations familiales seraient remplacées par un revenu de base versé à chaque enfant, d’un montant moindre que celui des adultes.
Une exception : dans un rapport publié en mai (8), la Fondation Jean-Jaurès, proche du Parti socialiste (PS), propose trois scénarios de financement qui, inspirés par le souci de « ne pas générer d’endettement supplémentaire », impliquent tous d’éviscérer sans complexes la Sécurité sociale. Le premier prévoit de distribuer à tous les adultes 500 euros par mois, en échange du démantèlement de l’assurance-maladie et de l’assurance-chômage ; le deuxième — jugé le plus crédible par les auteurs —, avec 750 euros, « recycle » aussi les prestations retraite. Le troisième, avec un montant de 1 000 euros, fait de même, mais prévoit des prélèvements supplémentaires. Atterré, Jean-Éric Hyafil, membre du MFRB qui prépare une thèse en économie sur le revenu universel, a dénoncé les « grosses bêtises » contenues dans ce rapport lors d’un débat avec Jérôme Héricourt, coordinateur du groupe de travail de la fondation, dans un café parisien, le 26 mai 2016. « Un revenu de base est parfaitement compatible avec une protection sociale et une dépense publique fortes ! », a-t-il martelé. Embarrassé, Héricourt a répondu que les auteurs du rapport ne voyaient pas dans le revenu de base « la bonne solution aux problèmes du xxie siècle », mais qu’ils n’avaient pas voulu le préciser dans le document, rédigé « dans un esprit de neutralité ». De sorte que leurs scénarios élaborés sans conviction ont été repris dans la presse comme des préconisations…
Une même somme pour chacun, quelle que soit sa situation : tous les partisans du revenu de base s’entendent pour mettre fin à l’intrusion dans la vie privée qu’implique le régime de solidarité actuel, dont les prestations sont soumises à condition (de revenus, de situation familiale…). « Que l’on paie des gens pour aller compter les brosses à dents dans la salle de bains des bénéficiaires du RSA afin de s’assurer qu’ils ne vivent pas en concubinage (9), alors qu’ils veulent juste manger à leur faim, c’est insupportable », estime de Basquiat. Même discours chez Koenig : « Il faut lutter contre la pauvreté de manière plus efficace et moins paternaliste, en donnant aux gens le minimum dont ils ont besoin sans s’immiscer dans leur vie privée ou vérifier leur attachement à la valeur travail. » Les économies que permettrait le passage à l’inconditionnalité contribueraient en outre au financement d’un revenu de base : M. Lefebvre souligne le coût que représentent actuellement « la production des normes, l’accompagnement du public, la vérification, la sanction ». Mais aussi le « cercle vertueux » d’économies qu’engendrerait la mesure : « Moins de délinquance, moins de dépenses de santé, un meilleur niveau d’instruction... » Contrairement aux autres personnalités de droite qui s’en sont emparées, il prône un montant situé dans une fourchette haute, « entre 800 et 1 000 euros », dit-il.

Un mélange d’audace et de frilosité

On doit au philosophe belge Philippe Van Parijs la réactivation du concept en Europe, sous le nom d’« allocation universelle », au début des années 1980. Lui-même ancien adhérent dans son pays du parti Écolo, il estime que la possibilité laissée à chacun d’organiser sa vie et son travail bouscule les habitudes de pensée à la fois de la droite et de la gauche. « Lors d’une intervention devant le Parti libéral flamand, raconte-t-il, j’ai demandé : “Qui pense que la liberté est une valeur centrale ?” Tout le monde a levé la main. J’ai ajouté : “Maintenant, qui pense qu’elle devrait être réservée aux riches ?” Inversement, une rencontre avec des militants grecs, espagnols et italiens de Syriza, Podemos et Rifondazione Comunista à Bari, dans les Pouilles, a été l’occasion de se demander si la gauche n’avait pas tort de se cantonner à la défense de l’État et de l’égalité, et d’abandonner la liberté à la droite. »
Évidemment, des différences fondamentales demeurent : Koenig et de Basquiat, qui ont élaboré un projet commun, cherchent à lutter contre la pauvreté, mais pas contre les inégalités (10). Ils prônent un impôt négatif (allocation) de 450 euros par adulte et 225 euros par enfant, financé par un impôt à taux unique de 23 % sur tous les revenus (11). Pour limiter l’effet antiredistributif de ce type d’impôt, ils envisagent un renforcement des prélèvements sur le patrimoine, la fin des exonérations sur les revenus fonciers et financiers... « Cela ne changerait quasiment pas l’équilibre actuel de la redistribution en France, explique de Basquiat. Les riches toucheraient un tout petit peu moins et les pauvres, un tout petit peu plus. Mais on rationaliserait le système ; on mettrait fin à la stigmatisation et au paternalisme ; on supprimerait les effets de seuil et de trappe ; et on lutterait efficacement contre la grande pauvreté. » Ils se fondent sur une définition « absolue » et non « relative » de la pauvreté, laquelle, estime Koenig, serait une définition « jalouse » : « Cela ne devrait pas vous importer que d’autres deviennent très riches, tant que vous avez le sentiment de bien vivre. »


Quels autres arguments justifieraient l’instauration d’un revenu de base ? Tous nos interlocuteurs invoquent le nombre d’emplois appelés à disparaître du fait de l’automatisation et de la numérisation. En Suisse, les auteurs de l’initiative « Pour un revenu de base inconditionnel » ont défilé dans les rues déguisés en robots clamant leur désir de travailler à la place des humains. Un récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) tempère toutefois les conclusions d’études antérieures qui prédisaient un « chômage technologique » massif : il estime que seuls 9 % des emplois « présentent un risque élevé d’automatisation », tout en prévenant que « les travailleurs moins instruits » sont les plus exposés (12).
« Neuf pour cent, ce serait déjà énorme, commente Hyafil. Surtout ajouté à notre niveau de chômage actuel ! Pour autant, je ne crois pas aux discours sur la “fin du travail”. La transition écologique, par exemple, crée beaucoup d’emplois. Comme le dit l’économiste Jean Gadrey, viser moins de croissance n’implique pas forcément moins d’emplois, au contraire ! Mais il faut pouvoir se soucier de leur qualité, et non de leur quantité. Et, même avec le plein-emploi, il nous faudrait un revenu de base pour que chacun puisse choisir son travail et non le subir. » Le pamphlet de l’anthropologue américain David Graeber, figure du mouvement Occupy Wall Street, contre les bullshit jobs (les « boulots à la con », sans intérêt ni utilité sociale), a connu un retentissement significatif (13). Autre partisan du revenu de base, l’ancien ministre des finances grec Yanis Varoufakis juge la possibilité de refuser un travail « essentielle à la fois pour une société civilisée et pour un marché de l’emploi qui fonctionne bien (14) ».
Il s’agit aussi de sécuriser les parcours de vie à l’heure de la précarité généralisée. Avec le risque d’entériner le déséquilibre de la répartition des richesses entre salaires et profits. C’est flagrant quand M. Lefebvre cite en exemple l’Earned Income Tax Credit, par lequel, aux États-Unis, l’État complète les revenus de certains travailleurs pauvres. Autre écueil : que le revenu de base laisse libre cours au démantèlement du droit du travail et des conquêtes salariales entamé par des entreprises comme Uber (15). « Il faut construire un nouveau compromis social, plus adapté à notre époque que celui hérité de la Libération, sans pour autant que le revenu de base devienne la béquille de l’uberisation », résume Mme Batho. Mais comment s’en assurer ?
Tout dépend du pouvoir de négociation que donnerait aux travailleurs le montant de leur revenu garanti, ainsi que des prélèvements et de la redistribution des richesses opérés par ailleurs. Or, sur ces sujets, la frilosité de nombreux partisans du revenu de base contraste avec l’audace de l’idée qu’ils portent. Van Parijs plaide pour une instauration progressive, en commençant par un montant faible ; mais, objecte Mylondo, « rien ne garantit qu’un montant bas serait augmenté par la suite ». Le MFRB vante les mérites émancipateurs de la mesure, le « changement de paradigme » qu’elle permettrait, mais se félicite de tous les projets, y compris ceux qui préconisent un montant faible — autour du RSA actuel. L’association a même travaillé avec la très conservatrice Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, lorsqu’elle proposait un revenu de base de 400 euros. Un positionnement cohérent avec l’apolitisme revendiqué du mouvement, mais rédhibitoire pour Mylondo, qui n’y a jamais adhéré. Plutôt « rien du tout qu’un revenu de base au rabais » : « Je ne suis pas un inconditionnel du revenu inconditionnel », dit-il. Mme Morel Darleux, elle aussi, se défend de tout « fétichisme ».
S’agissant du financement, l’argument du « réalisme » et du « pragmatisme » traduit un certain fatalisme face à l’état du rapport de forces social et politique. Le MFRB participe à la campagne « Quantitative Easing (“assouplissement quantitatif”) pour le peuple », qui milite pour que la Banque centrale européenne (BCE) mette son initiative de création monétaire directement au service des citoyens plutôt qu’à celui des banques privées. Il y voit l’occasion de jeter les bases d’un revenu universel européen. La BCE n’écarte d’ailleurs pas un tel recours à la « monnaie hélicoptère », déversée sur tous pour relancer la consommation. Mais le MFRB se montre beaucoup plus prudent sur le front des inégalités. Hyafil juge inutile de « taper sur les plus riches », sous peine d’accroître encore l’évasion fiscale, et revendique une approche « consensuelle », « centriste », dans le souci de rassembler. « À la Libération, les patrons faisaient profil bas parce qu’ils avaient collaboré ; ce n’est plus le cas ! », remarque Mme Martine Alcorta, vice-présidente EELV du conseil régional d’Aquitaine, qui prépare une expérimentation du revenu de base. De Basquiat estime qu’avant de pouvoir rassembler une majorité autour d’un revenu garanti de gauche il faudra « une guerre ou deux »… L’hypothèse d’une lutte enfin efficace contre la fraude fiscale (16), souhaitée par beaucoup de partisans de la mesure, le fait sourire : « S’il existait une volonté réelle d’y mettre fin, on y serait parvenu depuis longtemps ! »
Comme tout projet progressiste, le revenu garanti dans sa version de gauche se heurte à l’absence d’un pouvoir en position de le mettre en œuvre. S’y ajoute, au fur et à mesure que le principe se popularise, un risque croissant de dénaturation. Même si l’hypothèse d’un revenu de base suscite encore, pour l’essentiel, l’indifférence ou la réprobation, elle semble apparaître à certains comme une planche de salut commode à la veille des échéances — législatives et présidentielle — de 2017, dans un contexte de pénurie d’idées nouvelles et de discrédit de l’action politique. Ce printemps, en pleine bataille autour de la « loi travail », M. Guillaume Mathelier, maire socialiste d’Ambilly (Haute-Savoie) et auteur d’une thèse sur le revenu universel, indiquait que le premier secrétaire du PS, M. Jean-Christophe Cambadélis, bien que lui-même sceptique, l’avait chargé de « faire monter le sujet » au sein du parti. Quant au premier ministre Manuel Valls, il a déclaré sur Facebook, le 19 avril, vouloir « ouvrir le chantier du revenu universel », avant d’ajouter aussitôt qu’il ne s’agirait pas d’une allocation « versée à tous », car « cela serait coûteux et n’aurait aucun sens ». Autrement dit : le revenu universel, pourquoi pas, mais à condition qu’il ne soit pas… universel.
Quoi qu’il en soit, comment espérer asseoir la légitimité d’un droit au revenu dans une société étranglée par l’austérité, matraquée de discours bilieux sur l’« assistanat », et où la vision du travail reste dominée, comme le dit M. Mathelier, « par le mythe du péché originel » ? Mme Morel Darleux invite à se défier de toute précipitation : « S’il s’agit de réclamer des mesures urgentes, je préfère insister sur la revalorisation du smic ou sur la titularisation des précaires de la fonction publique. Sur ces sujets, on est dans la reconquête, alors que le revenu de base, c’est de la conquête. Les débats qu’il suscite me paraissent d’ailleurs aussi intéressants que sa mise en œuvre. Le voyage compte autant que la destination ! Il suffit d’évoquer l’idée pour lancer des discussions passionnées sur ce que nous voulons faire de nos vies, sur l’organisation de la société… » Prendre le temps de mener la bataille culturelle et politique : peut-être le meilleur moyen de s’assurer qu’une fois introduit dans le salon le chaton ne se transformera pas en tigre prêt à dévorer ses propriétaires.

Mona Chollet


(1) Débat à l’ambassade de Finlande à Paris, 3 mars 2016.
(2) Le smic français s’élevait en juin 2016 à 1 141 euros net.
(3) Lire le dossier « Revenu garanti, une utopie à portée de main », Le Monde diplomatique, mai 2013.
(4) Baptiste Mylondo, Un revenu pour tous. Précis d’utopie réaliste, Utopia, Paris, 2010.
(5) Lire Sam Pizzigati, « Plafonner les revenus, une idée américaine », Le Monde diplomatique, février 2012.
(6) Milton Friedman prônait une allocation sous forme d’impôt négatif dans Capitalisme et liberté, Leduc.s Éditions, Paris, 2010 (1re éd. : 1962).
(7) Lire Bernard Friot, « À partir des retraites, imaginer un salaire à vie », Les blogs du Diplo, 8 septembre 2010.
(8) « Le revenu de base, de l’utopie à la réalité ? » (PDF), Fondation Jean-Jaurès, Paris, 22 mai 2016.
(9) Le montant de base du RSA est de 524,68 euros pour une personne seule et de 787,02 euros pour un couple.
(10) Marc de Basquiat et Gaspard Koenig, Liber, un revenu de liberté pour tous, Éditions de l’Onde - Génération libre, Paris, 2014.
(11) À noter que l’aide au logement devrait selon eux faire l’objet d’une allocation distincte, en fonction des situations individuelles.
(12) « Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique » (PDF), Synthèses sur l’avenir du travail, OCDE, Paris, mai 2016.
(13) David Graeber, « On the phenomenon of bullshit jobs », Strike !, 17 août 2013.
(14) « Technical change turns basic income into a necessity », conférence « The future of work », Institut Gottlieb-Duttweiler, Zurich, 5 mai 2016, https:// yanisvaroufakis.eu
(15) Lire Evgeny Morozov, « Résister à l’uberisation du monde », Le Monde diplomatique, septembre 2015, et « L’utopie du revenu garanti récupérée par la Silicon Valley », Les blogs du Diplo, 29 février 2016.
(16) Lire Eva Joly, « En finir avec l’impunité fiscale », Le Monde diplomatique, juin 2016.

Sourcehttp://www.monde-diplomatique.fr/2016/07/CHOLLET/55965