mardi 1 août 2017

Altermondialisme

Les mouvements altermondialistes regroupent divers acteurs qui, opposés à ce qu'ils appellent le « mondialisme néolibéral », jugé injuste et dangereux, revendiquent la mise en place d'une autre mondialisation. Leur diversité incite à parler davantage de mouvance que de mouvement au singulier. L'altermondialisme met en avant des valeurs comme la démocratie, la « justice économique et sociale », la protection de l'environnement et les droits humains. Il s'agit donc pour ses acteurs de concevoir et d’œuvrer à une mondialisation maîtrisée et solidaire, par opposition à la mondialisation actuelle ou mondialisme.
Hétérogène, marqué par une culture qui pourrait se rattacher à la tradition libertaire ou à l'écologie radicale, le mouvement oscille entre réformisme (par exemple à travers la revendication d'une Taxe Tobin proposée par Attac) et radicalisme, mais se rassemble autour du slogan « Un autre monde est possible » ou plus récemment, « D'autres mondes sont possibles ».
Néanmoins, on distingue des prises de position et des revendications communes à de nombreuses organisations concernant :
Ces thèmes se retrouvent d'une part dans un certain nombre d'ouvrages, de films ou encore de médias, d'autre part dans des textes de diverses organisations du mouvement altermondialiste : plate-forme proposée par Attac, manifestes ou rapports élaborés durant les forums sociaux mondiaux, dont le manifeste de Porto Alegre, des textes de l'Organisation des Nations unies de déclarations de droit et d'autonomie dont les altermondialistes « réformateurs » veulent l'application concrète.

Historique et structure

L'altermondialisme se composant d'acteurs et d'organisations de différentes formes, son origine ne se rattache pas à une période bien définie. Elle s'enracine néanmoins dans les mouvements de contestation émergeant au début des années 1980 dans les pays du Sud avec la lutte, d'abord contre la dette du tiers monde et les plans d'ajustement structurels du FMI, puis contre l'Organisation mondiale du commerce créée en 1994. L'altermondialisme apparaît en partie comme une conjonction entre "différents courants occidentaux critiques du capitalisme et des courants anti-impérialistes du Sud". Ainsi, en 1984, naissent le Third World Network à Penang, association consacrée au développement et aux échanges Nord-Sud, et les contre-sommets, dont le premier se tient à Londres, sous le nom de Other Economic Summit.
Les manifestations de 1999 à Seattle sont les premières manifestations altermondialistes fortement médiatisées. Elles sont suivies par un premier Forum social mondial, alternatif au Forum économique mondial de Davos, et par le rassemblement de Gênes en 2001 (avec la mort d'un manifestant par balle lors d'affrontements avec la police italienne) contre le sommet du G8. Les Forums sociaux mondiaux ont lieu chaque année, soit à Porto Alegre (de 2001 à 2003), à Bombay en 2004 ou encore polycentrique. En novembre 2002 s'est également tenu le premier Forum social européen à Florence, au cours duquel 450 000 à 1 million de personnes ont défilé contre la guerre en Irak et « pour un autre monde ». En tant que lieux d'échanges et événements médiatiques, les forums sociaux sont les espaces et les moments privilégiés du mouvement. Il s'est développé durant les dernières années plusieurs forums sociaux mondiaux, continentaux et locaux.
La ville d'Atlanta a accueilli le premier Forum social des États-Unis du 27 juin au 1er juillet 2007, à l'initiative du Forum social.

Composition

Le mouvement altermondialiste résulte de la convergence et de la multiplicité de mouvements. Il regroupe des personnes d'horizons très divers qui ont en commun le refus de la mondialisation néo-libérale. Pour cette raison, cette mouvance est appelée parfois « le mouvement des mouvements ».



Cette diversité se reflète dans le grand nombre d'organisations se revendiquant altermondialistes. Le point de vue altermondialiste connaît également un écho parmi certains dirigeants des pays les moins avancés (PMA), ainsi que certains l'ont exprimé dans la déclaration de Dhaka ou dans leur appartenance au mouvement des non alignés.
La mouvance altermondialiste ne forme pas une organisation, mais plutôt un réseau au fonctionnement « horizontal ». Les associations réunies au sein du mouvement peuvent d'ailleurs se structurer ainsi (ainsi dans l'Union syndicale Solidaires en France), mais certaines, comme Attac France, reproduisent dans leur structure une hiérarchie pyramidale en octroyant un pouvoir décisionnel important à une minorité, comme le collège des fondateurs d'Attac.
Une dimension importante réside dans l'internationalité des réseaux (cf. la structure des mouvements Attac, ou Indymedia), notamment à travers des forums mondiaux, tel le Forum social mondial de Porto Alegre, permettant d'y développer des synergies entre les mouvements de différents pays..
Un mouvement français comme Les Désobéissants propose des ateliers pour organiser des actions de Désobéissance Civile en rapport avec les thématiques de l'altermondialisme.

Orientations


Protestations contre le G20 de Toronto en 2010. Les réunions internationales comme le G20 ou le G8 sont souvent pris pour cibles par les mouvements altermondialistes.

Le terme anti-mondialisation a été le premier utilisé par les journalistes pour désigner le mouvement contestataire. En 1999, le terme « altermondialisme » ou « altermondialisation », d'origine belge, fut introduit dans la francophonie pour mettre en avant le caractère favorable d'une partie du mouvement à une forme de mondialisation qui serait différente de la mondialisation actuelle. Le terme lui-même est la reprise du slogan « Un autre monde est possible ». Pour l'essayiste Eric Zemmour, la substitution du terme altermondialisme au terme anti-mondialisme serait caractéristique de la reddition de ce mouvement à l'idéologie libérale et mondialiste. Effrayés d'être accusés de repli frileux, les nouveaux altermondialistes se soumettraient aux idéaux universalistes, dénigrant le libéralisme économique tout en se pliant aux dogmes du libéralisme sociétal sans reconnaître que selon les travaux de Jean-Claude Michéa les deux sont liés. Ils seraient les hérauts d'« une autre mondialisation » qui resterait une mondialisation, ambiguïté qui marquerait définitivement le mouvement.
La pluralité des orientations politiques au sein du mouvement est difficile à synthétiser. Il est possible de décrire un certain nombre d'orientations spécifiques au sein du mouvement :
  • Les communistes et marxistes. Les communistes se sont liés au mouvement altermondialiste sur des bases anticapitalistes et s'opposent traditionnellement à la mondialisation économique capitaliste, qui serait celle de la classe bourgeoise, et prônent la mondialisation de l'action des peuples (ou du prolétariat) selon un modèle social et solidaire. Tous les communistes ne se sentent pourtant pas altermondialistes : en France, si des partis comme le PCF ou le NPA se rapprochent de la mouvance, d'autres, comme par exemple Lutte ouvrière, s'en éloignent.
  • Les antilibéraux qui critiquent le modèle du libre-échange (cf. critiques du libéralisme économique) veulent réformer en profondeur les principes de la logique économique, sur la base de critères sociaux et moraux. Certains proposent de taxer les flux de capitaux spéculatifs (taxe Tobin) ;
  • Les souverainistes qui, ayant pour but déclaré de protéger la nation du « néolibéralisme » des marchés et de l'insécurité sociale qui en découlerait (chômage, « dumping social », délocalisations), prônent des mesures protectionnistes d'intérêt national ou régional en matière d'économie. Cette dernière catégorie est clairement antimondialiste ;
  • Les écologistes, qui veulent préserver l'environnement contre les destructions et les prédations des ressources communes, causées généralement par une volonté d'accaparer des profits à court terme au mépris de l'intérêt général. Ces comportements sont fréquents dans les entreprises multinationales, pilotées selon les critères des marchés financiers et parfois tentées par l'impunité que peut conférer leur mobilité transnationale ou leur puissance économique ;
  • Les objecteurs de croissance qui s'opposent au développement de la consommation comme modèle social ;
  • Une partie de l'extrême droite française se réclame de l'altermondialisme, comme le journal Flash, proche du Front national, avec des auteurs comme Alain Soral ;
  • Les localistes qui privilégient ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, entendant favoriser ainsi la démocratie participative, la cohésion sociale et la production de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de marchandises ;
  • les anarchistes qui sont contre l'oppression des libertés par l'Etat et le capitalisme.
La plupart des tendances s'accordent sur un compromis que l'on retrouve aussi dans la tendance modérée, celle des « réformateurs modérés » qui sont partisans du libre-échange mais souhaitent que le marché soit régulé selon des impératifs sociaux et environnementaux, par exemple le principe de souveraineté alimentaire.

Position

Positions présentées comme altermondialistes


« Ceci est le second visage de votre mondialisation », manifestation contre la tenue du G8 de Heiligendamm en 2007.

La pensée altermondialiste veut, d'une part, faire prendre conscience de ce qu'elle considère comme les méfaits d'une forme de mondialisation trop centrée sur l'économie, et, d'autre part, proposer des réformes ou du moins des alternatives selon la formule "un autre monde est possible". Cependant, si la diversité du mouvement s'avère efficace en tant que front de contestation, son manque d'homogénéité empêche le mouvement de produire un programme politique clair et de canaliser ses partisans dans une voie unique. Néanmoins, une orientation commune se dégage sur des thèmes généraux comme la lutte pour le développement durable, la souveraineté alimentaire et les droits fondamentaux comprenant la paix voire la démocratie. L'altermondialisme se veut un moteur de lutte sociale. Il a désigné comme son principal adversaire idéologique le « néolibéralisme. »
L’idée de base des altermondialistes consiste à considérer que le processus de mondialisation économique, s’il n’est pas encadré politiquement, conduit à une augmentation des inégalités dans le monde : d’une part entre la population mondiale la plus riche et la plus pauvre, d’autre part entre les pays du Nord, principalement l'Amérique du Nord et l'Europe, et une majorité des pays du Sud dont l'Afrique subsaharienne et les PMA. Ce dernier point peut toutefois être contesté par l’analyse du PIB par pays sur les 50 dernières années, un indicateur que les altermondialistes contestent en général.
Certains altermondialistes sont par ailleurs préoccupés par l'effet de serre, les OGM (voir Lutte anti-OGM), la pollution qui est engendrée par l'activité industrielle ou encore les armes chimiques et nucléaires.
D'autres accusent les grandes compagnies transcontinentales et les organes financiers et commerciaux internationaux de favoriser, directement ou indirectement, des intérêts privés plutôt que l'intérêt général par la recherche de profits au détriment des facteurs sociaux et écologiques (voir externalité négative et les difficultés à appliquer le protocole de Kyōto ou la Bourse du carbone).

Critiques

Critique du marché mondial

Les altermondialistes considèrent que la mondialisation par le marché n'est pas un synonyme de progrès humain, celle-ci ne profitant, selon eux, pas équitablement à tous.
Les altermondialistes dénoncent particulièrement les inégalités croissantes entre la proportion des plus riches et des plus pauvres de la planète. Estimant qu'elles ont augmenté depuis 1960, ils attribuent cette hausse à la mondialisation plutôt qu'aux causes internes à ces pays. Selon le rapport 2001 du PNUD, 1 % des plus riches mondiaux disposent d'un revenu cumulé égal à celui des 57 % les plus pauvres. De plus, pour 45 des 77 pays disposant d'une statistique sur l'inégalité de revenu, celle-ci a crû à l'intérieur des pays entre 1960 et 1990, renforçant les inégalités intra-nationales. Ces chiffres sont cependant contestés : ainsi, l'économiste espagnol Xavier Sala-i-Martin, spécialiste d'économie du développement, écrit dans ses travaux universitaires que les inégalités économiques et la pauvreté ont diminué au niveau mondial depuis les années 1970 pour les pays qui se sont ouverts au commerce international, alors que les pays ayant des stratégies autocentrées ont vu leur revenu moyen diminuer. Il ajoute que, selon ses calculs, les inégalités entre pays ont augmenté dans les années 1960 et 1970, avant de diminuer progressivement.
Les altermondialistes dits « Lesagiens » (influencés par l'école de pensée de l'économiste Adrien Lesage, personnalité du mouvement altermondialiste) pointent du doigt le fait qu'entre 1990 et 2000, malgré l'accroissement des forces productives, illustré par le doublement du PNB mondial, le nombre des victimes de la faim n'a pas évolué significativement (+/- 9 millions de morts chaque année, soit près de 25 000 par jour selon les chiffres du PAM). Sur le plus long terme, on est passé d'1,5 milliard de personnes souffrant de la faim dans les années 1950 sur une population de 2,5 milliards, à environ 800 millions en 2006.
Est également critiquée la libéralisation des flux financiers et monétaires mondiaux qui a, selon eux, un effet déstabilisateur sur les économies locales et des conséquences humaines néfastes. Ils attribuent par exemple la crise économique argentine et la crise économique asiatique du Sud-Est à la fin des années 1990 à cette libéralisation. De plus, les paradis fiscaux sont une des cibles des altermondialistes. Pareillement, la « spéculation » est régulièrement critiquée par le mouvement altermondialiste alors qu'à l'inverse elle est considérée par la majorité des économistes comme nécessaire à l'activité économique et à la constitution d'un marché efficient.

Position vis-à-vis des États et des organismes internationaux

Les altermondialistes considèrent que l'économie n'est pas régie par des lois économiques naturelles et immuables mais est le fruit de politiques conscientes des gouvernements qui concèderaient de plus en plus leur pouvoir au marché (voir Consensus de Washington).
De leur point de vue, le marché réduirait l'homme et la nature à sa valeur marchande. Ils voient comme contrepoids des instances externes aux marchés, comme les États, certaines organisations internationales ou, sans trop de précision sur sa représentation, la société civile. Bien que se disant favorables au développement d'organisations internationales, ils s'attaquent à celles qui cherchent à privatiser ou à réduire l'accès aux services publics, ainsi qu'à celles qui visent à libéraliser l'économie.
L'organisation Attac résume le souhait des altermondialistes de modifier les règles des grandes institutions internationales comme suit :
« Une réforme radicale des institutions financières internationales, fondée sur une remise en cause de l’organisation actuelle des pouvoirs au sein du système financier international, constitue une condition politique préalable à la construction d’un mondialisme alternatif fondé sur le pouvoir des peuples et sur une nouvelle conception du développement durable. »
Les altermondialistes souhaitent une plus grande démocratisation des institutions supranationales, non démocratiquement élues au suffrage universel direct, comme l'OMC, FMI, la Banque mondiale ou le G8 (voir également : Banque centrale européenne). Le manque de transparence de ces organisations est aussi souvent critiqué par le mouvement altermondialiste.

Critique de l'OMC


Manifestation anti-OMC à Jakarta

Tout d'abord, le mandat de l'OMC de réduire les obstacles au libre-échange est critiqué comme étant défavorable à certains pays du Sud, particulièrement concernant l'agriculture. Ainsi le rapport de la plateforme d'ONG françaises Coordination SUD intitulé « La protection des marchés agricoles. Un outil de développement » conclut que « associée à des mesures de soutien à la production » et « pendant une période de temps donnée », « la mise en place de mesures de protection (des marchés agricoles) apparaît clairement comme une condition nécessaire pour parvenir à développer la production locale et renforcer l’autosuffisance ».
Néanmoins, la Politique agricole commune, qui subventionne les exportations agricoles des pays riches et qui est dénoncée par les pays du Sud comme concurrence déloyale, fait débat au sein du mouvement altermondialiste.
Les négociations en huis clos sont également pointées du doigt, ainsi que le système de négociation per se, géré par des comités techniques non élus démocratiquement et accusés de dissimuler des lobbies d'intérêt privés. D'autre part, la domination des pays industrialisés dans le commerce mondial est pointée comme raison de l'impossibilité pour les pays pauvres et les groupes minoritaires de s'opposer aux décisions de l'OMC. Ainsi, l'ONG Oxfam dénonce le fait que selon elle les intérêts des pays développés prennent le pas sur le développement dans les négociations commerciales.
Les altermondialistes, rejoints en cela par des auteurs et experts de tout bord, appellent à plus de démocratie, plus de transparence et un nouveau rapport de forces plus favorables aux pays en développement et aux politiques locales.
En outre, la gouvernance de l'OMC, basée principalement sur les ministres du Commerce des pays adhérents, est critiquée pour son manque de préoccupation dans les domaines sociaux et environnementaux qui sont pourtant influencés par ses décisions.
Les accords concernant la propriété intellectuelle comme les ADPIC sont également dénoncés lorsqu'ils sont relatifs aux biens « vitaux » (aliments, médicaments, eau) ou aux organismes vivants. Sont en particulier visés les OGM et le prix élevé de certains médicaments comme ceux contre le SIDA. Certains groupes ont par exemple développé le concept alternatif de brevet positif pour y remédier. Les altermondialistes sont généralement favorables aux logiciels libres.

Critique du FMI

Pour les altermondialistes, les politiques menées par le FMI ont contribué de façon dramatique à des échecs économiques, sociaux et politiques dans un grand nombre de situations : notamment la crise économique asiatique de 1997, les transitions des économies russes et est-européennes à l'économie de marché, les réformes sud-américaines et la gestion des pays africains.
Ces critiques des interventions du FMI sont en fait très répandues et développées par des économistes de tous bords, dont des défenseurs de la mondialisation. Sont mis en avant l'absence d'adaptations des politiques du FMI aux situations particulières, l'absence de recul quant à l'hypothèse de l'autorégulation du marché, ou encore le dévouement de l'institution aux intérêts de certains acteurs du marché financier.
La critique du FMI n'est donc pas du tout propre au mouvement altermondialiste. Ainsi, paradoxalement, si les altermondialistes voient dans le FMI une instance du « néo-libéralisme », nombre de libéraux peuvent contester l'existence même du FMI, dont l'objet est la régulation étatique du marché, donc en contradiction avec le principe de l'autorégulation.
Enfin, les altermondialistes critiquent le mode de fonctionnement du FMI, dans lequel les voix sont pondérées par la participation financière, et préconise un mode de décision démocratique.

Critiques des grandes firmes multinationales


La firme américaine Monsanto est prise pour cible par la mouvance altermondialiste, notamment pour sa production et sa commercialisation d'OGM.

L'altermondialisme s'oppose aux grandes multinationales comme Monsanto (producteur de semences génétiquement modifiées, ou OGM), qui ont tenté d'interdire l'étiquetage sur les produits. Une figure française emblématique de cette lutte est José Bové. Plus généralement, les altermondialistes s'opposent à tous les brevets sur le code génétique (ADN), au motif qu'on ne saurait breveter les êtres vivants (au sens de l'appropriation du vivant à des fins mercantiles).
Ils s'opposent aussi aux multinationales pharmaceutiques (Roche, Pfizer, etc.), qui, par leurs brevets et le prix de vente de leur médicament, empêcheraient les pays pauvres d'avoir accès aux soins. Les médicaments Diflucan ou Triflucan notamment de Pfizer permettraient de sauver des dizaines de millions de personnes malades du SIDA en Afrique.
Ils dénoncent certaines multinationales qui, grâce à la libéralisation des échanges et aux avantages liés aux zones franches industrielles, délocalisent et sous-traitent à bon marché en violant les droits humains ou en provoquant des désastres écologiques. Par exemple, Shell est accusé de refuser d’assainir le site du plus grand déversement souterrain d’hydrocarbures en zone urbaine, à Durban, en Afrique du Sud, où plus d’un million de litres de pétrole auraient été répandus.
Les politiques de délocalisations sont selon eux négatives à la fois pour les pays développés (car menaçant la stabilité et le volume de l'emploi, la sécurité sociale ou le minimum salarial) et pour les pays du Sud (car favorisant le dumping social et l'exploitation par le Nord plutôt que le développement local des pays du Sud).

Propositions

Les propositions concernant les droits de l'homme et de l'environnement sont également présentes chez beaucoup d'entre eux. En particulier, la question de la durée est posée par une grande partie du mouvement : à quoi sert de se développer en exploitant de plus en plus intensivement des ressources qui ne se renouvellent pas et dont l'épuisement est prévisible si ce n'est à « aller plus vite dans le mur » ? Le concept de développement durable est souvent employé, questionné et mis en débat en le comparant avec le concept de décroissance soutenable.
Les altermondialistes aspirent également à plus de démocratie mais les propositions concrètes sont très éparses, allant de la réforme des organisations internationales à l'instauration d'un parlement mondial par une mondialisation démocratique, une sorte de Nations Unies élues au suffrage universel, selon certains altermondialistes.
Les altermondialistes soutiennent souvent des idées réformatrices dans le domaine économique comme celles d'un allègement ou de l'annulation de la dette des pays pauvres, d'une taxation sur les transactions financières (taxe Tobin).
Plus précisément, une liste de propositions couramment avancées par les altermondialistes, dont particulièrement par le mouvement Attac, a été synthétisée dans le manifeste de Porto Alegre france.attac.org . On distingue les :

Propositions liées à des réformes économiques

  • Annuler la dette publique des pays du Sud. L'argumentaire altermondialiste consiste à dire qu'ils l'ont déjà remboursée plusieurs fois via les intérêts, qu'elles ont été souvent contractées par un gouvernement précédent non démocratique afin de maintenir son pouvoir ou qu'elles sont le pendant de la dette écologique ou coloniale.
  • Promouvoir le commerce équitable avec un nivellement par le haut des normes sociales telles que consignées dans les conventions de l'OIT. Reconnaître les droits économiques, sociaux et culturels énoncés à la conférence de Vienne de 1993. En particulier, reconnaître le droit à la souveraineté et à la sécurité alimentaire, à l'emploi, à la protection sociale et à la retraite. Remarque : le syndicat confédération paysanne demande que l'agriculture soit exclue totalement des négociations de libéralisation.
  • Tirer un bilan exhaustif et indépendant des conséquences des décisions de l'OMC, du FMI et de la Banque mondiale.
  • Exclure définitivement les domaines de l'éducation, de la santé, des services sociaux et de la culture des cycles de négociation de l'OMC et proscrire les services publics de l'accord général sur le commerce des services (AGCS) de l'OMC.
  • Instaurer des taxes internationales sur les transactions financières, dont la taxe Tobin sur le marché des devises. D'autres variantes existent comme celles sur les investissements étrangers, sur les bénéfices consolidés des transnationales, sur les ventes d'armes ou sur les activités à forte émission de gaz à effet de serre.
  • Démanteler les paradis fiscaux afin de contrer les évasions fiscales et le crime financier.
  • Interdire toute forme de brevetage du vivant et de privatisation de biens communs de l'humanité, l'eau notamment.

Liées à la justice et à la paix

  • Mettre en place un système international respecté de prévention et règlement des conflits (une sorte de Tribunal pénal international ayant plus de pouvoirs).
  • Appliquer la charte des Droits de l'homme contre toute forme de discrimination, de sexisme et de racisme et condamner de manière égale les différents pays qui ne la respectent pas.

Liées au développement de la démocratie

  • Garantir le droit à l'information par des législations mettant fin à la concentration des médias dans des groupes de communication géants, et garantissant l'autonomie des journalistes par rapport aux actionnaires.
  • Réformer et démocratiser en profondeur les organisations internationales régies par le consensus de Washington (FMI, Banque mondiale, OMC) et y faire prévaloir les droits humains, économiques, sociaux et culturels, dans le prolongement de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Incorporer également ces organisations dans le système et les mécanismes de décision des Nations unies.

Réalisations


Le commerce équitable cherche à améliorer la condition sociale des producteurs des produits alimentaires dans les pays du Tiers-Monde.
  • Ils attribuent l'annulation d'une partie de la dette des pays les plus pauvres à ces pressions sur les gouvernements et les organisations comme le Club de Paris qui prennent habituellement en leur nom ces mesures en cas d’insolvabilité. Ils en donnent pour exemple l'aide supplémentaire accordée à l'Afrique lors du sommet du G8 en 2005. De plus, les altermondialistes ont mené des campagnes de pressions internationales dans les années 1990.
  • La revendication historique d'une taxation de certains capitaux patine ; la plus grande avancée a consisté en une initiative législative du Parlement européen, repoussée dès avant la première lecture grâce aux pressions de Tony Blair sur les députés travaillistes anglais, mais aussi aux abstentions ou votes contre des députés de LO/LCR.
  • Le rejet du référendum sur la Constitution européenne en France est en partie dû aux critiques altermondialistes, mais plus généralement des partis et mouvements politiques non-gouvernementaux. Ce résultat, supposé « satisfaisant » par les altermondialistes, lui vaut en revanche l'hostilité d'une partie des partis de gauche social-démocrates français (PS) et européens (SPD en Allemagne, Parti travailliste au Royaume-Uni notamment), ainsi que de la droite européenne modérée, ce que les altermondialistes interprètent comme une pensée unique pro-Union européenne libérale, nonobstant que leur courant de pensée soit loin d'être le seul à s'y opposer (conservateurs britanniques, souverainistes en France et ailleurs, droite religieuse en Espagne, en Bavière ou en Pologne, libéraux notamment anglais…).
  • Certaines boîtes à idées altermondialistes (comme le Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde) s'accordent à penser que les décisions de transformer des plans drastiques du FMI en FPRC (« facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance »), ou encore l'émergence de l'« initiative pour les pays fortement endettés » ont été favorisées par les pressions altermondialistes.
  • Les actions des institutions financières internationales qualifiées par les altermondialistes de « néolibérales » feraient désormais l'objet de davantage de critiques.
  • Les altermondialistes considèrent que leurs actions et leur pression ont été en partie à l’origine de certaines avancées (telles que la mise à disposition à prix réduit des médicaments anti-sida).

Critiques de l'altermondialisme

Le mouvement a été fortement critiqué sur plusieurs fronts par des politiciens, des sociologues ou des économistes. Ils reprochent au mouvement une mauvaise analyse des indicateurs économiques et dénoncent également le fait que, au-delà d'un discours humaniste, la motivation réelle de certains activistes réside dans le repli national.

Critique de l'analyse économique

Certains détracteurs du mouvement affirment que, à l'inverse des affirmations des altermondialistes, c'est l'ouverture commerciale et l'économie de marché qui permet la prospérité de tous. Et de citer le cas de l'échec des modèles de développement autocentré et le succès de pays anciennement sous-développés ou peu développés par l'ouverture au commerce international : Japon, Corée du Sud, Chine, Inde, Taïwan, Nouvelle-Zélande, etc. Cependant, les altermondialistes ne remettent pas en cause les échanges commerciaux mais jugent simplement inéquitable le mode de fonctionnement actuel du commerce international.
Les altermondialistes dénoncent par ailleurs l’écart croissant des richesses entre pays pauvres et pays riches. Toutefois les pays pauvres ont connu une croissance économique supérieure à celle des pays riches tout au long des 50 dernières années marquées par cette mondialisation, alors qu’elle avait été largement inférieure jusque-là. En outre, les critiques de l'altermondialisme estiment que les différences de développement peuvent s'expliquer par d'autres facteurs qu'une exploitation des pays pauvres : dégradation des termes de l'échange par la spécialisation sur des produits à faible valeur ajoutée, problèmes internes aux pays du tiers monde qui ne connaissent pas l'état de droit et manquent de libre marché. Ils soutiennent également que les différentes crises en Argentine ou dans les pays asiatiques peuvent être expliquées en partie par les déséquilibres internes des politiques économiques menées par ces pays, bien plus que par la spéculation. Ainsi, le journaliste Philippe Manière, dans L'aveuglement français, écrit que le spéculateur ne peut gagner que s'il y a des faiblesses déjà existantes dans l'économie du pays, faiblesses qu'il ne fait que révéler. Autrement formulé, l'action du spéculateur (sur les monnaies dans l'exemple cité) n'est pas un déséquilibre du marché mais au contraire un rééquilibrage du cours à sa juste valeur. Et Manière de rappeler que Soros perdit presque autant d'argent en misant à tort contre le franc en 1992 qu'il n'en gagna en misant à raison contre la livre.

Effets sur l’environnement des restrictions à la mondialisation

Certains altermondialistes sont partisans de la décroissance afin de protéger les ressources naturelles de la planète et limiter le réchauffement climatique. Selon certains économistes, la croissance économique serait nocive pour l'environnement dans les premiers stades du développement, mais à partir d'un certain seuil de revenu par habitant (déjà atteint par les pays développés) elle deviendrait de plus en plus profitable (voir Courbe de Kuznets). Cette idée repose sur le principe que l'environnement est donc un bien dit « supérieur » qui est davantage susceptible d'intéresser les riches, que des pauvres qui pensent avant tout à se nourrir. L'élévation du PIB permet par ailleurs de disposer de ressources accrues permettant des politiques environnementales. L'idée de décroissance afin de protéger l'environnement est donc remise en question par certains analystes.
L’économiste australien Kym Anderson a analysé les effets de la politique agricole de l’Union européenne dont le caractère est protectionniste. Il note que la libéralisation des échanges provoquerait selon lui un déplacement de la production vers les pays en développement. Là encore, les freins à la mondialisation apparaissent, pour certains, comme nuisibles à l’environnement.
Bien sûr on trouve des exemples où le libre-échange a contribué à des problèmes environnementaux. Le développement d’activités économiques est en soi cause de problèmes environnementaux : les économistes dénoncent souvent les propositions restrictives de certaines ONG remettant en cause l’implantation de certaines activités dans les pays en développement. À ce propos Jagdish Bhagwati prend l’exemple de la polémique sur l’élevage de crevettes en Asie du Sud-Est, effet de la libéralisation du commerce ayant de graves conséquences écologiques dans les régions où il est pratiqué. Il explique que « de nombreuses organisations non gouvernementales ont argué de ce fait pour dénoncer ce commerce et réclamer sa restriction. Mais cela revient à jeter le bébé avec l’eau du bain, car le commerce est un puissant levier de prospérité et donc aussi bénéfique pour la société ».

Critique des motivations du mouvement

Pour certains des opposants à l'altermondialisme, la priorité du mouvement, loin de vouloir faire avancer la mondialisation dans des domaines positifs, est surtout de promouvoir une théorie économique et sociale proche du socialisme.
C'est ainsi que certains discours généreux pourraient être de simples rationalisations, couvrant d'un vernis éthique la défense corporatiste de catégories sociales apparaissant excessivement protégées et subventionnées. Par exemple :
  • les agriculteurs des pays du Nord, chercheraient, en utilisant cette plate-forme, à conserver des barrières douanières empêchant aux agricultures du Sud d'exporter, une voie essentielle de leur développement.
  • les membres du mouvement qui dénoncent les importations du Sud « non éthiques » (cf. les produits chinois), chercheraient à restreindre la concurrence des travailleurs du Sud à des « niches » très limitées et simplement symboliques, comme le commerce équitable.
Pour l’économiste américain d'origine indienne Jagdish Bhagwati, les revendications altermondialistes contre le libre-échange sont liées à la chute du communisme, seul rival idéologique du capitalisme. Cet épisode aurait créé un vide pour les « idéalistes dont la conscience sociale se nourrit de la conviction que le capitalisme est source d’injustice ». Ces individus risquent selon lui d’accroître en réalité les sources d’inégalité et leur réaction face au changement est source selon lui d’immobilisme. À titre d’exemple, la plupart se focalisent sur les aspects négatifs de la mondialisation bien qu’ils en soulignent certains aspects positifs et remettent en question d'autres points positifs (en termes d’emplois par exemple, la destruction de ceux de l’industrie n’est pas mise en rapport avec la création d’emploi dans d’autres secteurs).
Enfin, certains estiment que le rejet de la mondialisation traduit une peur des changements du monde. Le politologue français Zaki Laïdi, dans son ouvrage La Grande Perturbation analyse ainsi la mondialisation comme une nouvelle expression du changement social.

Effets sur le commerce international critiqué

La diffusion des idées altermondialistes contribue peut-être par ailleurs à permettre à certains gouvernements de mettre en place des politiques mercantilistes visant à défavoriser les pays en développement dans leur effort de rattrapage. On voit par exemple le gouvernement américain tenter de freiner les importations de produits étrangers au nom de la protection de l’environnement (les pêcheurs mexicains seraient moins respectueux des dauphins que leurs homologues américains) ou la lutte contre la pauvreté (les États-Unis et l’Union européenne dénoncent les conditions de travail dans certains pays pauvres afin, selon certains, de trouver un prétexte à la protection de leur marché national).
Sur la question des échanges mondiaux, les altermondialistes dénoncent la logique du libre-échange. Toutefois les principes du libre-échange sont couramment admis et approuvés par la très grande majorité des économistes, libéraux ou non, qui en soulignent les aspects positifs. Selon Paul Krugman, les confusions et la remise en cause du libre-échange auxquelles contribuent les revendications altermondialistes tendent à donner à l’opinion l’illusion d’un conflit commercial planétaire qui menacerait à terme le développement harmonieux des échanges mondiaux. Dans leur analyse de l’OMC, les altermondialistes sont accusés par certains de montrer une apparente incompréhension des principes du libre-échange car ils considèrent le libre-échange comme profitable uniquement lorsqu’il prend la forme de concessions réciproques.

Emploi

Autre aspect qualifié de démagogique par les détracteurs, l’insistance, réelle ou supposée, de certains altermondialistes sur des phénomènes marginaux telles que les délocalisations. Celles-ci concernent selon la plupart des économistes des quantités tout à fait négligeables d’emplois au vu du chômage dans certains pays (inférieurs le plus souvent à 1 % de la population active). Or ces délocalisations se font la plupart du temps en direction de pays riches et non des pays pauvres.
Enfin nombre d’économistes soulignent que les pays pauvres ne souffrent pas d’être exploités mais souffrent du protectionnisme des pays riches. Selon les libéraux, on retrouverait cet esprit dans certaines protestations, contre la directive Bolkestein en Europe par exemple, qui selon les altermondialistes menacerait les conditions de travail des pays d’Europe occidentale. Les libéraux, qui défendent cette directive, dénoncent l'analyse qui consiste à faire de celle-ci un danger majeur alors qu’elle n’est, selon eux, susceptible de concerner que de rares activités du fait de la proximité nécessaire à la prestation de la plupart des services.

Un mouvement incohérent ?

Pour l'essayiste libertarien Johan Norberg, les altermondialistes trahissent le discours de liberté qu'ils entendent porter en prônant le protectionnisme alors que le libre-échange devrait au contraire être leur revendication. Norberg s'en prend par ailleurs aux méthodes violentes de certains altermondialistes, en particulier lors de sommets du G7/G8. Le recours aux méthodes violentes, à l'affrontement physique et à la provocation ne caractérise pas un mouvement démocratique mais au contraire les ennemis de la démocratie : « Ils ridiculisent l'idée de liberté. Dans [le] vocabulaire simpliste d'un adolescent, ce sont des fascistes ».
Boris Johnson, l'ancien maire de Londres aux convictions plutôt libérales, critique également le mouvement, tournant en dérision les enfants de la classe moyenne qui le composent : aliénés, incohérents et en quête de cause. Il leur propose, s'ils veulent réellement améliorer le sort des habitants des pays pauvres, de manifester en faveur de l'abolition des restrictions d'accès aux marchés des pays riches, de l'aboutissement du cycle de Doha, en un mot de manifester en faveur du libre-échange.

Une force de proposition limitée

Au-delà de sa critique du système actuel, le mouvement altermondialiste est critiqué pour la faiblesse de ses propositions. Ainsi, dans La grande perturbation, ouvrage analysant la mondialisation, le politologue français Zaki Laïdi considère que « la capacité de la mouvance altermondialiste à proposer des solutions alternatives reste extrêmement limitée ».
L'essayiste et romancier Pascal Bruckner affirme par ailleurs que « Ce n’est pas être insultant que de souligner la grande faiblesse théorique de la mouvance altermondialiste qui peine à dépasser le stade de la simple invective au moment où le système a plus besoin que jamais pour se régénérer d’un adversaire à sa mesure. ».

Médias, groupes de pression citoyens et autres structures

Les structures diversifiées constituant la mouvance altermondialisme sont organisées en réseau, où les médias qualifiés d'altermondialistes jouent un grand rôle. Parmi ces médias, on peut citer Actualutte, Le Monde diplomatique, Politis, Indymedia, Le Plan B, EcoRev', Altermondes, la revue de la solidarité internationale, le journal de l'association de critique des médias Acrimed, Bellaciao , le réseau d'agendas militants Démosphère ou encore Utopia .
Les documents des structures onusiennes comme les rapports du PNUD jouent aussi un rôle important, comme l'étude critique des documents produits par des institutions contestées (FMI, OMC, Banque mondiale).
Internet est également un élément important dans l'internationalisation, la constitution des réseaux d'associations altermondialistes. Le mouvement altermondialiste utilise largement Internet pour la publication d'informations (plus rapidement que par les médias papier), ainsi que pour la mobilisation, l'organisation pratique.

Débats internes du mouvement

Le mouvement altermondialiste est confronté aujourd’hui à des débats d'orientation en son sein.
Certains de ses acteurs s’interrogent sur la place du mouvement dans l'ensemble des luttes sociales d'émancipation. L’altermondialisme doit-il jouer un rôle antagoniste du néo-libéralisme comme l’était le communisme face au capitalisme, ou bien doit-il être une force d’opposition et d’adaptation à l’intérieur du système actuel ?
D’autre part, la question de la représentation politique est posée. La plupart des organisations altermondialistes refusant de créer un parti, le mouvement s'est axé comme un contre-pouvoir, un mouvement social et fait appel à l'opinion publique, créant des groupes de pression et organisant des mouvements citoyens.
La question des alliances est constante. Les affinités sont grandes avec les mouvements anti-guerre et anti-fascistes. Certains altermondialistes, plus radicaux, sont alliés aux anticapitalistes, d'autres aux anti-productivistes, d'autres encore pensent qu'il faut multiplier les exemples d'alterdéveloppement local. Certaines organisations sont également proches de la pensée néokeynésienne.
La question des résultats obtenus se pose aussi ; en quelques années d'existence les avancées obtenues sur les grandes propositions altermondialistes (dette du tiers monde, taxe Tobin, droit à l'existence d'autres régulations que le marché, etc.) paraissent peu satisfaisantes. Certains pensent que ce mouvement a une force qui se décuplera si le monde libéral d’aujourd’hui aggrave les choses mais que ce mouvement tendra à disparaître si le monde libéral s’adapte à certaines demandes des altermondialistes (celles des réformistes).



Source, notes et référenceshttps://fr.wikipedia.org/wiki/Altermondialisme

33 commentaires:

Je a dit…

Le terme libertaire désigne les personnes, courants, mouvements, structures, organisations, etc., qui prônent une liberté absolue fondée sur la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et le refus de toute contrainte découlant des institutions fondées sur ce principe.

Dans ce sens, le terme libertaire est souvent un synonyme pour désigner l'anarchisme, courant de philosophie politique développé depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques antiautoritaires et auto-gestionnaires.

Ce néologisme a été créé par Joseph Déjacque en 1857 pour affirmer le caractère égalitaire et social de l'anarchisme naissant.

Dans les années 1960, une identité libertaire spécifique émerge qui déborde le cadre anarchiste historique.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Libertaire

Je a dit…

Le projet libertaire ou anarchiste a pour but de développer une société sans domination et sans exploitation, où les individus-producteurs s'associent et coopèrent librement dans une dynamique d'autogestion, de fédéralisme et de liberté politique par la démocratie directe organisée autour du mandatement impératif.

L’anarchisme est employé tantôt péjorativement, comme synonyme de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’anomie, tantôt comme un but pratique à atteindre dans le cadre d'une idéologie comme c’est le cas pour les libertaires.

Pour ces derniers l'anarchie n'est justement pas le désordre social mais au contraire l'ordre social absolu grâce notamment au collectivisme anti-capitaliste qui contrairement à l'idée de possessions privées capitalisées, suggère l'idée de possessions individuelles ne garantissant quant à elles aucun droit de propriété concernant l'accumulation de biens non utilisés. L’anarchie est donc organisée et structurée : c'est l'ordre moins le pouvoir.

Comme le précise l'essayiste Hem Day : « On ne le dira jamais assez, l’anarchisme, c’est l’ordre sans le gouvernement ; c’est la paix sans la violence. C’est le contraire précisément de tout ce qu’on lui reproche, soit par ignorance, soit par mauvaise foi. »

Je a dit…

Le mot « libertaire » a été créé par Joseph Déjacque, militant et écrivain anarchiste, par opposition à « libéral ». Le néologisme construit sur un modèle alors répandu chez les socialistes utopiques par l'usage du terme prolétaire (égalitaire, fraternitaire), apparaît dans une lettre ouverte à P. J. Proudhon, De l'Être-Humain mâle et femelle - Lettre à P. J. Proudhon, publiée à la Nouvelle-Orléans en mai 1857. Joseph Déjacque s'oppose à la misogynie de Proudhon et l'accuse d'être « anarchiste juste-milieu, libéral et non libertaire ». Contre son conservatisme en matière de mœurs, Déjacque revendique la parité des sexes et la liberté du désir dans une société affranchie de l'exploitation et de l'autorité.

Joseph Déjacque a utilisé ce terme comme titre au journal qu'il a publié à New York de juin 1858 à février 1861, Le Libertaire, Journal du mouvement social, titre repris par de nombreuses autres publications ultérieures. C'est dans le dernier quart du XIXe siècle que les socialistes antiautoritaires ont adopté le terme pour désigner les théories et pratiques de l'anarchisme.

On retrouve à plusieurs reprises le terme dans le De la Justice... de Proudhon. Il en fait un quasi synonyme d'individualisme.

Je a dit…

Un mouvement pluriel

En 1928, Sébastien Faure, dans La synthèse anarchiste, propose de rassembler les quatre grands courants libertaires :

- l'individualisme libertaire qui insiste sur l'autonomie individuelle contre toute autorité ;
- le socialisme libertaire propose une gestion collective égalitariste de la société, formulé par Bakounine, souhaite établir immédiatement une société sans État et sans capitalisme par une révolution violente qui n’aboutit pas, comme le désire Marx, à la dictature du prolétariat ;
- le communisme libertaire, qui de l'aphorisme « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » créé par Louis Blanc, veut économiquement partir du besoin des individus, pour ensuite produire le nécessaire pour y répondre ;
- l'anarcho-syndicalisme, qui propose une méthode, le syndicalisme, comme moyen de lutte et d'organisation de la société.

En 2008, Michel Ragon, dans son Dictionnaire de l'anarchie, définit plusieurs courants dans la pensée libertaire :

- le plus ancien, le proudhonisme, promeut une nouvelle société économique par le système des mutuelles et des coopératives ;
- l’anarcho-syndicalisme rejoint le marxisme en pensant que la révolution libertaire doit être accomplie par la classe ouvrière, en décrétant la grève générale ;
- l'anarchisme individualiste (Stirner, Thoreau, Emile Armand), qui ne croit pas à la capacité révolutionnaire des masses, préconise le repli sur soi et la réfutation absolue des lois et du gouvernement ;
- l'anarchisme chrétien (Tolstoï) qui est avant tout égalitaire, pacifiste et non-violent.

Je a dit…

Selon Michel Onfray, en 2012, dans L'Ordre libertaire, la vie philosophique d'Albert Camus : « Le mot et la chose gênent souvent les « anarchistes », plus doctrinaires, dévoués à leur catéchisme, soucieux d'orthodoxie, prompts à instruire des procès, allumer des bûchers et se séparer des libertaires qui revendiquent leur liberté, y compris parmi ceux qui veulent élargir les libertés ! Les libertaires sont donc les anarchistes de l'anarchie. »

Je a dit…

De nouvelles figures intellectuelles libertaires émergent au XXème siècle parfois différents des anarchistes "orthodoxes" du XIXème. On peut citer : Jacques Ellul, Michel Onfray, Daniel Colson, Normand Baillargeon, Ruwen Ogien, Miguel Benasayag, etc.

Je a dit…

Jacques Ellul, né le 6 janvier 1912 à Bordeaux et mort le 19 mai 1994 à Pessac, est un professeur d'histoire du droit, sociologue et théologien protestant français.

Surtout connu comme penseur de la technique et de l'aliénation au XXe siècle, il est l’auteur d’une soixantaine de livres (la plupart traduits à l’étranger, notamment aux États-Unis et en Corée du Sud) et de plusieurs centaines d’articles.

« Très proche d'une des formes de l'anarchisme », auteur d'une œuvre originale, atypique et « inclassable », Ellul est parfois qualifié d'« anarchiste chrétien ».

Fervent lecteur de Karl Marx auquel il consacre un enseignement à l'IEP de Bordeaux pendant plus de trois décennies et lui même théoricien de la révolution politique et sociale, il s'est toujours tenu à l'écart du marxisme, au motif qu'il n'y voyait qu'une idéologie comme une autre, une « pensée fossilisée ». Certains le rangent par conséquent dans la catégorie des marxiens.

Sa posture est également surprenante du fait que, s'étant converti au protestantisme à l'âge de 18 ans, il s'est livré ensuite à une critique du christianisme, dont il considérait qu'à partir du IVe siècle, sous Constantin, il a été « subverti » par sa collusion avec l'État, allant même, deux ans avant sa mort, jusqu'à affirmer que « le christianisme est la pire trahison du Christ ».

À la périphérie de l'anarchisme (bien qu'il pourfende régulièrement la figure de l'État) mais aussi du christianisme (bien qu'il n'ait cessé de témoigner de sa foi dans les Évangiles), il entend établir un parallèle entre les textes bibliques et le rejet des institutions, ceci en refusant tout amalgame entre foi et analyse politique mais en établissant leur mise en relation dialectique, notamment dans son ouvrage Anarchie et Christianisme dans lequel il considère la Bible comme un livre libertaire.

Ayant adopté comme devise « exister, c’est résister », il disait de son œuvre qu'elle est entièrement axée autour de la notion de liberté : « Rien de ce que j’ai fait, vécu, pensé ne se comprend si on ne le réfère pas à la liberté ».

Je a dit…

Michel Onfray, né le 1er janvier 1959 à Argentan (Orne), est un philosophe et essayiste français qui défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée.

En 2002, à la suite de la montée du FN lors de l'élection présidentielle, il quitte sa carrière d'enseignant pour créer l'université populaire de Caen où il délivre pendant treize ans un cours intitulé « contre-histoire de la philosophie » retransmis sur France Culture. Sa portée médiatique est renforcée par des interventions régulières en TV ou radio où il s'exprime au sujet de débats politiques et sociaux. Michel Onfray est un auteur fécond avec plus de quatre-vingts ouvrages publiés. Sa pensée est principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche et Épicure, par l'école cynique, par le matérialisme français et par l'anarchisme proudhonien.

Je a dit…

Friedrich Wilhelm Nietzsche (prononcé [ˈfʁiːdʁɪç ˈvɪlhɛlm ˈniːt͡sʃə], souvent francisé en [nit͡ʃ ]) est un philologue, philosophe et poète allemand né le 15 octobre 1844 à Röcken, en Prusse, et mort le 25 août 1900 à Weimar, en Allemagne.

L'œuvre de Nietzsche est essentiellement une généalogie critique de la culture occidentale moderne et de l'ensemble de ses valeurs morales (issues de l'interprétation chrétienne du monde), politiques (la démocratie, l'égalitarisme), philosophiques (le platonisme , mais surtout le socratisme, et toutes les formes de dualisme métaphysique) et religieuses (le christianisme et le bouddhisme). Cette critique procède d'un projet de dévaluer ces valeurs et d'en instituer de nouvelles dépassant le ressentiment et la volonté de néant qui ont dominé l'histoire de l'Europe sous l'influence du christianisme ; ceci notamment par l'affirmation d'un Éternel Retour du même et par le dépassement de l'humanité et l'avènement du surhomme. L'exposé de ses idées prend dans l'ensemble une forme aphoristique ou poétique.

Peu reconnu de son vivant, son influence a été et demeure importante sur la philosophie contemporaine de tendance continentale, notamment l'existentialisme et la philosophie postmoderne ; mais Nietzsche a également suscité ces dernières années l'intérêt de philosophes analytiques, ou de langue anglaise, qui en soutiennent une lecture naturaliste remettant en cause une appropriation par la philosophie continentale jugée problématique.

Je a dit…

Épicure (en grec Ἐπίκουρος / Epicouros) est un philosophe grec, né à la fin de l'année 342 av. J.-C. ou au début de l'année 341 av. J.-C. et mort en 270 av. J.-C.. Il est le fondateur, en 306 av. J.-C., de l'épicurisme, l'une des plus importantes écoles philosophiques de l'Antiquité. En physique, il soutient comme Démocrite que tout ce qui existe est composé d'atomes indivisibles. Les atomes se meuvent aléatoirement dans le vide et peuvent se combiner pour former des agrégats de matière. L'âme en particulier serait un de ces agrégats d'atomes, et non une entité spirituelle, notamment d'après son disciple Lucrèce. En éthique, le philosophe grec défend l'idée que le souverain bien est le plaisir, défini essentiellement comme « absence de douleur ». En logique ou épistémologie, Épicure considère que la sensation est à l'origine de toute connaissance et annonce ainsi l'empirisme.

Je a dit…

Le cynisme est une attitude face à la vie provenant d'une école philosophique de la Grèce antique, fondée par Antisthène, et connue principalement pour les propos et les actions spectaculaires de son disciple le plus célèbre, Diogène de Sinope. Cette école a tenté un renversement des valeurs dominantes du moment, enseignant la désinvolture et l'humilité aux grands et aux puissants de la Grèce antique. Radicalement matérialistes et anticonformistes, les cyniques, et à leur tête Diogène, proposaient une autre pratique de la philosophie et de la vie en général, subversive et jubilatoire. L'école cynique prône la vertu et la sagesse, qualités qu'on ne peut atteindre que par la liberté. Cette liberté, étape nécessaire à un état vertueux et non finalité en soi, se veut radicale face aux conventions communément admises, dans un souci constant de se rapprocher de la nature.

Je a dit…

Le matérialisme est une conception philosophique qui soutient que la seule chose pouvant être considérée comme existante est la matière ; que fondamentalement, toute chose est composée de matière et que tout phénomène est le résultat d'interactions matérielles.

Le matérialisme est aujourd'hui étroitement lié au physicalisme, qui postule que tout ce qui existe est une manifestation physique. Le physicalisme philosophique est une évolution du matérialisme qui se base sur les découvertes en sciences physiques, afin d'inclure des notions plus sophistiquées que celle de « matière », telles que : l'espace-temps, l'énergie, les champs de forces, etc. Ainsi, le terme « physicalisme » est souvent préféré à celui de « matérialisme », tandis que d'autres les utilisent comme synonymes.

Les conceptions philosophiques qui s'opposent au matérialisme incluent l'idéalisme, certaines formes de pluralisme philosophique, le dualisme, ou encore le spiritualisme.

En tant que système philosophique, le matérialisme appartient à la classe des ontologies monistes. Cette conception remonte aux penseurs présocratiques, bien qu'elle n'ait jamais été revendiquée comme telle avant le XVIIe siècle. Elle admet de multiples interprétations, tant naturalistes qu'historiques. Tantôt associée au réductionnisme, tantôt au réalisme ou au mécanisme, elle est utilisée comme une arme argumentative par les philosophes qui se sont opposés à l'idéalisme, encore dominant en philosophie jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Je a dit…

Pierre-Joseph Proudhon, né le 15 janvier 1809 à Besançon dans le Doubs et mort le 19 janvier 1865 à Paris, est un polémiste, journaliste, économiste, philosophe et sociologue français. Précurseur de l'anarchisme, il est le seul théoricien révolutionnaire du XIXe siècle à être issu du milieu ouvrier.

Autodidacte, penseur du socialisme libertaire non étatique, partisan du mutuellisme et du fédéralisme, il est le premier à se réclamer anarchiste en 1840, partisan de l’anarchie, entendue en son sens positif : « La liberté est anarchie, parce qu'elle n'admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l'autorité de la loi, c'est-à-dire de la nécessité ».

Il est l'auteur de plus de soixante livres.

En 1840, dans son premier ouvrage majeur, « Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement », il rend célèbre la formule « La propriété, c’est le vol ». Dans ce même ouvrage, il est le premier auteur à utiliser l'expression « socialisme scientifique » ; il écrit : « de même la souveraineté de la volonté cède devant la souveraineté de la raison, et finira par s'anéantir dans un socialisme scientifique ».

En 1846, il donne dans son « Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère », une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l'objet même de la liberté, le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié. La liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l'inégalité.

En 1848, dans « Solution du problème social », il élabore la théorie du crédit à taux zéro qui anticipe le fonctionnement des mutuelles d’aujourd'hui. Il imagine la création d’une banque d’échange ou « banque du peuple », dont le but est l’abolition de la monnaie, du salariat, la suppression de toute prise d’intérêt et de toute réalisation de profit dans le cadre des structures d’échange entre les individus.

En 1849, dans son livre « Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février », Proudhon écrit entre autres choses la phrase « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ».

En 1858, anticlérical dans « De la justice dans la Révolution et dans l’Église », véritable somme contre l'Église de son temps, il prône l’abolition de toutes les formes de pensée et d’organisation ecclésiales au profit des formes égalitaires, anti-hiérarchiques.

En 1863, dans « Du Principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la Révolution » et en 1865 dans « De la Capacité politique des classes ouvrières », il est un des premiers théoriciens du fédéralisme, entendu non pas seulement comme libre association des communes mais comme point de jonction entre l’industrie et la campagne, l’ouvrier et le paysan.

En 1863, dans « Les Démocrates assermentés et les réfractaires », il pose les bases du refus de toute participation aux élections lorsqu’elles sont truquées, dévoyées par le pouvoir bonapartiste, détournées par le système capitaliste, manipulées par ceux qui font et défont les cartes électorales. Il ne condamne pas la démocratie ou le suffrage universel en eux-mêmes mais leur manipulation au profit des intérêts capitaliste et étatique.

Je a dit…

Daniel Colson (né à Aubusson en 1944) est un professeur de sociologie de l’université de Saint-Étienne. Il fait partie de l'ex-MODYS, Monde et dynamiques des sociétés aujourd'hui devenu Centre Max Weber, une unité de recherche associée au CNRS, et milite au sein de l’association La Gryffe, une librairie libertaire de Lyon. C'est aussi un philosophe et historien de l'anarchisme. Il est frère de l'écrivain Pierre Marlson et oncle de l'écrivain Raphaël Colson, lui-même également écrivain.

Je a dit…

Normand Baillargeon, né le 6 juillet 1958 à Valleyfield (Québec), est un enseignant et universitaire canadien.

Professeur en sciences de l'éducation à l'université du Québec à Montréal (UQAM) de 1989 à 2015, il est aussi philosophe, essayiste, militant libertaire, anarcho-syndicaliste, chroniqueur et collaborateur de différentes revues alternatives et à Radio-Canada de 2011 à 2016.

De 1979 à 1989, il enseigne la philosophie dans divers collège d'enseignement général et professionnel (cégeps), avant de passer à l'université du Québec à Montréal (UQAM), où il enseigne les fondements de l'éducation à de futurs enseignants québécois.

En 1999, il publie son premier essai, Anarchisme, qui rencontre un succès de librairie et provoque de nombreuses inscriptions à son cours sur le même sujet à l'UQAM.

Au milieu des années 2000, il écrit et publie Petit cours d'autodéfense intellectuelle, un livre sur l'éducation à la pensée critique pour lequel il remporte le prix Québec Sceptique 2005. La même année, il fonde, avec Bernard Cloutier et Michel Virard, l'Association humaniste du Québec.

Il a été un des fondateurs du Collectif pour une éducation de qualité, qui s'oppose au renouveau pédagogique (anciennement « la réforme de l'éducation ») qui se met alors en place dans les écoles québécoises.

À l'automne 2015, il quitte son poste à l'UQAM, invoquant des désaccords sur trop de plans avec ses collègues en éducation.

Je a dit…

Ruwen Ogien est un philosophe libertaire français, né un 24 décembre à Hofgeismar et mort le 4 mai 2017 à Paris. Sa date de naissance se situe un peu avant 1949.

Directeur de recherche au CNRS en philosophie, membre du laboratoire La République des savoirs, ses travaux portent notamment sur la philosophie morale et la philosophie des sciences sociales.

Il s'efforce de mettre au point une théorie éthique qu'il nomme « éthique minimale ». C'est une éthique d'esprit anti-paternaliste qui voudrait donner des raisons de limiter autant que possible les domaines d'intervention de ce qu'il appelle, à la suite de John Stuart Mill, la « police morale ». L'éthique minimale se présentait initialement sous la forme de trois principes :

1- Principe de considération égale qui nous demande d'accorder la même valeur à la voix de chacun ;
2- Principe de neutralité à l'égard des conceptions du juste et du bien personnel ;
3- Principe d'intervention limitée aux cas de torts flagrants causés à autrui.

Ruwen Ogien a essayé de les réduire à un seul : « Ne pas nuire aux autres, rien de plus » en suivant le raisonnement suivant :

1- Nous n’avons aucun devoir moral à l’égard de nous-mêmes. Nous avons seulement des devoirs moraux à l’égard des autres.
2- Les devoirs moraux à l’égard des autres peuvent être ou bien positifs (aider, faire le bien) ou bien négatifs (ne pas nuire, ne pas faire le mal).
3- L’option positive s’exprime dans un ensemble de principes d’assistance, de charité, de bienfaisance qui risquent d’aboutir au paternalisme, cette attitude qui consiste à vouloir faire le bien des autres sans tenir compte de leur opinion.
4- Pour éviter le paternalisme, il vaut mieux s’en tenir au seul principe négatif de ne pas nuire aux autres.

Finalement, ce que Ruwen Ogien appelle « éthique minimale », c’est une éthique qui exclut les devoirs moraux envers soi-même et les devoirs positifs paternalistes à l’égard des autres. Elle tend à se réduire au seul principe de ne pas nuire aux autres.

En conformité avec cette conception générale de l'éthique, il soutient la liberté de faire ce qu’on veut de sa propre vie du moment qu’on ne nuit pas aux autres, ce qui implique la décriminalisation de la consommation de stupéfiants, de toutes les formes de relations sexuelles entre adultes consentants (inceste, nécrophilie), du cannibalisme et de l’aide active à mourir pour ceux qui en font la demande.

Les principales critiques philosophiques adressées à Ruwen Ogien concernent son rejet de l’idée kantienne de « devoir moral envers soi-même » et de l’idée aristotélicienne de « vertu morale personnelle ». Pour Ruwen Ogien, nous n’avons aucun devoir moral envers nous-mêmes (comme ceux de s’améliorer soi-même ou de ne pas se suicider), et les vertus personnelles aristotéliciennes (comme le courage ou la fierté) n’ont rien de particulièrement moral.

Je a dit…

Miguel Benasayag, né à Buenos Aires en 1953, est un philosophe, psychanalyste, chercheur en épistémologie et ancien résistant guévariste franco-argentin. Il est proche du courant libertaire.

Malgré tout est le nom d'un collectif créé à l'initiative de Miguel Benasayag11 avec François Gèze, Angélique Del Rey, Édith Charlton, Annick Monte, etc.

Dans le texte de présentation Qui sommes-nous ?, on peut lire : « Le collectif est né du désir libertaire d’articuler la prise en compte de la complexité du réel avec des pratiques d’émancipation concrètes. »

« « Résister, c’est créer », et non seulement s’affronter (même si, dans toute situation, il faut assumer des niveaux d’affrontement différents). Les lignes de résistance-création passent par ces fissures que nous reconnaissons comme étant de véritables « frontières intérieures » du système. »

— Collectif Malgré Tout, Réflexions autour de la refondation du Collectif Malgré Tout

Je a dit…

L'idéologie libertaire, même dans sa variante individualiste, se démarque totalement du libertarianisme en prônant l'égalité réelle et en se défiant de la religion (rationalisme athée des libertaires).

Ainsi, l'anthropologue et philosophe français Ruwen Ogien dans L'État nous rend-il meilleurs ? Essai sur la liberté politique présente la démonstration qu'une liberté individuelle radicale peut tout à fait être cohérente avec un idéal égalitaire tout aussi radical. La conception politique qu'Ogien défend « est libertaire (ou permissive) pour les mœurs, et égalitaire (ou non inégalitaire) du point de vue économique et social. » (page 263).

La confusion entre les deux est néanmoins fréquente, notamment en cas de passage de l'anglais au français. Les anglo-saxons ont tendance à qualifier les libertaires de "socialist libertarians" (ou "left-wing libertarianism") pour le mouvement libertaire. "Libertarian" seul est très ambigu et notamment peut faire référence aux théories économiques voulant réduire le rôle de l'État à la défense de la propriété privée et aux partis politiques capitalistes s'en revendiquant.

Je a dit…

La taxe Tobin, suggérée en 1972 par le lauréat du « prix Nobel d'économie » James Tobin, consiste en une taxation des transactions monétaires internationales afin de limiter la volatilité du taux de change. Par extension, le terme désigne aujourd'hui une taxe sur les transactions financières. Elle est aussi appelée par certains taxe Robin des bois.

Je a dit…

L'Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne, généralement connue par son acronyme Attac (ou ATTAC), est une organisation altermondialiste créée en France en 1998. Elle est présente dans 38 pays.

Je a dit…

Dans le numéro de décembre 1997 du journal Le Monde diplomatique, dans un éditorial intitulé Désarmer les marchés, Ignacio Ramonet constate que la mondialisation financière a créé son propre État, avec ses appareils, ses réseaux d'influence et ses moyens d'actions, mais que c'est un État complètement dégagé de toute société, qu'elle désorganise les économies nationales, méprise les principes démocratiques qui les fondent, presse les États à s'endetter, exige des entreprises qu'elles leur reversent des dividendes de plus en plus élevés, et fait régner partout l'insécurité. Il propose d'établir une taxe sur toutes les transactions financières, la taxe Tobin. Pour cela, il suggère de mettre en place une organisation non gouvernementale, l'« Association pour une taxe Tobin d'aide aux citoyens (ATTAC) », qui ferait dans tous les pays la promotion de l'idée de cette taxe. Cet appel, lancé en pleine crise des marchés asiatiques, reçut en apparence un accueil favorable, mais aucun soutien réel des dirigeants des différents pays développés.

L'association pour la taxation des transactions pour l'aide aux citoyens, Attac, est créée le 3 juin 1998 au cours d'une assemblée constitutive. Depuis, Attac est présente dans 38 pays. En France, des hommes politiques, des associations, des syndicats et des particuliers sont adhérents à l'association.

L'association s'est dotée en France dès l'origine, et aussi dans certains pays, d'un « conseil scientifique » qui se veut indépendant de toute structure universitaire ou officielle. En France, ce conseil scientifique a été présidé successivement par deux professeurs d'économie, René Passet puis Dominique Plihon, avant d'être maintenant dirigé par une équipe de quatre coprésidents, Esther Jeffers, Aurélie Trouvé, Nicolas Haeringer et Jean-Marie Harribey.

Il regroupe :

- des scientifiques (par exemple, l'agronome Jean-Pierre Berlan ou le biologiste Jacques Testard) ;
- des économistes (Geneviève Azam, François Chesnais, Thomas Coutrot, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, etc.) ;
- des sociologues (Pierre Concialdi, Philippe Corcuff, Georges Menahem, etc.) ;
- des juristes (Nuri Albala, Nils Andersson, etc.) ;
- des personnalités engagées (telles que Susan George, Nikolaz Berthomeau, ou Gustave Massiah) ;
- des syndicalistes (comme Christiane Marty et Gérard Gourguechon).

Des membres d'Attac sont à l'origine du Forum social mondial de Porto Alegre et des forums sociaux européens.

Je a dit…

Attac a reçu en France le statut d'association d'éducation populaire par arrêté ministériel.

Dès l'origine, Attac était une association très centralisée sur Paris. Elle bénéficiait d'un local situé à proximité du siège du Monde diplomatique dont deux salariés consacraient la majeure partie de leur temps au développement d'Attac. De même, une dizaine d'autres permanents de plusieurs associations fondatrices, notamment la Fédération des Finances CGT, la FSU, et Solidaires ont libéré pour Attac une part importante de leur temps (payé par leur propre organisation). Quelques mois après sa création, Attac a embauché quatre salariés permanents.

Cependant, les initiatives décentralisées de militants enthousiastes créant des « comités locaux d'Attac », après l'automne 1998, ont surpris la direction. Cette dernière n'avait même pas envisagé l'existence de ces formations dans ses statuts rédigés avant juin 1998.

Après 1999, Attac a ainsi fonctionné sur deux modes d'organisation parallèles :

- D'un côté, l'instance nationale soutenue au départ par ses quatre salariés et des dizaines de permanents mis gratuitement à disposition d'Attac par les associations fondatrices.
Ils programmaient les réunions, développaient un site Internet qui a assuré très vite une très large diffusion des idées d'Attac, rédigeaient et publiaient un bulletin quasi mensuel Ligne d'Attac diffusé à la presse, aux adhérents et sympathisants, et planifiaient le développement des réseaux national (les comités locaux) et international (les autres Attac qui ont pris rapidement naissance, en Europe puis dans le monde entier).

- D'un autre côté, 90, 120 puis plusieurs centaines de comités locaux autonomes se sont créés d'une façon très spontanée en France.
Répartis dans presque tous les départements, ils fonctionnent selon un principe décentralisé : des associations locales ou des organisations de fait organisant des réunions, des conférences, rédigeant des documents visant à exposer des alternatives concrètes à la « société néolibérale » qui découlerait de la « mondialisation libérale ».

Les comités locaux n'ayant pas d'existence dans les statuts, une conférence nationale des comités locaux (la CNCL) fut créée en 2002. C'était la première instance ad hoc qui leur donnait des moyens de délibération et d'expression important. Cela n'a pas empêché les critiques de plusieurs comités locaux à l'égard de la direction nationale.

En 2006, après un débat très dur portant notamment sur la démocratie dans l'association avant la nouvelle assemblée générale, la direction sortante ne fut pas reconduite.
Fin 2006, le président fondateur Bernard Cassen, le président sortant Jacques Nikonoff et plusieurs de leurs amis ne faisaient plus partie du bureau d'Attac.

En 2009, une reforme des statuts fut votée par les adhérents de l'association. Ces nouveaux statuts officialisaient la reconnaissance des comités locaux et de la conférence nationale des comités locaux (CNCL). Le nom de l'association s'est vu aussi modifié en « Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne ».

Je a dit…

Le Forum social mondial (ou FSM) est un forum international, qui réunit les organisations citoyennes du monde entier sensibles à la cause altermondialiste (« Un autre monde est possible »). Traitant des principaux sujets de préoccupation de la société civile en rapport avec la mondialisation, cet événement se présente comme une alternative sociale au Forum économique mondial qui se déroule chaque année en janvier à Davos en Suisse.

La première édition du FSM s'est tenue à Porto Alegre au Brésil du 25 au 30 janvier 2001. Depuis les réunions de 2002 et 2003, les forums sociaux à toutes les échelles sont régis par la Charte des principes du Forum social mondial, dont les principes les plus importants sont :

- l'opposition à l'ordre « néo-libéral » caractérisant la mondialisation actuelle,
- l'ouverture à tous les courants idéologiques pour les projets alternatifs,
- l'absence des partis politiques en tant que tels.

Les forums sociaux ne délivrent pas de déclaration finale, mais sont des espaces ouverts de débat d'idées et d'élaboration de projets. Un manifeste a été élaboré en 2005, sans valeur officielle toutefois : le Manifeste de Porto Alegre, support de propositions à débattre. L'organisation du Forum se fait par le “Conseil international”, qui réunissait en 2005 une quarantaine d'ONG et d'associations, et qui ne cesse de s'accroître.

Je a dit…

Le forum de Porto Alegre en 2001

La première édition du FSM s'est tenue du 25 au 30 janvier 2001 à Porto Alegre, au Brésil, réunissant entre 5 000 et 20 000 participants et quelques centaines de journalistes. Ce premier forum, né d'une rencontre entre plusieurs associations altermondialistes séduites par l'idée de créer un forum parallèle au Forum économique mondial, a été organisé par huit associations brésiliennes : Attac, le Mouvement des sans-terre, ABONG (Association brésilienne d'organisations non gouvernementales), CIVES (Association brésilienne des hommes d'affaires pour la citoyenneté), CBJP (Commission brésilienne Justice et Paix), IBASE (Institut brésilien d'analyses socio-économiques), CUT (Centrale unique des travailleurs) ainsi que CJG (Centre de justice mondiale, justiça global).

Au cours du forum, des ateliers et des plénières ont réuni avec beaucoup d'autres ONG et associations, telles que le CADTM, le CETRI et la coordination paysanne Via Campesina (dont fait partie le Mouvement des sans-terre). Un dialogue télévisé a également relié par satellite quelques personnes importantes présentes au Forum économique mondial de Davos (bien qu'elles aient souligné qu'elles ne représentaient pas officiellement le FEM) et une douzaine d'ONG participant au FSM. Les propositions de taxe Tobin et d'annulation de la dette du Tiers-Monde, sur lesquelles les participants au dialogue ont semblé s'accorder, n'ont pas été relayées. Le "dialogue" Davos-Porto Alegre a également été marqué par l'incompréhension entre les deux parties, symbolisées par la mère de disparus Hebe de Bonafi et le "spéculateur philanthrope" [ou "anthropophage" ?] George Soros.

La participation française était particulièrement intense, appuyée par l'ambassade, à cette première édition avec la participation remarquée de Danielle Mitterrand, veuve du président, et celle plus controversée de José Bové qui eut maille à partir avec la Police fédérale brésilienne. L'organisation Université de la Francophonie sous la conduite de Jean-Marie Grassin a organisé un séminaire intercontinental pour repenser autrement l'enseignement supérieur et la recherche ; étaient particulièrement étudiés les moyens à mettre en œuvre pour que les pays moins avancés économiquement puissent s'approprier les ressources scientifiques des pays riches sans devenir dépendants de leurs modèles. Cet atelier s'est poursuivi lors des FSM de 2002 et 2003 à Porto Alegre pour développer une philosophie des transferts de formation et des échanges asymétriques.

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Le Manifeste de Porto Alegre est une proposition pour un changement de société. Écrit au Forum social mondial de 2005, il est sous-titré « douze propositions pour un autre monde possible ». Le manifeste présente un socle d'idées sur lesquelles se sont entendus les signataires du manifeste, et qui se veut un socle minimal sur lequel vont s'entendre les mouvements de l'altermondialisme.

Les douze propositions

La plupart des propositions développées par les altermondialistes s'y trouvent, parmi lesquelles l'annulation de la dette des pays du Sud, l'instauration de la taxe Tobin, le démantèlement des paradis fiscaux, une organisation du commerce mondial axée sur le commerce équitable plutôt que les règles de l'OMC (qu'ils appellent à démocratiser), l'interdiction des brevets sur l'ADN et la promotion de l'autonomie médiatique, ce qui impose de stopper la concentration actuelle des médias dans des groupes de communication géants.

Le manifeste souligne que les signataires ne se font « aucune illusion sur la volonté réelle des gouvernements et des institutions internationales de mettre en œuvre spontanément ces propositions », et préconise leur mise en œuvre par les acteurs et les mouvements sociaux de tous les pays.

1- Annuler la dette publique
2- Mettre en place des taxes internationales sur les transactions financières
3- Démanteler progressivement toutes les formes de paradis fiscaux
4- Faire du droit à l'emploi une priorité
5- Lutter contre toutes formes de discrimination
6- Prendre des mesures urgentes pour mettre fin au saccage de l’environnement
7- Promouvoir les formes de commerce équitable
8- Garantir le droit à la souveraineté alimentaire
9- Interdire toute forme de brevetage des connaissances et du vivant
10- Garantir le droit à l’information
11- Exiger le démantèlement des bases militaires
12- Réformer et démocratiser en profondeur les organisations internationales

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Les manifestations de Seattle, émeutes de Seattle ou encore bataille de Seattle désignent le mouvement de protestation qui a pris corps les 29 et 30 novembre 1999 à Seattle, à l'occasion d’un sommet de l'Organisation mondiale du commerce.

Il s'agit des premières manifestations altermondialistes d'envergure qui préfigurent les émeutes anti-G8 de Gênes de 2001. L'événement est symbolique et fondateur à plus d'un titre :

- c'est la première fois qu'une manifestation arrive à bloquer un sommet international ;
- les militants viennent du monde entier, agissent par la non-violence (à part quelques groupes de Black Bloc qui s'en prennent à des symboles du capitalisme) et sont réprimés brutalement par des policiers.

La bataille de Seattle est avant tout un exemple de l'utilisation de l'information pour mobiliser au-delà même de l'évènement.

Le réalisateur Stuart Townsend en a tiré un film intitulé Bataille à Seattle (sorti en 2008).

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La désobéissance civile est le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique. Le terme fut créé par l'américain Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance civile, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique. Si la désobéissance civile est une forme de révolte ou de résistance, elle se distingue pourtant de la révolte au sens classique. La révolte classique oppose la violence à la violence. La désobéissance civile est plus subtile : elle refuse d'être complice d'un pouvoir illégitime et de nourrir ce pouvoir par sa propre coopération. Le principe même du pouvoir politique pourrait rendre possible l'efficacité de cette action.

L'idée de la résistance à une loi injuste a existé bien avant le XIXe siècle. On peut la faire remonter à la jus resistendi (« droit de résistance ») du droit romain et on peut dire que La Boétie, dès le XVIe siècle, a démontré l'efficacité du procédé. Il montre dans le Discours de la servitude volontaire que le pouvoir d'un État repose entièrement sur la coopération de la population. Ainsi, dès l'instant où la population refuse d'obéir, l'État n'a plus de pouvoir. Un peuple peut donc résister sans violence par la désobéissance et provoquer l'effondrement d'un État illégitime, car, disait-il, le pouvoir le plus féroce tire toute sa puissance de son peuple. Encore faut-il une prise de conscience générale et le courage des premiers militants pour que ce principe puisse être efficace. C'est principalement Gandhi en Inde, Martin Luther King aux États-Unis, Mandela en Afrique du Sud, les Grands-Mères de la Place de Mai en Argentine et la contestation du pouvoir soviétique dans les années 1980 qui en ont montré l'efficacité.

Le principe est utilisé aujourd'hui au sein des démocraties pour lutter contre certaines lois lorsque les militants estiment que la légalité — qui dépend de la majorité et / ou d'une certaine inertie — ne parviendra pas à modifier ces lois. La désobéissance est illégale par définition, mais est en principe non violente. Cependant certaines actions en France ont revendiqué la dégradation de biens privés (par exemple les faucheurs volontaires). Certains ne voient dans ces actions que la dégradation de biens ou la résistance d'individus ou de groupes isolés, d'autres y voient un acte salutaire de désobéissance civile visant à faire modifier la politique des autorités.

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Éric Zemmour, né le 31 août 1958 à Montreuil, est un écrivain, essayiste et journaliste politique français.

Chroniqueur dans des émissions de télévision, il est journaliste au service politique du Figaro jusqu'en 2009 ; il tient depuis 2010 une chronique au Figaro Magazine, ainsi qu'une autre chronique, sur RTL. À partir de 2011, Éric Zemmour anime, en duo avec Éric Naulleau, un débat télévisé hebdomadaire sur Paris Première.

Il est l'auteur notamment du Suicide français (2014), un important succès de librairie.

Il est régulièrement critiqué pour ses prises de positions polémiques, dont certaines ont fait l'objet de condamnations judiciaires.

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Jean-Claude Michéa (né en 1950) est un professeur de philosophie (aujourd'hui à la retraite) et philosophe français, auteur de plusieurs essais consacrés notamment à la pensée et à l'œuvre de George Orwell. Il est connu pour ses positions engagées contre les courants dominants de la gauche qui, selon lui, a perdu tout esprit de lutte anticapitaliste pour laisser place à la « religion du progrès ».

Prônant des valeurs morales proches du socialisme de George Orwell, Jean-Claude Michéa fustige l'intelligentsia de gauche qui s'est selon lui éloignée du monde prolétarien et populaire. Il défend des valeurs morales collectives dans une société de plus en plus individualiste et libérale, faisant exclusivement appel au droit et à l'économie pour se justifier. Il « considère que les idéaux bourgeois libéraux ont triomphé du socialisme en le phagocytant » et « déplore que le socialisme ait accepté les thèses du libéralisme politique. »

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Je a dit…

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Dans L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes, il développe la théorie selon laquelle l'enseignement serait passé d'un enseignement tourné vers la culture générale et l'émancipation intellectuelle du citoyen à une formation préparant l'individu à la compétition économique du XXIe siècle.

Dans Impasse Adam Smith, il considère que la gauche est une alliance entre le socialisme et le progressisme formée lors de l'affaire Dreyfus, qui ne peut se faire qu'au détriment du socialisme, la gauche ne faisant ainsi que livrer un peu plus le monde à l'emprise économique du libéralisme économique. Pour lui, le libéralisme est structurellement une idéologie progressiste, opposée aux positions conservatrices ou réactionnaires comme l'avait souligné Marx. De la droite à l'extrême gauche, une idéologie libérale est selon lui à l'œuvre. L'essai qu'il publie en 2007, L'Empire du moindre mal, est consacré à cette question. Il y met en avant la vision très pessimiste de la nature humaine à la source du libéralisme. Son livre reçoit un accueil critique plutôt positif chez les partisans de la décroissance ou la Revue du MAUSS. Sa position est proche de celle du philosophe Dany-Robert Dufour dans son ouvrage Le Divin marché.

Dans les Mystères de la gauche (2013), Jean-Claude Michéa poursuit cette critique de la gauche, qui selon lui, « ne signifie plus que la seule aptitude à devancer fièrement tous les mouvements qui travaillent la société capitaliste moderne, qu'ils soient ou non conformes à l'intérêt du peuple, ou même au simple bon sens. » La gauche étant devenue identique à la droite, cherche à dissimuler cette proximité en mettant en avant les questions « sociétales ». Pour retrouver les classes populaires, la gauche devrait « opérer un changement complet de paradigme ».

Il est l'un des principaux introducteurs en France de l'œuvre de l'historien américain Christopher Lasch, dont il a préfacé plusieurs ouvrages dans leur traduction française.

Dans Notre ennemi, le capital (2017), il réaffirme le lien entre l’impasse libérale (cette recherche illimitée du profit qui détruit les liens sociaux) et la gauche « sociétale » (qui défend la lutte contre les discriminations sans remettre en cause le système capitaliste d’exploitation). Pour lui, la « gauche », qu’elle soit réformiste ou radicale, est l’idiote utile de l’individualisme consumériste. Il rappelle aussi que le socialisme a une généalogie radicalement opposée à la gauche; qu'alors que le socialisme primitif affichait son scepticisme vis-à-vis du machinisme et du modernisme, la gauche républicaine vouait un culte à l’idée de progrès, et que c'est autant la droite réactionnaire que la « gauche versaillaise » qui écrasa la Commune de Paris, en 1871, avec à sa tête Adolphe Thiers. Gérard Leclerc souligne : « Mais la gauche qui dédaigne ses ambitions ne fait qu’illustrer avec éclat la thèse essentielle de celui qui dénonce le décrochage définitif du progressisme par rapport à la cause socialiste, ouvrière et populaire, oubliée et abandonnée dans les placards de l’histoire. »

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Le localisme (du latin locus, lieu) est une doctrine qui consiste à privilégier ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, afin de favoriser la démocratie participative, la cohésion sociale et l'économie de proximité, donc l'emploi local et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique liée au transport de personnes et de marchandises.

En savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Localisme

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La souveraineté alimentaire est un concept développé et présenté pour la première fois par Via Campesina lors du Sommet de l'alimentation organisé par la FAO à Rome en 1996. Il a depuis été repris et précisé par les altermondialistes lors des différents Forums Sociaux Mondiaux.

La souveraineté alimentaire est présentée comme un droit international qui laisse la possibilité aux populations, aux États ou aux groupes d'États de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu'elles puissent avoir un effet négatif sur les populations d'autres pays. La souveraineté alimentaire est donc une rupture par rapport à l'organisation actuelle des marchés agricoles mise en œuvre par l'OMC.

Complémentaire du concept de sécurité alimentaire qui concerne la quantité d'aliments disponibles, l'accès des populations à ceux-ci, l'utilisation biologique des aliments et le problème de la prévention et gestion des crises, la souveraineté alimentaire accorde en plus une importance aux conditions sociales et environnementales de production des aliments. Elle prône un accès plus équitable à la terre pour les paysans pauvres, au moyen si nécessaire d'une réforme agraire et de mécanismes de sécurisation des droits d'usage du foncier.

Au niveau local, la souveraineté alimentaire favorise le maintien d'une agriculture de proximité destinée en priorité à alimenter les marchés régionaux et nationaux. Les cultures vivrières et l'agriculture familiale de petite échelle doivent être favorisées, du fait de leur plus grande efficacité économique, sociale et environnementale, comparée à l'agriculture industrielle et les plantations de grande échelle où travaillent de nombreux salariés. La place et le rôle des femmes sont privilégiés.

La souveraineté alimentaire privilégie des techniques agricoles qui favorisent l'autonomie des paysans. Elle est donc favorable à l'agriculture biologique et à l'agriculture paysanne. Elle refuse l'utilisation des plantes transgéniques en agriculture.

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Le cycle de Doha est une ronde de négociations, qui devait au départ durer trois ans, effectuée sous l'égide de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Elles portent surtout sur la « libéralisation du commerce international », et avaient comme objectif explicite le « développement » de ce qu'on appelait naguère le « Tiers-Monde ». La conférence interministérielle de Doha (Qatar) a eu lieu du 9 au 13 novembre 2001, tandis que la quatrième conférence ministérielle de l'OMC lançait un nouveau cycle de négociations multilatérales (commencées au sein du GATT, le prédécesseur de l'OMC), baptisé « cycle du développement ». En effet, l'essentiel des négociations de Doha portaient sur l'agriculture et sur l'amélioration de l'accès aux marchés des pays riches pour les produits agricoles des pays en développement (PED). Le cycle de Doha, qui s'est conclu sur un échec, les différentes parties n'arrivant pas à s'accorder, incluait d'ailleurs un accord sur les ADPIC (aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce).