mercredi 8 novembre 2017

L'iségorie - L'un des principes fondateurs de la démocratie athénienne

L'iségorie (ἡ ἰσηγορία), c'est l'égalité de parole. 

Il ne s'agit pas ici d'une simple liberté d'expression. L'iségorie ne s'exerçe pas tant sur l'Agora qu'à l'Assemblée, où le débat débouche sur un vote et une décision immédiatement applicable.
Tout citoyen (
ὁ βουλεύμενος, "celui qui le veut"), a donc le droit de prendre la parole à l'Ecclesia, en fonction du temps qui lui est attribué. C'est un des aspects les plus séduisants de la démocratie athénienne. A titre de comparaison, imagine-t-on un électeur français demandant à intervenir à l'Assemblée Nationale pour proposer une loi, appeler à la guerre ou à la paix, accuser un homme politique d'incompétence ou de corruption ?
Les Athéniens étaient parfaitement conscients que la prise de parole est un des fondements de la démocratie mais il est évident qu'il s'agissait, dans leur esprit, d'une égalité en droit et non de nature. Que chacun puisse s'exprimer en public ne signifie nullement que tous en avaient l'envie ou les capacités. En effet, défendre un point de vue en public demande parfois du courage et quelques aptitudes, ce qui exclut les pusillanimes et les maladroits. Très tôt, sur la Pnyx, on écouta plus volontiers des orateurs rompus à cet exercice, des spécialistes de la parole formés dans les écoles de rhétorique. Pour un Grec dont l'idéal est toujours celui du καλός κἀγαθός, il n'y a là rien de choquant. Tout le monde bénéfice d'une égalité des chances. A chacun de la saisir, prouvant ainsi ses aptitudes et sa vertu, comme le dit Périclès dans l'oraison funèbre rapportée par Thucydide (Guerre du Péloponnèse).

Mais il faut noter aussi qu'une prise de parole à l'Assemblée n'est pas sans risque. Si chacun est libre de ses propos, il est aussi responsable de ce qu'il dit et tout autre citoyen peut lui en demander raison devant l'assemblée. Toute proposition de décret jugée contraire à la constitution peut conduire son rapporteur devant un tribunal. Rappelons enfin qu'au V° siècle, l'ostracisme peut frapper un citoyen manifestement trop ambitieux ou jugé dangereux pour la démocratie en raison du pouvoir que lui conférent ses actions ou son prestige.

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1 commentaire:

Je a dit…

Athènes a-t-elle inventé la démocratie ? On peut répondre par l'affirmative [si l'on excepte les peuples premiers qui sont organisés autour d'un chef sans pouvoir coercitif; donc d'une forme de gouvernement qu'on peut qualifier d'anarchie]

Une constitution donnant le pouvoir au demos aurait peut-être existé à Chios avant les réformes de Clisthène, qui s'en serait peut-être inspiré, mais nous n'en savons rien de précis. Des régimes analogues ont vu le jour dans d'autres cités d'Asie Mineure et en Sicile, mais sans doute à l'imitation du modèle athénien. Quoi qu'il en soit, c'est bien à Athènes qu'ont été posés pour la première fois les principes fondateurs qui nous inspirent encore aujourd'hui.

Dans la littérature, le terme "δημοκρατία" apparaît pour la première fois en tant que tel dans un texte d'Hérodote et son emploi est peu courant dans la littérature grecque avant Aristote.

Pourtant, l'association des termes δῆμος et κρατεῖν se trouve très tôt, dans un passage des Suppliantes d'Eschyle.