dimanche 26 février 2012

À la Réunion, se nourrir coûte 36% plus cher qu'en métropole

Par Marine Rabreau 

Une métropolitain qui ferait les mêmes courses à la Réunion paierait 36,6% plus cher.
Une métropolitain qui ferait les mêmes courses à la Réunion paierait 36,6% plus cher. Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP

Il est moins cher de se loger à la Réunion qu'en métropole. Mais, alors que les salaires stagnent depuis 2007, l'alimentation et la santé pèsent bien plus lourd dans le pouvoir d'achat du département.

Après la Guadeloupe et Mayotte, c'est au tour de la Réunion de lutter contre la vie chère. Si des mesures pour baisser les prix de l'essence et de produits de première nécessité ont été annoncées, la colère persiste. D'après les chiffres de l'Insee, en 2010, les prix étaient plus chers de 12,4% à la Réunion qu'en métropole. Une différence qui monte à 14,8% pour la Guadeloupe, et 16,9% pour la Martinique. En Guyane, où l'écart de prix est le plus élevé, cela revient à payer deux fois la TVA: un panier de consommation (loyer compris) se monnaie 19,6% de plus qu'en France métropolitaine.

Enquête de comparaison spatiale, Insee.
Enquête de comparaison spatiale, Insee.

Alimentation et santé très chères

La situation réunionnaise apparaît ainsi comme la «moins pire», mais dans le détail, on s'aperçoit que les dépenses alimentaires y sont les plus lourdes. Si un métropolitain faisait les mêmes courses à la Réunion, cela lui coûterait 36,6% plus cher (données Insee 2010).
Selon l'institut de statistiques, pour les boissons alcoolisées et le tabac, les prix sont supérieurs de 26,3% à la Réunion. Sur ce poste, les prix sont en général plus élevés, puisqu'aux frais de transports peuvent s'ajouter certaines taxes (octroi de mer par exemple, supprimé vendredi soir).
La santé et les communications (internet, téléphonie, envois postaux) sont aussi nettement plus chères à la Réunion qu'en France métropolitaine (respectivement +15,2 et +19,3 %).
«Par contre, les écarts de prix sont moins importants sur certains postes, notamment les transports, les loisirs et la culture», souligne l'Insee. Pour les consommations liées au logement en particulier (loyers, charges, eau, électricité principalement), les prix sont inférieurs de 2,4% à la Réunion. Cela s'explique par certains tarifs moins élevés comme celui de l'eau. Par ailleurs, même si les loyers privés y restent plus élevés, ceux du secteur social sont plus faibles ici. Enfin, dans l'hôtellerie-restauration, les prix pratiqués sont inférieurs de 6,1% à ceux de la France métropolitaine.

Les prix des produits frais et du tabac explosent

Le mouvement de contestation des Réunionnais s'est déclaré en marge d'une manifestation des transporteurs routiers en colère contre le renchérissement des prix des carburants. Néanmoins ceux-ci ont moins augmenté qu'en France métropolitaine: +5,2% en janvier 2012 par rapport à janvier 2011 à la Réunion, contre +9,8% en métropole.
En revanche, c'est sur le front de l'alimentation que la flambée des prix s'est opérée: les produits frais se sont renchéris de 10,7% en un an à la Réunion, contre une baisse des prix de 1,4% en métropole. Quant au tabac, un paquet de cigarettes coûte 11,8% de plus par rapport à début 2011 quand, en France métropolitaine, la facture s'est appréciée de 5,6%. En juillet dernier, les Réunionnais ont du payer leur tabac plus cher de 40 à 50 centimes d'euro en moyenne. Une hausse justifiée par «la volonté de faire baisser la consommation de tabac dans notre département, notamment auprès des jeunes» mais aussi par la nécessité de «participer à l'équilibre financier» de la collectivité.

Une crise majeure sur le front de l'emploi


La Réunion a plus de mal à se remettre de la crise.
La Réunion a plus de mal à se remettre de la crise.
En face de ces hausses de prix, les revenus des ménages augmentent moins fort qu'avant. Dans les années 2004-2007, le PIB réunionnais grimpe de 5 à 6,5% par an. Dans le même temps, le revenu disponible brut des ménages progressait, hors effet de l'inflation,de 3 à 6,5%. Mais, avec la crise, et tandis que la population réunionnaise a continué de progresser, le revenu par habitant stagne depuis 2007 (+0,2% en 2008, +0,7% en 2009 et +0,2% en 2010).
Les Réunionnais traversent une réelle crise du travail. Au deuxième trimestre 2011, le taux de chômage à La Réunion a encore augmenté à 29,5% de la population active et touche 102.000 personnes. Les femmes sont davantage concernées que les hommes (31,8% contre 27,5%). Mais ce sont surtout les jeunes qui souffrent le plus : 59,8% des actifs de 15 à 24 ans sont au chômage (+ 4,1 points depuis 2010 et + 8,8 points depuis 2007). En outre, 64 % des chômeurs de 15 à 24 ans le sont depuis plus d'un an contre 50% en 2010.


Un tiers de la population aux minima sociaux 
 
 En outre, les données concernant les minima sociaux montrent des signes de détérioration: en baisse de 2004 à 2010, le nombre d'allocataires du RMI (qui a été remplacé par le RSA) est reparti à la hausse, de même que ceux qui touchent l'allocation de solidarité spécifique. En 2010, 271.000 personnes, soit un tiers de la population réunionnaise, bénéficiaient d'un minimum social.

1 commentaire:

Je a dit…

Si on ajoute les 102000 chômeurs (29,5% de la population active) et les 271000 bénéficiaires de minima sociaux type RSA (un tiers de la population réunionnaise), ça fait en tout 373000 personnes qui ne travaillent pas et vivent d'aides sociales et allocations diverses. Sur une population qui a atteint les 808000 habitants en janvier 2011, peut-être 812000 début 2012, cela représente 46% de la population !