samedi 28 avril 2018

Les inégalités de revenus en France

La distribution des salaires

Comme j’ai vu que le sujet avait suscité beaucoup de commentaires, voici la distribution des salaires mensuels en France par centile :
Distribution des salaires en France
et le détail :
Distribution des salaires en France
Et oui : si vous gagnez plus de 1 730 € nets par mois, vous faites partie de la moitié la mieux payée des français, et si c’est plus de 3 500 €, vous faites partie du Top 10 %. Cela relativise pas mal cette notion de “riche” dont on parle autant, non ?

Les hauts-revenus

En conclusion, je vous signale la récente étude de l’INSEE sur les hauts revenus (la seule à ce jour…) qui est riche de détails, mais qui malheureusement ne s’intéresse principalement qu’au seul revenu par unité de consommation (et pas au revenu réel par personne – les 2 informations sont intéressantes), n’indique pas l’évolution dans le temps, et ne rend pas public le détail des sources…
Voici leur définition des catégories de hauts-revenus :
Inégalités de revenus en France
Donc pour faire partie des 1 % les plus “riches” (par le revenu), il faut gagner plus de 84 469 € par unité de consommation.
Rappelons que la notion d’unité de consommation permet de comparer les niveaux de vie de ménages de taille ou de composition différente.
On divise le revenu du ménage par le nombre de personnes du ménage, calculé ainsi : 1 pour le premier adulte, 0,5 pour les personnes de plus de 14 ans, et 0,3 pour les moins de 14 ans. Ainsi, pour faire partie des 10 % les plus “riches”, le ménage doit gagner au total :
  • 35 677 €, s’il n’y a qu’un célibataire ;
  • 53 515 € pour un couple ;
  • 85 625 € pour un couple avec 3 jeunes enfants.
Cette notion a donc l’avantage de rendre la situation des ménages mieux comparable (par une approche “dépenses” en fait), mais a l’inconvénient de brouiller la vision des revenus réellement gagnés (approche “recettes”). En effet, si dans les 3 ménages, il n’y a qu’un adulte qui travaille et qui gagne ces sommes, ce n’est pas tout à fait la même situation… Ainsi, il est intéressant de disposer des 2 analyses.
Dans le détail, on a la situation suivante :
Inégalités de revenus en France
Par l’indice de Gini, on observe ainsi la très faible inégalité de répartition des hauts-revenus aux très-aisés, puis de nouveau une nette hétérogénéité des plus aisés.
On dispose également de l’étude des revenus perçus – et cette fois ce n’est plus par unité de consommation :
Inégalités de revenus en France
On observe ainsi que les 3 000 plus aisés ont un revenu réel de l’ordre de 3 millions d’euros par an.
Comment sont-ils imposés ?
Inégalités de revenus en France
On voit que l’impôt ne touche vraiment fortement que les plus riches, mais certaines choses sont très étonnantes, en particulier la situation des “plus aisés” ! Ils paient en proportion autant que les “très aisés”, alors qu’ils gagnent en moyenne 4 fois plus ( 1 500 k€ contre 400 k€) ; leur taux moyen net n’est que de 25 % ; et surtout, près de 25 % de ces ménages paient moins de 15 % d’impôt, soit une proportion bien plus forte que pour les “très aisés” ! (qui ne sont que 16 % dans ce cas) Bref, plus on gagne, moins on paie en proportion !
Bien entendu, tout ceci est lié aux niches fiscales, et on peut donc dire en gros que parmi les 3000 plus riches :
  • 25 % paient normalement leur juste contribution ;
  • 20 % ont quelques avantages réduisant leur impôt ;
  • 55 % profitent énormément du système, dont 25 % scandaleusement.
Et encore, l’INSEE n’a pas poussé le vice jusqu’à nous indique la proportion de non-imposables, mais il y en a probablement quelques pourcents… Pour la prochaine étude ? 😉
Inégalités de revenus en France
Étonnement, le revenu n’est guère fonction de l’âge, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Il y a même plus de jeunes chez les “plus aisés” que chez les “hauts-revenus” !
Inégalités de revenus en France
Attention à la tentation du “le nombre de très riches explose”, comme l’a fait l’INSEE. Comme nous l’avons vu, oui, le nombre a doublé, mais relativisons, on ne parle que de 4 500 personnes de plus.
Globalement, la part totale des hauts-revenus a assez peu augmenté, contrairement aux États-Unis.
Inégalités de revenus en France
Bienvenue dans le financiarisme : l’évolution moyenne de la catégorie P90-99 (hauts revenus) est presque la même que celle de la masse de la population P0-90, et même les P99-99,9 n’augmentent pas scandaleusement. Bref, seul les 0,1 % de la population (60 000 personnes), et surtout les 0,01 % (6 000) se sont très fortement enrichies, au détriment de la part des autres…
Terminons par une analyse sociale de ces personnes :
Inégalités de revenus en France
Inégalités de revenus en France
Source : Étude Insee sur les très hauts revenus (analyse détaillée, mais l’essentiel est ici 🙂 )

Dessin Humour Cartoon Inégalités de revenus en France 

Source https://www.les-crises.fr/inegalites-revenus-france-5/

3 commentaires:

Je a dit…

Le tableau "Distribution du salaire mensuel net des salariés à temps complet de 2007" donne une intéressante distribution des rémunérations en France percentile par percentile ... sauf qu'il manque le plus important pour comprendre qui dirige notre société : le 100ème.

Alors, je vais essayer d'estimer combien pèse ce dernier en utilisant le tableau suivant : "Échelle des revenus déclarés par unité de consommation en 2007".

Je a dit…

Du percentile 0 au P90, les revenus vont de 0 à 35 677 €. Soit une moyenne de 17 838 € et un total pour les 90 premiers % de 1 605 465 €.
Du P91 au P99, la fourchette va de 35 677 € à 84 469 € soit une moyenne de 60 073 €. En multipliant par 9, j'obtiens 540 657 €.

Total pour les 99 premiers percentiles : 2 146 122 €.

Maintenant, voyons les hauts revenus.
Du P99,1 au P99,9, soit de 84 469 € à 225767 €. Moyenne : 155 118 €.
Sous-total pondéré par le coefficient 0,9 : 139 606 €.
Du P99,91 au P99,99 : de 225 767 € à 687 862 €. Moyenne : 456 814 €.
Sous-total pondéré par le coefficient 0,09 : 41 113 €.
Inconnu : au-delà du P99,99.

Total partiel des hauts revenus : 180 709 €.

Ce résultat n'est pas significatif.
Il manque le plus important : les "plus aisés".

Je a dit…

Quand on compare :
- la somme de 2 146 122 € obtenue avec les 99 premiers centiles
- et l'estimation de 180 709 € obtenue avec 0,99 du dernier centile
on découvre que les 100 fois plus nombreux P0 à P99 pèsent toujours 12 fois plus que les beaucoup moins nombreux P99,01 à P99,99.

J'avoue que je m'attendais à un rapport peut-être pas de quasi-égalité mais seulement de l'ordre du simple au double. Toutefois mon hypothèse initiale n'est peut-être pas fausse. je suis frustré de ne pas connaître cette dernière tranche des "plus aisés".

Ce qui me faisait attendre ce rapport "simple au double", c'est le partage du PIB français en trois tiers de pondération quasi-équivalente :
- les salaires nets
- les cotisations sociales (patronales et salariales cumulées)
- et les dividendes.

Le PIB français correspond à 2200 milliards d'euros par an : 730 milliards de salaires (pour les travailleurs non-propriétaires de leur outil de production), 730 milliards de cotisations pour la Sécurité Sociale (redistribution aux personnes âgées, malades, sans emplois, etc.), et 730 milliards de dividendes (pour les propriétaires de capitaux, les fameux "capitalistes").
Chiffres fournis par l'économiste Bernard Friot.