jeudi 8 janvier 2026

Lois de 1893 et 1894 sur l'anarchisme dites "Lois scélérates"

 

Dans l'article Philosophie anarchiste, libertaire ou conseilliste - Trois définitions tirées de l'encyclopédie en ligne Wikipédia proposant la comparaison des termes "anarchisme", "libertaire" et conseillisme", il est fait deux fois référence aux "lois scélérates" ; par exemple dans cet extrait :

Le terme libertaire est couramment utilisé comme synonyme d'anarchiste, particulièrement dans le monde francophone à la suite de l'adoption des lois scélérates en France qui criminalisent l'utilisation du terme « anarchiste »

Mais que sont ces "lois scélérates" ?

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Les lois de 1893 et 1894 sur l'anarchisme, plus connues sous le nom de « lois scélérates », sont trois lois votées en France sous la Troisième République et visant à réprimer le mouvement anarchiste français. Elles incarnent la dernière forme de censure légale et de répression à large échelle visant explicitement une opinion politique en France et sont, de ce fait, controversées dès leur origine. Elles ont été définitivement abrogées en .

À la suite de ces lois, les anarchistes français, puis francophones, vont très largement s'emparer du mot « libertaire » pour s'identifier et poursuivre leurs activités, notamment éditoriales. Ainsi, dès , La Revue anarchiste devient La Revue libertaire

Contexte

Multiplication des attentats anarchistes

Durant les années 1880 et 1890 plusieurs attentats terroristes sont organisés par des anarchistes sur le territoire français. Le mouvement promeut à partir de 1881 la stratégie de la propagande par le fait.

Le mouvement est alors européen. En Allemagne, l'empereur Guillaume Ier est victime de deux tentatives d'assassinat de la part d'anarchistes. Le chancelier Otto von Bismarck prend prétexte de ces événements pour faire promulguer par le Reichstag des lois « anti-socialistes ». De même, en Russie, le tsar Alexandre II est assassiné par un groupuscule anarchiste, Narodnaïa Volia (« La liberté du peuple »), le . En réaction à cela, son fils et successeur, Alexandre III, ordonne la création d'une nouvelle police de sécurité, l'Okhrana.

Mis à part quelques faits isolés, c'est à partir de 1892 que commence la véritable période des attentats qui visent à déstabiliser le pouvoir en attaquant directement ses détenteurs. C'est une série d'attentats à la bombe, perpétrés par Ravachol à partir du , qui déclenche la vague de terrorisme anarchiste. L'évènement le plus célèbre est l'attentat au sein de l'Assemblée nationale, perpétré le par Auguste Vaillant. Lançant une bombe depuis la tribune à la chambre des députés, il fait plusieurs blessés. Le , le président de la République Sadi Carnot est assassiné à Lyon par un jeune anarchiste italien, Sante Geronimo Caserio. Ces événements suscitent l'inquiétude de l'opinion publique et de la presse, des journaux républicains radicaux aux feuilles conservatrices, qui en appellent à des mesures d'exception.

Tension du climat politique

En France, des lois anti-anarchistes sont proposées durant les années qui suivent les insurrections communalistes de 1870-1871 ; aussi, plusieurs attentats sont alors attribués au mouvement anarchiste. Les trois lois proposées à la Chambre des députés visaient à prévenir de nouveaux attentats.

L'expression « lois scélérates » est notamment popularisée par Francis de Pressensé, Émile Pouget et Léon Blum (qui signe « un juriste ») dans un pamphlet publié en 1899, Les Lois scélérates de 1893-1894.

Contenu des lois

« Je ne connaissais pas ces gens-là, au moment du vote. Manifestement, je consacrerai tous mes efforts pour faire abolir ces lois »

— Ludovic Trarieux, Président de la Ligue des Droits de l'Homme, À propos des lois scélérates qu'il avait fait voter en 1894 (Conférence de 1898) .

Une série de trois lois est votée dans l'urgence afin de lutter contre ces actions anarchistes qui visaient à déstabiliser des pans de la société :

  1. Le , soit deux jours après l'attentat d'Auguste Vaillant visant les députés, c'est Antonin Dubost (1844-1921), ministre de la Justice dans le gouvernement de Jean Casimir-Perier qui soumet à la Chambre des députés un ensemble de mesures pour sauvegarder « la cause de l’ordre et celle des libertés publiques ». C'est une modification de la loi de 1881 sur la liberté de la presse qui ne punissait que la provocation directe ; désormais la provocation indirecte, l'apologie, est elle aussi punie et un juge peut ordonner la saisie et l'arrestation préventive. Le texte de la première des trois lois est adopté le par 413 voix contre 63.
  2. La seconde loi est discutée le , à peine quatre jours après avoir été déposée. Elle concerne les associations de malfaiteurs et vise particulièrement les groupes anarchistes, alors nombreux et très actifs. C'est une loi qui vise à pouvoir inculper tout membre ou sympathisant sans faire de distinction. Elle encourage également la dénonciation : « Les personnes qui se seront rendues coupables du crime, mentionné dans le présent article seront exemptes de peine si, avant toute poursuite, elles ont révélé aux autorités constituées l’entente établie ou fait connaître l’existence de l’association. » Elle est votée le .
  3. La troisième loi, promulguée au Journal officiel le , est sans doute la plus marquante pour les anarchistes puisqu'elle les vise directement, en les nommant et en leur interdisant tout type de propagande. C'est à la suite de cette loi que de nombreux journaux anarchistes comme Le Père peinard, qui avait déjà été saisi avant, sont interdits. Cette loi permet une véritable répression de l’anarchisme, des milliers de perquisitions et d'arrestations débouchent, notamment sur le Procès des Trente.

Réaction politique

Position de Jean Jaurès

À l'occasion de la découverte de fonds venant de haut lieu chez un anarchiste, de retour de Carmaux où des grèves ont eu lieu depuis 1892, Jean Jaurès se lance dans un discours à la Chambre, le , où il dénonce la politique répressive du gouvernement ; la censure du Père peinard, « consacré presque tout entier à injurier les députés socialistes » ; le « deux poids deux mesures » qu'illustre la censure imposée aux journaux et aux députés socialistes, tandis que sont tolérés les discours également contestataires de certains catholiques (Albert de Mun, l'article « La Bombe » dans La Croix de Morlay, les articles de La Croix ou l'article du Père Marie-Antoine publié dans L'Univers puis dans L’En-dehors et titré « Le Christ et la Dynamite ») ; enfin, l'usage des agents provocateurs :

« C’est ainsi que vous êtes obligés de recruter dans le crime de quoi surveiller le crime, dans la misère de quoi surveiller la misère et dans l’anarchie de quoi surveiller l’anarchie. (Interruptions au centre. — Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)

Et il arrive inévitablement que ces anarchistes de police, subventionnés par vos fonds, se transforment parfois — comme il s’en est produit de douloureux exemples que la Chambre n’a pas pu oublier — en agents provocateurs. »

Et d'évoquer un certain Tournadre, actif lors des grèves de 1892, qui avait proposé aux ouvriers de Carmaux des fonds pour acheter de la dynamite et éventuellement de s'enfuir ensuite en Angleterre ; or, selon Jaurès, alors que Tournadre avait répondu aux ouvriers qu'il avait des « amis capitalistes à Paris », les perquisitions menés chez Tournadre à Carmaux avaient mené à la découverte de deux lettres, l'une du baron de Rothschild, l'autre de la duchesse d'Uzès. Malgré ce discours, la Chambre vota dans une large majorité la confiance au gouvernement.

Position de Léon Blum

Le , dans La Revue blanche, Léon Blum, sous la signature de « Un juriste », publie un texte intitulé Comment ont été faites les Lois Scélérates. Il les critique vivement, considérant le danger qu'elles soient instrumentalisées par un gouvernement antidémocratique. Ainsi, ces lois « permettent au premier « gouvernement fort » qui surviendra de tenir pour nulle la loi de 1881 [sur la liberté de la presse], loi incomplète, mais libérale et sensée dans son ensemble, et l’une des rares lois républicaines de la République. Elles abrogent les garanties conférées à la presse en ce qu’elles permettent la saisie et l’arrestation préventive ; elles violent une des règles de notre droit public en ce qu’elles défèrent des délits d’opinion à la justice correctionnelle ; elles violent les principes du droit pénal en ce qu’elles permettent de déclarer complices et associés d’un crime des individus qui n’y ont pas directement et matériellement participé ; elles blessent l’humanité en ce qu’elles peuvent punir des travaux forcés une amitié ou une confidence, et de la relégation un article de journal ».

Application

Des séries de listes nominatives sont dressées afin de répertorier les individus soupçonnés de sympathies libertaires, de même les « sans domicile fixe » sont fichés et catégorisés.

Même si les actions violentes ont continué quelque peu, les activistes étant rentrés dans une logique de vengeance, la propagande par le fait a, après quelque temps, pratiquement disparu, à la suite de cette répression violente. Cependant l'anarchisme lui-même, sous d'autres formes, a continué de se manifester dans la société française, par exemple au travers de mouvements syndicaux.

Ces lois conduisent à la fermeture des journaux anarchistes, à de nombreuses arrestations, à la dissolution des organisations libertaires et à l'interdiction pour la presse en général de diffuser de la « propagande anarchiste ». Elles furent largement critiquées à l'étranger comme en France, y compris par des opposants au mouvement libertaire, et finissent progressivement par faire l'unanimité contre elles au sein de la classe politique française, ce qui conduira à leur abrogation en 1992. Elles incarnent la dernière forme de censure légale et de répression à large échelle visant explicitement une opinion politique en France et sanctionnant sa libre expression.

Postérité

Expression

En raison du symbole qu'elles ont représenté durant un siècle d'existence, des références à ces lois ou des expressions comme « le retour des lois scélérates » sont régulièrement utilisées dans les médias ou par des acteurs de la vie politique française afin de qualifier des propositions de lois ou lois nouvelles, qu'ils jugent liberticides. 

Abrogation en 1992

Seule la loi du , qui visait explicitement les menées anarchistes, fut finalement abrogée le avec l'entrée en vigueur de l'article 372 de la loi relative à l'institution du nouveau Code pénal votée le 16 décembre 1992.

Maintien de certaines dispositions

La loi du 12 décembre 1893 relative à l'apologie du terrorisme instaure le délit de presse du même nom, en modifiant l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Il faisait donc à ce titre l'objet d'une procédure particulière propre aux infractions instituées par cette loi. Aujourd'hui et depuis 2014, ce délit est réprimé par l'article 421-2-5 du Code pénal, est donc soumis à la procédure pénale de droit commun, et son champ d'application a été étendu puisqu'il se matérialise désormais par des comportements, des actes, des discours, des écrits exprimés ou des images diffusées publiquement, et ce quel que soit le support. Ces dispositions ne ciblent toutefois plus spécifiquement l'idéologie libertaire.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_de_1893_et_1894_sur_l%27anarchisme

Philosophie anarchiste, libertaire ou conseilliste - Trois définitions tirées de l'encyclopédie en ligne Wikipédia

 

Compte tenu de la réponse comparative insatisfaisante (à mes yeux) de la part du LLM ChatGPT , autant accéder directement aux textes eux-mêmes pour saisir les nuances entre ces trois termes : "anarchiste", "libertaire" ou "conseilliste".

Pour aller à l'essentiel, pour faire simple (à défaut d'approfondir ces trois philosophies), voici les définitions données par l'encyclopédie en ligne Wikipédia. Cela permettra aux lecteurs eux-mêmes d'en saisir individuellement les nuances.

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 Anarchisme

L'anarchisme, ou idéologie libertaire, regroupe plusieurs courants de philosophie politique développés depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques anti-autoritaires fondées sur la démocratie directe et ayant la liberté individuelle comme valeur fondamentale.

L'anarchisme, à la différence de l'anomie, ne prône pas l'absence d'ordre ni de règles, mais milite pour que son élaboration émane directement des individus concernés et non d'élus, à travers des mécanismes comme l'initiative citoyenne, le référendum ou encore le tirage au sort. Lorsqu'une élection est nécessaire, les anarchistes prônent le mandat impératif révocable comme alternative au mandat représentatif.

Fondé sur la négation du principe de domination d'un individu ou d'un groupe d'individus dans l'organisation sociale, l'anarchisme a pour but de développer une société sans État et sans classes sociales. Ce courant prône ainsi la coopération dans une dynamique d'autogestion. Contre l'oppression, l'anarchisme propose une société fondée sur la solidarité comme solution aux antagonismes, la complémentarité de la liberté de chacun et celle de la collectivité, l'égalité des conditions de vie et l'autogestion des moyens de production (conseils ouvriers, coopératives, mutuelles). Il s'agit donc d'un mode politique qui cherche non pas à résoudre les différences opposant les membres constituants de la société mais à associer des forces autonomes et contradictoires.

Le terme libertaire est couramment utilisé comme synonyme d'anarchiste, particulièrement dans le monde francophone à la suite de l'adoption des lois scélérates en France qui criminalisent l'utilisation du terme « anarchiste ».

Un mouvement pluriel

L'anarchisme est un mouvement pluriel qui embrasse l'ensemble des secteurs de la vie et de la société. Initialement théorisé par des penseurs socialistes, il est habituellement classé à la gauche voire l'extrême gauche du spectre politique bien qu'il refuse par essence de s'inscrire dans le cadre de la démocratie représentative. Concept philosophique, c’est également « une idée pratique et matérielle, un mode d’être de la vie et des relations entre les êtres qui naît tout autant de la pratique que de la philosophie ; ou pour être plus précis qui naît toujours de la pratique, la philosophie n’étant elle-même qu’une pratique, importante mais parmi d’autres ».

En 1928, Sébastien Faure, dans La Synthèse anarchiste, définit trois grands courants qui cohabitent tout au long de l'histoire du mouvement : 

Depuis, de nouvelles sensibilités se sont affirmées, telles le féminisme libertaire, l'écologie sociale (et son application, le municipalisme libertaire), l'anarcho-transhumanisme

En 2007, l'historien Gaetano Manfredonia propose une relecture de ces courants sur la base de trois modèles. 

Pour Vivien Garcia dans L'Anarchisme aujourd'hui (2007), l'anarchisme « ne peut être conçu comme un monument théorique achevé. La réflexion anarchiste n'a rien du système. […] L'anarchisme se constitue comme une nébuleuse de pensées qui peuvent se renvoyer de façon contingente les unes aux autres plutôt que comme une doctrine close ».

Selon l'historien américain Paul Avrich : « Les anarchistes ont exercé et continuent d'exercer une grande influence. Leur internationalisme rigoureux et leur antimilitarisme, leurs expériences d'autogestion ouvrière, leur lutte pour la libération de la femme et pour l'émancipation sexuelle, leurs écoles et universités libres, leur aspiration écologique à un équilibre entre la ville et la campagne, entre l'homme et la nature, tout cela est d'une actualité criante ». L'anarchisme s'inscrit en outre dans l'histoire des mouvements sociaux et de l'art en mobilisant divers symboles

Sourcehttps://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchisme

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Libertaire

Le terme libertaire désigne les personnes, courants, mouvements, structures et organisations qui prônent la liberté individuelle comme valeur fondamentale, et qui de ce fait rejettent toute forme d'autoritarisme politique dans l'organisation sociale ou la vie privée.

Dans un premier temps, libertaire était plus particulièrement un synonyme d'anarchiste, utilisé pour se référer à ce courant de philosophie politique développé depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques antiautoritaires et autogestionnaires, basées sur la démocratie directe. Joseph Déjacque crée ce néologisme en 1857 pour affirmer le caractère égalitaire et social de l'anarchisme naissant. Les anarchistes français s'y rallient à la suite de l'entrée en vigueur des lois scélérates.

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, les termes « anarchiste » et « libertaire » commencent à être utilisés différemment. « Anarchiste » désignant ceux qui veulent abolir l'État, le capitalisme et les religions, tandis que « libertaire » est utilisé plus largement dans les nouveaux mouvements sociaux, la contre-culture et les expériences militantes alternatives et anti-autoritaires. Cependant les deux sensibilités se réfèrent aux mêmes racines idéologiques.

Il est également souvent employé dans des contextes culturels et médiatiques pour désigner une attitude ou une posture individualiste, privilégiant la liberté personnelle et parfois déconnectée de toute dimension politique ou sociale concrète. 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Libertaire 

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Conseillisme

Le communisme de conseils ou conseillisme est un courant du mouvement ouvrier révolutionnaire se réclamant du socialisme et/ou du marxisme (mais qui est opposé au courant « léniniste » du marxisme). L'objectif est la prise du pouvoir révolutionnaire par la classe prolétarienne à travers des conseils ouvriers (aussi nommés « conseils de travailleurs »). Cette idée est généralement l'objectif proclamé par le mouvement communiste, mais les conseillistes reprochent aux léninistes (marxistes-léninistes, staliniens, trotskistes, maoïstes...) d'être porteurs d'un « communisme de parti », dans lequel un parti d'avant-garde confisque le pouvoir au détriment de l'auto-organisation ouvrière (substitutisme).

Les conseils de travailleurs fonctionnent selon les principes de la démocratie directe. Ils peuvent rassembler l'ensemble des travailleurs dans des assemblées de base. Si ces conseils comportent des élus, alors ces assemblées sont mandatés via un mandat impératif, doivent rendre compte de leurs activités devant l'assemblée, et sont révocables à tout moment par l'assemblée. Ces conseils incarnent une forme de démocratie au sein de la sphère productive économique et politique, où les producteurs ont saisi les moyens de productions. Pour le communisme de conseils, ces conseils ouvriers révolutionnaires sont des moyens qui contribuent à mettre fin au mode de production capitaliste et qui contribuent aussi au dépérissement de l’État.

Parmi ses principales références historiques, on y trouve par exemple la Commune de Paris (1871), des idées du luxemburgisme en Allemagne, des idées de la gauche communiste germano-hollandaise, les conseils ouvriers (ou soviets) et paysans en Russie en 1905 et 1917 (et notamment les comités d'usines), la tentative de République alsacienne des conseils en 1918, l'expérience des conseils de travailleurs de Turin et en Italie du nord en 1919-1920 (Biennio rosso), les conseils de travailleurs lors de la révolution allemande en 1918-1919, la révolution sociale espagnole de 1936, les conseils en Hongrie en 1956, les formes de conseils de travailleurs durant le Printemps de Prague (1968) en Tchécoslovaquie, ou encore la révolte sociale de Mai 68 en France.

Parmi les théoriciens les plus connus du communisme de conseils, il y a des penseurs marxistes comme Anton Pannekoek, Karl Korsch, Herman Gorter, Otto Rhüle et Paul Mattick. En France, des personnalités comme le marxologue Maximilien Rubel, le théoricien Guy Debord, le résistant et militant marxiste Henri Simon et le philosophe Cornelius Castoriadis se sont également réclamés du communisme de conseils. Des anarchistes comme Gustav Landauer et Erich Mühsam, qui ont l'un et l'autre participé à la République des conseils de Bavière en 1919, se sont également déclarés partisans des conseils ouvriers.

La question de l'organisation révolutionnaire diffère selon les courants, mouvements et auteurs du communisme de conseils, certains étant soient plutôt fortement dans le spontanéisme ou alors d'autres plutôt « pro-parti » politique. Cependant, l'objectif reste le même : le rejet du parlementarisme et de l'électoralisme, la critique de la bureaucratie, et l'idée que la révolution socialiste doit être menée et coordonnée principalement par les conseils de travailleurs démocratiques. 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseillisme 

mercredi 7 janvier 2026

Philosophie anarchiste, libertaire ou conseilliste - "Quelles sont les différences ?" selon la synthèse des textes utilisés par ChatGPT

 

L'article d'hier (6/01/2026), intitulé "Autogestion", indique dans son introduction que :

"L'autogestion n'impliquant pas d'intermédiaire gouvernemental ou décisionnel, elle s'inscrirait de fait dans la philosophie anarchiste, libertaire ou conseilliste."

Mais quelle est la différence entre "philosophie anarchiste, libertaire ou conseilliste" ? 

Examinons la réponse du LLM ChatGPT  ... qui n'est pas suffisamment éclairante à mon goût :

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"La différence tient surtout à leur rapport à l’État, à l’organisation du pouvoir et aux formes de décision collective. Ces trois courants se recoupent parfois, mais ils ne sont ni équivalents ni synonymes."


1. La philosophie anarchiste

Principe central : rejet de toute forme de domination imposée.

  • Refuse l’État, les hiérarchies politiques, économiques et sociales.

  • Défend une organisation sociale fondée sur l’autonomie, l’entraide et le fédéralisme (associations libres).

  • L’autogestion y est fondamentale, mais accompagnée d’un refus explicite de l’autorité centralisée.

👉 Exemples de penseurs : Proudhon, Bakounine, Kropotkine.

Point clé : l’autogestion est une fin et un principe moral.


2. La philosophie libertaire

Principe central : primauté de la liberté individuelle et collective.

  • Terme plus large et parfois ambigu.

  • En Europe, il désigne souvent des courants proches de l’anarchisme (anticapitalistes, autogestionnaires).

  • Met davantage l’accent sur la liberté que sur la critique systématique de toutes les formes d’autorité.

  • Peut inclure des positions non anarchistes strictes (certaines formes de socialisme autogestionnaire).

👉 Le libertaire n’est pas toujours antistatiste de façon absolue.

Point clé : l’autogestion est un moyen privilégié de garantir la liberté.


3. La philosophie conseilliste

Principe central : le pouvoir doit appartenir aux conseils de travailleurs.

  • Issu du marxisme (mais anti-léniniste).

  • Rejette le parti politique comme intermédiaire.

  • Défend la démocratie directe par des conseils élus, révocables et fédérés.

  • Peut tolérer des formes transitoires d’organisation politique, tant qu’elles restent contrôlées par les conseils.

👉 Penseurs : Rosa Luxemburg (en partie), Anton Pannekoek.

Point clé : l’autogestion est une forme d’organisation politique concrète, plus qu’un principe philosophique général.


Tableau récapitulatif

CourantRapport à l’ÉtatRôle de l’autogestionSpécificité
AnarchisteRejet totalPrincipe fondamentalRefus de toute autorité
LibertaireVariableMoyen centralAccent sur la liberté
ConseillisteRejet du parti, État discutéStructure politiquePouvoir des conseils

En résumé

  • Anarchiste : critique radicale de toute domination.

  • Libertaire : horizon de liberté, cadre plus souple.

  • Conseilliste : organisation politique par les conseils.

mardi 6 janvier 2026

Autogestion

 

La "Participation" gaulliste, en trois étapes (voir ci-dessous), si elle avait été appliquée fidèlement, c'est-à-dire si elle n'avait pas été sabotée par le banquier-premier ministre Georges Pompidou, critiquée ouvertement par le vénal Valéry Giscard (d'Estaing), et rejetée par les députés corrompus de l'Assemblée nationale, aurait conduit progressivement, sans expropriation et sans affrontement social, non seulement à la copropriété de l'entreprise par les travailleurs et les apporteurs de capitaux mais aussi à son autogestion par les patrons et les autres travailleurs. 

Voici les étapes successives qui auraient pu conduire pacifiquement à l'autogestion des entreprises (seule la première étape a été retenue dans la loi) :  

  1. La participation aux bénéfices en fonction des résultats de l’activité ;
  2. La participation au capital de l’entreprise, donnant accès aux salariés à la copropriété de l’entreprise, et conduisant à terme à l’abolition de la lutte des classes qui sépare patronat et personnels ;
  3. La participation aux responsabilités donnant ainsi le droit aux salariés organisés de donner leur avis sur la marche de l’entreprise.

Le texte ci-dessous se propose de présenter ce qu'est l'autogestion :

  • une définition
  • son histoire
  • quelques exemples du XXème siècle voire de la fin du XIXème
  • des critiques exprimées par ses opposants
  • et les nombreuses références (bibliographie, filmographie, etc.)

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1- Définition

L’autogestion (du grec autos, « soi-même », et « gestion ») est le fait, pour une structure ou un groupe d’individus, de confier la prise des décisions à l’ensemble de ses membres. L'autogestion n'impliquant pas d'intermédiaire gouvernemental ou décisionnel, elle s'inscrirait de fait dans la philosophie anarchiste, libertaire ou conseilliste.

Certains, notamment la Confédération générale du logement durant les années 1980, définissent l'autogestion comme « la prise en charge de leurs intérêts par les intéressés eux-mêmes »[1]. Une telle conception implique que, lorsque divers intérêts coexistent, chaque groupe apprend à gérer seul ses intérêts spécifiques, dans le respect des intérêts des autres, sans délégation à une élite administrative ou intellectuelle. La dynamique autogestionnaire prolonge des pratiques traditionnelles, notamment chrétiennes en Occident[2] ou bouddhistes en Orient[3].

Godbout considère que le concept d’autogestion et l’idéal autogestionnaire sont nés au XIXe siècle et se développent par opposition à des excès créés par le système de production de la société capitaliste[4],[5]. Il s’agit de construire une alternative à la domination et à l’exploitation engendrées par ce modèle de structuration sociale, d’approfondir les réflexions autour de modèles de relations alternatifs à ce mode capitaliste, ce, dans un premier temps, à l’intérieur du système de production (Godbout, 1986). Les modèles ainsi pensés tendent à ce que les travailleurs se réapproprient le pouvoir et le redistribuent de façon plus égalitaire entre eux, tournant le dos à des pratiques vues comme hiérarchiques, autoritaires, verticales, et à des formes de dépossession. En d'autres termes, ce type d'autogestion permettrait une réappropriation et une réinvention de l'organisation collective.

2- Historique

Selon Drapeau et Kruzynski[5], tracer l’historique de l’autogestion est une gageure pour deux raisons principales. D’abord parce que celle-ci ne s’est jamais déployée sur une longue période et à grande échelle, ce qui rend difficile d’en dire quelque choses de construit ou de portée un tant soit peu général. Ensuite parce qu’à la suite de Corpet, ces deux autrices considèrent qu’il serait préférable d’employer la forme plurielle «autogestionS», cet auteur rapportant en 1982[6] qu’

« En raison de cette multiplication des formules théoriques et des manifestations pratiques (…) « habitat autogéré », « autogestion des luttes », « autogestion pédagogique », « autogestion sociale », « socialisme autogestionnaire », il serait plus exact de parler des autogestions plutôt que d’une autogestion entendue comme un modèle unique et universel de transformation sociale, valable et transposable en tous lieux et en toutes circonstances »

Historiquement, des biens communs ont été gérés durant plusieurs siècles de manière autonome par des groupes d'habitants ou de travailleurs, comme l'a montré l'ouvrage d'Elinor Ostrom intitulé La Gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles. À ce titre, on doit citer comme exemple les mines de Rancié gérées par la collectivité des habitants de Vic de Sos durant au moins cinq siècles, soit depuis les environs de 1272 jusqu'au régime de Napoléon Ier qui mit les mines sous l'autorité du préfet.

Cette pratique de gestion des entreprises par les travailleurs a été prônée par les Associations ouvrières des débuts de la révolution industrielle puis par la Première Internationale Ouvrière : l'Association internationale des travailleurs (AIT) « L'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes », formule écrite par Karl Marx pour l'AIT), conceptualisée par Pierre-Joseph Proudhon et les anarchistes[7], par les libéraux. Depuis quelques années, ce mot est à la mode dans certaines entreprises :

  • autonomie - ou semi-autonomie contrôlée par la hiérarchie - du travail personnel, 
  • mais certainement pas pouvoir gestionnaire sur l'entreprise et sur son chiffre d'affaires.

Mais c'est le maréchal yougoslave Josip Broz Tito qui fit inscrire l'autogestion dans la constitution de la Yougoslavie en 1950, lançant ainsi le socialisme autogestionnaire. Bien avant lui, la Commune de Paris (1871), la Russie soviétique (1917), la révolution espagnole de 1936 à 1938, les kibboutz d'Israël, puis l'Algérie décolonisée (fermes autogérées, 1962-1965), etc. ont alimenté les pratiques et les débats sur l'autogestion.

Dans les années 1960-1970, une partie du mouvement syndical s'est aussi approprié le modèle de l'autogestion. L’expression autogestion devient un mot valise dans les années 1960[7]. La Confédération française démocratique du travail (CFDT), dès sa déconfessionnalisation en 1964 s'intéresse à la Yougoslavie, envoie des délégations, et commence à entretenir des relations suivies avec les syndicats yougoslaves. Edmond Maire, notamment, voit dès 1965 le socialisme autogestionnaire comme un moyen de donner un nouveau souffle autour d'un projet radical susceptible de mobiliser les militants. Il s'agit aussi, pour la CFDT, d'un moyen de se distinguer de la Confédération générale du travail et d'une vision étatiste et bureaucratisée de la transformation sociale[8]. La CFDT délaissera l'idée de l'autogestion après son recentrage en 1979, non sans avoir théorisé auparavant (notamment par le biais de Pierre Rosanvallon, qui date l’émergence de l’autogestion en France à 1960 et considère que c’est 68 qui lui a donné sa visibilité[9]), que l'autogestion pouvait servir de concept-relais avec le libéralisme. Selon cette analyse, l'autogestion aurait permis, par la critique extrêmement dure du « social-étatisme », la redécouverte par la gauche d'une tradition libérale, par la critique de l’État et de l'absorption du secteur social par l’État[8].

Des auteurs de tradition marxiste comme Michel Clouscard ont défendu l'autogestion en la différenciant très fermement des utopies liées au libéralisme libertaire. Michel Clouscard déclarait ainsi : « L’autogestion doit rendre la révolution au travailleur et sur le lieu de travail. C’est une révolution silencieuse. Elle se fait derrière les médias, en dehors du pathos et du volontarisme politique, sans péripétie et sans circonstance dignes de la une, sans flash, sans scoop »[10]. Michel Clouscard, à l'inverse, s'en prenait à l'upotie autogestionnaire réduite au statut de slogan permettant à des bourgeois intellectuels le maintien de leur domination sur les travailleurs : « L’utopie autogestionnaire ignore les principes élémentaires de la logique de production »[11]. Michel Clouscard estimait aussi que l'autogestion ne pouvait pas être pratiquée dans un cadre limité de communautés réduites en marge de l'Etat. Prendre le contrôle de ce dernier était essentiel pour permettre l'autogestion, selon Michel Clouscard[12]. L'exemple des mines de Rancié le montre assez bien puisque l'expérience autogestionnaire y a pris fin du fait des directives venues de l'État bonapartiste. Les autogestionnaires n'avaient aucune influence sur l'État et en ont subi les conséquences.

Ceux qui se placent dans le sillage de Michel Clouscard en prônant un renouveau républicain tiennent toujours des discours proches, notamment en refusant la constitution d'ilots autogestionnaires : « Ce sont les mêmes impasses des utopies autogestionnaires (que je me garde bien de confondre avec l’autogestion généralisée des travailleurs), où l’on produit les uns contre les autres, faute d’avoir pris le pouvoir. La République est une et indivisible, ou elle n’est pas »[13].

Une autre partie du mouvement syndical a toujours été hostile à l'autogestion, pour des raisons stratégiques ou idéologiques (FO, CGT). Les références syndicales contemporaines à l'autogestion en France sont minoritaires, cantonnées essentiellement aux syndicats de l'Union syndicale Solidaires, aux courants École émancipée et Émancipation ! Tendance intersyndicale, au Sgen-CFDT[14] à la CNT-Vignoles et à la CNT-AIT.

Le penseur écolo-socialiste André Gorz conçoit un projet émancipateur qu'il articule autour de l’idéal d’une autogestion de la vie, notamment du travail, des besoins et du temps[15]. Pour lui également, c'est à partir d’une critique du capitalisme - qu’il voit comme générateur d’aliénation - qu’il conçoit l’autogestion comme se trouvant du côté des solutions. Sa philosophie s’organise donc autour d’un problème central – l’aliénation – et d’une réponse – l’autogestion.

Au niveau international, les pays latino-américains, sous l'effet de crises sociales et économiques, illustrent un nouveau développement de l'autogestion avec la réappropriation d'entreprises abandonnées ou mises en faillite par leurs propriétaires, notamment en Argentine avec par exemple l'entreprise Zanon, où le mot d'ordre était « Resistir, Occupar, Producir ». Les communautés zapatistes du Mexique et leurs « autogouvernements » sont un autre visage de la pratique autogestionnaire.

Dans le contexte de l’entreprise, plusieurs formes de gouvernance partagée peuvent être assimilées à des formes d’autogestion revisitées[16].

3- Expériences d’autogestion

Espagne républicaine

Une expérience d'autogestion a eu lieu en Espagne républicaine en 1936-1939, principalement en Catalogne et en Aragon. Cette expérience était d'inspiration anarchiste. Les communistes, largement instrumentalisés par l'Union soviétique, y mirent fin dans la plupart des cas en 1937, afin de réorienter l'économie du pays vers la poursuite de la guerre et de réduire l'influence des anarchistes. Les dernières expériences s'arrêtèrent à la victoire de Franco. Les résultats furent très variables suivant les cas, mais on peut dire que ce fut en général un succès dans l'agriculture et un échec dans l'industrie. Il faut cependant signaler que très souvent, les matières premières et/ou les débouchés commerciaux traditionnels des usines se trouvaient en Espagne nationaliste, ce qui peut expliquer les problèmes rencontrés. La brièveté de ces expérimentations (quelques mois dans la plupart des cas) ne permet pas de tirer de conclusions définitives sur leurs résultats à long terme.

Expérience yougoslave

En 1948, après l’exclusion de la Yougoslavie du mouvement communiste international, Josip Broz, dit Tito, introduit un « statut autogestionnaire » dans la constitution du pays[7],[17]

L'expérience yougoslave comprend deux parties : durant la première, centralisatrice et étatiste (de la fin des années 1950 aux années 1970), l'État centralise les informations et envoie des commandes aux industries. Les ouvriers sont supposés gérer l'entreprise pour répondre à cette commande, il ne s'agit donc pas d'un modèle de marché. Dans la seconde partie, au contraire, les ouvriers s'organisent comme le ferait une entreprise libérale : ils définissent la production, le marché est libre, etc.

En France, le « modèle » yougoslave joue un rôle important parmi différents groupes situés à l'extrême gauche de l'échiquier politique. En effet, une minorité révolutionnaire espère voir dans le modèle yougoslave une expérience alternative à la construction du socialisme soviétique. Des trotskistes nouent des contacts avec l’ambassade de Yougoslavie et commencent à relayer la propagande titiste[7]. Plusieurs centaines de militants encadrés par les responsables trotskistes se rendent ainsi à Belgrade. Parallèlement, les services de propagande du régime développent des outils de promotion du régime publiant revues et créant des associations de soutien[7].

Inversement, le Parti communiste français (PCF), suivant les consignes soviétiques, s'efforce de discréditer le régime yougoslave. Il dénonce le titisme comme une restauration du capitalisme, une forme de fascisme ou pire de « trotskisme »[7].

Plus généralement, ces années voient des militants et des chercheurs se lancer dans la rédaction d’ouvrages sur la Yougoslavie, « plutôt apologétiques comme ceux de Guy Caire, Georges Lasserre ou, au mieux, complaisants comme ceux de Joseph Fisera, Albert Meister ou Daniel Guérin. »[7] Des revues comme Autogestion puis L’homme et la société poursuivent cette réflexion[7].

Expérience algérienne

Dès l'indépendance de l'Algérie en 1962, dans certains « biens vacants » laissés par les colons (des domaines agricoles et de petites et moyennes entreprises), les anciens salariés se sont constitués en comités de gestion afin d'assurer la continuité de la production mais aussi, et surtout, afin de réorienter leurs activités vers la satisfaction des « besoins du peuple »[18]. L'instauration d'un État centralisé et le contrôle politique du travail mirent rapidement fin à ces expériences ouvrières d'autogestion.

Centre universitaire expérimental de Vincennes

Le centre universitaire expérimental de Vincennes est créé à la suite du mouvement de Mai 68 afin d'expérimenter un fonctionnement autogestionnaire. Source d'une grande émulation intellectuelle, l'établissement est à l'origine de l'université Paris VIII[19].

Expérience chilienne

Le gouvernement socialiste du président Salvador Allende, élu au Chili en 1970, pratique aussitôt une politique de nationalisations massives, provoquant le mécontentement des patrons de ces entreprises, lesquels ont organisé une grève illimitée en 1973. Depuis longtemps déjà, les ouvriers chiliens manifestaient leur désir de fonder un « pouvoir populaire », de passage d’une société profondément capitaliste et mondialisée qu’était le Chili des années 1970 à une société socialiste débarrassée du système de travail hiérarchisé d'alors.

Cette grève patronale donne l’occasion à de nombreux travailleurs de prendre le pouvoir dans leur entreprise, et de travailler sans patron ni hiérarchie (si ce n’est des délégués élus démocratiquement et temporairement). Salvador Allende propose une loi rendant légale l’autogestion, celle-ci est refusée par l’Assemblée, majoritairement à droite. Les entreprises qui ont fonctionné en autogestion lors de la grève des patrons n’ont cependant encouru aucune répression de la part du gouvernement.

Ces expériences de travail en autogestion, qui ont duré quelques mois, ont été décrites de manière résolument positive par les ouvriers : le travail s’effectuait dans de meilleures conditions, car les ouvriers ne subissaient plus « l’oppression » patronale ; leur productivité restait égale, tandis que leur dynamisme et leur envie de travailler s’accroissaient. Elles ont pris fin avec le coup d'État de 1973 d'Augusto Pinochet, dont la dictature militaire instaurée, de nature profondément capitaliste, a privatisé les usines autrefois nationalisées, interdit le fonctionnement en autogestion et rétabli le rapport patron-ouvriers dans les usines.

Autres exemples

4- Critiques

Une critique de l'autogestion porte sur une éventuelle inefficacité relative en comparaison avec une économie capitaliste. D’après James Meade, l'entreprise autogérée a un comportement beaucoup plus malthusien que l'entreprise capitaliste : il dit par exemple que dans un contexte de hausse des prix, l'entreprise capitaliste augmentera sa force de travail toujours plus que l'entreprise autogérée. L'entreprise autogérée préfèrera d’après lui avoir recours au capital plutôt qu'au travail, pour ne pas diminuer les revenus de ses membres[31].

Par conséquent, l'économiste libéral Henri Lepage écrit en 1976 (pour l'institut de l'entreprise), que l'autogestion « n'est pas capable d'assurer spontanément la meilleure utilisation possible des ressources rares de la communauté », à la différence de l'entreprise capitaliste[32].

Une autre critique vient du courant communiste. Lutte ouvrière considère ainsi que l'entreprise autogérée n'est révolutionnaire « que si on la comprend comme un premier pas dans la remise en cause du droit de propriété capitaliste sur les entreprises ». Dans les faits, les entreprises autogérées « restent des entreprises capitalistes, même si elles sont la propriété collective de leurs employés, au lieu d'être aux mains d'un seul propriétaire ». En conclusion, le terme d'autogestion « recouvre une conception petite-bourgeoise du socialisme », tantôt réformiste, tantôt d'inspiration anarchiste[33].

5- Notes et références

Bibliographie générale

La bibliothèque de la Fondation Maison des sciences de l'homme possède un fonds « autogestion » qui a été constitué dans les années 1970-1980. Ce fonds d’environ trois mille pièces regroupe, outre des ouvrages monographiques, des documents très divers tels actes de congrès et de colloques, rapports, dossiers, journaux, revues et tirés à part, témoignages, manifestes, conventions, tracts…, acquis ou collectés, en France et à l’étranger, auprès des acteurs de l’autogestion.

  • Frank Georgi, L'Autogestion en chantier. Les gauches françaises et le « modèle » yougoslave, 1948-1981, Nancy, Arbre bleu Éditions, 2018.
  • Frank Georgi (dir.), Autogestion. La dernière utopie ?, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, 614 p.
  • Cahiers de l'Institut Universitaire d'Etude du Développement, L'Autogestion disait-on !, Paris, PUF, 1988, 179 p.
  • Autogestion, l'Encyclopédie internationale, Syllepse, 2015.
  • Hugues Lenoir, Autogestion pédagogique et éducation populaire : l'apport des anarchistes, Éditions libertaires, Paris, 2014.
  • Collectif, De l'autogestion : théories et pratiques, Éditions CNT-RP, 2013.
  • Collectif, L’autogestion en pratiqueS, Éditions Albache, 2013, (ISBN 979-10-91013-01-7)
  • Timothée Duverger, Écologie et autogestion dans les années 1970. Discours croisés d'André Gorz et de Cornelius Castoriadis, in Écologie & Politique, no 46, Paris, Presses de Sciences Po, 2013/1, texte intégral [archive].
  • Dominique Pignon et Jean Querzola, « Dictature et démocratie dans la production », dans : Les Temps Modernes, n°314-315, septembre-octobre1972, pp. 438-466 ; réédition dans : André Gorz (dir), Critique de la division du travail, Paris, Éditions du Seuil,1973, p.103-159.
  • Hélène Hatzfeld, « Autogestion [archive] », in Casillo I. avec Barbier R., Blondiaux L., Chateauraynaud F., Fourniau J.-M., Lefebvre R., Neveu C. et Salles D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, (ISSN 2268-5863).
  • Pierre Thomé, Créateurs d'utopies. Démocratie, autogestion, économie sociale et solidaire, Éditions Yves Michel, 2012, (ISBN 978-2-36429-013-6).
  • Maxime Quijoux, Néolibéralisme et autogestion, l'expérience argentine, Éditions de l'IHEAL, Paris, 2011.
  • Collectif Lucien Collonges, Autogestion. Hier, aujourd'hui, demain, Syllepse, 2010
  • Hugues Lenoir, Éducation, autogestion, éthique, Éditions libertaires, Paris, 2010.
  • Alternative libertaire, L'Autogestion, une idée toujours neuve, bilan des tentatives révolutionnaires et des expériences en milieu capitaliste, 2007.
  • Jean Le Gal, Le Maître qui apprenait aux enfants à grandir, récit de l'autogestion dans la pédagogie Freinet, Les Éditions Libertaires, 2007.
  • Nathalie Ferreira, Économie sociale et autogestion - Entre utopie et réalité., préf. Alain Lipietz, L'Harmattan, Collection L'esprit économique, 2005, (ISBN 2-7475-7613-2).
  • Frank Mintz, Autogestion et anarcho-syndicalisme (analyse et critiques sur l’Espagne 1931-1990), Paris, Éditions CNT-RP, 1999
  • Georges Guezennec, La Yougoslavie autogestionnaire - Bilan critique d'une époque prestigieuse, éditions Créer, 1991.
  • Jacques Guigou, La Cité des ego, L'impliqué, 1987 ; rééd. L'Harmattan, 2008.
  • Théophile Malicet, La colonie libertaire d'Aiglemont, Revue de l'Économie sociale no III, Paris, 1985 ISSN 0755-8902
  • Roger Boussinot, Les mots de l'anarchie, Éditions Delalain, 1983.
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  • Daniel Mothé (Gautrat Jacques), L'Autogestion goutte à goutte, édition du Centurion, 1980.
  • Maurice Joyeux, Autogestion, gestion directe, gestion ouvrière - La Fédération anarchiste et l’autogestion, Volonté anarchiste, Groupe Fresnes-Antony, 1979, (ISSN 0181-4389).
  • Autogestion et Capitalisme - Réponses à l'anti-économie. Masson, coll. Institut De L'entreprise, 0338-1463 Paris, 1978.
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  • Cornelius Castoriadis, Autogestion et hiérarchie, 1974.
  • Ernest Mandel, Contrôle ouvrier, conseils ouvriers, autogestion (anthologie), Éditions Maspero, Paris, 1970.
    • Tome I. Les sources – L’expérience soviétique
    • Tome II. L’entre-deux-guerres
    • Tome III. Depuis la Seconde Guerre Mondiale, Livre de poche, 1973.
  • Raoul Vaneigem, De la grève sauvage à l’autogestion généralisée Paris, nouvelle édition de Ratgeb, 1974.
  • Chauvey, Autogestion, Le Seuil, Paris, 1970, (ISBN 978-2-02-000345-2)
  • Albert Meister, Socialisme et autogestion : l'expérience yougoslave, Seuil, , 398 p.
  • « Conflit de LIP (1973-1974) [archive] », sur Fragments d'histoire de la gauche radicale (consulté le ) : série de documents militants (brochures, journaux, tracts…), la plupart inédits (Cahiers de Mai hebdo, Lip-Unité, Lip-Unitépiratée, tract d'appelés du contingent…)
  • Michel Antony, « Ressources sur l'utopie, sur les utopies libertaires et les utopies anarchistes [archive] », sur acratie.eu (consulté le ) : ressources sur l'utopie, sur les utopies libertaires et les utopies anarchistes
  • Jean Querzola, « Le chef d'orchestre à la main de fer - Léninisme et taylorisme », dans : Les soldats du travail, guerre fascisme et taylorisme, Paris, Éditions Recherches, 1978, p.57-94.
  • Maurice de Montmollin, Le taylorisme à visage humain, Paris, Presses universitaires de France, 1981.
  • Benjamin Coriat, L'Atelier et le chronomètre : essai sur le taylorisme, le fordisme et la production de masse, Paris, Christian Bourgois éditeur, 1979 (rééd. 1982 et 1994)

Filmographie

  • Espagne et France ; Documentaire d'Anne Argouse et Hugues Peyret, Les Fagor et les Brandt
  • Espagne : 1936→1939. Voir « Vivre l'utopie »
    • Espagne 1936 : Révolution autogestionnaire : documentaire réalisé en 1994 par Recherche et Documentation d’Histoire Contemporaine (REDHIC)
  • Larzac : 1971→1981. Voir « Rural Riot »
  • Cuba : Récupération des terres et des outils agricoles à la campagne et dans les villes
  • The Greening of cuba, 2004, et How Cuba survived Peak Oil, 2006
  • Récupération d'usines, d'écoles, d'hôpitaux en Argentine à partir de 2001
  • Documentaire de Naomi Klein, The Take, 2004
  • Documentaire de Pierre Carles, Volem rien foutre al païs
  • El poder popular, troisième volet du documentaire de Patricio Guzman La batalla de Chile, évoque l'expérience d'autogestion sous le gouvernement de Salvador Allende au Chili: http://www.marxismo.org/?q=node/596 [archive]
  • Bolze (Sophie), Marinaleda, un village en utopie, 82 min, Tarmak production, 2009.
  • Carré (Jean-Michel), Charbons ardents, Grain de sable, 1999.
  • Enger (Michael), Des nouveaux pneus pour le Mexique, Des ouvriers reprennent leur usine, 29 min, Enger Filmproduktion, (Français et allemand), 2011.
  • Fisher (Miriam), Oaxaca, entre rébellion et utopie, Film de 75 min, Allemagne, VOST, 2007.
  • Doria (Dario), Grissinopoli, le pays des grissinis, 80 min, A4 Films, Grand écran (distrib.), 2004.
  • Jousse (Sébastien), Joulé (Luc), Les réquisitions de Marseille, 52 min, Les productions de l'œil sauvage, 2004.
  • Loach (Ken), Land and Freedom (Terre et liberté), 109 min, distribué en France par Diaphana Films, 1995.
  • Molina(Virna) y Ardito (Ernesto), Corazón de fábrica (Cœur d’usine), Argentine, 2008, 129 min, diffusé par CLACSO.
  • Rodriguo (Jean-Michel) & Paugam (Marion), Villa El Salvador : les bâtisseurs du désert, 52 min, Mecanos productions, 2008.
  • Rouaud (Christian), Les LIP, l'imagination au pouvoir, 118 min, Pierre Grise Distribution, 2007.
  • Solanas (Fernando), La dignidad de los nadies (La dignité des pauvres), Argentine, 2006, 112 min, diffusé par Trigon Film
  • Solanas (Fernando), La hora de los hornos (L’heure des brasiers), Argentine, 1968, 248 min, distribué par Trigon Film.
  • Zyserman (Didier), Nosotros los del Bauen, 95 min, VOSTF, 2010.
  • Ramonet (Tancrède), Ni Dieu ni maître, une histoire de l'anarchisme (Deux parties), 142 min, ARTE, 2017.

Radiophonie

Références

  1. Lutte ouvrière, « Socialisme et autogestion : le pouvoir des travailleurs sera politique ou ne sera pas », Autogestions, nos 22-23 « La gauche, l'extrême gauche et l'autogestion »,‎ , p. 143-148 (lire en ligne [archive], consulté le )
  2. Régis ESTIENNE, "Indépendance repliement… Indépendance ouverture", Action logement, juill. août 1980
  3. Jacques DALARUN, Gouverner, c’est servir. Essai de démocratie médiévale, Alma Editeur, 2012, 455 p.
  4. Shizuo KATSUMATA, Ikki. Coalitions, ligues et révoltes dans le Japon d'autrefois, trad. Pierre-François SOUYRI CNRS Editions, 2011, 268 p.
  5. Godbout T., Jacques, « De l’autogestion à l’autonomie », Possibles, vol.10, no.3-4, printemps-été 1986, pp.117-125.
  6. Marie-Hélène Drapeau et Anna Kruzynski, « Historicité et évolution du concept d'autogestion au Québec [archive] », sur spectrum.library.concordia.ca, (consulté le )
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  8. Sylvain Boulouque, Le modèle social qui venait des Balkans [archive], nonfiction.fr, 14 décembre 2018
  9. CFDT, l’identité en question - Frank Georgi [archive], par le laboratoire d'histoire sociale CHS, page web et film en ligne
  10. L’Âge de l’autogestion, Le Seuil, coll. Points politique, 1976, 246 p.
  11. Michel Clouscard, La Bête sauvage. Métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire, Kontre Kulture, Saint-Denis, 2014 (éd. originale aux Éditions sociales : 1983), p. 260
  12. Michel Clouscard, La Bête sauvage […], Kontre Kulture, Saint-Denis, 2014, p. 289
  13. Michel Clouscard, La Bête sauvage […], Kontre Kulture, Saint-Denis, 2014, p. 290
  14. Aymeric MONVILLE, préface à Michel Clouscard, Néo-fascisme et idéologie du désir […], Delga, 2013, p. 16
  15. « Statuts du Sgen-CFDT [archive] », sur blog.sgen.net, (consulté le )
  16. Céline Marty. La philosophie de l'autogestion d'André Gorz : travail, écologie et temps de vie. Philosophie. Université Bourgogne Franche-Comté, 2023. Français. ⟨NNT : 2023UBFCC018⟩. ⟨tel-04453467⟩
  17. Canivenc, Suzy. Autogestion et nouvelles formes organisationnelles dans la société de l information, de la communication et du savoir - Thèse de doctorant en communication (2009) https://www.theses.fr/2009REN20042 [archive] https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00458192/document [archive]
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  19. (en-GB) Muriam Haleh Davis, « “You Are Beautiful like a Comité de Gestion”: Self-Management in Algeria and Yugoslavia [archive] », sur THE FUNAMBULIST MAGAZINE, (consulté le )
  20. « Historique de Paris 8 [archive] », sur univ-paris8.fr
  21. Théophile Malicet, La colonie libertaire d'Aiglemont, La Revue de l'économie sociale, volume 3, janvier-mars 1985, p. 45-50.
  22. Voir le film d'Anne Argouse et Hugues Peyret Les Fagor et les Brandt, 2007.
  23. Voir Louviers : Sur la route de l'autogestion par Christophe Wargny, éd. Syros, 1976.
  24. Hélène Hatzfeld, La politique à la ville. Inventions citoyennes à Louviers (1965-1983), Presses Universitaires de Rennes,
  25. Emmanuel Laurentin, « Rendre le pouvoir aux citoyens ? Louviers 1965-1983 - Ép. 4/4 - Les citoyens et l'exercice du pouvoir. Une histoire [archive] » Accès libre, sur France Culture, (consulté le )
  26. Voir « La Communauté de Jansiac - La Nef des Fous » par Michel Bernard [archive]
  27. Voir Vincenzo Ruggiero, « Les Centri Sociali à Milan » [archive], Les Annales de la recherche urbaine, 1999
  28. Voir le documentaire de Naomi Klein The Take, 2004
  29. Voir aussi l'ouvrage de Maxime Quijoux, "Néolibéralisme et autogestion, l'expérience Argentine", éditions de l'IHEAL, Paris, 2011
  30. Voir « L’architecture action : de la co-participation à l’autogestion » dans Ecorev, 2007 [archive]
  31. « Pour la petite histoire [archive] », sur le-court-circuit (consulté le )
  32. Travaux de Meade [archive] cités par Henri Lepage
  33. Étude d'Henri Lepage pour l'Institut de l'entreprise [archive
 Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Autogestion