jeudi 11 septembre 2025

Katmandou, le 10 septembre 2025 - Le Népal, miroir qui pourrait nous sauver des politiciens français ?

 

Ils ont cru qu’un bannissement numérique suffirait à bâillonner une génération


   Ils ont interdit Facebook, X, YouTube, WhatsApp, LinkedIn et consorts – vingt-six plateformes d’un trait de plume (comme les politiciens rêvent de le faire dans l’UE) – et ils ont découvert ce que tout régime finissant apprend un jour : on ne censure pas un peuple qui n’attend plus rien de vous, qui supporte d’avoir faim, de regarder les politiciens vivre dans l’opulence tandis qu’il manque de l’essentiel, mais qui tient à son droit de communiquer, d’échanger ses idées et de s’exprimer.


   La macronie népalaise au pouvoir


   En censurant les réseaux sociaux, le gouvernement népalais – coalition de fait réunissant des ministres du « Communist Party of Nepal (Unified Marxist–Leninist) » de K. P. Sharma Oli, du « Communist Party of Nepal (Maoist Centre) » de Prachanda et du « Nepali Congress » parti social-démocrate de Sher Bahadur Deuba – a déclenché un soulèvement de jeunesse qui a tout emporté.


   La « Gen Z » veut faire « Tabula rasa » (« table rase »)


   Entre 19 et 25 manifestants tués par la police, Parlement incendié, résidence du Premier ministre attaquée, armée patrouillant la capitale sous couvre-feu. La « Gen Z » népalaise a jeté à bas un système dirigé par un chef de gouvernement communiste et réclame désormais liberté et prospérité.


   Après l’Indonésie, depuis trois jours, la vie au Népal – devenu laboratoire à ciel ouvert – porte un nom : chaos paroxystique – l’instant où plus rien ne tient, sauf la rue.


   Ce que révèle la bascule népalaise


   Le déclencheur est net : ordre de blocage de 26 plateformes sociales le 4 septembre 2025, au motif de non-enregistrement local et de « mésusage » (on parle de désinformation en France et au Royaume-Uni) – décision rapidement lue comme une censure ciblant une jeunesse qui dénonçait la corruption et le népotisme des élites « nepo babies » (« enfants du népotisme »).


   Face à l’embrasement, les politiciens du gouvernement sont revenus partiellement en arrière le 9 septembre – mais trop tard. Les manifestations avaient déjà débordé la police, puis déferlé sur les lieux du pouvoir.


   Bilan humain. Les chiffres fluctuent au fil des éditions : au moins 19 morts et des centaines de blessés dans les premières dépêches ; des sources parlent ensuite de 22, puis de 25 morts et 600 blessés. Cette fourchette – 19 à 25 – résume l’ampleur de la répression et la vitesse de la crise.


   Chute politique, l’armée sort


   Le Premier ministre K. P. Sharma Oli – leader du Communist Party of Nepal (UML) – démissionne. Le Parlement et le Singha Durbar (siège des ministères) brûlent, la résidence privée du Premier ministre est attaquée et incendiée.


   Alors l’armée est sortie des casernes, non pour sauver le système politique népalais moribond, mais pour imposer le couvre-feu, patrouiller, tenir la cité respirant par saccades.


   Sortie de crise discutée


   Dans le vide laissé par les politiciens qui s’enfuient, sauvés pour quelques-uns par des hélicoptères de l’armée, une issue politique semble se dessiner le 10 septembre 2025 : Sushila Karki, ex-présidente de la Cour suprême, serait proposée par des « représentants » des manifestants de la « Génération Z », ainsi que par le maire de Katmandou, Balen Shah, et sa candidature est discutée avec l’armée, devenue arbitre de fait.


   Ce scénario, nous l’avons déjà écrit et Thucydide avait raison


   Ce scénario, nous l’avons déjà écrit – Rome qui chute, l’URSS qui s’écroule sur elle-même. Thucydide avait raison : « l’épaisseur d’une muraille compte moins que la volonté de la franchir ». Au Népal, la muraille s’appelait censure et corruption. Elle a cédé quand la police, devenue sourde et aveugle à force d’obéir, a compris qu’elle ne pouvait plus protéger ceux qui la jetaient en première ligne et que l’armée n’interviendrait pas contre les manifestants.


   C’est cela, la fin d’un régime : les décisions ne se prennent plus par les politiciens, elles se discutent sans eux, loin des hémicycles, dans les couloirs où l’on ne vote pas – on arbitre en fonction d’un rapport de force que l’armée stabilise, ne serait-ce qu’en refusant d’intervenir (on a vécu ce scénario en 2011 avec la Révolution de Jasmin en Tunisie, même si la CIA était en coulisse, ce qui ne semble pas être le cas au Népal en 2025).


Qui sont les « Gen Z » népalais ?

Par convention (« Pew Research Center »), la Gen Z regroupe les nés de 1997 à 2012 – 13 à 28 ans en 2025.

Spécificité népalaise. Le Népal a redéfini en août 2025 l’âge officiel de la « jeunesse » : 18 – 35 ans (auparavant 16 – 40), via la « National Youth Policy 2082 ».

Dans les médias, « Gen Z » désigne pratiquement les lycéens, étudiants et jeunes actifs au cœur des mobilisations ; administrativement, beaucoup relèvent de la catégorie « youth » désormais 18 – 35 ans.




Patrick Ledrappier (à gauche sur la photo) à Pokhara en 2016


   « J’ai parcouru Katmandou et Pokhara pour une série de conférences privées – Mieux soigner à moindres coûts. J’y ai vu la dualité obscène : d’un côté, des cliniques « privées » (mais en fait financées par l’argent publique encaissée par les politiciens au prétexte de servir l’intérêt général) ouvertes aux cadres des partis politiques et à leurs héritiers – une économie prétendument « privée » mais strictement encadrée par les politiciens ; de l’autre, des dortoirs d’hôpitaux où l’on meurt dans le dénuement et le bruit de la souffrance physique faute de médecins formés et d’équipements de base. Quand nous avons présenté, avec deux confrères, une thérapie harmonisée (médecine chinoise + technologies électromagnétiques), la presse locale a titré : « Une nouvelle thérapie harmonisée sera introduite à Pokhara ». Traduction : la société civile cherche des issues pendant que les élites s’achètent des soins. Le chaos, ce n’est pas seulement la rue – c’est l’hôpital, c’est les services publics absent pour le peuple, car totalement accaparés par les politiciens et leurs amis. »

   Patrick Ledrappier


   Revenons à notre muraille


   Dans « Vivement l’article 16 ! », j’écrivais : « Notre plus grand espoir est que le chaos atteigne son paroxysme et provoque l’effondrement du système. » Nous y sommes presque. Comment le saura-t-on ? Quand même les fonctionnaires éborgneurs ne pourront plus protéger les politiciens, les juges et les hauts fonctionnaires – quand ils ne pourront plus se protéger eux-mêmes.


   Au Népal, la muraille s’est écroulée : la police a cédé, les politiciens sont chassés dans la rue et jetés dans des rivières, et l’armée tente d’arbitrer


   Récapitulatif sommaire des événements qui ont directement touché les politiciens :

   – Résidence du Premier ministre K. P. Sharma Oli : attaquée et incendiée.

   – Parlement : incendié.

   – ex-Premier ministre Pushpa Kamal Dahal « Prachanda » : résidence vandalisée.

   – ex-Premier ministre Sher Bahadur Deuba : résidence attaquée.

   – ex-ministre de l’Intérieur Ramesh Lekhak : domicile incendié après sa démission.

   – Ministre des Communications Prithvi Subba Gurung : résidence caillassée.

   – Vice-Premier ministre et ministre des Finances Bishnu Paudel : agressé, poursuivi nu dans les rues et jeté dans une rivière où il est caillassé.

   – Ministre des Affaires étrangères, la Dr Arzu Rana Deuba : agressée à son domicile de Budhanilkantha.


    Ces attaques visent toutes les familles politiques et leurs politiciens corrompus : communistes (CPN-UML d’Oli, CPN-Maoist de Prachanda) et centristes (Nepali Congress de Deuba) – C’est le système qui est attaqué, pas un camp politique.


   En France, demain, la même mécanique se mettra-t-elle en marche ?


   On nous dira : « Le Népal n’est pas la France. » Évidemment. Le Népal, beaucoup plus pauvre et moins encadré par l’appareil social et policier, réagit plus vite : deux jours pour tout renverser.


   La France est lourde, bardée d’agences et de comités Théodule avec un bloc de 8,6 millions de fonctionnaires en activité ou à la retraite, bien payés, de près de 3 millions d’« étudiants » acquis pour la plupart à la « gauche » et de près de 700 000 élus, l’ensemble tenant d’une mains ferme les chaînes de « UE-technocratie-haute fonction publique »  qui nous tiennent : la muraille paraît bien plus épaisse à Paris qu’à Katmandou.


    La peur doit changer de camp !


   Thucydide l’a constaté il y a 25 siècles : l’épaisseur d’une muraille ne protège pas d’un séisme, elle retarde l’onde de choc. Quand la peur change de camp, tout est possible.

À Katmandou, la peur a changé de camps en quelques jours, mais peut-il se produire en France ?


   À n’en pas douter, un accident de trop, une pénurie organisée qui ne passe pas, de nouvelles injections obligatoires mortelles, un scandale qu’ils ne pourront plus recouvrir d’un rideau de dizaines de millions de subventions et de quelques Légions d’honneur – et la muraille tombera. Eux avec.


   Alors, il faudra occuper la rue…


   Nous devrons alors occuper la rue, pas pour brûler ou casser ce qui ne l’aura pas été par les fonctionnaires et les étudiants en révolte, mais pour imposer la démocratie directe, avec le RIC en fondation, révocatoire compris.

   Et pour cela, nous devrons attendre qu’ils deviennent – fonctionnaires et étudiants en révolte – les dernières victimes de cette corruption généralisée qu’ils protègent, et dont ils vivent, mais qui s’écroulera sur eux en même temps que la Ve République.


   Car le vide, en politique, n’existe jamais longtemps


   On prête à Aristote (384–322 av. J.-C.) la formule « horror vacui » – « la nature a horreur du vide ». Il l’argumente dans son livre « Physique » (IV, 6-9) : « le vide n’existe pas », la nature « ne permet pas » de tels espaces. Même doctrine dans « De caelo » (Le ciel) : « tout corps a un lieu naturel, et le vide ne saurait exister ».


   En politique, cela signifie une chose – jamais démentie en vingt-cinq siècles : le vide se comble vite. Pas par ceux qui meurent au combat ou sur les barricades, mais par ceux qui savent attendre dans l’ombre – des crapules, la plupart du temps.


   Si nous ne voulons pas que de nouvelles crapules remplacent les anciennes, fussent-elles du sérail, nous devrons être là au moment venu – plus forts, mieux organisés, mieux armés qu’eux. Sinon, leurs relais rafleront la mise : nervis, « black blocs » & Co. au service de LFI, de la gauche et de l’Éborgneur en chef des Gilets jaunes, pseudo-antifascistes, qui sous protection policière et macronienne cassent, frappent et terrorisent les opposants au système qui les entretient.


   Le pouvoir a horreur du vide : après le chaos paroxystique, les mêmes voudront revenir, sous un autre masque, ou leurs cousins totalitaires – prêts à régner au nom de la liberté et de l’égalité, puis à imposer la terreur. Ils sont toujours sur les starting-blocks.


   La guillotine d’Hanoï


   J’ai souvenir d’une visite de la prison construite par les socialistes français, alors autorités coloniales, à Hanoï, où la guillotine made in SFIO (Section française de l’Internationale socialiste, devenue « Parti socialiste » en 1969, puis refondée à Épinay en 1971 sous la houlette de François Mitterrand, grand amateur de guillotine en Algérie) est exposée.


   Dans la pièce, il y avait la photo d’un futur guillotiné par les premiers communistes arrivés au pouvoir, avec pour légende un mot en français de sa main qui a dû échapper la censure.


   De mémoire, ce mot disait ceci : « Nous croulions sous les impôts, nous ne pouvions plus nous nourrir, alors que nous travaillions sept jours sur sept, du matin au soir. Vous nous avez promis des jours meilleurs, vous nous avez promis la liberté et le bonheur, mais, à peine étiez-vous arrivés au pouvoir grâce à nous, ce fut encore plus d’impôts, plus de répression et plus de guillotinés. »


   L’histoire ne radote pas, elle prévient


   La prison construite par les socialistes français à Hanoï et leur guillotine nous mettent en garde.

   Le Népal nous envoie un avenir qui pourrait être le nôtre.

   À nous d’être là, forts et déterminés à l’emporter au moment venu.


   Permettez-moi de me répéter


   « Ils ont construit des murs pour nous enfermer – nous les franchirons.

   Ils nous ont volé notre argent, notre santé, notre liberté, notre avenir – nous leur arracherons tout.

   Ils croyaient que nous resterions à genoux – nous nous relèverons, et ce sera leur chute.

   Définitive, irrévocable, sans retour. »




Patrick Ledrappier

Président co-fondateur

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