dimanche 26 mai 2019

«Ce qui se passe en manifestation est inadmissible dans le pays des droits de l'homme» Didier Maïsto (Journaliste et patron de Sud Radio)

Le patron de Sud Radio balance tout«Ce qui se passe en manifestation est inadmissible dans le pays des droits de l'homme» Didier Maïsto (Journaliste et patron de Sud Radio)

Voir l'émission en intégralité : https://youtu.be/Dd-QeK6llgI
Plus de vidéos de Sud Radio : https://www.sudradio.fr/programmes/emissions

Crédit vidéo : Sud Radio


Quelle clairvoyance de Francis Wurtz (député PCF) sur le Traité de Maastricht ! - Images d'archive 1992.

En avril 1992, quelques mois avant le référendum français sur le traité de Maastricht, Francis Wurtz, député européen et responsable des affaires internationales au PCF - Parti Communiste Français, expose les raisons pour lesquelles les communistes s'opposent au traité de Maastricht et au tournant ultralibéral qu'il impose à la construction européenne. 🇪🇺

► Extrait de "Francis Wurtz sur l'Europe de Maastricht" à découvrir en intégralité sur le site de Ciné-Archives : https://bit.ly/2VMB8S6



Expression directe du 25 avril 1992.

Francis Wurtz, député européen et responsable des affaires internationales au PCF, expose les raisons pour lesquelles les communistes s'opposent au Traité de Maastricht et au tournant ultralibéral qu'il impose à la construction européenne. Il présente la pétition lancée par le Parti pour exiger la tenue d'un débat national sur le sujet.

Francis Wurtz explique que la question de la souveraineté est au cœur du traité de Maastricht : "Ce traité institue une loi au-dessus des lois. S'il est ratifié, vous continuerez à élire vos députés mais le pouvoir réel sera ailleurs, dans des instances non élues, non françaises. (...) Dans quelques années 80% des législations économiques et fiscales seraient transférées vers ces pouvoirs technocratiques. S’ajouterait une Banque Centrale Européenne à Francfort qui gèrerait la monnaie unique future." D'ici là, ces institutions se verront confier la chasse au déficit et la baisse des dépenses publiques dans les domaines social, de la santé, de la formation, des salaires et des retraites, avec sanction à la clé pour les gouvernements qui ne respecteraient pas cette ligne.

Cela aurait des répercussions très concrètes sur la vie des français : la récente autorisation par le gouvernement français du travail de nuit pour les femmes est un exemple parmi d'autres du nivellement pas le bas imposé par cette logique ultra-libérale. Ou le recul social présenté comme une mesure "d'harmonisation" européenne.

Le patronat lui-même estimant que certaines contraintes imposées par le Traité seront inacceptables, Francis Wurtz s'attend à des explosions sociales.
Au nom du PCF, il met en garde contre ce traité : "Il ne faut pas céder à ceux qui disent que c'est Maastricht ou le chaos. C'est faux! Ce sont les mêmes qui demain, si Maastricht passe et que vous les critiquez, utiliseront la mauvaise Europe qu'ils auront construite comme rempart au mécontentement de leur peuple, en disant "On n'y peut rien, les ordres viennent de là-haut"."

A ceux qui croient que l'Europe de Maastricht sera plus forte, Francis Wurtz répond l'inverse : le marché unique européen ne permettra pas de concurrencer les États-Unis et le Japon, dans la mesure où il s’accompagnera d'une libéralisation des mouvements de capitaux et des importations. En outre, cette Europe aura pour effet pervers, dit-il, de niveler les différences culturelles qui font la richesse de chaque pays. Pour une organisation qui se prétend garante de la paix, l'Europe de Maastricht consacre beaucoup d'investissements à l'armement et au renforcement de l'OTAN. Au point de vue diplomatique, le député communiste se fend d'un trait d'humour : "Maastricht interdit à tout gouvernement toute politique étrangère qui ne soit pas conforme à l'opinion de la majorité. Le Général De Gaulle doit se retourner dans sa tombe!"

Fort de toutes ces réserves, Francis Wurtz demande l'organisation d'un débat contradictoire, suivi d'un référendum (comme ce fut le cas dans deux pays, l'Irlande et le Danemark). Elisabeth Guigou, ministre déléguée aux Affaires européennes, a refusé cette proposition une première fois. Il la réitère donc une seconde fois.

Mots clés : construction européenne, libéralisation économique, Traité de Maastricht, pétition, consultation des français, souveraineté nationale


L'émission « Expression Directe » est une case de programmation réservée à l'expression des partis politiques français sur les chaînes de la télévision publique. Chaque parti dispose de moyens et d'un budget attribués par l'Etat pour la préparation de ces émissions dont la réalisation lui appartient en propre. A l'origine, elles duraient en moyenne un quart d'heure et étaient diffusées aux heures de grande écoute.

Lieux de consultation : Ciné-Archives, BNF

Sourcehttps://www.cinearchives.org/Catalogue-d-exploitation-FRANCIS-WURTZ-SUR-L-EUROPE-DE-MAASTRICHT-494-1599-0-1.html?ref=55ebca3c85366fad24d7a08d54ef366c&fbclid=IwAR0aSUP7SryWIL_l8xvZLX5VD5_6LN__ujTLkg__y3-2vkhIgEH-sj1PTZM

vendredi 24 mai 2019

Enfant "cristal" ou "indigo" ?

regard pénétrant
auras "indigo", "cristal" et "arc-en-ciel"

Les enfants s’incarnant en cette période sont pour beaucoup des enfants que l’on appelle « cristal ». Au même titre que leurs prédécesseurs, les « indigo », ce sont les enfants de la transition, de l’ère du poisson à l’ère du verseau. Ils portent en eux toutes les qualités nécessaires à l’émergence d’un nouveau monde.

Le terme « cristal » fait référence à la couleur de leur aura. Ce sont des âmes très pures et très avancées, des êtres lumineux qui s’incarnent à notre époque pour nous montrer le chemin à prendre. Nous sommes bien souvent troublés face à de tels enfants tant ils sont rayonnants et pleins d’amour.
Cette vague d’âmes qui est arrivée dans les années 2000, se poursuit de nos jours. Elle à suivi la venue des indigo, qui commençaient à apparaître en grand nombre dès les années 1980.

Ces enfants ont la capacité de changer notre monde par le seul fait d’être eux mêmes. Leur approche de la vie est différente de celle de leurs prédécesseurs.

Les indigo étaient programmés pour réformer nos institutions et beaucoup d’entre eux sont à l’œuvre désormais à l’âge adulte. Ces derniers ne sont pas faits pour appliquer de vieilles règles mais pour les abolir. Le système sur lequel nos sociétés sont basées est totalement obsolète et impropre à l’évolution de l’humanité. Les indigo sont là pour pointer du doigt les défauts et les incohérences de ce système. Ils ont un esprit contestataire car leur mission de vie comprend leur fonction de réformateur des acquis. Ils préparent en somme le monde que les enfants cristal et leur pacifisme légendaire vont créer.

Les enfants cristal sont des âmes très avancées sur le chemin de l’évolution. Des âmes expérimentées qui ont accepté de s’incarner en cette période pour favoriser l’éveil de l’humanité. C’est, pour la plupart, leur première incarnation terrestre. Au niveau de l’âme, ils proviennent de plans de conscience élevés. Ils annoncent l’avènement d’un monde meilleur, plus juste, plus humain, un monde apaisé. Ces enfants, tout comme les indigo, sont très sensibles mais en plus dotés de facultés propres aux êtres qui ont ouvert leur cœur. Pour eux c’est la seule façon d’être, c’est une évidence d’être dans l’Amour inconditionnel des autres.

Les facultés qu’on leur attribue sont principalement la télépathie, parfois la télékinésie mais surtout l’empathie. Ils font preuve d’une formidable empathie pour les autres car ils conservent la mémoire du lien avec la source et ressentent fortement que nous sommes tous reliés.
Avec cette grande ouverture de cœur, ils apprécient toute forme de vie dont les règnes animal et végétal et se sentent en harmonie avec la nature.

Ils dégagent une sérénité communicative à tel point qu’à leur contact on se sent très vite apaisé et heureux. Ils attendrissent la moindre personne qui croise leur chemin par leur simple présence, tant ils font preuve d’amour inconditionnel.

Lorsqu’ils vous regardent, ils touchent votre âme car c’est réellement la beauté de celle-ci qu’ils voient en vous.

Ils n’ont que faire des apparences, seul leur ressenti compte. Vous ne pouvez pas les tromper par le paraître ou le mensonge. Si les indigo ne supportaient ni la fausseté, ni la manipulation, et le faisaient fortement sentir, les enfants cristal vous ôtent l’envie même d’envisager ces comportements. Ils lisent vos pensées…

Ces enfants ont tout à nous apprendre. Ils leur arrive de rencontrer des difficultés dans nos structures actuelles, comme avoir du mal à trouver leur place à la crèche ou l’école, car notre vie quotidienne leur semble un peu barbare. Cependant, ils seront tout à fait adaptés au monde de demain.

Alors que les indigo termineront de réformer l’ancien système, les enfants cristal pourront s’épanouir pleinement en faisant naître une société pacifiste. C’est à eux que revient la tâche de nous emmener vers l’âge d’or.

Si vous êtes parent d’un tel enfant, ne stressez pas pour autant, ils n’ont rien à faire de spécial pour accomplir cela. Ils sont programmés pour cela, ils ont juste à rester eux même parmi les autres. Leur bonté naturelle est contagieuse.

Alors, s’il vous plait, n’essayez pas de les modeler à votre image, c’est à nous de suivre leur exemple et d’ouvrir notre coeur. Au niveau de l’âme, ils sont bien plus élevés que nous.

Sourcehttp://www.terrenouvelle.ca/les-enfants-cristal/

" La Fiche 17 " de la CGT : une sinistre stupidité

La FICHE 17 ou comment la CGT s'est ridiculisée et disqualifiée en produisant et diffusant des calomnies ineptes à l'encontre d'Annie Lacroix-Riz.

 L'entretien que nous a accordé Annie Lacroix-Riz, à propos de cette affaire lamentable, est aussi et surtout l'occasion pour elle de nous faire l'historique de décennies de faillites, de renoncements, de trahisons des dirigeants et des clercs des institutions qui naguère encore représentaient dignement les travailleurs et les classes laborieuses de ce pays.

Un long délabrement qui a conduit ces organisations dans leur état actuel de faillite militante, politique et sociale, suivant le même mouvement idéologique qui a entraîné les élites intellectuelles et leur classe dirigeante vers les tréfonds qu'ils ont atteints. Une situation qui consacre l'ignorance acquise, la vacuité idéologique et l'incompétence de leurs cadres dirigeants et qui les a acculés au stade ultime de l'en-petit-bourgeoisement : le ridicule.

Le documents annexes sont accessibles sur le site : http://www.librairie-tropiques.fr/2019/04/la-fiche-17-de-la-cgt-recensee-par-annie-lacroix-riz.html



Source https://www.youtube.com/watch?v=VAIzj-onpkU


L'entretien que nous a accordé Annie Lacroix-Riz, à propos de cette affaire lamentable, est aussi et surtout l'occasion pour elle de nous faire l'historique de décennies de faillites, de renoncements, de trahisons des dirigeants et des clercs des institutions qui naguère encore représentaient dignement les travailleurs et les classes laborieuses de ce pays. 

Un long délabrement qui a conduit ces organisations dans leur état actuel de faillite militante, politique et sociale, suivant le même mouvement idéologique qui a entraîné les élites intellectuelles et leur classe dirigeante vers les tréfonds qu'ils ont atteints.  Une situation qui consacre l'ignorance acquise, la vacuité idéologique et l'incompétence de leurs cadres dirigeants et qui les a acculés au stade ultime de l'en-petit-bourgeoisement : le ridicule.

Source : http://www.librairie-tropiques.fr/2019/04/la-fiche-17-de-la-cgt-recensee-par-annie-lacroix-riz.html

Jeudi Chouard: L'heure des citoyens constituants #11

Débat animé pour la première fois par ... Etienne Chouard (!) avec, parmi les invités : Charles-Henri Gallois et Zamane Ziouane de l'UPR, Joël Perichaud du ParDem, Parti de la Démondialisation (de Jacques Nikonoff ex-MPEP, Mouvement Politique d'Education Populaire, ex-ATTAC), Régis de Castelnau du blog "Vu du droit" et le citoyen constituant Dominique Gaigne.



Source : https://www.youtube.com/watch?v=RK-525gLg1E

jeudi 23 mai 2019

Le grand retour de l'ésotérisme

Paru dans le Nouvel Observateur Hebdo 2/12/2004 —


Nouvel Observateur : Le succès fulgurant du livre de Dan Brown le Da Vinci Code, qui atteint en France le million d’exemplaires et auquel vous venez de consacrer un ouvrage (« Code Da Vinci : l’enquête » chez Robert Laffont), comme l’intérêt croissant pour la kabbale, l’astrologie, la numérologie, ou encore la fascination du public pour la Franc-maçonnerie et les sociétés secrètes, révèlent un fantastique engouement pour l’ésotérisme. Mais que place-t-on exactement sous ce terme générique et quelle est l’origine de ce mot un peu énigmatique?

Frédéric Lenoir : Le mot ésotérisme est effectivement un mot fourre-tout qui recouvre des choses très disparates. Il faut commencer par distinguer l’adjectif « ésotérique » du substantif « ésotérisme ». L’adjectif lui est antérieur et vient du grec « esôtirokos », qui veut dire « aller vers l’intérieur ». Il s’oppose à « exoterikos », « vers l’extérieur ». On retrouve déjà cette double notion dans les écoles de sagesse grecques, chez Aristote notamment, où l’on distingue l’enseignement « intérieur » donné aux disciples avancés de l’enseignement « extérieur » transmis à la foule. L’enseignement ésotérique s’adresse donc aux « initiés ». Toutes les religions développeront ainsi des enseignements pour la masse et des enseignements pour des élites. Bergson parle à ce propos d’une « religion statique » et d’une « religion dynamique ». La religion statique est liée au dogme, à la morale, au rituel. Elle s’adresse à la masse des fidèles. La religion dynamique, c’est la mystique, cet élan qui porte certains individus vers le divin. En ce sens, on peut dire que la mystique est la voie intérieure, la dimension ésotérique des grandes traditions religieuses. C’est la kabbale dans le judaïsme, le soufisme dans l’islam, la grande mystique chrétienne d’une Thèrèse d’Avila ou d’un Maître Eckart etc.

Et qu’en est-il du mot « ésotérisme » lui-même ?

Le substantif « ésotérisme » n’a été inventé qu’au XIXe siècle. Il est apparu en 1828 sous la plume d’un érudit luthérien alsacien, Jacques Matter, dans son Histoire critique du gnosticisme, et désigne un courant de pensée situé en-dehors d’une religion précise. L’ésotérisme devient un monde en soi, une nébuleuse. Il y a d’ailleurs eu mille définitions de l’ésotérisme. Des spécialistes comme Antoine Faivre ou Jean-Pierre Laurant parlent à juste titre de l’ésotérisme comme d’un « regard » plus que comme une doctrine et tentent d’en repérer les grandes caractéristiques. On peut en retenir quatre ou cinq. L’ésotérisme vise tout d’abord à réunifier des connaissances présentes dans toutes les traditions philosophiques et religieuses, avec l’idée que, derrière elles, se cache une religion primordiale de l’humanité. L’ésotérisme fait ainsi presque toujours référence à un âge d’or où l’être humain possédait une connaissance qui s’est ensuite difractée à travers les différents courants religieux. Autre trait fondamental : la doctrine des correspondances. Cette doctrine affirme l’existence d’un continuum entre toutes les parties de l’univers, dans la pluralité de ses niveaux de réalité, visibles et invisibles, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. C’est cette idée qui fonde la pratique de l’Alchimie.  Elle part du postulat que la Nature est un grand organisme vivant que parcourt un flux, une énergie spirituelle qui lui donne sa beauté et son unité. Or seule une pensée magique et ésotérique peut élucider les mystères de cette Nature enchantée. Enfin, dernier élément, la place centrale de l’imagination comme médiation entre l’homme et le monde. Plus que par son intelligence rationnelle, c’est par son imaginaire et la pensée symbolique que l’être humain va se relier à la profondeur du réel. C’est pourquoi les symboles se trouvent au fondement même de l’ésotérisme.

Mais les religions regorgent de symboles, pourquoi dès lors les chercher ailleurs ?

Parce qu’en Occident les religions ont progressivement perdu leur dimension symbolique ! Elles ont privilégiés la pensée logique, le dogme et la norme contre les symboles et l’expérience mystique. Dans l’histoire du christianisme, le XVIème siècle marque une rupture fondamentale avec d’un coté la naissance de la Réforme protestante qui constitue une critique de la pensée mythique, et de l’autre la réponse du catholicisme avec la contre Réforme, mise en œuvre au Concile de Trente, qui élabore un  catéchisme, c’est-à-dire un ensemble de définitions de ce qu’il faut croire. C’est un extraordinaire verrouillage théologique qui ne laisse plus de place au mystère, à l’expérience, à l’imaginaire, mais entend tout expliquer et tout définir en s’appuyant sur la scholastique thomiste. A l’heure actuelle, nous ne sommes toujours pas sortis de la religion/catéchisme. Pour la plupart gens, le christianisme c’est d’abord ce qu’il faut croire et ne pas croire, ce qu’il faut faire et ne pas faire. On est très loin de l’Evangile et du sacré. C’est pourquoi certains vont chercher le sacré à l’intérieur des religions dans des mouvements de type mystique-ésotérique, ou bien en-dehors, dans l’ésotérisme, c’est-à-dire dans des courants parallèles qui mettent en avant la pensée symbolique. On assiste aujourd’hui, à des niveaux très divers,  à un intérêt du public pour ces deux types de voies spirituelles.

Peut-on dire que l’une est plus « noble » que l’autre ?

Puisqu’il existe hors traditions, l’ésotérisme a pu générer, à coté de pensées très profondes, des délires sectaires et des fantasmagories en tout genre. C’est pour cette raison que l’ésotérisme a mauvaise presse auprès de la communauté intellectuelle. Le caractère ésotérique des religions est en revanche beaucoup moins disqualifié, parce qu’il concerne une “élite” censée s’intéresser au plus profond, au plus intérieur et donc au plus authentique de la religion. Ce qui n’empêche pas que certains mouvements traditionnels, comme la kabbale ou le soufisme, aient aujourd’hui des représentants qui ressemblent à des gourous et proposent une spiritualité au rabais – mais parfois très onéreuse –  qui flatte les penchants les plus narcissiques des individus sous des allures de spiritualité haut de gamme.

Si le mot date du XIXème siècle, on dit souvent que Pythagore fut le fondateur de l’ésotérisme. A quand peut-on faire remonter l’histoire de l’ésotérisme?

Pythagore est celui qui conceptualise le premier l’idée qu’il existe une harmonie universelle et une mathématique sacrée à l’œuvre dans l’univers. Il donne ainsi ses fondements à la pensée ésotérique. Mais c’est vers les IIè et IIIè siècle après JC, à la fin de l’Antiquité, que naît véritablement l’ésotérisme, avec la gnose et l’hermétisme. Selon les gnostiques, l’existence terrestre est une punition terrible, fruit d’une chute originelle, et seule la connaissance (gnôsis), transmise par initiation, permettra à l’homme de prendre conscience de sa nature divine. L’hermétisme, lui, affirme « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », qu’il existe des lois d’analogie entre la partie et le tout, entre le microcosme et le macrocosme. L’astrologie en est une bonne illustration. Cet art aussi vieux que les premières civilisations postule qu’il existe une corrélation entre les événements humains et les événements cosmiques (comètes, éclipses) ou le mouvement des planètes et en propose une interprétation de type symbolique.

Ce sont des thèses qui, jusqu’à aujourd’hui, connaîtront bien des résurgences.

Parce que l’histoire de l’ésotérisme fonctionne par vagues successives. A la Renaissance, on redécouvre la gnose et l’hermétisme. La redécouverte des textes grecs de l’Antiquité, et notamment le texte du Poïmandrès dans le Corpus hermeticum, traduit par Marsile Ficin en 1471 à la demande de Côme de Médicis provoque un choc incroyable. Ce texte constitue en effet une véritable synthèse de la pensée antique, du pythagorisme au néo-platonisme. Les penseurs de la Renaissance le croyaient antérieur à toutes ces écoles de sagesse, antérieur à Moïse lui-même. Ils l’interprétèrent donc comme la preuve qu’il existait une tradition primordiale qui unifiait tous les savoirs ensuite dispersés. On faisait remonter cette tradition à Hermès Trismégiste, un personnage légendaire qui serait relié au dieu égyptien Thôt. On découvrira un siècle plus tard qu’en fait le Corpus hermeticum datait de la fin de l’Antiquité.

Quel déception !

Enorme ! Mais ce premier moment de la Renaissance a montré une volonté des premiers humanistes de faire concorder les grandes sagesses de l’humanité, partant de cette idée que toutes relèvent d’une tradition primordiale qu’on situe généralement en Egypte. Pour ne citer qu’un seul nom, Pic de la Mirandole (1463-1494) est ce personnage extraordinaire qui pensait atteindre au savoir universel en réalisant une synthèse des textes de l’antiquité, de la foi chrétienne et de la kabbale juive.

Mais c’est finalement la pensée scientifique et la philosophie des Lumières qui vont l’emporter.

Absolument. L’ésotérisme ne deviendra dès lors qu’un contre courant face à la pensée dominante. Les premiers penseurs modernes allient encore la science et le sacré, la raison et l’imaginaire, y compris Descartes qui affirme avoir reçu en rêve sa fameuse méthode qui constituera le paradigme de la science expérimentale ! Mais l’Occident s’engage, y compris au sein des religions, dans une voie rationaliste et on finit par cloisonner les domaines du sacré et de la raison. L’imaginaire et la pensée symbolique n’ont plus leur place : on rompt alors définitivement avec le monde des symboles hérité du monde antique et du Moyen Age. Plus profondément, l’homme occidental s’arrache définitivement à la Nature qu’il ne considère plus comme magique ou enchantée, mais comme un monde d’objets observables et manipulables. Il n’est plus un « habitant du monde » comme l’entendait les Anciens, mais devient progressivement « maître et possesseur de la nature », comme le proclame Descartes dans  le chapitre 6 de son célèbre Discours de la Méthode.  Nous assistons à une forte accélération du processus de « désenchantement du monde », selon la célèbre expression de Max Weber, qui signifie que le monde a perdu « son aura magique » pour devenir un monde froid d’objets. Par le processus de rationalisation, l’homme se coupe progressivement de la nature et ne la considère plus comme un organisme vivant dont il peut manipuler les flux  par la magie ou l’alchimie.

Quand débute ce processus de rationalisation et de désenchantement du monde ?

Weber ne le dit pas, mais dans mon ouvrage Les métamorphoses de Dieu, j’émet l’hypothèse qu’il commence au passage du paléolithique au néolithique, quand l’homme chasseur-cueilleur se sédentarise dans des villages. Toute une série d’étapes montre ensuite cet arrachement progressif de l’homme à la nature, qui conduit à son désenchantement. Notons que la religion élaborée du judéo-christianisme est déjà en soi une perte de la magie. Le prêtre remplace le magicien, on ne recherche plus les fluides dans la nature ni à se réconcilier avec les esprits des arbres et des animaux, mais on invente du rituel et on observe une vie éthique pour sauver son âme. Ca peut paraître insensé à un athée d’aujourd’hui, mais la religion est bien déjà un processus de rationalisation et c’est pourquoi Marcel Gauchet soutiendra la thèse très pertinente selon laquelle la modernité occidentale est née de la matrice du christianisme avant de se retourner contre elle.

Quelles sont les conséquences de cette prise du pouvoir de la raison et de cet arrachement de l’homme à la Nature…de  nouvelles poussées de l’ésotérisme et de la pensée magique ?

Oui, parce que l’idée d’un monde totalement démagéifié, démythologisé, est quelque chose de difficile à assumer  pour l’être humain qui possède en lui une formidable capacité imaginale. L’homme se distingue de l’animal par sa capacité à symboliser les choses, c’est-à-dire à associer des éléments séparés. Cela a donné naissance à l’art, à l’écriture, à la religion. Le simple fait de voir des signes, l’impression qu’il n’y a pas de hasard, de se troubler des synchronicités, correspond à ce besoin fondamental de mettre du mystère dans le monde, de la magie au sens large du terme. Au XXè siècle, le psychologue Carl Gustav Jung et l’anthropologue Gilbert Durand montreront que ce qu’on appelle avec condescendance  « le retour de l’irrationnel » est en fait un retour du refoulé de l’homme contemporain qui a besoin de mythes et de symboles. …

Comment se manifeste cette première vague de réenchantement au siècle des Lumières ?

Il y a d’abord l’illuminisme, mouvement fondé par le savant suédois Emmanuel Swedenborg à partir de ses visions et qui a profondément marqué quantité de penseurs, y compris des philosophes des Lumières. C’était une sorte de religiosité affective qui ne partait pas d’une analyse du texte mais d’une émotion intérieure. Et puis le magnétisme de Franz Mesmer. Au cours d’expériences scientifiques sur les aimants, Mesmer  constate qu’on peut magnétiser quelqu’un d’autre en le touchant. Il en tire la conclusion qu’un fluide invisible habite la nature et qu’on peut le manipuler pour guérir ou déplacer des objets. Vingt ans avant la Révolution française, la thèse remporte un succès colossal. Et aujourd’hui encore toucheurs, rebouteux, magnétiseurs et autres guérisseurs sont légion.

De quand datent les sociétés secrètes qui excitent tant l’imagination du public ?

Du début du XVIIe siècle, un siècle plus tôt. Elles remettent en valeur la notion fondamentale d’initiation. La Rose-Croix est l’une des premières sociétés secrètes de l’âge moderne, précurseur de la Franc-maçonnerie. C’est un texte anonyme mystérieusement apparu en 1614 dans le royaume de Habsbourg qui révèle l’existence d’une fraternité d’adeptes, chargés de transmettre la mémoire d’un non moins mystérieux chevalier du XIVè siècle, Christian Rosenkreutz, qui avait pour mission d’unifier toutes les sagesses de l’humanité en vue du jugement dernier. Le mythe rose-croix s’inspire de celui des Templiers, cet ordre militaire et religieux fondé pour les croisades et dont la règle de vie a été écrite par saint Bernard en 1129.  Il fut persécuté par le roi de France Philippe le Bel avec le soutien du pape. Le vendredi 13 octobre 1307, eut lieu l’un des plus incroyable opération de police de tous les temps : tous les templiers de France furent arrêté à l’aube dans leur commanderie, torturés et massacrés. Depuis la mort sur le bûcher du dernier grand maître de l’Ordre, Jacques de Mollay, en 1314,  l’imaginaire occidental est hanté par cette croyance en la connaissance et aux pouvoirs occultes des Templiers.

La franc maçonnerie n’est-elle pas en effet d’inspiration templière ?

La Franc-maçonnerie est sans doute d’abord plus directement d’inspiration Rose-Croix. Mais son histoire est mal connue. Au Moyen Age, les maçons qui construisaient les cathédrales étaient ceux qui détenaient la connaissance des symboles, et donc celle de la dimension ésotérique du christianisme. A partir du début du XVIIIe siècle, on ne construit plus de cathédrales, le christianisme se rationalise et les connaissances ésotériques commencent à se perdre. On se met alors à organiser la transmission du savoir dans des cercles d’initiés et, en 1717, se crée la première grande loge de Londres. Quelques décennies plus tard, la franc-maçonnerie se donnera une légitimité très ancienne et fera remonter ses racines au Temple de Salomon via les Templiers… qui seraient devenus les héritiers de cette sagesse ancienne lors de leur séjour à Jérusalem.

Les sociétés secrètes et la franc-maçonnerie sont donc les grands mouvements de réaction face aux progrès du rationalisme et d’une vision matérialiste du monde ?

Les prémices seulement. La véritable révolte arrivera plus tard, avec la formidable ébullition intellectuelle, littéraire et artistique du romantisme allemand, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Le romantisme, né de la postérité du Sturm und Drang, est le premier grand mouvement collectif de réenchantement du monde, une contestation en règle de la conception matérialiste, mécaniste et désenchantée qui prévaut dans la civilisation moderne occidentale. « La poésie est le réel absolu. », dit Novalis. C’est-à-dire que plus une chose est poétique, plus elle est vraie. C’est extraordinaire comme vision du monde ! Selon les Romantiques en effet, l’homme, le cosmos et le divin sont en étroite relation et constituent une harmonie, une totalité infinie. La quête de l’homme est de parvenir à cette unité, en expérimentant intérieurement et socialement l’intensité de ces relations. En ce sens, l’activité, la sensibilité poétique contribue au réenchantement d’un monde privé de ses charmes par une modernité marchande. Les romantiques vont réhabiliter les mythes et les contes populaires (les frères Grimm) et l’idée de l’Ame du Monde, l’anima mundi des Anciens,  inventer une science de la Nature, la Naturphilosophie, qui se veut une alternative à la science expérimentale qui, elle,  repose sur une conception univoque du réel : il n’existe qu’un seul niveau de réalité, celui qu’on peu observer et manipuler. On trouve cette philosophie de la nature en écho chez de nombreux poètes jusqu’à Baudelaire : « la nature est un temple où de vivants piliers… »(Correspondances). Les premiers romantiques faisaient partie de sociétés secrètes. Puis ils se sont tournés vers l’Orient dont on commence à découvrir en Europe la profondeur religieuse et philosophique. En 1800, Friedrich Schlegel affirme : “C’est en Orient que nous devons chercher le romantisme suprême.” Se reproduit alors le même scénario qu’à la Renaissance : ils idéalisent un Orient mythique dont ils pensent que les textes sacrés remontent à plusieurs milliers d’années et sont bien antérieurs à la Bible. La découverte de l’Orient répond au rêve romantique d’un âge d’or de l’humanité perpétué jusqu’à nos jours dans une civilisation radicalement différente de la nôtre, sauvage, primitive et pure de tout matérialisme. On va vite déchanter au fur et à mesure que la connaissance de l’Orient réel prendra le pas sur le rêve orientaliste et les romantiques vont perdre leur bataille contre le rationalisme, le matérialisme et le machinisme.

Et puis arrive la deuxième grande vague d’ésotérisme, au XIXè siècle, quand apparaît le mot lui-même.

L’ésotérisme du milieu du XIXème siècle hérite de tous les ésotérismes antérieurs – ésotérisme de l’Antiquité, de la Renaissance, du XVIIIe siècle, des romantiques -, mais il se démarque fortement de ses prédécesseurs en épousant l’idée de progrès et en voulant réconcilier la religion et la science dans un savoir unique. Ce nouvel ésotérisme va prendre plusieurs expressions. Celui par exemple de l’occultisme, dont le mage Eliphas Levi (1810-1875) fut le grand théoricien, et qui entend regrouper toutes les pratiques magiques et divinatoires en en donnant une explication pseudo-scientifique. C’est aussi la naissance du spiritisme, en 1848, dans un petit village des Etats-Unis, avec les sœurs Fox qui font des expériences de contacts avec les morts qui se veulent quasi-scientifiques. En Europe, le médium français Allan Kardec joue un rôle déterminant en codifiant les pratiques du spiritisme dans « Le livre des esprits ». C’est lui aussi qui introduit en Occident l’idée de la réincarnation selon l’idée moderne de progrès : les Esprits se réincarnent de corps en corps selon une loi universelle d’évolution de l’ensemble de la création. Ainsi curieusement, dans la seconde moitié du XIXème siècle qui marque le triomphe du scientisme, la plupart des grands créateurs, de Victor Hugo à Claude Debussy en passant par  Verlaine et Oscar Wilde, font tourner les tables pour rentrer en contact avec les morts ou s’adonnent à des pratiques occultes.

Une autre expression de cet ésotérisme « moderne » sera la Société théosophique.  Le 8 septembre 1875, à New York, une femme issue de la noblesse russe Helena Petrovna Blavatsky (1831-1891) fonde avec le colonel Henry Steel Olcott (1832-1907) la Société théosophique. Médium, elle prétend tirer ses enseignements de maîtres spirituels qu’elle aurait rencontrés au Tibet, ce qui est absolument faux puisqu’il a été prouvé qu’elle n’avait jamais été au Pays des neiges. Mais en évoquant les maîtres du Tibet comme les derniers dépositaires de la religion primordiale de l’humanité, elle fera naître le mythe du “Tibet magique”, peuplé de lamas aux pouvoirs surnaturels.  Le théosophe Rudolf Steiner, en 1912, quitte la Société et fonde son propre mouvement, l’Anthroposophie, qui va contribuer à dynamiser l’univers de cette contre-culture ésotérique. Pour l’anthroposophie, le monde et l’homme se répondent à travers un jeu de correspondances subtiles. Le génie de Steiner sera de donner des applications pratiques à sa pensée, dans la médecine, l’économie, l’éducation… Il va par exemple développer l’agriculture biodynamique.

A partir de la 1ère guerre mondiale, les sociétés ésotériques semblent se déliter ?

La première moitié du XXe siècle a été tellement meurtrière que tous ces mouvements de spiritualité parallèle ont été cassés. Il faudra attendre les années 60 pour voir naître une nouvelle tentative de réenchantement du monde. C’est ce qu’on a appelé la vague New Age, qui prend son essor en Californie et qui entend unir la psychologie occidentale avec la spiritualité orientale en cherchant à relier l’homme au cosmos. Mais comme les ésotérismes qui le précèdent, cette nouvelle religiosité alternative est davantage tournée vers l’avenir que vers le passé et le mythe de l’Eden perdu : elle annonce l’entrée dans le Nouvel Age du Verseau, seul signe astrologique représentant un homme et non un animal et qui symbolise l’avènement d’un religion universelle humaniste. Ce qui est remarquable avec le New Age, c’est qu’à l’époque des médias de masse, il diffuse, bien au-delà des cercles d’initiés, les idées de l’ésotérisme dans la société globale : le divin n’est plus personnel mais identifié à une sorte d’« âme du monde », une  énergie, la fameuse « force » de la guerre des étoiles ; il existe une unité transcendante des religions qui se valent plus ou moins ; l’essentiel est d’expérimenter le divin en soi ; il existe des correspondances universelles et des êtres intermédiaires, tels que les anges ou les esprits fondamentaux de la nature etc.

Des idées prégnantes qui séduisent encore à l’heure actuelle et dont se sont récemment emparés cinéma et littérature.

Et avec quel succès ! Pourquoi « L’alchimiste » de Paulo Coelho s’est-il vendu dans plus de 140 pays selon vous? Parce qu’il reformule le vieux concept d’âme du monde en le reliant à l’individualisme moderne. Le leitmotiv du livre est que : « l’univers conspire pour réaliser notre légende personnelle », c’est-à-dire nos vœux les plus chers. La plupart des grands best-sellers contemporains se situent dans la veine ésotérique : le Seigneur des Anneaux, Harry Potter ou le Da Vinci Code, qui synthétise toutes les thèses que nous venons d’évoquer !  Le livre de Dan Brown est captivant. Mais il est aussi typique des ouvrages qui présentent le meilleur et le pire de l’ésotérisme. Le meilleur, parce qu’il fait rêver et redonne une dimension symbolique à la religion, le pire parce qu’il détourne parfois les symboles de leur sens véritable et qu’il donne des informations totalement erronées, comme nous le montrons dans notre ouvrage.

Dan Brown nous oriente vers un ésotérisme un peu frelaté et, en plus, il instille le doute chez son lecteur pour réveiller ses vieux réflexes paranoïaques, du type «  on nous cache la vérité » …

Il joue effectivement sur un vieux ressort de l’ésotérisme qui est la théorie du complot. L’ésotérisme, je l’ai dit, s’est constitué en marge des Eglises, qui l’ont toujours combattu en raison de son pouvoir subversif. Pour contrecarrer les attaques des Eglises officielles, les ésotéristes se sont construits une position défensive qui consiste à dire : les religions cherchent à nous étouffer parce que nous détenons une vérité secrète qu’elles ne veulent pas vous révéler. L’argument est séduisant, très démagogique, et ça a certainement été l’une des clefs du succès du Da Vinci Code. Mais ne soyons pas trop durs, il y a aussi des choses très justes dans le livre, comme par exemple le refoulement par le christianisme du féminin sacré. Et je trouve qu’il faut aussi rendre grâce à l’ésotérisme en général d’avoir apporté un élément de féminisation du divin. Car les idées ésotériques de l’âme du monde, de l’immanence du divin ou des ses émanations sont des archétypes typiquement féminins.

C’est en effet un travail salutaire, mais ces thèses conspirationistes et irrationnelles ne comportent-elles pas en germe de véritables dangers ?

Bien sûr, certaines d’entre elles mènent d’ailleurs tout droit vers une idéologie typiquement sectaire : nous sommes les élus, le petit cercle des initiés qui possédons la vérité unique pendant que tout le reste de l’humanité erre dans l’ignorance. D’autres, qui insistent sur l’idée d’une tradition primordiale et critiquent tout progrès moderne ont souvent des saveurs d’extrême droite. Toutes sont guettées par des dérives irrationnelles graves. Dans la secte de l’Ordre du Temple solaire par exemple, la dérive meurtrière a été légitimée au nom des « maîtres invisibles » templiers ! Pour des esprits faibles, il existe un vrai risque de décrochage du réel. Umberto Eco, en bon sémiologue, a fait dans ses deux premiers romans la meilleure critique que je connaisse du délire interprétatif. Dans Le nom de la rose il dénonce le délire interprétatif de nature religieuse : les moines interprètent les crimes commis dans leur monastère comme une réalisation des prophéties de l’Apocalypse. Dans Le pendule de Foucauld, il met en scène la folie ésotérique.

On peut donc voir le retour (ou plutôt la permanence) de l’ésotérisme dans nos sociétés modernes comme un signe inquiétant du besoin de magie et d’irrationnel. On peut y voir aussi une tentative de rééquilibrage chez l’homme occidental moderne de ses fonctions imaginatives et rationnelles, des polarités logiques et intuitives de son cerveau. Ne faudrait-il pas admettre une fois pour toute, comme ne cesse de le rappeler Edgar Morin depuis quarante ans, que l’être humain est à la fois sapiens et demens ? Qu’il a autant besoin, pour vivre une vie pleinement humaine, de raison que d’amour et d’émotion,  de connaissance scientifique que de mythes ? Bref de mener une existence poétique.
Propos recueillis par Marie Lemonnier

Source : https://www.fredericlenoir.com/grands-entretiens/le-grand-retour-de-lesoterisme/

Cycle de vie des méduses

Le terme méduse est un nom vernaculaire désignant les formes libres de nombreux groupes de cnidaires et qui s'opposent donc aux formes polypes, sessiles. Les méduses sont généralement des prédatrices, elles paralysent leurs proies grâce à leurs cnidocytes et peuvent posséder des structures sensorielles très élaborées comme des ocelles, rassemblées au sein de rhopalies. Certaines méduses appartenant à la classe des Cubozoa peuvent être mortelles pour l'Homme. Dans le cycle de vie de certains groupes de cnidaires, la forme méduse peut alterner avec la phase polype, mais d'autres vivent uniquement à l'état de méduse. Bien qu'on les retrouve principalement dans les eaux salées, il est possible d'observer certains types de méduses en eau douce.

Il existe environ 1 500 espèces de méduses répertoriées au début du XXIe siècle, essentiellement des hydroméduses. Les méduses sont par ailleurs considérées - au vu des résultats récents de phylogénie moléculaire - comme un caractère propre à l'un des deux groupes de cnidaires, appelé en conséquence Medusozoa (composé des classes : Cubozoa, Scyphozoa et Hydrozoa), l'autre groupe étant celui des Anthozoa. (coraux, anémones, ... "animaux-fleurs").  Cependant l'origine évolutive exacte de la forme méduse est encore mal comprise.

Cycle de vie

 Cas particulier des "turritopsis nutricula"

 


La méduse immortelle au Musée Océanographique de Monaco

La turritopsis nutricula possède une propriété qui relève presque du paranormal : cette méduse est immortelle. Cette méduse, capable de rajeunir à volonté, a été présentée en détail au Musée Océanographique de Monaco. Sa prolifération inquiète les scientifiques et spécialistes, intéressés  néanmoins par ses propriétés exceptionnelles.



Source : https://www.youtube.com/watch?v=e4pvkWpYs9E

Qui écrit l'Histoire ?


mercredi 22 mai 2019

À Saillans, les habitants réinventent la démocratie

Dans ce village suspendu aux pentes du Vercors, l’histoire commence comme une fable. Un projet de supermarché menaçait le « bien vivre au pays ». Le maire était pour, les habitants contre. Des citoyens se sont présentés aux élections municipales. Leur liste a gagné et, depuis, la révolution participative est en marche.
Pont de l’Ascension, 5 au 8 mai 2016 : Reporterre se met au ralenti. Et relit des articles qu’on a bien aimé, et que vous aimerez peut-être aussi redécouvrir.

- Saillans (Drôme), reportage

L’eau vive descend droit des montagnes. Assise au bord de la Drôme, Mireille se souvient de la rude bataille face au mépris des édiles. « Le maire nous disait : “C’est moi qui ai été élu, c’est moi qui décide.” On lui a prouvé le contraire », sourit-elle. Dans son dos, le massif des Trois-Becs culmine à 1.500 mètres, encerclé par la brume. Mireille a été parmi les premiers à se mobiliser contre le supermarché, en 2010.
 Les Trois-Becs.

« On voulait garder le cœur du village vivant », raconte-t-elle. À Saillans – 1.240 habitants – on compte, entre les ruelles étroites, deux boulangeries, une charcuterie, un magasin bio, deux bars et une épicerie. « Nous avons organisé une veille citoyenne et des manifestations pour bloquer la départementale. » Une pétition a recueilli plus de 800 signatures. Devant la fronde, les enseignes Casino-Intermarché préfèrent abandonner le projet, au grand dam du maire. L’énergie qui se dégage de la lutte donne des ailes. Les habitants se prennent à rêver d’une autre politique, « le règne des mâles blancs dominants, ça suffit ! » disent-ils.

Des réunions publiques sont organisées à l’approche des municipales de 2014. Avec un succès immédiat et une formule détonante : « Pas de programme, pas de candidats, la liste c’est vous ! » Plus d’une centaine de personnes se séparent en sept groupes et bûchent sur l’avenir du village. « Au début, on ne connaissait rien à la démocratie participative. Nous ne sommes pas partis de la théorie mais de considérations pratico-pratiques », raconte Sabine, géographe de 36 ans.

 La mairie de Saillans.

Trois idées fortes rassemblent le groupe d’habitants, poursuit Sabine : la transparence, « l’accès de tous à l’information », la collégialité au sein de l’équipe municipale « pour éviter que le maire et le premier adjoint s’accaparent le pouvoir » et la participation des citoyens à la gestion de la commune. « Le régime représentatif confisque la démocratie. La citoyenneté ne se résume pas à un vote tous les six ans. »

Un vent nouveau souffle sur la ville

Trois semaines avant les élections, le groupe nomme une tête de liste. « On a essayé de tenir jusqu’au bout pour ne pas avoir une personne désignée ». À la réunion ce jour là, Vincent est absent, il travaille comme veilleur de nuit. On le prévient par mél qu’il a été choisi. La liste souhaite désacraliser la fonction d’élu. Vincent le dit en toute simplicité : « Je n’ai pas le costume et je ne souhaite pas me travestir. » Il ne parle pas en acronymes ni ne gonfle le torse lorsqu’il fait son tour de marché.

Le soir de l’élection, le 23 mars 2014, la victoire est écrasante. 57 % des électeurs votent pour la liste « Autrement pour Saillans... tous ensemble » avec un taux de participation record de 80 %.. François Pégon, le maire sortant, également conseiller général, ravale sa cravate.

 Vincent dans la salle du conseil municipal. « Aujourd’hui je suis assis sur le trône mais, un jour peut-être, on le brûlera sur la place publique. »

Depuis, un vent nouveau souffle sur Saillans. La mairie est comme une ruche. Christian, un habitant, la soixantaine passée, témoigne : « Je vais à la marie comme je vais chez moi, je ne dis pas “monsieur le maire”, la porte est ouverte. » La mairie a été rebaptisée la « maison commune ». Les agents techniques – une dizaine de personnes - en ont le tournis : « Dans des villages de cette taille, normalement, on voit les conseillers municipaux deux fois par an. Ici, on les croise tous les jours ! »
Originaire de Lyon, Fernand s’était déjà présenté à des élections municipales. « Une campagne sans saveur », se souvient-il, où « l’on se contentait de suivre le maire. » À Saillans, son expérience est toute différente : « Les gens n’ont pas voté pour des personnes mais pour des contenus. Ils ont validé une méthode de gouvernance. » L’équipe ne veut pas seulement solliciter les habitants, elle souhaite « cogérer avec eux la commune », explique Fernand.

 Source : Mairie de Saillans.

Deux jeudis par mois, l’équipe municipale organise « un comité de pilotage public » : une réunion de travail ouverte aux habitants avec l’ensemble des élus. « Avant, tout était fait de manière clandestine, avec des simulacres de débats lors du conseil municipal », affirme Fernand. Aujourd’hui, des « groupes action-projet » sont créés avec les citoyens qui désirent s’impliquer sur un thème précis : l’entraide sociale, le composteur collectif, les économies d’énergie, la circulation… On dénombre plus de 250 participants, soit un quart de la population adulte.

Les quatorze élus fonctionnent en binôme et se partagent les responsabilités. Les indemnités de fonction sont réparties entre tous – 150 euros pour les conseillers municipaux, 1.000 euros pour le maire. « Cela reste symbolique, la politique n’est pas une profession », alerte Isabelle, en charge de la jeunesse.


La nouvelle municipalité renverse le langage de l’oligarchie. « Notre démarche repose sur l’expertise d’usage des habitants. Chacun est expert de sa rue, de son village. », dit Isabelle. Selon un membre de la liste, « plus que le diplôme, la compétence s’acquiert par le vécu ».

Impliqués dans la vie de la cité, les Saillansons se responsabilisent. Comme par un effet de miroir, les élus admettent que les décisions ne leur appartiennent plus. « La vision acéphale - sans chef - nourrit l’intelligence collective », déclare Fernand, enthousiaste. Les prises de décisions sont plus longues mais plus abouties. « L’extinction de l’éclairage public la nuit vient d’être mis en place, les habitants ont conçu une matrice avec des horaires différents selon les saisons, les jours et les quartiers. Le prestataire n’avait jamais vu ça ! » poursuit-il.

 La Drôme est l’une des dernières rivières sauvages d’Europe, sans barrage ni lac artificiel.

Dans les débats, les préoccupations environnementales sont omniprésentes. De la préservation de la rivière aux sentiers découverte, de la rénovation énergétique à la limitation des déchets, les habitants se mobilisent. Emmanuel, réalisateur de profession et animateur de la commission énergie, s’interroge : « Si on implique les citoyens, n’est-ce-pas le meilleur moyen de penser le long terme, et donc de s’emparer de la question écologique, au-delà des cycles électoraux ? »

« Mais où sont passés mes amis d’enfance ? »

Dix-huit mois après les élections, la nouvelle méthode commence à entrer dans les mœurs. « On a posé des outils, les gens se les réapproprient », assure Fernand, interpellé récemment dans la rue car un compte-rendu n’avait pas été affiché. « Les habitants deviennent plus exigeants, une culture de la participation est en train de germer », constate-t-il.

La démocratie participative reste cependant un sport de combat : les élus perdent leur souffle un an et demi passé en apnée. Ils croulent sous les méls, enchaînent les réunions et s’épuisent.

La liste regrette aussi de ne pas mobiliser plus de monde. Le profil des habitants engagés est plutôt âgé, les jeunes ne sont pas tellement impliqués. « Nous devons trouver de nouveaux dispositifs pour les inclure, des référendums locaux ou des agoras citoyennes… » Pour vivre, la démocratie participative doit constamment se renouveler, « être une invention permanente ».


Dans la rue centrale, le bar des Sports se transforme souvent en café du commerce. La digue se rompt après le pastis, des voix s’élèvent contre « la bande » qui a pris la mairie. « Ils ne bossent pas », avance un homme accoudé au comptoir. « À cause d’eux, il y a plein de chevelus qui débarquent, des marginaux ! » renchérit son voisin. Corinne, une fidèle de la liste, originaire de Saillans, s’inquiète sur le pas de sa porte : « Mais que font mes amis d’enfance ? Je connais les gens d’ici, je vois l’indifférence, je sens le silence sur les visages, ils ne sont pas présents aux débats. »

La retraitée a vu le village se transformer au cours des cinquante dernières années, la désertification d’abord puis l’arrivée des « néo » ensuite, qui ont réinvesti le centre-bourg délaissé. En vingt ans, la population a augmenté de 30 %, le taux de croissance le plus fort de la Drôme. « Avec cette liste, où l’on compte la moitié de néo, il y a eu comme un changement de pouvoir, mal accepté par les vieilles familles », raconte Corinne, impuissante.

 Il existe une quarantaine d’associations à Saillans dont « l’Oignon », un bar autogéré où les adhérents produisent eux-mêmes leur vin.

Pierre-Jean regarde passer le temps sur son balcon à l’entrée de la commune. « La mère Michu du village, c’est moi », dit-il, le sourire goguenard, en saluant des têtes connues. « Les médias se précipitent à Saillans mais il n’y a rien d’extraordinaire, on palabre sur des bouches d’égouts, une déchetterie, l’emplacement de la salle des fêtes. » Un de ses amis commente : « Est-ce utile de faire de la démocratie participative sur des sujets aussi anecdotiques ? Pour être consulté sur des pots de fleurs ? Une ville de cette taille n’a pas de marge de manœuvre. »

 Pierre-Jean.

Quand on prononce le mot « intercommunalité », Vincent, le maire, fait la grimace. « À l’interco, on a été ostracisés », dit-il. La ville de Crest et son sulfureux maire, Hervé Mariton (LR), font tout pour les marginaliser.

Alors que Saillans est le troisième bourg de la vallée, il n’obtient aucune vice-présidence au sein de l’intercommunalité. Vincent est tout juste nommé au bureau avec 14 votes blancs. Comme si, dans ce cercle de notables locaux, il manquait de légitimité.

La situation est problématique. Selon Isabelle, « la mairie n’a presque aucun pouvoir autonome sur son territoire. On manque de place pour une crèche, pas de local pour les jeunes, le tout est décidé à l’interco ». Avec un budget annuel de 1,2 million d’euros, la capacité d’autofinancement du village est limitée.

« Saillans agit comme un catalyseur »

Peu à peu, l’équipe apprend les jeux d’influence et les rapports de force. Vincent et l’équipe municipale devront reprendre leurs bâtons de pèlerin, « quitte à serrer des paluches au congrès des maires ». « On ne peut pas faire la démocratie participative isolément dans un seul village. », dit Vincent.

Saillans cherche à essaimer. Être « une expérience reproductible, malléable, adaptable ». Selon Tristan, le directeur du centre social de Die, « les outils sont simples et transmissibles ». Pour engager la démocratie participative, « on a simplement besoin d’un tableau, de feutres, de gommettes ». Et de volonté politique.

 Cet été, Tristan a sillonné la France à la rencontre des collectifs citoyens pour répandre « une bonne nouvelle et non pas la bonne parole ».

Dans les environs, le village a déjà fait des émules, Grâne lance son plan local d’urbanisme (PLU) participatif, le maire de Luc-en-Diois est venu se former pour animer des réunions, une assemblée populaire vient de se créer à Die. Le festival Curieuses démocraties, fin septembre, a tenté de fédérer ces différentes initiatives. Pour tous, « Saillans agit comme un catalyseur, elle légitime la démarche citoyenne », note Tristan.

Si Saillans captive les projecteurs, les habitants tentent de banaliser leurs pratiques. Ils se lassent d’être transformé en « zoo démocratique ». Jean, le vigneron, s’agace : « Notre village est folklorisé. On se retrouve comme une bête de foire. Les médias ont la manie de tout transformer en spectacle. Ils font l’impasse sur ce qui est difficile. Il faut parler du fonctionnement juridique, du fonctionnement technique pour que les gens s’approprient la démarche et se demandent : “Qu’est-ce que je peux faire chez moi ?” »

Sourcehttps://reporterre.net/A-Saillans-les-habitants-reinventent-la-democratie?fbclid=IwAR3dQVAAywEzJasX0FGXK1z6qZTp3C-nRxwbYEKAJUjSjQeMxcTNlTHNPug

Michael Reynolds et ses "Earthships"

Michael Reynolds est un architecte américain, adepte d'architecture écologique, d'écoconstruction de bâtiment autonome à base de recyclage de matériau, de développement durable, et de « vie radicalement autosuffisante ». Il est inventeur à ce titre des géonefs (earthship en anglais, vaisseau de la terre) et auteur de nombreux ouvrages techniques sur ce sujet.