jeudi 9 novembre 2017

Modélisation des croissances et déclins de civilisations

Human and Nature Dynamics (HANDY):
Modeling Inequality and Sustainability

Extrait (pages 24-28):

Review of Some Historical Collapses
• Collapse of the Roman Empire – Well known, but not the first rise and collapse in Europe.
• Minoan Civilization
• Mycenaean Civilization – Complete and Total Collapse (in Greece, 2K BC) – Population dropped by an order of magnitude, – Urban areas abandoned, – Literacy completely lost – Recovery took 4 to 5 centuries History is also full of Cycles of Rise and Decline
• Mesopotamian History: – the Sumerians, the Akkadians, Assyrians, Babylonians, Achaemenids, Seleucids, Parthians, Sassanids, Umayyads, and Abbasids.
• Egyptian History , – Three distinct cycles of Rise And Collapse in Ancient Egypt : – More Cycles after Egypt was conquered by the Persians, Greeks, Romans, Arabs, Turks, and British
• Chinese History – Zhou, Han, Song, Ming, & Ching Empires – all were followed by a decline or a collapse. Indian History : – Indus Valley Civilization, Mauryan Empire, Gupta Empire, A Dark Ages, Empire under Harsha. Finally by many Foreign Conquests by Arabs, Moguls, British Collapses Not Restricted to the “ Old World ”
• Collapse of Maya Civilization in the Yucatan – One of the best-known cases – Partly because of the Depth of the Collapse
• As Diamond [2005] puts it, “ the disappearance of between 90 and 99% of the Maya population after A.D.800. ”
• Other Rise and Collapse Cycles in Mesoamerica:
• Central Mexico : – The Olmecs , The Toltecs , Teotihuacan (the sixth largest city in the world in the 7th C), Monte Alban Many others examples from around the World:
• Mississippi Valley Cultures such as: – Cahokia, – The Hopewell Complex
• South West US Cultures such as – The Pueblo and – The Hohokam,
• Andean Civilizations such as – Huari, Tiwanaku,
• Sub-Saharan African Civilizations such as Great Zimbabwe, and
• Collapses in the Pacific Islands , – Easter Island is the most well known.

Conclusion (page 52):

Summary
• We are using up in 200+ years the fossil fuels that nature accumulated over millions of years .
Same with fossil water.
• The use of fossil fuels for agriculture increased food production and population after 1950.
• HANDY I “thought experiments” show that reducing :
1. Social inequality
2. Population growth
3. Depletion per capita allow society to become sustainable .
• HANDY II: Adding non-renewables
1. Increases maximum population by ~20 times.
2. Postpones collapse by about 200-300 years
3. If the transition from fossil to renewables (solar and winds) is done early enough, it is possible to avoid the collapse.
We are NOT modeling the coupled Earth-Human System!
• We need to couple them to provide feedbacks!
• Data assimilation can help tune the coupled models

 Source (fichier pdf de 53 pages, en anglais) : http://www.pitt.edu/~trenchea/NAPFF/Presentations/Eugenia_Kalnay_HANDY-population-ClimChange.pdf

Séance d’éducation civique – Les trois formes de gouvernance

Leçon 

Les êtres humains, depuis la préhistoire, sont des animaux grégaires (qui vivent en groupes) et même des animaux sociaux (qui vivent en société organisée).

Les sociétés humaines sont organisées de différentes façons (selon les peuples, selon les pays …) et Aristote (savant grec de l’Antiquité) les a classées en trois familles :
* une seule personne commande (par héritage, c’est la monarchie, par la force, c’est l’autocratie)
* un (petit) groupe de personnes commande (c'est l'oligarchie - exemples : les guerriers = l'aristocratie; les religieux = la théocratie; les marchands les plus riches = la ploutocratie; etc.)
* toute la population commande (c'est la démocratie ; ou l'anarchie : pas de chef pour obliger les autres à obéir).

Question n°1 : Dans quel type de société sommes-nous en France en 2017 ?

Réponses des 21 élèves :
- monarchie : 1
- oligarchie : 6
- démocratie : 14

Réponse : La plupart des gens (adultes) croient être dans une démocratie mais nous sommes dans une oligarchie où ce sont les élus qui commandent (42.000 maires, conseillers départementaux, conseillers régionaux, etc.) et, plus précisément, à peine quelques centaines : les députés, les sénateurs et le président de la République.

Question n°2 : Quel type de société aimeriez-vous ?
Si vous choisissez monarchie ou oligarchie, précisez le nom du monarque ou le nom du groupe. Si vous choisissez démocratie, expliquez pourquoi.

Réponses des 21 élèves :
- monarchie : 12
- oligarchie : 5
- démocratie : 4

Choix des monarchistes :
- "moi" : 8 élèves se désignent eux-mêmes
- "descendant de Louis XIV" (Louis XX de Bourbon) : 2
- Jésus-Christ : 2

Choix des "oligarchistes" :
Aucun élève ne veut plus que les riches commandent car (je cite) : "les riches organisent des guerres pour devenir encore plus riches."  A la place, ils veulent que les scientifiques commandent (technocratie).

Justification des démocrates :
"Pour être tous d'accord".

mercredi 8 novembre 2017

Hulot refait la loi sur la réduction de la part du nucléaire!

Emmanuel Macron s’était "engagé" à respecter la baisse de la part du nucléaire de 75% à 50% dans la production d’électricité d’ici 2025. Mais ce matin, Nicolas Hulot a estimé qu’il fallait revoir ce calendrier. Car respecter cet engagement dans le calendrier prévu augmentera incontestablement les émissions de gaz à effet de serre du pays.

Nicolas Hulot veut revoir le calendrier de la réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique français. PHOTO//Wikimedia

Les associations appellent à programmer la fermeture de plusieurs réacteurs français depuis le vote de la loi de transition énergétique pour la croissance verte en août 2015. Mais seule la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim est actuellement prévue, au moment de la mise en service de l’EPR de Flamanville. Pourtant, Nicolas Hulot avait évoqué cet été la possible fermeture de « jusqu’à dix-sept » réacteurs pour respecter cet objectif. Suite au Bilan prévisionnel de l’équilibre offre-demande d’électricité en France présenté ce matin, le ministre de la transition écologique et solidaire fait marche arrière. Ce rapport du gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE met en effet en garde contre cet objectif. Car abaisser la part du nucléaire à 50% en 2025 augmentera  les émissions de gaz à effet de serre.

Nicolas Hulot veut un nouveau calendrier

Exit l’horizon de 2025. Nicolas Hulot veut désormais fixer une « date réaliste ». Car si cet objectif est respecté comme prévu, il faudra « relancer la production d’électricité à base d’énergies fossiles ». Ce qui entraînerait une hausse des émissions de gaz à effet de serre et la mise à mal des engagements climatiques.
« Si l’on veut maintenir la date de 2025 pour ramener dans le mix énergétique le nucléaire à 50%, ça se fera au détriment de nos objectifs climatiques. Et ça se fera au détriment de la fermeture des centrales à charbon et probablement que si l’on voulait s’acharner sur cette date, il faudrait même rouvrir d’autres centrales thermiques », a souligné Nicolas Hulot. Le ministre promet toutefois que l’objectif de 50% ne passera pas à la trappe. Il se donne quelques mois pour définir une « date réaliste », sur la base des travaux de RTE.

Lire aussiQuelle transition énergétique programmée pour la France?

Équilibre offre-demande : charbon ou nucléaire, il faudra choisir!

Le rapport en question RTE a établi cinq scénarios pour assurer l’équilibre offre-demande d’électricité pour les hivers de 2017 à 2035. Jusqu’en 2020, RTE pourrait être contraint de procéder à quelques coupures d’électricité en cas de froid intense. En cause : l’arrêt définitif des moyens de production au fioul en 2017 et 2018. À partir de 2020, les marges hivernales augmenteront grâce aux économies d’énergie et aux nouveaux parcs éoliens offshore. Mais aussi grâce à trois nouvelles interconnexions avec l’Angleterre et l’Italie. Entre 2020 et 2022, « Ces marges permettent d’envisager la fermeture des centrales à charbon ou de quatre réacteurs nucléaires atteignant 40 ans de fonctionnement », fait savoir RTE. En revanche, « ces deux mesures ne peuvent être engagées conjointement », met en garde l’entreprise.
Et à l’horizon 2025, il faudrait fermer « de l’ordre de vingt-quatre » réacteurs nucléaire pour respecter la loi de 2015. Cela nécessiterait le maintien des centrales à charbon et une forte accélération du développement des énergies renouvelables. Mais aussi la construction de plus de 11.000 MW de nouvelles centrales au gaz.
Problème : dans son Plan climat annoncé en juillet, le gouvernement a prévu la fin de la production électrique à partir de charbon d’ici à 2022. Le mix électrique présenterait ainsi une part de 16% de thermique contre 9% en 2016. Et les émissions de CO2 passeraient de 22 millions de tonnes (Mt) à 42 Mt en 2025.

Comment baisser la part du nucléaire et les émissions de CO2?

RTE a donc dressé plusieurs scénarios permettant de diminuer la part du nucléaire en canalisant les émissions. Un scénario permet d’atteindre l’objectif en 2030 en fermant 16 réacteurs et l’ensemble des centrales à charbon. Les émissions de CO2 seraient alors de 12 Mt en 2035, sans nouveaux moyens de production au gaz, mais avec beaucoup plus d’éoliennes. Un autre scénario envisage de réduire les émissions à 9 Mt en 2035. Si la part du nucléaire reste dans ce cas à 56% en 2035, l’objectif de 40% d’énergies renouvelables dans le mix électrique serait en revanche respecté.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com
Sourcehttp://www.natura-sciences.com/energie/hulot-loi-reduction-nucleaire.html

Une lanceuse d'alerte assassinée

Une lanceuse d'alerte a été assassinée ce lundi 16 octobre 2017 à Malte par une bombe placée sous sa voiture.

Elle avait trois fils.
Elle est morte dans les flammes de sa voiture qui a explosé.
Elle avait 53 ans.
Elle avait fait éclater le scandale des Panama Papers, les documents qui révélaient le scandale financier offshores mondial.
Elle aimait écrire et elle aimait la vérité.
Malte l'avait vue grandir, sous le soleil qui se perd dans la mer.
Elle voulait lutter contre la corruption qui ronge ce monde.
Nous ne la connaissions pas avant de savoir qu'un assassin mandaté l'avait livrée au bûcher mécanique pour la faire taire.
Elle s'appelait Daphne Anne Caruana Galizia.
Aujourd'hui tout le monde l'applaudit mais demain qui commandera un autre assassin pour un autre révélateur de faits ?

Texte de : Paul Turchi-Duriani (Historien)

L'iségorie - L'un des principes fondateurs de la démocratie athénienne

L'iségorie (ἡ ἰσηγορία), c'est l'égalité de parole. 

Il ne s'agit pas ici d'une simple liberté d'expression. L'iségorie ne s'exerçe pas tant sur l'Agora qu'à l'Assemblée, où le débat débouche sur un vote et une décision immédiatement applicable.
Tout citoyen (
ὁ βουλεύμενος, "celui qui le veut"), a donc le droit de prendre la parole à l'Ecclesia, en fonction du temps qui lui est attribué. C'est un des aspects les plus séduisants de la démocratie athénienne. A titre de comparaison, imagine-t-on un électeur français demandant à intervenir à l'Assemblée Nationale pour proposer une loi, appeler à la guerre ou à la paix, accuser un homme politique d'incompétence ou de corruption ?
Les Athéniens étaient parfaitement conscients que la prise de parole est un des fondements de la démocratie mais il est évident qu'il s'agissait, dans leur esprit, d'une égalité en droit et non de nature. Que chacun puisse s'exprimer en public ne signifie nullement que tous en avaient l'envie ou les capacités. En effet, défendre un point de vue en public demande parfois du courage et quelques aptitudes, ce qui exclut les pusillanimes et les maladroits. Très tôt, sur la Pnyx, on écouta plus volontiers des orateurs rompus à cet exercice, des spécialistes de la parole formés dans les écoles de rhétorique. Pour un Grec dont l'idéal est toujours celui du καλός κἀγαθός, il n'y a là rien de choquant. Tout le monde bénéfice d'une égalité des chances. A chacun de la saisir, prouvant ainsi ses aptitudes et sa vertu, comme le dit Périclès dans l'oraison funèbre rapportée par Thucydide (Guerre du Péloponnèse).

Mais il faut noter aussi qu'une prise de parole à l'Assemblée n'est pas sans risque. Si chacun est libre de ses propos, il est aussi responsable de ce qu'il dit et tout autre citoyen peut lui en demander raison devant l'assemblée. Toute proposition de décret jugée contraire à la constitution peut conduire son rapporteur devant un tribunal. Rappelons enfin qu'au V° siècle, l'ostracisme peut frapper un citoyen manifestement trop ambitieux ou jugé dangereux pour la démocratie en raison du pouvoir que lui conférent ses actions ou son prestige.

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mardi 7 novembre 2017

De la fin d’un monde à la renaissance en 2050

Par Yves Cochet, Ancien ministre de l'environnement, président de l'institut Momentum

Alors que s’ouvrent les Journées d’été d’EE-LV à Dunkerque, l’ancien ministre de l’Environnement Yves Cochet examine l’effondrement mondial imminent et la nécessité d’un projet décroissant.

De la fin d’un monde à la renaissance en 2050

Il y a trente-trois ans naissaient Les Verts, première organisation unifiée de l’écologie politique en France. Jusqu’à aujourd’hui, les représentants de ce parti, puis ceux de son successeur EE-LV, ont rempli presque tous les types de mandats aux fonctions électives des institutions républicaines. Pour rien, à peu de choses près. Sous l’angle écologique de l’état géo-bio-physique de la France - de l’Europe et du monde - avouons que l’état de santé de ces territoires ne cesse de se dégrader par rapport à celui de 1984, comme le montrent à l’envie les rapports successifs du Giec, du PNUE, du Programme géosphère-biosphère et autres publications internationales alarmistes les plus récentes. Sous l’angle social et démocratique, le constat est du même ordre : creusement des inégalités, accroissement de la xénophobie, raidissement des régimes politiques. Initialement munis d’une immense générosité intellectuelle et porteurs de la seule alternative nouvelle à la vieille gauche et à la vieille droite, les écologistes politiques ont aujourd’hui presque tout perdu, même leurs sièges. Ils apparaissent périmés, faute d’être présents au réel. Celui-ci a beaucoup changé depuis trente-trois ans, particulièrement par le passage du point de bascule vers un effondrement global, systémique, inévitable. Jadis, inspirés par le rapport Meadows ou les écrits de Bernard Charbonneau, René Dumont et André Gorz, nous connaissions déjà les principales causes de la dégradation de la vie sur Terre et aurions pu, dès cette époque et à l’échelle internationale, réorienter les politiques publiques vers la soutenabilité. Aujourd’hui, il est trop tard, l’effondrement est imminent.

Bien que la prudence politique invite à rester dans le flou, et que la mode intellectuelle soit celle de l’incertitude quant à l’avenir, j’estime au contraire que les trente-trois prochaines années sur Terre sont déjà écrites, grosso modo, et que l’honnêteté est de risquer un calendrier approximatif. La période 2020-2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécue l’humanité en si peu de temps. A quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : 
- la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), 
- l’intervalle de survie (2030-2040), 
- le début d’une renaissance (2040-2050).

L’effondrement de la première étape est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030. Une telle affirmation s’appuie sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens d’une rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement mondial dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin.

La seconde étape, dans les prochaines années 30, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en Ile-de-France en 2035 ?) et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains restes de la civilisation thermo-industrielle, un peu de la même façon que, après 1348 en Europe et pendant des décennies, les survivants de la peste noire purent bénéficier, si l’on peut dire, des ressources non consommées par la moitié de la population qui mourut en cinq ans. Nous omettrons les descriptions atroces des rapports humains violents consécutifs à la cessation de tout service public et de toute autorité politique, partout dans le monde. Certains groupes de personnes auront eu la possibilité de s’établir près d’une source d’eau et de stocker quelques conserves alimentaires et médicamenteuses pour le moyen terme, en attendant de réapprendre les savoir-faire élémentaires de reconstruction d’une civilisation authentiquement humaine.

Sans doute peut-on espérer que s’ensuive, autour des années 50 de ce siècle, une troisième étape de renaissance au cours de laquelle les groupes humains les plus résilients, désormais privés des reliques matérielles du passé, retrouvent tout à la fois les techniques initiales propres à la sustentation de la vie et de nouvelles formes de gouvernance interne et de politique extérieure susceptibles de garantir une assez longue stabilité structurelle, indispensable à tout processus de civilisation.

Ce type de sentences aussi brèves qu’un slogan peuvent entraîner une sensation de malaise chez le lecteur qui viendrait à se demander si la présente tribune n’est pas l’œuvre d’un psychopathe extrémiste qui se vautre dans la noirceur et le désespoir. Au contraire, débarrassés d’enjeux de pouvoir et de recherche d’effets, nous ne cessons d’agir pour tenter d’éviter la catastrophe et nous nous estimons trop rationnels pour être fascinés par la perspective de l’effondrement. Nous ne sommes pas pessimistes ou dépressifs, nous examinons les choses le plus froidement possible, nous croyons toujours à la politique. Les extrémistes qui s’ignorent se trouvent plutôt du côté de la pensée dominante - de la religion dominante - basée sur la croyance que l’innovation technologique et un retour de la croissance résoudront les problèmes actuels. Si notre prospective est la plus rationnelle et la plus probable, reste à en convaincre les militants d’EE-LV, les Français et tous nos frères et sœurs en humanité. La dissonance cognitive de nos sociétés empêche que ceci soit possible en temps voulu. Cependant, les orientations politiques déduites de cette analyse deviennent relativement faciles à décrire : minimiser les souffrances et le nombre de morts pendant les décennies à venir en proposant dès aujourd’hui un projet de décroissance rapide de l’empreinte écologique des pays riches, genre biorégionalisme basse-tech, pour la moitié survivante de l’humanité dans les années 40. Autrement dit, profiter de la disponibilité terminale des énergies puissantes et des métaux d’aujourd’hui pour forger les quelques outils, ustensiles et engins simples de demain (les années 30), avant que ces énergies et ces métaux ne soient plus accessibles. Sans surprise, hélas, notre perspective générale ne semble pas encore partagée par la majorité des écologistes qui tiennent leurs Journées d’été européennes à Dunkerque. Ainsi, la plénière finale du samedi 26 août est-elle en partie consacrée au «développement industriel» en Europe. Un élan vers le pire.

Source :  http://www.liberation.fr/debats/2017/08/23/de-la-fin-d-un-monde-a-la-renaissance-en-2050_1591503

lundi 6 novembre 2017

Le nombre de Dunbar

 

Robin Ian MacDonald Dunbar (né le à Liverpool) est un anthropologue britannique et un biologiste de l'évolution, spécialisé dans le comportement des primates. Il est connu pour avoir formulé le nombre de Dunbar, 148, une mesure de la « limite cognitive du nombre de personnes avec lesquelles un individu peut avoir des relations stables. »


Le nombre de Dunbar est le nombre maximum d'individus avec lesquels une personne peut entretenir simultanément une relation humaine stable. Cette limite est inhérente à la taille de notre cerveau impliqué dans les fonctions cognitives dites supérieures, le néocortex.

Ce nombre est estimé par l'anthropologue britannique Robin Dunbar entre 100 et 230 personnes1 et a une valeur admise en pratique de 150 personnes2,3,4.


Ce nombre provient d'une étude publiée en 1992 par le chercheur Robin Dunbar5. Dans cette étude, il analyse la taille du néocortex de différents primates et la compare au nombre d'individus de leurs groupes respectifs. Il a ainsi extrapolé ses résultats afin de déterminer un nombre maximum pour la taille d'un groupe d'humains. Ce nombre ne devrait donc théoriquement pas dépasser 150 individus. Au-dessus de ce nombre, la confiance mutuelle et la communication ne suffisent plus à assurer le fonctionnement du groupe. Il faut ensuite passer à une hiérarchie plus importante, avec une structure et des règles importantes (on le voit par exemple à l'échelle d'un pays et de son gouvernement).

Dunbar indique par ailleurs que le langage que nous avons collectivement développé joue un rôle important dans notre capacité à entretenir des relations sociales avec environ 150 personnes. En effet, le fait de pouvoir parler à plusieurs individus simultanément permet d'établir des rapports efficaces et durables entre nous tous. En l'absence d'un tel outil de communication collective, chacun d'entre nous passerait la moitié de son temps à entretenir individuellement chacun de ses liens sociaux.

Différentes études ont retrouvé des résultats proches du nombre de Dunbar dans le comportement des utilisateurs de réseaux sociaux sur Internet, en particulier sur Twitter6 ou Facebook7.

D'autres études ont remis en question la pertinence d'une limite précise à ce nombre. L'intervalle de confiance à 95% serait trop étendu pour avancer un nombre précis.8


vendredi 3 novembre 2017

La Démocratie au Moyen Âge !

En dépit de la vague romantique qui, au XIXe siècle, va entreprendre une réhabilitation partielle et souvent mythique du récit "historique" de cette longue période (un millénaire) que les érudits de la Renaissance ont reléguée au rang de "Moyen-âge", l'imagerie commune en garde encore des idées complètement fausses : le Moyen-âge, pour beaucoup, c'est l'époque où le petit peuple, ignorant et analphabète, est soumis au dictat implacable d'un ordre politique militaire monarchique, et d'un ordre spirituel clérical séculaire et dogmatique ; c'est l'époque des seigneurs, de l'inquisition, des sorcières et des bûchers ; c'est l'époque des guerres incessantes, des croisades sanglantes et de la peste ; en résumé, c'est une époque obscure, sombre, "gothique". Voici ce que nous en dit Michel FRAGONARD :
« (...) l’histoire représente, au XIXe siècle, un enjeu "politique" essentiel (en témoigne d’ailleurs l’attention des gouvernements, dont l’action d’un Guizot, lui-même historien, est le meilleur exemple) : sa promotion est inséparable de l’affirmation du sentiment national, fruit à la fois de la Révolution française et des courants romantiques allemands ; et l’un des enjeux essentiels est la question des origines nationales. On comprend alors l’intérêt des historiens, initiateurs et propagateurs de cette conscience nationale, pour le Moyen-âge, aux fondements de la nation. Intérêt non dépourvu de considérations idéologiques : au moment où, en France, conscience nationale et aspiration démocratique sont intimement liées dans une mystique du "peuple" (notion combien ambiguë), l’œuvre d’Augustin Thierry (Récits des temps mérovingiens, Essais sur la formation et les progrès de l’histoire du Tiers État) est sous-tendue par une thèse historico-ethnique (les origines proprement "gauloises" du peuple français, à contre-pied d’une historiographie "aristocratique" insistant sur les origines franques). Dans cette quête historique d’un Moyen-âge où se trouvent les sources de la nation, l’exemple le plus illustre, en France, est celui de Michelet, qui consacre six volumes de sa monumentale Histoire de France (inachevée) au Moyen-âge et qui, dans ses autres ouvrages, revient régulièrement sur la période. »

Il nous suffit de voir à quoi ressemble ce mouvement culturel "gothique" né dans les années 1990, qui mêle à la fois l'imagerie mythique de ce Moyen-âge du XIXe siècle et les idées les plus noires que le quidam se fait de cette ère. Vêtus et maquillés de noir ou de sombre, visages tristes ou désespérés, véhicules "morts-vivants" d'un romantisme lui-même sombre et désenchanté.



Que dire alors de l'idée que l'on se fait au sujet de la politique au Moyen-âge ? A l'évocation d'une démocratie au Moyen-âge, la plupart vont faire les yeux ronds et se dire "Mais de quoi parle-t-il ?". Moyen-âge et démocratie sont deux termes que la plupart considèrent antinomiques. Or, la réalité est bien différente. La démocratie était plus vivace durant la majeure partie du Moyen-âge et de la Renaissance, qu'elle ne le fut depuis la Révolution. En fait, c'est la Révolution qui va éteindre un ensemble de pratiques démocratiques populaires qui perdurera parfois jusqu'au XVIIIe siècle.

Ce que je découvre, en parcourant l'excellent livre de Francis Dupuis-Déri « Démocratie. Histoire politique d'un mot aux États-Unis et en France », est entre autre une déconstruction radicale de ce Moyen-âge obscurantiste que l'élite contre révolutionnaire et le "siècle des Lumières" a durablement imprimé dans nos esprits. Permettez-moi de partager avec vous les quelques passages de ce livre qui nous éclairent sur cette activité démocratique vivace au Moyen-âge.

« Au Moyen-âge et pendant la Renaissance européenne, des milliers de villages disposaient d'une assemblée d'habitants où se prenaient en commun les décisions au sujet de la collectivité. Les "communautés d'habitants", qui disposaient même d'un statut juridique, ont fonctionné sur le mode de l'autogestion pendant des siècles. Les rois et les nobles se contentaient de gérer les affaires liées à la guerre ou à leurs domaines privés, d'administrer la justice et de mobiliser leurs sujets par des corvées. Les autorités monarchiques ou aristocratiques ne s'ingéraient pas dans les affaires de la communauté, qui se réunissait en assemblée pour délibérer au sujet d'enjeux politiques, communaux, financiers, judiciaires et paroissiaux[1]. »

Voilà déjà qui tranche avec les images d'une monarchie omnipotente et omniprésente, gérant, en collaboration avec l’Église, tous les faits et gestes de leurs sujets. En réalité, l'aristocratie nobiliaire avait bien d'autres chats à fouetter que de s'occuper des affaires du peuple, et elle laissait donc volontiers à ses gens le soin de s'occuper de leurs propres affaires. Le peuple disposait donc de fait d'une large autonomie, autrement plus grande que nous n'en disposons actuellement sous le régime prétendument représentatif. Et cette autonomie s'étendait sur des domaines importants et essentiels, comme nous allons le voir.

« On discutait ainsi des moissons, du partage de la récolte commune ou de sa mise en vente, de la coupe de bois en terre communale, de la réfection des ponts, puits et moulins, de l'embauche de l'instituteur, des bergers, de l'horloger, des gardes-forestiers, parfois même du curé, des gardiens lorsque sévissaient les brigands, les loups ou les épidémies. On y désignait ceux qui serviraient dans la milice, on débattait de l'obligation d'héberger la troupe royale ou de l'utilité de dépêcher un notable pour aller soumettre à la cour des doléances au nom de la communauté. »




Imaginez que, dans votre ville ou votre commune, de nos jours, vous puissiez, par le biais d'une assemblée communale publique, décider en commun de la répartition de la récolte commune ou de sa mise en vente (alors qu'aujourd'hui, les paysans - souvent les "serfs" modernes de l'industrie agro-alimentaire - se voient imposer leurs quotats de production, les prix de vente, le cahier des charges et jusqu'aux semences qu'ils peuvent utiliser), la réfections ou l'édification des ouvrages d'art (routes, voiries communales, ponts, éoliennes, barrages, écluses, etc.), décider de qui, parmi les habitants, servira dans la police municipale (qui est maintenant un corps centralisé au service de l’État, et non du peuple). Impensable, n'est-ce pas ? Pourtant, les assemblées d'habitants étaient dynamiques.

« Il y avait environ dix assemblées par an, parfois une quinzaine. Elles se déroulaient sous les arbres (le chêne), au cimetière, devant ou dans l'église, ou encore dans un champ. Bref, dans un lieu public, car il était interdit de tenir l'assemblée dans un lieu privé, pour éviter les magouilles. Une étude statistique de quelque 1500 procès-verbaux indique que ces assemblées comptaient en moyenne 27 participants, soit une représentation d'environ 60% des foyers des communautés, et pouvaient même accueillir jusqu'à quelques centaines d'individus, dont 10 à 20% de femmes. Mais à l'époque, dix personnes suffisaient pour former "un peuple" et tenir une assemblée. La participation à l'assemblée était obligatoire et une amende était imposée aux absents quand l'enjeu était important. Un quorum des deux tiers devait alors être respecté pour que la décision collective soit valide, par exemple celle d'aliéner une partie des biens communs de la communauté (bois ou pâturage). Il était si important que la communauté s'exprime que même lorsque la peste a frappé dans la région de Nîmes, en 1649, l'assemblée a été convoquée dans la campagne sur les deux rives d'une rivière, pour permettre de réunir à la fois les personnes ayant fui la ville et celles qui y étaient restées. En général, le vote était rapide, à main levée, par acclamation ou selon le système des "ballote" distinguant les "pour" des "contre" par des boules noires et blanches. Lorsque la décision était importante, les noms des personnes votantes étaient portés au procès-verbal. »

Ainsi, le peuple, au Moyen-âge, parvenait à s'autogérer sur tout un ensemble de domaines considérés non comme "privés", mais comme publics, car, à l'inverse de nous, les "modernes" atomisés par une culture du chacun pour soi (la culture individualiste que nous devons à l'origine aux physiocrates du XVIIIe siècle et à leurs successeurs libéraux et capitalistes du XIXe et du XXe siècle), nos ancêtres "médiévaux" avaient conscience de l'interdépendance mutuelle dans laquelle ils étaient, et la majeure partie des ressources produites par la terre étaient considérées comme un ensemble de richesses communes, non comme des richesses privées. Cela n'empêchait pas le commerce, l'artisanat, ni même une certaine forme d'industrie. Ils parvenaient, en dépit de leurs intérêts individuels, à s'entendre et à gérer eux-mêmes ces ressources en commun, chose qui nous semblent aujourd'hui hors de portée - il suffit, pour s'en convaincre, de voir les commentaires récurrents qui décrient l'apathie populaire et considère, aujourd'hui, la masse comme incapable de débattre et de décider communément de ses propres intérêts. Ainsi, il serait impossible aux hommes "modernes" de ce XXIe siècle de faire ce que les paysans "incultes" du Moyen-âge faisaient couramment ? Si cela est vrai, pouvons-nous encore parler de "progrès de la modernité" ? Ne devrions-nous pas plutôt faire le terrible constat de la régression imposée par cette "modernité" ?

« La démocratie médiévale, bien vivante alors, mais aujourd'hui si méconnue, permettait au peuple de traverser de longs mois sans contact direct avec des représentants de la monarchie, une institution qui offrait finalement très peu de services à sa population composée de sujets, non de citoyens. En d'autres termes : un territoire et une population pouvaient être soumis à plusieurs types de régimes politiques simultanément, soit un régime autoritaire (monarchie pour le royaume, aristocratie pour la région) et un régime égalitaire (démocratie locale ou professionnelle). »

On rêverait, de nos jours, de disposer de cette autonomie et de ce régime égalitaire, rien qu'au niveau local de nos villes ou de nos communes. Or, même cela nous est refusé, et cette simple idée fait se dresser un mur de défit et de mépris qui, au Moyen-âge ou à la Renaissance, aurait donné lieu à une "jacquerie", une révolte justifiée du peuple contre l'oppression d'un pouvoir par trop dictatorial et jugé tyrannique. En Espagne, les autorités gouvernementales ont mis leurs institutions judiciaires en marche pour détruire cette expérience unique d'autogestion réussie dans la petite ville andalouse de Marinaleda, dont le succès jette une lumière crue sur l'échec de la politique libérale nationale. Décidément, les "élites" libérales, de gauche comme de droite, n'aiment pas la démocratie, et ils le montrent de façon brutale. Cet événement récent montre ce qui se produisit à la Révolution et qui signa durablement le glas de l'expérience démocratique populaire.

« Les communautés d'habitants et les guildes de métiers perdent peu à peu de leur autonomie politique non pas en raison d'un dysfonctionnement de leurs pratiques démocratiques, qui se poursuivent dans certains cas jusqu'au XVIIIe siècle, mais plutôt en raison de la montée en puissance de l’État, de plus en plus autoritaire et centralisateur. [...] Or, si la démocratie locale peut bien s'accommoder d'un roi et même l'honorer, c'est dans la mesure où il se contente de rendre justice et de vivre surtout des revenus de ses domaines. De nouveaux prélèvements fiscaux et l'élargissement de la conscription militaire sont perçus dans les communautés comme le résultat de mauvaises décisions du roi ou de ses conseillers, et comme une transgression inacceptable et révoltante des coutumes et des droits acquis. L'assemblée d'habitants est alors un espace où s'organise la résistance face à cette montée en puissance de l’État. »

Voilà ce que l'élite contre-révolutionnaire - les "patriotes" et les "pères fondateurs" du XVIIIe siècle, ont très bien compris, et voilà pourquoi ils se sont attachés à décrier cette population agissante. Jugeons donc de cette sentence de ce procureur de la république qui est contre Babeuf dans un procès en trahison - et l'accuse par ailleurs d'être un "anarchiste" :

« Qui oserait calculer tous les terribles effets de la chute de cette masse effrayante de prolétaires, multipliée par la débauche, par la fainéantise, par toutes les passions, et par tous les vices qui pullulent dans une nation corrompue, se précipitant tout à coup sur la classe des propriétaires et des citoyens sages, industrieux et économes ? Quel horrible bouleversement que l'anéantissement de ce droit de propriété, base universelle et principale d'ordre social ! Plus de propriété ! Que deviennent à l'instant les arts ? Que devient l'industrie ?[2] »

Que voulait Babeuf ? Selon lui, la société était divisée en deux classes aux intérêts opposés, soit l'élite et le peuple. Chacune voulait la république, mais l'une la voulait bourgeoise et aristocratique, tandis que l'autre entendait l'avoir faite populaire et démocratique. Populaire et démocratique ? Vous n'y pensez pas !



L'interdiction de s'assembler est alors justifiée par un discours qui relève de l'agoraphobie politique : on présente les assemblées comme tumultueuses et contrôlées par les pauvres. En 1784, l'intendant de Bourgogne explique ainsi que : « ces assemblées où tout le monde est admis, où les gens les moins dociles font taire les citoyens sages et instruits, ne peuvent être qu'une source de désordre ». Le ton est donné. Ce genre de discours, nous ne le connaissons que trop bien. Pourtant, l'historien Antoine Follian écrit qu'il « n'y a probablement pas plus de ''tumultes'' au XVIIIe siècle qu'au XVIe siècle. Soit les autorités s'offusquent de choses qui n'en valent pas la peine, soit ce n'est qu'un prétexte pour servir une politique de resserrement des assemblées sur les ''notables'' ».

Parfois, le rejet des principes démocratiques sont moins virulents, tout en étant pourtant suffisamment catégoriques pour en rejeter l'idée même. Ainsi Bresson écrit dans ses Réflexions sur les bases d'une constitution, par le citoyen[3] :

« Je sais fort bien ce qu'est une république démocratique ; mais je ne peux concevoir une constitution démocratique pour un pays qui ne peut être une république démocratique. Dans une république démocratique, le peuple en corps a le débat des lois, adopte ou rejette la loi proposée, décide la paix ou la guerre, juge même dans certaines circonstances. Cela est impossible, physiquement impossible en France ; ainsi la France ne peut être une république démocratique : c'est mentir à la nature même des choses que de la nommer ainsi[4]. »

De l'autre côté de l'Atlantique, dans les États-Unis émergeant de leur propre révolution, d'autres expriment la même idée, pour les mêmes raisons, ainsi par exemple le fédéraliste Noah Webster qui explique :

« Dans un gouvernement parfait, tous les membres d'une société devraient être présents, et chacun devrait donner son suffrage dans les actes législatifs, par lesquels il sera lié. Cela est impraticable dans les grands États ; et même si cela l'était, il est très peu probable qu'il s'agisse du meilleur mode de législation. Cela a d'ailleurs été pratiqué dans les États libres de l'Antiquité ; et ce fut la cause de malédictions innombrables. Pour éviter ces malédictions, les modernes ont inventé la doctrine de la représentation, qui semble être la perfection du gouvernement humain. »

On voit bien, aujourd'hui, la damnation à laquelle nous a mené, en un peu plus de deux siècles de "perfection du gouvernement humain", la représentation ! Son bilan à lui seul réduit en miettes les sophismes des pères fondateurs et révèle surtout que leur dialectique avait essentiellement pour vocation le service de leurs intérêts de classe sociale dominante, et que ces arguments étaient très certainement fondés... pour décrier l'aristocratie bourgeoise !

De nos jours, les mêmes sophismes et les mêmes raisonnements antidémocratiques, exprimant une agoraphobie politique (détestation de la démocratie dite "directe") culturellement imposée depuis deux siècles à l'inconscient collectif, se retrouvent jusque dans la conception populaire qui, comme par une sorte de syndrome de Stockholm collectif, se fait elle-même, parfois, défenseur de cette rhétorique qui peut se résumer en quatre points, comme le synthétise Francis Dupuis-Déri dans son livre :

« 1) le "peuple", poussé par ses passions, serait déraisonnable en matière politique et ne saurait gouverner pour le bien commun. »

Je ne dirais pas les choses autrement au sujet des gouvernements prétendument représentatifs et de cette "élite" oligarchique qui nous gouverne depuis deux siècles. Pour le dire autrement : "c'est c'ui qui dit qui est" (désolé, mais c'est vraiment là qu'on en est !).

« 2) conséquemment, des démagogues prendraient inévitablement le contrôle de l'assemblée par la manipulation. »

En conséquence, des lobbys financiers et industriels prennent inévitablement le contrôle de l'assemblée par la corruption et la manipulation, tandis que les démagogues divisent les peuples dans de faux enjeux politiques de façade, laissant libre court en coulisses aux magouilles politiques les plus scandaleuses.

« 3) l'agora deviendrait inévitablement un lieu où les factions s'affrontent et la majorité impose sa tyrannie à la minorité, ce qui signifie généralement qu'en démocratie (directe), les pauvres, presque toujours majoritaires, opprimeraient les riches, presque toujours minoritaires. »

L'agora devient le lieu où des factions s'affrontent sur des enjeux factices (au travers les affrontement des partis politiques pour accéder ou conserver le pouvoir), permettant toujours aux minorités (généralement les plus riches) de l'emporter sur la majorité (généralement les plus pauvres ou les moins bien nantis).

« 4) enfin, la démocratie directe peut être bien adaptée au monde antique et à une cité, mais elle n'est pas adaptée au monde moderne, où l'unité de base est la nation, trop nombreuse et dispersée pour permettre une assemblée délibérante. »

Dès lors, l'oligarchie (travestie en pseudo démocratie "moderne") est bien adaptée au gouvernement des États modernes libéraux, et toute forme de démocratie, même locale, est une entrave inacceptable à la main mise des marchés sur les ressources et à l'exploitation des travailleurs actifs, toujours majoritaires, par la minorité rentière passive, toujours minoritaire. Francis Dupuis-Déri est très clair sur un point essentiel :

« L'idée et l'idéal de "république" a déterminé en grande partie la formation du régime électoral libéral que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de "démocratie". Donc, l'idée de "démocratie" n'a pas joué de rôle déterminant dans l'instauration des démocraties modernes libérales pour la simple et bonne raison que les patriotes les plus influents et leurs partisans étaient animés par un idéal républicain. La république représentait le régime modèle de patriotes notoires [...]. »

C'est donc dire - et là je m'adresse tout spécialement à vous, amis français (je suis Belge) : la république fut, a toujours été, et est encore l'enterrement définitif de tout projet de vraie démocratie. En ne cessant, comme une antienne, de vous référer à "la République"[5], vous vous faites défenseur d'un régime qui dès l'origine et à toutes les époques fut instauré pour empêcher la démocratie et imposer le dictat d'une minorité possédante sur une majorité possédée. Si j'étais Français, je ne militerais donc certainement pas pour une "VIeme République", mais bien pour une "Première Démocratie".

Au minimum, il nous faut reconquérir cette précieuse et vitale autonomie communale que même la vile engeance monarchique accordait aux gueux que furent nos ancêtres, et que nous refusent avec force nos prétendus représentants "démocratiquement élus" (cherchez l'erreur). Si nous ne nous en montrons pas capables, alors que la malédiction de la tyrannie oligarchique et ploutocratique continue à s'abattre implacablement sur nous et qu'elle étouffe à jamais nos plaintes et nos cris !

Nous pourrons alors à nouveau aller crever dans les tranchées en chantant avec Jacques Brel « Oui not' Monsieur, oui not' bon maître ».
Comme en '14...

Morpheus




[1] Henry Bardeau, "De l'origine des assemblées d'habitants", Droit romain : du mandatum pecuniae - Droit français : les assemblées générales des communautés d'habitants en France du XIIIe siècle à la Révolution, Paris, Arthur Rousseau, 1893, p. 63.
[2] Gérard Walter, op. cit., p. 230-231.
[3] Où l'on peut voir que l'idée de Etienne Chouard n'a rien de neuf et fut bel et bien menée - et tuée dans l'œuf - au moment de la Révolution.
[4] Jean-Baptiste Marie-François Bresson, op. cit., p. 2-3.
[5] Prenez donc, s'il vous plait, un peu de recul et montrez-vous, juste un moment, autocritique, et vous verrez à quel point ce mot de "république" vous empoisonne l'esprit et obscurcit ce que votre discernement pourrait éclairer.

Sources http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/la-democratie-au-moyen-age-145371
et  http://www.cercledesvolontaires.fr/2013/12/20/la-democratie-au-moyen-age/

Commentaire d'un internaute (utilisant le pseudonyme "epicure") à propos de la démocratie

Vu sur La Démocratie au Moyen Âge !

La république démocratique est bien l’aboutissement de l’idée de démocratie, c’est à dire que le peuple décide de tous les étages du pouvoir.
D’ailleurs il y a beaucoup de confusions dans ces discours antirépublicains, et en fait des contre vérités.
Les libéraux n’ont jamais tenu la république pour modèle politique, mais uniquement la démocratie libérale censitaire (révolution française et américaine, ainsi que grande bretagne), 1789 n’a pas abouti à l’abolition de la monarchie, juste à sa transformation libérale.
Si les états-unis ont été une république, c’est que coupé de la grande bretagne ils se sont retrouvé sans famille royale légitime.
C’est al gauche révolutionnaire qui amené l’idée de république, basé sur des idées universalistes, dont babeuf faisait parti, qui amena l’idée de suffrage universel, en lieu et place de la confiscation par la bourgeoisie de la démocratie par le suffrage censitaire.
C’est la gauche révolutionnaire qui a posé une nouvelle déclaration des droits de l’homme plus sociale et universaliste que celle des bourgeois, et écrit la constitution la plus démocratique jamais écrite en France, mais trop démocratique.
C’est donc cette idée de république démocratique la vrai révolution, la rupture totale avec à la fois l’ancien régime et le nouvel ordre bourgeois, qui va servir de référence à de nombreux mouvements en europe et même en france pendant le 19ème siècle.
Mais ce sont les bourgeois qui vont prendre le pouvoir à chaque nouveau changement de régime, et pervertir la république pour servir leurs intérêts.
Il ne faut pas oublier que les débuts de al troisième république ont été chapeauté par des royalistes qui n’ont pu s’entendre sur la personnalité du souverain à mettre sur le trône, et que de nombreux dirigeants de cette nouvelle république étaient déjà dans les couloirs des régimes non républicains, Thiers en premier. La troisième république a été avant tout à ses débuts un compromis entre les diverses factions politiques de la bourgeoisie, républicaines ou pas. On retrouve la même position avec le royaliste De Gaulle qui préfère une république de compromis plutôt qu’une mauvaise monarchie qui ne pourrait assoir sa légitimité.
Du coup le mot république veut dire beaucoup de choses, parfois tout et son contraire.
En fait c’est pas la république qu’il faut remettre en question, mais bien la démocratie libérale si on regarde bien, qui est en fait l’organisation d’un pouvoir oligarchique depuis ses fondements. Le suffrage universel n’est pas consubstantiel au libéralisme, il lui est étranger (universalisme contre particularisme) dans ses fondements, il suffit de lire certains libéraux historiques pour se rendre compte de leur rejet de la démocratie.
C’est pourquoi il faut bien militer pour une autre république, une vrai république, démocratique, c’est le seul moyen de se libérer de l’oligarchie bourgeoise.