L'intitulé "Juste mon opinion" s'applique à la politique, la philosophie, la religion, l'esthétisme, l'humour ... Mais "ça m'intéresse" aurait tout à fait convenu comme titre pour ce blog étant donné les nombreux autres thèmes abordés et les articles encyclopédiques : sur l'histoire, les sciences, etc, sans oublier les sports.
La plupart des articles sont issus de recherches sur le net et de lectures personnelles. Sources indiquées en fin d'article.
Après Epicure - De l'éthique à la politique
Épicure vivait avec une communauté d'amis (ouverte aux hommes libres, aux femmes –y compris prostituées- et aux esclaves) dans le Jardin (son école philosophique créée en 306 avant Jésus-Christ) près d’Athènes, en Grèce.
Il enseignait les moyens de parvenir au plaisir par la suppression des douleurs et des angoisses. Santé du corps et sérénité de l’esprit. Sa méthode consistait à identifier les besoins naturels et nécessaires, et de tempérer ou rejeter les autres, sources de frustration et de violences.
Bien qu’Épicure recommande de « vivre caché » et de ne pas s’impliquer dans la vie politique, ses successeurs, les philosophes épicuriens de l'époque romaine, les philosophes du siècle des Lumières ou les penseurs contemporains se sont progressivement orientés vers un épicurisme politique : un bien-être étendu à la société.
Quelle pourrait être la société idéale, aujourd'hui ou demain, selon les préceptes du sage antique ?
Au sommaire de cette compilation : - Préambule. Nous sommes mus par les sentiments. - Qu'est-ce que la beauté ? Réponse de l'éthologie. Et des dizaines d'exemples illustrés regroupés en quatre catégories : - Belles - Belles et sportives - Belles de la BD - Beaux gosses. Au format "livre papier glacé" sur : Lulu.com
Juste mon opinion 2014
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour l'année 2014 ; au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion 2013
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour l'année 2013 ; au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion - 2012 - Second Semestre
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour le second semestre de l'année 2012 ; au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion - 2012 - Premier semestre
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour le second semestre de l'année 2012 ; au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion - Année 2011
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour l'année 2011 au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion - Année 2010
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour l'année 2010 au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion - Année 2009
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour l'année 2009 au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion - Année 2008
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour l'année 2008 au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Juste mon opinion - Année 2007
Articles et commentaires du blog "Juste mon opinion" pour l'année 2007 au format livre papier glacé.
Source: Lulu.com
Comment se fait-il que des millions d'hommes obéissent à un seul, alors qu'ils pourraient, par leur nombre même, simplement refuser ? C'est la question que pose Étienne de La Boétie en 1549, à seulement 18 ans, dans son Discours de la servitude volontaire, parfois appelé le Contr'un.
La Boétie ne s'intéresse pas aux tyrans. Il ne cherche pas à dresser le portrait du mauvais prince. Sa question porte sur ceux qui obéissent, sur les dominés, sur le peuple lui-même. Pourquoi consent-il à sa propre servitude ?
Dans cette vidéo, on explore les mécanismes que La Boétie identifie pour expliquer ce paradoxe :
→ Pourquoi la liberté est naturelle et la servitude une dénaturation
→ Comment l'habitude efface la mémoire de la liberté
→ Les techniques qu'utilisent les tyrans pour maintenir le peuple dans la soumission : spectacles, superstition, ignorance
→ La pyramide de complicité : le véritable secret de la domination, où chacun sert celui qui est au-dessus pour dominer celui qui est en dessous
La Boétie arrive à une conclusion simple mais radicale : le tyran n'a aucun pouvoir propre. Toute sa force vient de ceux qu'il domine. Il règne avec leurs yeux, leurs bras, leurs jambes. Et donc, pour se libérer, il suffit de cesser de le soutenir. "Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres."
Un texte écrit il y a près de 500 ans, mais dont l'analyse reste étrangement actuelle. Le Discours de la servitude volontaire est considéré comme l'un des textes fondateurs de la philosophie politique occidentale, et une source d'inspiration pour la pensée de la désobéissance civile.
Quand Donald Trump a mis fin à l'illusion d'être le seul et unique "président de la paix" de toute l'histoire des États-Unis d'Amérique, début 2026, lorsqu'il a fait enlever le président du Venezuela Nicolas Maduro, j'ai trouvé cela tellement grossier et vil que je n'ai même pas pris la peine de mettre un article sur ce blog. Il redevenait un président des États-Unis comme les autres, c'est-à-dire menteur et voleur, faiseur de guerres pour le pillage des ressources et la domination.
Un mois plus tard, c'est une partie (une partie seulement) des dossiers confidentiels de Jeffrey Epstein qui sont dévoilés par le Département de la Justice ("Justice" entre guillemets bien sûr). Compte tenu de la qualité des commentateurs ci-dessous et de la place qu'occupe ce dossier de pédocriminalité dans la compréhension du monde occidental, je déroge (une fois encore) à ma résolution de ne publier que des solutions. J'y déroge car cela permet de mieux comprendre quelle est la psychologie de ces dirigeants (financiers, économiques, politiques, médiatiques, etc.), et donc pourquoi il ne faut plus de dirigeants ! Parce que le pouvoir rend fou ! Un pouvoir absolu rend absolument fou !
Tant que le peuple ne se dirigera pas lui-même, dans une société anarchiste (sans chefs au pouvoir coercitif, en démocratie directe localement, structuré en subsidiarité ascendante, utilisant le mandat impératif, la création monétaire publique, etc.), il s'exposera à la perversion narcissique qui caractérise tous ces individus mus par l'ambition de dominer les autres.
----------------------------------
Les pires horreurs du réseau Epstein et comment les déconspis ont tenté de les étouffer - Idriss J. Aberkane - Alexis Poulin - Didier Maïsto
Les
dernières divulgations sur le réseau Epstein, orchestrées par le
Département de la Justice américain et impulsées par le député Thomas
Massie, confirment ce que les observateurs indépendants affirment depuis
des années. La loi sur la transparence des dossiers Epstein, signée en
novembre 2025, a forcé la publication de millions de pages, de vidéos et
d'images, révélant un système de chantage et d'influence impliquant des
élites mondiales. Ces documents montrent que Epstein n'était pas un
simple prédateur isolé, mais un pivot dans un réseau lié aux services de
renseignement américains et israéliens, protégé par des puissants pour
maintenir leur emprise. Massie a accusé le Département de la Justice de
bloquer des éléments clés, invoquant des enquêtes en cours pour cacher
des noms de milliardaires et de figures influentes. Cette opacité
persistante prouve que le système se protège lui-même, validant les
soupçons d'une vaste opération de dissimulation.
RÉVÉLATIONS RÉCENTES
Les
publications incluent des échanges explosifs avec des personnalités
comme Elon Musk discutant de fêtes sur l'île, Bill Gates accusé d'avoir
contracté une maladie sexuellement transmissible via des relations
extraconjugales, ou Steve Bannon recevant des cadeaux luxueux. Des
photos inédites du prince Andrew en positions compromettantes émergent,
ainsi que des allégations contre Donald Trump compilées par le FBI. Mais
le cœur du scandale réside dans les preuves d'un trafic d'enfants, avec
des documents évoquant des meurtres et des agressions sexuelles, que le
Département de la Justice refuse de libérer pleinement, arguant de la
protection des victimes. Massie insiste sur le fait que sans
arrestations de riches et puissants, tout n'est qu'un simulacre. Ces
fuites, accessibles sur le site du Département, totalisent près de 3,5
millions de pages, mais des millions d'autres restent cachés, alimentant
les doutes sur une justice à deux vitesses.
INTIMIDATIONS ET TERRORISME INTELLECTUEL PAR LES "DECONSPIS"
Des
figures comme Rudy Reichstadt et Tristan Mendes France ont
systématiquement tenté de discréditer les enquêtes sur Epstein en les
qualifiant d'obsessions complotistes. Reichstadt, via Conspiracy Watch, a
présenté l'affaire comme un mythe central de la "complosphère",
minimisant les faits pour protéger les narratifs officiels. Mendes
France a critiqué les listes de noms français circulant sans
vérification, accusant d'irresponsabilité ceux qui osent creuser, tout
en ignorant les preuves avérées dans les documents. Ces approches ont
intimidé le public en associant toute question à de l'extrémisme,
décourageant les vrais journalistes d'explorer les ramifications
françaises et internationales. En qualifiant de délire ce qui s'avère
vrai, ils ont contribué à étouffer le scandale, forçant les voix
dissidentes à opérer dans l'ombre pour éviter la stigmatisation.
ASPECTS LES PLUS GRAVES
Parmi
les révélations les plus choquantes, le racisme anti-goy d'Epstein
transparaît dans ses emails, où il se positionne comme un suprémaciste
juif, méprisant les non-juifs et critiquant des figures comme Dieudonné
pour ses propos sur les juifs et l'argent. Il annonce représenter les
Rothschild, avec des échanges directs avec Ariane de Rothschild, qui lui
confie que sa famille a soutenu Hitler pour accroître son pouvoir, et
lui demande s'il a reçu une vidéo avec des filles. Epstein exprime aussi
le désir de rencontrer des universitaires français macronistes comme
Dan Sperber, Stanislas Dehaene et Etienne Klein, recommandés par un
proche, tous liés à Gérald Bronner, figure de la censure sous Macron.
Ces connexions suggèrent un réseau d'influence académique et politique.
D'autres horreurs incluent des preuves de trafic de mineures, des liens
avec des services secrets pour du chantage, des envois de reliques
sacrées comme des morceaux du Kiswah de la Kaaba, et des allégations de
meurtres d'enfants filmés. Epstein apparaît comme un agent de
renseignement, financé par des donateurs juifs puissants, promouvant des
agendas transgenres et gauchistes tout en haïssant les critiques comme
Dieudonné.
CONCLUSION
Ces
divulgations valident les analyses indépendantes, exposant un système
corrompu où les élites se protègent mutuellement. L'absence
d'arrestations massives confirme que la vérité est encore enterrée,
invitant à une vigilance accrue contre les tentatives de minimisation.
Le réseau Epstein n'est pas clos ; il révèle les fondations d'un pouvoir
occulte qui manipule les nations.
Le 30 janvier dernier, le département américain de la justice a rendu publique plus de 3 millions de fichiers, 180.000 photos et 2000 vidéos relatives à l’affaire Jeffrey Epstein. Le scandale ne fait que commencer et l’essentiel des médias mainstream tentent depuis de mettre le focus sur Donald Trump et Elon Musk, en faisant semblant d’ignorer le reste, qui pourtant comprend bon nombre de personnalités politiques et économiques de grande envergure.
Tout cela ressemble à s’y méprendre à une "psy-op".
Alors pourquoi maintenant ? Et surtout, le Mossad y est-il pour quelque chose ?
Nestor Makhno en exil à Paris était en contact avec les
anarchistes espagnols et “espérait qu’ils apprennent de l’expérience
makhnoviste [en Ukraine]…” Makhno n’a jamais réchigné à combattre : “Si
je suis encore en vie lorsque vous commencez votre lutte, je viendrai
avec vous.” (NdT : Makhno est décédé quelques mois après cette lettre).
Deux analyses sur l’Espagne furent publiées dans “La lutte contre l’État
et autres essais”. Cet article écrit juste avant sa mort n’a jamais
encore été traduit.
Première partie
Notre ami Nestor Makhno, dont les activités d’insurrection en
Ukraine si bien connues qu’elles n’ont pas besoin d’être rappelées, a
fait quelques remarques il y a quelques mois en ce qui concerne la
révolution en Espagne, depuis son exil dans la misère en France et nous
l’a fait parvenir afin que les anarchistes espagnols puissent garder
cela en tête. Il y aura une suite dans la prochaine édition du journal.
-[]-
Dans les mois récents, le caractère et la forme de la révolution
espagnole ont été déterminés en partie par des pressions émanant des
masses révolutionnaires du prolétariat et en partie par les désirs de la
bourgeoisie libérale per se, qui a déterminé une fois pour toute de se
départie de la monarchie constitutionnelle et d’assurer, de soutenir une
république, qui lui convient mieux.
Gardez à l’esprit que la révolution espagnole a commencé avec un
nouveau compromis (caché des masses bien entendu) établi entre le roi et
la bourgeoisie libérale. Nous savons tous que cette bourgeoisie, après
avoir vaincu les monarchistes aux élections municipales, a senti qu’elle
avait la maîtrise politiquesur
les forces politiques du pays et amena ce qui fut, aussi loin qu’elle
fut concernée, des pressions toutes prêtes à mettre sur les troupes et
le roi Alphonse XIII. Il est bien connu que les monarchistes, suivant un
schéma de négociations avec la bourgeoisie libérale, ont fait en sorte
que le bourreau Alphonse XIII fut permis de quitter le pays sans
encombre et sans avoir à faire face à quelque punition que ce soit.
De plus, il est parti avec tout son faste, emmenant avec luitout
ce qu’il fallait pour une vie de luxe. Le roi s’est réservé le droit de
revenir sur le trône et de nommer son successeur. Tout cela nous montre
que la bourgeoisie libérale, en sauvant le roi de la justice du peuple
et en le délocalisant dans un autre état, était bien consciente que le
roi pourrait bien être utile pour faire peur au peuple, alors même que
ce dernier se préparait à s’arroger plus de liberté que la bourgeoisie
ne l’aurait permis.
La bourgeoisie a fait le bon calcul. Il est évident que les meneurs du libéralisme espagnolont
pris bonne note des erreurs faites par leurs contre-parties dans la
révolution russe en ce qui concerne le peuple du travail qui se réveille
et les libéraux se comportant comme les gardiens fidèles du principe
d’esclavage construit en Espagne au travers des siècles. Cette esclavage
a servi les objectifs du roi, de sa cour et de ses admirateurs, mais le
peuple ne figure quasiment jamais dans l’histoire, ce grand peuple aux
dépends duquel le roi et ses courtisans vivent et les libéraux
d’aujourd’hui regardent avec dédain ce peuple une fois de plus,
maintenant qu’ils ont fait affaire avec les monarchistes pour laisser le
roi partir sans encombre.
Une question se pose par nécessité : où furent les
vrais amis du peuple à ce moment là, ces révolutionnaires avérées ? Où
étaient-ils donc tous ces gens qui avaient orchestré des tentatives
d’assassinat du roi criminel ? Les idées qui avaient poussé les
meilleurs fils de l’Espagne à agir de manière héroïque s´étaient-elles
refroidies ? On ne peut discuter le fait qu’il n’y avait aucune de ces
personnes en Espagne à ce moment là. On ne peut pas non plus affirmer
qu’elles auraient eu un arrangement avec les libéraux afin de laisser le
roi partir. La seule explication valable est que les révolutionnaires
espagnols , après avoir sécurisé la liberté de parole et le droit de
s’organiser, étaient plus préoccupés à focaliser toutes leurs forces et
plans avisés pour une action pratique, pour que les travailleurs
puissent mieux les comprendre et être dans une position plus favorable
pour les aider à combattre pour la libération. Et si ce dernier point
est correct, qu’ont produit leurs rassemblements ?
Il n’y en a pas de trace dans le camp révolutionnaire : les
socialistes sont au service des libéraux, quant aux syndicalistes et
anarchistes et bien, il semblerait que le temps ne soit pas encore venu
pour mettre en place et imbriquer leurs idéaux dans la vie du peuple :
en toute probabilité, ils attendent sans doute une meilleure période
pour le faire. Les bolchéviques (communistes d’état) sont, comme
toujours, des récupérateurs des manifestations de rue sans prendre
aucune responsabilité aux yeux des travailleurs. Dans le même temps, les
leaders libéraux se sentent braves et dictent à leur parti et
gouvernement les moyens par lesquels ils devraient faire de grands pas
vers la “forte règle” et “l’ordre rétabli”. C’est ce que veulent les
libéraux de la révolution espagnole. Avec de tels appétits en jeu et
sans plus tarder, ils passent dans la vie du pays tout ce qui n’entre
pas en conflit avec leurs intérêts de classe.
C’est
le comment la bourgeoisie libérale a atteint le pic du pouvoir et se
dépêche grandement d’ajuster le pays avec des chaînes toutes neuves. Il
faut comprendre aussi cela sachant que les socialistes vont les soutenir
dans cette bataille et qu’ils écraseront les extrémistes au moment où
ils essaieront de soulever le peuple contre eux.
Ceci rend parfaitement compréhensible que ni la bourgeoisie libérale
ni le gouvernement n’ont peur des manifestations de rues des
bolchéviques, ni des grèves générales régulièrement appelées en Espagne
sous la supervision des syndicalistes révolutionnaires et des
anarchistes et qui, malgré le fait qu’elles se fassent durement sentir,
se terminent quasiment toujours dans un échec sanglant. La bourgeoisie
libérale peut dormir sur ses deux oreilles, car ses leaders veillent sur
son bien-être : grace à l’agilité politique et les fines tactiques de
ses leaders, la bourgeoisie peut juger précisément de sa force, la
mesurer face à l’ennemi et prendre sa ligne de conduite vis à vis de ses
plus dangereux ennemis de l’extrême gauche et grace à cela, la
bourgeoisie sait quand et quelle mesure sa force armée doit être
déployée face à l’ennemi.
Dans le même temps, les leaders de la gauche ne remarquent pas ou
refusent de le faire, ce que la bourgeoisie établit dans le pays. Malgré
le fait que ses leaders occupent des positions de travailleur, ils
n’ont ni la personnalité ni la détermination de mettre en place les
idéaux sans une supervision de l’État. Il est difficile de
mettre une étiquette sur ce genre de comportement. Mais une chose est
évidente de mon point de vue et ceci n’est même pas contestable : il y a
une profonde confusion ancrée dans les rangs de la gauche.
Sans cela, Le “Manifeste des trente”* n’aurait jamais fait
surface et il est très dommageable pour la révolution espagnole et le
mouvement anarchiste. Ce manifeste, bien qu’il provienne de grands
vétérans et militants bien-pensants, pourrait prouver être fatal pour le
projet révolutionnaire.. Ses conséquences pourraient même bien
être plus grandes si on considère que la révolution espagnole est
affligée par beaucoup de défaillances, étant donné qu’elle n’a pas de
direction pratique établie au delà de sécuriser suffisamment de
ressources pour une action sociale, sans objectif, les révolutions
perdent tout pouvoir. Celle-ci fera de même à moins qu’elle ne
se prouve égale au besoin de continuer sur son chemin, sans que la
bourgeoisie et les bolchéviques alliés avec elle ne puissent la stopper.
(*)NdT : Le “manifeste des trente” :signé en 1931
par des leaders influents des forces révolutionnaires, ce manifeste
était un engagement sur une voie de compris réformiste diluant les idées
et la pratique révolutionnaires et semant la division dans le
mouvement.
2ème partie
J’irai aussi loin que de dire qu’à cause de l’absence de lignes
directrices d’action directe et l’absence de ressources appropriées pour
l’action sociale, un manifeste a maintenant été publié [en 1931] par
trente camarades, quelque chose de similaire pourrait bien se produire
demain et, en accord avec cela, le front révolutionnaire se retrouve
diminué et la révolution souffre toujours plus. A la lumière de ceci,
les chances de la bourgeoisie à saisir le contrôle et à exercer une
réaction, ne peuvent pas être écartées. Mais il sera trop tard dès lors
d’œuvrer vers un front révolutionnaire authentique et de diriger la
révolution vers une expansion victorieuse. Tant que les masses
laborieuses espagnoles ne sont pas émoussées et ont toujours un espoir
de faire quelque chose en termes de conquête de la liberté et de
bien-être et tant que la bourgeoisie libérale veut être une bourgeoisie
“de gauche”, un jour proclamant une république bourgeoise et le
lendemain un république des travailleurs, beaucoup peut être fait pour
pousser la révolution et se mettre sur une trajectoire de croissance
utile.
Mais tout ça a un prix. Cela demande un gros effort, pas tant des
individus isolés ou de groupes mais des travailleurs au sens large, en
rapport idéologique et tactique étroit, sans chamaillerie, des
travailleurs qui savent ce qu’ils veulent et qui investissent toute leur
initiative intellectuelle à le réaliser. La vérité est que notre
communauté anarchiste n’est toujours pas utilisée pour des actions
collectives. Historiquement, sa pratique a été erratique et dans aucune
révolution y a t’il eu l’impact que les anarchistes espéraient, ni n’a
jamais gagné massivement les foules. Mais le message du temps est
que nous ne devrions pas oublier cette approche et devrions organiser
nos forces, organiser les masses travailleuses, les armer avec de telles
ressources pour l’action sociale qu’elles pourront se défendre
elles-mêmes contre la société capitaliste bourgeoise. Plus encore,
qu’elles émergent victorieuses des batailles internes.
Le fait est qu’à ce jour, de telles notions sont déplacées dans la
pensée anarchiste, mais leur absence fut notable dans la révolution
russe et a causé beaucoup de dégâts aux anarchistes. Et il y a une
absence discernable dans la révolution espagnole également.
Quand vous regardez la révolution espagnole et voyez qu’au sein du
camp de la gauche, la force prédominante appartient aux anarchistes (NdT :
en Espagne la CNT avait plusieurs millions d’adhérents, le Parti
communiste marxiste était quasiment inexistant), on ne peut qu’être
bouleversé. Vous ne pouvez pas regarder légèrement les erreurs dont la
cause la plus probable est la confusion qui s’est emparée des meilleures
personnes : au lieu de tirer parti des développements historiques qui
ne se produisent que très rarement, le mouvement a observé alors que des
fissures ont émergé dans ses rangs.
Et ceci s’est produit à un moment où la période révolutionnaire
demandait un effort maximum du mouvement et une initiative de ses
groupes afin d’aider le pays à organiser les ressources du travail afin
de mettre en place ses organes de production. Il y avait aussi le besoin
de mettre en place des comités pour la défense de la révolution, avec
quoi le pays pourrait bien vite faire l’économie, politiquement, de
l’oppression bureaucratique, économiquement du patron exploiteur et
mentalement de toutes les mises en esclavage. Puis dévouer ses efforts à
construire un nouvel ordre de la société libre et d’un mode de vie
totalement nouveau. Tout cela pouvant être atteint sans supervision de
l’État, de l’église ou de la finance capitaliste (NdT :
l’histoire prouvant que ceci se produisit 2 ans plus tard avec les
collectifs catalans, aragonais et du Levant, une des plus grandes
expériences d’autonomie du monde moderne. Les anarchistes avaient-il
retenu la leçon de Makhno ?)
Je
ne pense pas que tout est déjà perdu : le peuple espagnol a toujours
l’espoir de ne pas succomber à la bourgeoisie et pense qu’il est capable
de mettre le cap sur la révolution et par ce moyen d’être en position
de réaliser ses ambitions centenaires : d’être libre et indépendant de
la bourgeoisie et de quelque ordre qu’elle impose.
Dans ce programme, les anarchistes doivent dire que tous les
moyens de production appartiennent à la société naissante fondée sur le
travail et qu’ils doivent être sous la gestion des travailleurs et de
leurs syndicats. Il doit y avoir une déclaration stipulant que la terre
appartient à la nouvelle société libre et qu’elle doit être sous la
gestion des sociétés paysannes, des communes et des associations de
communes. Que la finance, l’éducation, la santé et autres aspects de la
vie sociale doivent appartenir aux associations des travailleurs, libres
de toutes autorités étatiques.
Les anarchistes, en propageant de telles idées et mises en pratique
doivent agir en regard du nouveau système d’exploitation républicain. La bourgeoisie doit être déchue, par la force, de la terre, des usines, des mines et des moyens de transport.
Une fois que la bourgeoisie prend position contre ces gains, elle doit
être mise dans une position où elle n’aura pas le temps de défendre ses
possessions accumulées sur le travail des autres, mais n’aura de temps
que pour sauver la vie de ses membres.
Une lutte organisée et sans compromis attirera la vaste majorité des travailleurs révolutionnaires dans l’orbite anarchiste.
Dans ce cas, il n’y a aura plus personne assis sur la barrière, ni
signataires d’un “manifeste des trente”, sans parler de leurs suiveurs. Toutes
les forces vitales de la révolution, attirées par l’idéologie
anarchiste et guidées par les organisations et la stratégie anarchistes
seront dirigées sur l’attaque des places fortes de la bourgeoisie, le
gouvernement et leurs suppôts. Le peuple du travail gagnera et
son vieux rêve de liberté et d’égalité fondé sur un travail émancipé
deviendra un fait accompli.
Thoreau abhorre l'esclavage des noirs, qui démontre selon lui que le christianisme qui prévaut officiellement n'est que superstition,
et que les politiciens ne sont pas motivés par des « lois élevées ». Il
envisage une réforme morale de la société par la non-collaboration aux
injustices des gouvernements, comme prônée par son contemporain
abolitionniste William Lloyd Garrison,
mais il reste presque toujours à l'écart de toute activité et
organisation sociale, quelle qu'elle soit. Après la tentative ratée de John Brown
pour lancer une insurrection en faveur de l'abolition, Thoreau le
considère comme un sauveur et lui exprime publiquement son appui. Il
s'est donc retrouvé à la fin de sa vie, à l'aube de la guerre civile américaine, en accord avec l'opinion publique de plus en plus commune qui commençait à croire à l'abolition de l'esclavage par la force brute, et ce sans s'impliquer pour autant davantage lui-même[1].
Surnommé le « poète-naturaliste » par son ami William Ellery Channing
(1818-1901), Thoreau est fasciné par les phénomènes naturels et les
formes de vie, notamment la botanique, et il consigne dans son journal,
qui couvre plus d'une vingtaine d'années, ses observations détaillées et
les sentiments personnels qu'elles font naître en lui. Il adoptait avec
les années une approche de plus en plus systématique, scientifique, et
celui qui était arpenteur à ses heures a pu aussi écrire des textes de références sur la foresterie et l'écologie.
L'amour et le respect de la nature qu'il transmet sont devenus, à
mesure que son œuvre a été publiée et connue, une source d'inspiration
constante pour des naturalistes amateurs et des écologistes ; tout
autant, ses idées économiques et politiques intéressent des activistes
sociaux et des adeptes de la simplicité volontaire.
Biographie
Thoreau accuse un silence autobiographique tout au long de son œuvre, souligne Michel Granger dans Henry David Thoreau[2]. Néanmoins, grâce à son Journal et aux témoignages de proches tels William Ellery Channing, qui publie sa première biographie (Thoreau the Poet-Naturalist, en 1873) ou Harrison Blake (qui entretient une correspondance régulière avec Thoreau de à ), le fil de son existence est connu. Le témoignage de son ami et mentor Ralph Waldo Emerson, dans Thoreau, est également précieux. Le journal intime de Thoreau n'est par ailleurs publié qu'en 1906 : « Ma vie a été le poème que j'aurais voulu écrire », explique Thoreau dans un poème[3], car il est avant tout à la recherche de l'existence la plus authentique. Selon l'expression de Michel Barrucand : « Vivre fut sa profession, s'émerveiller sa raison d'être, écrire sa façon de se révolter ou de témoigner »[3].
Premières années (1817-1828)
Portrait au crayon d'Henry David Thoreau en 1854 par Samuel Worcester Rowse et conservé à la Concord Free Public Library.
David Henry Thoreau[note 1], d'origine écossaise et française[4], naît le , dans la ville de Concord, Massachusetts,
comptant alors 2 000 habitants. David Henry est ainsi nommé en
l'honneur d'un oncle paternel récemment décédé, David Thoreau. Il est le
fils de John Thoreau et de Cynthia Dunbar. Il a un frère et une sœur
aînés, John Junior et Helen et une sœur cadette, Sophia[5]. Sa maison natale a été préservée, sur Virginia Road, après avoir été déplacée d'environ 275 mètres[6].
Son grand-père paternel est d'origine anglo-normande, né à Saint-Hélier, à Jersey, francophone à l'époque. Il a quitté l'île en 1773 pour les États-Unis sur un bateau corsaire. Son grand-père maternel, Asa Dunbar, successivement enseignant, pasteur et avocat, a joué un rôle dans ce qui est nommé la « rébellion de pain et de beurre », à Harvard, en 1766, et qui est la première manifestation d'étudiants de l'histoire des États-Unis[7],[8],[9].
Selon son meilleur ami, William Ellery Channing, Thoreau a une ressemblance physique avec Jules César[note 2] et, bien qu'il soit de taille moyenne, lui-même ne se juge pas beau, affublé d'un nez qu'il considère être son « trait le plus proéminent »[10]. Le poète Nathaniel Hawthorne, quant à lui, le décrit ainsi : « [Thoreau]
est laid : un long nez ; une bouche étrange ; des manières rustiques
quoique courtoises, qui correspondent très bien à son apparence
extérieure. Mais sa laideur est quand même honnête et agréable, et lui
sied mieux que la beauté »[11].
À partir de 1818, sa famille traverse des années de difficultés
financières mais, en 1824, son père décide de créer une fabrique de
crayons à Concord. Les Thoreau s'installent donc à Chelmsford, dans le Massachusetts puis, en 1821, ils emménagent à Boston. David Henry y entre bientôt à l'école. C'est en 1822 qu'il découvre l'étang de Walden (Walden Pond[note 3]),
lors d'un séjour chez sa grand-mère. Sa fibre littéraire commence alors
à apparaître et, en 1827, le jeune Thoreau écrit son premier poème, Les Saisons.
Années de formation (1828-1837)
À partir de 1828, à l'école de Concord, il apprend le latin, le grec et diverses langues comme le français, l'italien, l'allemand avec Orestes Brownson mais aussi l'espagnol. En 1833, grâce à une bourse, il entre à l'université Harvard pour y étudier la rhétorique, le Nouveau Testament, la philosophie et les sciences[12]. Par l'intermédiaire de Lucy Brown, la première femme qu'il a aimée, il y rencontre Ralph Waldo Emerson (1803-1882) qui devient son ami, puis son mentor, Emerson étant en effet le chef de file du mouvement transcendantaliste naissant.
La demeure familiale de Thoreau, en 1860.
Dès 1835, en dehors des trimestres d’études à Harvard, il enseigne quelques mois dans une école primaire de Canton, dans le Massachusetts. Thoreau découvre véritablement le transcendantalisme[note 4] en 1835 avant d'obtenir son diplôme en , célébration qui sera l'occasion de prononcer un discours contre la société intitulé L’esprit commercial des temps modernes et son influence sur le caractère politique, moral et littéraire d’une nation
et qui contient toute sa pensée future. Une légende veut qu'il ait
refusé de payer les cinq dollars nécessaires pour le diplôme ; en
réalité, le master qu'il refuse d'acheter n'avait aucun mérite
académique : l'université l'offrait aux étudiants « qui
ont prouvé leur santé physique en étant vivants trois années après
avoir obtenu la licence, et par leurs économies, leurs dépenses, ou en
héritant la qualité ou condition en ayant cinq dollars à donner à
l'université [sic] »[13].
Thoreau devient un disciple de Ralph Waldo Emerson. Ce dernier, alors âgé de 34 ans, a déjà publié deux ouvrages importants dans l'histoire de la littérature américaine : Nature et L’Intellectuel américain
alors que Thoreau, âgé de 20 ans, n'a encore publié aucun texte.
Néanmoins, les deux hommes deviennent rapidement très proches,
nourrissant dès lors une amitié typique de la philosophie
transcendantaliste[14]. Emerson lui fait connaître un cercle d'auteurs et d’autres intellectuels qui fondent le Transcendental Club en 1836[2] dont : William Ellery Channing qui devient son meilleur ami (et qui l'initie à l'unitarisme, confession qui s'est alors récemment imposée et que Channing enseigne à Harvard[15]), Margaret Fuller, Amos Bronson Alcott ou Jones Very. Tous s'installent à Concord, faisant de ce petit village le centre du rayonnement intellectuel du courant transcendantaliste. Thoreau est alors le seul natif de Concord parmi ces écrivains. Pour Michel Granger, il participe, durant ses années de formation et de production, approximativement entre 1835 et 1860, à ce que F. O. Matthiessen a appelé la « Renaissance américaine » et qui est en fait la naissance d'une littérature authentiquement nationale[16].
Après avoir obtenu son diplôme, Thoreau devient instituteur à l'école publique de Concord mais il démissionne après quelques mois de service car il refuse d'appliquer les châtiments corporels alors en vigueur. Après sa démission, il ne retrouve pas d'emploi, en raison de la crise économique de 1837[17].
À partir d', Thoreau commence à écrire, sur une suggestion d'Emerson, un journal dans lequel il note ses observations sur la nature et élabore des critiques des livres qu'il lit[18]. La première chose qu'il y écrit, en date du , est une réflexion d'introspection à propos de l'intérêt de tenir ce journal : « Qu'est-ce
que tu fais maintenant ? ». Puis il poursuit : « Écris-tu un journal
intime ? Ainsi ai-je mon premier passage dans ce journal ». Thoreau tient ce journal à jour jusqu'en 1861. Celui-ci devient la source de nombre de ses publications et notamment de Walden. Parallèlement, et de son propre fait, il change l'ordre de ses prénoms et se dénomme maintenant Henri-David Thoreau[19]. Pour Michel Granger, il souhaite signifier par ce geste sa volonté de réarranger sa vie et lui donner un sens propre[20].
En 1838, ne trouvant pas d'emploi comme professeur, il ouvre une
école privée chez lui. Son frère John le rejoint peu après. Ils
intègrent plusieurs concepts progressistes dans leur programme scolaire,
dont les nouveaux principes d’éducation prônés par Elizabeth Peabody (sorties d’éveil, herborisation, refus des sévices et association des enfants à la discipline, promenade dans les bois). Les Thoreau y enseignent jusqu'en . La même année il donne une conférence intitulée La Société au Lyceum de Concord, discours faisant écho à celle d'Emerson, Discours de l'École de théologie donnée à Harvard et qui constitue une « véritable charte philosophique du mouvement transcendantaliste »[21]. Seul, Thoreau effectue également cette année-là sa première excursion dans le Maine, en pleine nature sauvage. Il effectue une autre excursion en 1839, sur les rivières Concord et Merrimack, avec son frère John, en barque (voile, aviron), voyage qui forme la trame de Une semaine sur les rivières de Concord et Merrimack qui est édité en 1849 mais qui ne connaît qu'un très faible succès littéraire.
En 1840 Thoreau publie un premier essai sur le poète épique latin : Aulus Persius Flaccus[note 5] et un poème : Sympathy, tous deux publiés dans The Dial
(« Le Cadran »), le journal transcendantaliste dirigé par Margaret
Fuller. Pendant quatre ans, jusqu'à ce qu'elle disparaisse, Thoreau
fournit plusieurs textes à cette revue. Pour Michel Granger,
c'est à ce moment que Thoreau réalise ce qu'il veut réellement faire
dans la vie. Il s'émancipe quelque peu du transcendantalisme, devient
moins malléable et, même, dépasse son initiateur et mentor Emerson[22],[23]. Mais Thoreau se voit avant tout comme un poète, ayant choisi de pratiquer le genre dès 1839 et ce jusqu'en 1842[note 6].
Par ailleurs, Henri David et John tombent amoureux de la même jeune
fille, Ellen Sewall. John lui propose de l'épouser puis Henry quelques
mois plus tard mais celle-ci refuse les deux propositions, obéissant à
son père et les éconduit l’un et l’autre.
En 1841, l'école des frères Thoreau, bien qu'ayant un certain succès, ferme ses portes. « Ce fut [alors] le dernier emploi stable occupé par Thoreau » selon Gilles Farcet[24]. Thoreau séjourne alors deux ans chez Emerson, à Concord,
comme tuteur de son fils, Waldo, et travaille comme assistant éditorial
et comme manœuvre-jardinier. Encouragé par Emerson et Fuller, il
continue d'écrire dans la revue transcendantaliste The Dial mais aussi pour d'autres magazines. Cependant, « s'il contribue à la revue transcendantaliste The Dial […] jamais il n'envisage de se joindre aux communautés qui naissent alors aux alentours » relativise Gilles Farcet[24].
Il donne cependant des conférences au Lyceum de Concord, participant au
développement du courant transcendantaliste. Il fait cette année-là la
connaissance du poète américain Nathaniel Hawthorne qui vient de s'installer à Concord.
Son frère John meurt du tétanos le [25]. Thoreau en est profondément affecté. Il publie la même année L'Histoire naturelle du Massachusetts, ouvrage en partie critique de livre et en partie essai d'histoire naturelle.
Emerson et Thoreau sont alors très proches car au moment où ce dernier
perd son frère, le fils d'Emerson, âgé de six ans, meurt de la scarlatine.
En 1843 Thoreau quitte Concord pour Staten Island, dans l'État de New York
où il devient le tuteur des enfants de William Emerson, le frère de
Ralph. Il y apprécie la flore locale très différente de celle de son
village et découvre l'océan et la ville de New York. Habiter chez
William Emerson lui permet d'accéder à la New York Society Library où il découvre des œuvres de littérature orientale peu communes à l'époque aux États-Unis. Il rencontre aussi Horace Greeley, fondateur du New York Tribune,
qui l'aide à publier certains de ses travaux et qui devient son agent
littéraire. À la demande d'Emerson, Thoreau rédige un long article au
sujet du livre de John Adolphus Etzler[note 7], Le Paradis à (re)conquérir (Paradise to be (re)gained), dans The United States Magazine, and Democratic Review, étude qui porte en germe toute la réflexion qui nourrit par la suite ses livres engagés[26].
Après une année à New York, Thoreau se trouve peu d'affinité intellectuelle avec William Emerson, et Concord lui manque[note 8].
Il y rentre donc pour travailler dans l'usine familiale de crayons. Il
applique alors un processus produisant de meilleures mines de crayons,
en utilisant de l'argile comme liant pour le graphite, technique exploitée dans le New Hampshire
depuis la découverte de minerai supérieur, en 1821, par l'oncle de
Thoreau, Charles Dunbar et qui a su exploiter le gisement aux alentours
de Bristol[note 9]. Plus tard, Thoreau transforme l'atelier en usine de production de graphite pour encre de machines de typographie[27]. Il semble que l'air chargé en poussière de graphite ait endommagé ses poumons plus gravement que la tuberculose de laquelle il mourra par la suite.
En 1844, en avril, avec son ami Edward Hoar, il déclenche accidentellement un incendie qui ravage environ 120 hectares des bois de Walden, autour de l'étang[28].
Il s'attire alors la méfiance des habitants, puis, souhaitant
disparaître quelque temps, aide son père à construire une nouvelle
maison familiale. Il parle souvent d'acheter ou de louer une ferme, afin
de vivre de peu de moyens et dans la solitude, cadre idéal à la
conception de son premier livre. Pour Thoreau, il devient en effet
fondamental de « gagner sa vie sans aliéner sa liberté ni exercer une activité incompatible avec son idéal », question cruciale formant la trame de Walden[17].
Ermitage à Walden et excursions (1844-1849)
Fin 1844, Emerson achète un terrain autour de l'étang de Walden et le met à la disposition de Thoreau qui souhaite se retirer au calme pour écrire[note 10],[29]. En , il commence la fabrication d'une cabane de pin[note 11], sur les rives de l'étang, à 2,4 km de sa maison natale. C'est le début d'une expérience qui dure deux ans, menée en autarcie (Thoreau a planté 1 hectare de pommes de terre, de fèves, de blé et de maïs), et qu'il raconte dans son livre Walden ou la Vie dans les bois (Walden or Life in the Woods).
D'après Michel Granger, Thoreau fait une retraite à Walden Pond car il a cherché à disparaître momentanément de la vie de Concord, sa ville natale. Il débute aussi la rédaction de Une semaine sur les rivières Concord et Merrimack (A Week on the Concord and Merrimack Rivers), son premier succès littéraire. Thoreau veut vivre simplement et seul dans les bois, y mener « une vie de simplicité, d'indépendance, de magnanimité, et de confiance »[30]. Il dort dans sa cabane dès la nuit du , jour anniversaire de la Déclaration d’Indépendance aux États-Unis. Pour Michel Granger, il s'agit de « l'acte
fondateur de sa célébrité [qui] tient à la décision de s'installer un
peu à l'écart de Concord en 1845 : il s'est déplacé hors du village,
s'est « excentré » symboliquement »[31]. Il ne s'agit alors pas d'une fugue ou d'une vie d'ermite,
puisque l'écrivain revenait souvent voir ses amis, mais d'un choix
délibéré qui rappelle par bien des côtés l'expérience faite par Jean-Jacques Rousseau dans la forêt d'Ermenonville[note 12].
Thoreau donne à ses contemporains l'exemple d'un rapport actif avec la
nature, en dehors de toute contemplation romantique et s'élève contre la
société à laquelle il oppose le concept de « simplicité volontaire. »
Timbre américain à l'effigie de Thoreau.
Le ,
Sam Staples, agent de recouvrement des impôts locaux lui ordonne de
payer six ans d'arriérés. Thoreau, qui refuse de payer ses impôts à un
État qui admet l'esclavage et fait la guerre au Mexique,
est arrêté alors qu'il se rend chez son cordonnier puis emprisonné
durant une nuit, mais relâché le jour suivant, une de ses tantes ayant
payé, contre son gré, les arriérés à sa place[32],[33]. Cet événement marque la pensée de Thoreau et nourrit ses réflexions qui constitueront son essai politique, La Désobéissance civile.
En septembre il effectue une excursion dans le Maine puis, à son retour à Walden, il accueille dans sa cabane le 1er août, pour la commémoration de l’émancipation des esclaves aux Antilles, l’assemblée générale des anti-esclavagistes de sa commune[4]. En , Thoreau quitte Walden pour aller au mont Katahdin dans le Maine, excursion racontée dans le premier chapitre de The Maine Woods, « Ktaadn » et qui représente un modèle d'écriture poétique dans la littérature américaine de l'époque.
Thoreau quitte définitivement sa retraite de Walden Pond le et retourne habiter chez Emerson chez qui il reste jusqu'en . Pendant le voyage du philosophe en Angleterre, il s’occupe en effet de sa maison durant dix mois et commence à prendre des notes sur les Indiens d’Amérique.
Il produit ainsi près de 3 000 pages de citations et de notes, entre
1847 et 1861. Il décide ensuite de retourner dans la maison de ses
parents pour travailler et payer ses dettes, tout en révisant
continuellement son manuscrit. Il donne la première de ses conférences
sur son séjour à Walden, intitulée « Histoire de moi-même », à Concord
et qui procure à Thoreau les quelques éléments qui forment le début actuel de Walden[34]. En janvier et il fait une conférence célèbre, intitulée « Les droits et les devoirs de l'individu en relation avec le gouvernement » au Concord Lyceum. Amos Bronson Alcott y assiste et, dans son journal intime, donne de précieux renseignements sur ces conférences[35], même si Thoreau réécrit et modifie par la suite le texte de sa conférence pour son livre La Désobéissance civile, publié en par Elizabeth Peabody dans ses Aesthetic Papers.
L'année suivante il retourne vivre chez ses parents et travaille avec son père. Ponctuellement il effectue des travaux d'arpentage et de peinture en bâtiment. Il marche aussi pendant de longues heures[36]. Chaque année il donne des conférences à Concord et à Boston[37] et même dans le Maine. Il publie également des essais dans des magazines de Nouvelle-Angleterre. Devenant quasiment un « gourou », il reçoit des admirateurs, souvent jeunes, fascinés par l'aventure de Walden[38]. Il complète le premier brouillon de Une semaine sur les rivières Concord et Merrimack, une élégie dédiée à son frère John, décrivant leur voyage aux montagnes Blanches en 1839.
Faute d'éditeur voulant publier cette œuvre, Emerson l'encourage à
l'éditer à son propre compte, ce que Thoreau fait avec l'éditeur
d'Emerson, Munroe. Ce dernier fait peu de publicité pour le livre, qui
se vend donc mal et endette Thoreau qui finit par se brouiller avec son
ancien ami Emerson.
Néanmoins, en 1849, Thoreau annonce la publication prochaine de Walden
dont il a déjà rédigé trois versions. Il rencontre H.G.O. Blake, un
instituteur avec qui il entretient une abondante et riche correspondance
et qui le soutient dans son projet d'écrire sur son séjour dans les
bois[39]. Il effectue enfin une excursion au cap Cod, en compagnie de William Ellery Channing. À cette époque, Thoreau est de nouveau endeuillé : sa sœur Helen meurt des suites d'une tuberculose.
Dernières années (1850-1862)
La péninsule de Cape Cod (vue satellitaire), que Thoreau a contribué à décrire et à inventorier.
En 1850 la famille Thoreau emménage dans une maison de la rue principale de Concord. En juillet, l'auteur de Walden se rend à Fire Island pour rapatrier la dépouille de son amie transcendantaliste Margaret Fuller, morte au cours d'un naufrage. Il part ensuite au Canada-Est et visite Montréal, la ville de Québec[40] et la côte de Beaupré[41] avec William Ellery Channing toujours, en train. Il proteste, en 1851, contre les lois esclavagistes et aide même des esclaves à fuir vers le Canada. La même année, il admire le naturaliste William Bartram et surtout Charles Darwin dont il découvre et soutient les travaux ; il lit en particulier son livre, Le Voyage du Beagle. Fasciné par l'histoire naturelle et les livres de voyages ou d'expéditions, il se documente beaucoup sur la botanique[42]. Son journal intime
abonde en observations naturalistes, et en particulier sur la flore ;
le temps des fruits pour mûrir, la formation des glaces à l'étang de Walden, les dates des migrations aviaires, etc. Il cherche même à mesurer et à anticiper les saisons.
En 1852, il met la dernière main au manuscrit de Walden, écrit en partie grâce à son Journal. Il devient ensuite géomètre-expert et continue à remplir ses cahiers d'observations détaillées quant au paysage de Concord et ce sur une zone de 67 km2. Il tient aussi des carnets qui seront la base de ses écrits sur l'histoire naturelle, dont Autumnal Tints, The Succession of Trees, et Wild Apples, un essai sur la destruction d'espèces de pommes locales. Pour Donald Worster, après 1850, « paradoxalement il [est] encore plus proche de la nature qu'à Walden » du fait de ses observations minutieuses[43]. En 1853, il publie la première partie du roman de voyage Un Yankee au Canada,
définitivement édité en 1866. Par ailleurs l'entreprise paternelle
connaît des difficultés : la fabrication de crayons est stoppée et son
père ne produit plus que de la plombagine.
Thoreau est lassé de cette activité qui le détourne de ses véritables
occupations spirituelles. Il décline par ailleurs l'invitation de l'American Association for the Advancement of Science, ne se considérant pas comme scientifique et se méfiant de l'élitisme[44].
Deux mois après l'arrestation d'Anthony Burns à Boston en vertu de la loi sur les esclaves fugitifs, qui avait tant choqué Thoreau, il donne à l'occasion d'une rencontre d'abolitionnistes à Framingham le , une conférence intitulée L'Esclavage dans le Massachusetts[45],[note 13]. En février et mars il rédige la septième version de Walden
et prépare le manuscrit pour l'éditeur. Il rend visite à Daniel
Ricketson, un admirateur de New Bedford, qui rejoint par la suite le
mouvement transcendantaliste[46]. Il remet enfin la septième version de Walden à l'éditeur Ticknor and Fields, qui raconte les deux ans, deux mois et deux jours passés dans la forêt aux alentours de l'étang de Walden,
non loin de ses amis et de sa famille, à Concord. Le livre qui condense
ces deux années en une seule, utilisant le passage des quatre saisons
comme symbole du développement de soi[47]. Publié en , Walden est d'abord tiré à 2 000 exemplaires, vendu chacun pour 1 $[48], mais le stock ne sera écoulé qu'en 1859[49]. La première année, toutefois, 1 750 exemplaires sont vendus[50], ce qui constitue le premier succès littéraire de Thoreau.
En 1855, il reçoit d'un jeune Anglais Thomas Cholmondeley, venu rencontrer Emerson, 44 livres orientaux. Thoreau se passionne en effet, depuis 1841 et grâce à Emerson, pour l'orientalisme et pour le bouddhisme, mais aussi pour la culture des Indiens d'Amérique[51]. Il a ainsi pris connaissance des grands textes de la spiritualité indienne dont le Bhagavad-Gîtâ et le Manavadharmashastra. Il effectue des traductions de ces textes et en publie des passages dans The Dial. Thoreau a alors la plus belle bibliothèque orientale d'Amérique.
Ambrotype d'E. S. Dunshee réalisé en août 1861 d'Henry David Thoreau à la fin de sa vie, à 44 ans.
Thoreau publie ensuite ses premiers essais sur la péninsule de Cape Cod, où il se rend pour une troisième excursion. En , il rend visite au poète Walt Whitman, à Brooklyn, lors d'une excursion en compagnie d'Alcott à New York. Dans une lettre à Harrison Blake, du , Thoreau le décrit comme « le plus grand démocrate que le monde ait connu »[52]. En 1857, il effectue sa quatrième excursion au cap Cod, puis il se rend pour la dernière fois dans le Maine, en compagnie d'un guide indien, Joe Polis[note 14]. Il rencontre à Concord l'abolitionniste John Brown, dont il prend la défense par la suite. Son amitié avec Emerson prend fin en février. En 1858, le journal Atlantic Monthly publie son texte Chesuncook, en hommage à la beauté du lac du même nom dans le Maine, texte qui forme la seconde partie des Forêts du Maine, publié en 1864. Quand son père meurt, en 1859, Thoreau reprend la direction de la fabrique de graphite.
Après que John Brown a été capturé, lors d'une tentative d'insurrection ratée à Harpers Ferry, Thoreau offre de donner une conférence en remplacement de Frederick Douglass,
qui ne se sentait plus en sécurité pour s'exprimer publiquement à
Concord. Un large auditoire l'a écouté pendant une heure et demie donner
des informations sur la vie de Brown, faire son éloge, et fustiger
« l'apathie et la retenue » de la presse abolitionniste ; « le thème
semblait avoir éveillé l'ermite de Concord de son état habituel
d'indifférence philosophique »[53]. Ce discours est un Plaidoyer pour John Brown. Le jour de l'exécution de Brown, le , Thoreau prononce un éloge funèbre de l'abolitionniste à Concord, puis à Boston et à Worcester ; « Le Martyre de John Brown ».
Une tuberculose contractée en 1835 se ravive en 1859 à la suite d'une bronchite qui survient après une excursion de nuit où il était allé compter les cernes des chicots d'arbres tombés lors d'une tempête.
Son état de santé empire durant trois ans, malgré de brefs
rétablissements, jusqu'à ce qu'il ne puisse se mouvoir et qu'il soit
obligé de s'aliter. Sentant sa fin venir, Thoreau passe les dernières
années de sa vie à réviser et éditer ses œuvres non encore publiées,
dont Excursions et The Maine Woods, ainsi qu'à demander à des maisons d'édition de rééditer A Week on the Concord and Merrimack Rivers et Walden. Thoreau publie en Les Derniers jours de John Brown. Il effectue aussi sa dernière excursion, au mont Monadnock, dans le New Hampshire, en compagnie de son ami William Ellery Channing. Il donne des conférences concernant la succession des essences d'arbres, qui forment l'ouvrage La Succession des arbres en forêt. « Apportant
la preuve que l'on peut améliorer la couverture boisée autour du
village, il contribue à la fois à accroître la rentabilité des forêts et
à préserver l'espace naturel pour les générations à venir »[54] explique Michel Granger.
La tombe d'Henry David Thoreau, au cimetière de Sleepy Hollow. De gauche à droite : John Thoreau, père de Henry David, Henry, Sophia, Cynthia sa mère.
En décembre, son état de santé empire. De mai à , il voyage dans le Minnesota avec Horace Mann Jr., un botaniste. Il visite ainsi la région des Grands Lacs (chutes du Niagara, Détroit, Chicago, Milwaukee, Saint Paul et l'île Mackinac)[55]. L'essai De la marche (Walking) est publié en 1862 dans la revue The Atlantic Monthly.
Revenu à Concord très affaibli, Thoreau décide de préparer, avec l'aide
de sa sœur Sophia, ses manuscrits en vue de leur publication. Il écrit
des lettres et poursuit son journal intime jusqu'au moment où il se
trouve trop frêle pour tenir la plume. Ses amis sont étonnés de son
aspect fort diminué et fascinés par son acceptation tranquille de la
mort. Quand sa tante Louisa lui demande dans les dernières semaines de
sa vie s'il avait fait sa paix avec Dieu, Thoreau lui répond tout simplement : « Je ne savais pas que nous nous étions disputés. »
Henry David Thoreau meurt le à Concord, à 44 ans. Il est resté célibataire toute sa vie durant. Il est mis en terre le . D'abord enterré dans le caveau familial du côté maternel (les Dunbar), lui et ses parents immédiats sont transférés au cimetière de Sleepy Hollow, à Concord. C'est Ralph Waldo Emerson qui prononce son éloge funèbre[56] dans lequel le philosophe résume la vie de l'auteur de Walden par cette phrase : « En entendant formuler une proposition, on eût dit qu'un instinct le poussait d'emblée à la contester »[57]. La majorité de ses œuvres sont publiées de manière posthume : Les Forêts du Maine en 1864, Cape Cod
en 1865, en 1894 ce sont onze volumes d’écrits qui sont publiés chez
Riverside, puis en 1906 les Éditions Walden en vingt volumes
récapitulent ses travaux[note 15].
Influences marquantes de Thoreau comme auteur
Harvard et les auteurs classiques
Thoreau a été influencé par ses lectures orientales sur le bouddhisme et l'hindouisme telles que la Bhagavad-Gîtâ[58]. Dans Walden, il fait à de très nombreuses reprises référence aux mythologies grecque, romaine ou nordique. Comme l'a montré Stanley Cavell, Thoreau cite aussi beaucoup les évangiles[59]. Ses théories sont également proches du cynisme (on a ainsi souvent comparé Thoreau au philosophe Diogène[60]) et du stoïcisme[61]. La pensée de Thoreau est modelée par deux héritages principaux selon Michel Granger. L'humanisme européen d'une part car, « un
peu comme les grands hommes de la Renaissance, Thoreau est à la fois
philosophe, écrivain et naturaliste, chacune de ces facettes
enrichissant les autres »[62] et le puritanisme américain d'autre part[63]. La théologie calviniste l'a également imprégné, à Harvard, université fondée en effet par les puritains, et par le biais familial également. Pour Michel Granger, Thoreau fait preuve d'ambivalence envers l'héritage puritain, à la fois fasciné et rebuté[64].
Le buste d'Henry David Thoreau au Bronx Community College.
D'origine purement américaine, le transcendantalisme est un mouvement philosophique et littéraire créé par Ralph Waldo Emerson. Initié au transcendantalisme par l'auteur de Nature, dont la stature l'a longtemps éclipsé[65],
Thoreau, du fait de son esprit d'indépendance, n'adhère cependant que
partiellement au mouvement. Il tire de ce courant d'inspiration romantique européenne l'idée qu'il existe des correspondances entre l'homme et la nature. Le poète Kenneth White explique ainsi que « c'est
en quelque sorte une conscience première, débarrassée de toutes les
couches secondaires (morales, sociales, religieuses, etc.), que le
transcendantalisme veut atteindre, car tout, virtuellement, commence là,
et tout peut recommencer là »[66] alors que le philosophe Stanley Cavell en fait le début de la modernité en philosophie américaine[67]. En exaltant l'individualisme
dans la communion avec la nature, Thoreau invite à explorer les
« provinces de l'imagination », thème transcendantaliste par excellence.
Enfin, l'idée que l'écrivain
peut être le moteur de la société et la source de son renouveau, par
l'entremise de la figure du héros indépendant, a influencé la pensée de
Thoreau. Néanmoins, conclut Michel Granger, Thoreau a su transformer cet héritage transcendantaliste à l'aune de sa propre réflexion.
Le Courant abolitionniste
Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ?
Œuvre
L'ensemble des articles, essais, journaux et poésies de Thoreau
comprend vingt volumes. En excluant le journal, qui couvre 24 années et
traite de l'ensemble de ses préoccupations, l'œuvre de Thoreau comprend
deux grands groupes d'écrits : essais politiques et moraux, et récits de voyage comprenant des éléments autobiographiques et empreint d'une tendance naturaliste. Certaines œuvres de Thoreau ont été particulièrement célèbres, et sont révélatrices de sa pensée et de son style.
Souvent abrégé en Walden, le récit Walden ou la Vie dans les bois (Walden or Life in the Woods) est l'œuvre majeure de Thoreau, celle que le public retient continuellement. Traduit par Louis Fabulet[68], par l'entremise d'André Gide, ce n'est ni un roman ni une véritable autobiographie mais une critique du monde occidental, le récit d'un « voyageur immobile »[69] narrant sa « révolte solitaire »[70]. Pour Kathryn VanSpanckeren, Walden est « un
guide de vie selon l’idéal classique. Mêlant poésie et philosophie, ce
long essai met le lecteur au défi de se pencher sur sa vie et de la
vivre dans l’authenticité. La construction de la cabane, décrite en
détail, n’est qu’une métaphore illustrant l’édification attentive de
l’âme »[71], modèle du caractère américain[72].
Fin 1844, le philosophe Ralph Waldo Emerson, ami et mentor de Thoreau, achète un terrain autour de l'étang de Walden (localisé à Concord, dans le Massachusetts aux États-Unis)
et le met à sa disposition. Thoreau souhaite en effet se retirer au
calme pour écrire mais il ne demeure pas toujours seul. De nombreux amis
(dont William Ellery Channing qui séjourne avec lui à l'automne 1845[73]) ainsi que des admirateurs lui rendent souvent visite[74]. D'après Michel Granger, Thoreau fait une retraite à Walden Pond car il a cherché à disparaître momentanément de la vie de Concord,
sa ville natale. Il a en effet mis le feu par inadvertance à une partie
de la forêt voisine. D'autre part et outre cette volonté de redevenir
respectable, « la plus forte motivation de
Thoreau était de nature historique : il voulait reconstituer sa
« demeure dans l'état où elle était il y a trois siècles » avant
l'irruption de l'homme blanc sur le sol américain »[75].
Toutefois, selon Leo Stoller, c'est un profond dégoût pour la société
des hommes, et particulièrement pour les habitants de Concord, qui
conduit Thoreau à « refuser leur existence occupée à poursuivre la subsistance quotidienne, pervertissant de fait leur liberté dans le désespoir »[76]. Le choix de Thoreau se porte donc sur l'étang de Walden,
car il constitue un lieu ni trop à l'écart ni trop proche du monde des
hommes. De plus, il en connaît l'existence depuis son enfance et ce lieu
demeure pour lui un lieu mystérieux. Il se retire donc dans une
clairière sur les rives de l'étang, « lieu intermédiaire à la fois emmuré » (Walled-in
selon son expression) et suffisamment vaste pour qu’il dispose d’une
marge protectrice, mais ne soit pas pour autant séparé de la nature par
une barrière. Dans cet espace (baptisé en sa mémoire Thoreau's Cove[77]), remarque Michel Granger, « l’humain et le non-humain s’y interpénètrent » et le lieu est propice aux personnifications romantiques (ainsi les aiguilles de pin, par exemple, se dilatent pour lui témoigner leur sympathie lorsqu'il s'y installe)[78].
C’est seulement en 1849, dans Résistance au gouvernement civil, intitulé ultérieurement, de façon posthume, La Désobéissance civile (Civil Disobedience),
que Thoreau met par écrit ses positions politiques et idéologiques.
Prenant comme point de départ son incarcération de courte durée pour
avoir refusé de payer l'impôt, il y prône la résistance passive en tant que moyen de protestation. Cet engagement passif se situe d’abord sur le plan individuel selon lui : « La seule obligation qui m'incombe est de faire en tout temps ce que j'estime juste » explique-t-il. Il y proclame son refus de soutenir le gouvernement américain, qui tolère l’esclavagisme et mène une guerre de conquête au Mexique, contre tous les droits individuels et contre toute morale. L’essai eut une grande influence sur deux personnalités de la non-violence : le Mahatma Gandhi et Martin Luther King[79],[80], et, de façon générale sur tous les courants de résistance, y compris au Danemark, durant la Seconde Guerre mondiale, alors sous la domination nazie[81].
Le Journal
Le Journal est un ouvrage élaboré durant vingt ans, du , sur la suggestion de Ralph Waldo Emerson, au et s'étalant sur quatorze volumes. Thoreau, qui l'intitule in petto le « calendrier des marées de l'âme »
y rassemble notes, poèmes, comptes rendus, états d’âme, herborisations,
réflexions morales ou politiques, tous matériaux nourrissant ses autres
ouvrages ; pour Gilles Farcet il « est sans doute le seul travail auquel il se consacra régulièrement, presque tous les jours de sa vie »[82]. Selon François Specq, « le
journal de Thoreau est d'un genre singulier : loin d'un journal intime
voué à analyser les tours et détours de la personnalité de l'individu,
il s'est donné pour unique objet […] d'explorer la nature des environs
de Concord, Massachusetts »[83].
Dans Les Forêts du Maine, Henry David Thoreau a rassemblé les
récits des voyages qu'il a faits dans les forêts du nord-est des
États-Unis en 1846, 1853 et 1857. Il y décrit le mont Ktaadn de façon romantique et étudie la manière de vivre des pionniers et des Indiens. L'ensemble de ces ouvrages témoigne d'une connaissance botanique et naturaliste fine et éclairée, même si la vision de la nature y est toujours personnifiée ou idéalisée comme le montre le critique Roderick Nash, dans Wilderness and the American Mind[84]. L’activité de naturaliste
qui a occupé une grande partie de la dernière décennie de l’écrivain,
même si celui-ci n'a pu en assembler les matériaux avant sa mort, y est
très présente. Dans l'appendice des Forêts du Maine Thoreau liste des noms de plantes, d’arbres ou d’oiseaux, et relève des mots en langue algonquine, faisant par là, avant l'heure, œuvre d'ethnologue[85].
Le recueil Wild Apples and Other Natural History Essays
est une édition moderne des divers essais que Thoreau a consacré à la
nature pendant une vingtaine d’années précédemment publiés sous le titre
Excursions (en 1962) et rassemblant les essais : Natural History of Massachusetts, A Walk to Wachusett, A Winter Walk, Walking (traduit en français sous le titre De la marche), The Succession of Forest Trees, Autumnal Tints, Wild Apples et Night and Moonlight. Thoreau s'y dévoile comme étant un véritable scientifique, étudiant scrupuleusement les phénomènes naturels[86].
Enfin Cape Cod publié en 1865 compile impressions naturalistes et étude de la faune et de la flore de la péninsule de ce nom où Thoreau se rendit par trois fois[87]. À ces textes il faut ajouter, selon Michel Granger, les quelque 7 000 pages du Journal qui, à partir du début des années 1850 recueillent ses observations de la nature selon une approche de plus en plus empirique[88].
Photographie de Thoreau's Cove, lieu où l'auteur de Walden édifia sa maisonnette.
D'un point de vue stylistique, Thoreau maîtrise les ressorts de la langue américaine. Utilisant le contraste entre l'élément primitif propre à la nature (wilderness : le « sauvage » au sens d'espace vierge), et l'élément technique, propre à la société (tameness : le « domestique »), il a régulièrement recours à l'étymologie[93] et aux métaphores
organiques, les plus proches des phénomènes naturels. Les textes de
Thoreau sont souvent parsemés de passages poétiques, soit de sa
confection, soit empruntés à d'illustres poètes. Cette prose travaillée devient pour Thoreau « un instrument poétique supérieur »[94] qui lui permet de suggérer la diversité des phénomènes naturels, par la musicalité et parfois les onomatopées. La fonction des poèmes est aussi d'obliger le lecteur à faire une pause, afin d'ouvrir un temps nécessaire à la méditation[95]. En dépit de ce rythme poétique, la pensée de Thoreau est très vive, toujours en mouvement, didactique et érudite, faite d'accumulation d'expressions frappantes et de paradoxes surtout, telle la citation très connue : « le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins »[96]. Les aphorismes que la conscience collective retient en effet sont souvent paradoxaux et percutants. Son souci est d'établir les « fondements d'une expression vraie »[97].
Conceptions philosophiques
La contemplation solitaire
Citation commémorative de Thoreau à la Library Way de New York.
Accusé souvent de misanthropie, Thoreau prône un art de vivre fondé sur l'écoute de soi, ce qu'il nomme le « matin intérieur », proche d'un état d'innocence[98].
Pour Michel Granger, il est possible que Thoreau soit devenu solitaire
en raison de sa responsabilité dans la destruction accidentelle par
incendie d'une partie de la forêt de Concord, incident qui lui a valu la critique des autres habitants. Il décide en effet de s'installer à Walden juste après cet événement et dès lors il fait de la solitude une « bonne compagnie »[99]. Demeurer seul permet non seulement d'étudier la nature mais aussi et surtout de s'émerveiller ; en effet pour Gilles Farcet, « Thoreau est naïf en ceci qu'il n'a rien perdu de son aptitude à l'émerveillement »[100]. Célibataire toute sa vie durant, cet état d'ermite ne l'empêche pas d'avoir des sentiments philanthropiques puisqu'il défend, avec empathie et sensibilité pour l'humanité souffrante, l'abolitionnisme et aide des esclaves à gagner leur liberté au Canada.
Un rapport « transcendental » à la Nature
La référence éthique à la nature traverse toutes ses œuvres, à tel point que Michel Granger parle, reliant cette adoration quelque peu naïve parfois aux éléments biographiques de l'écrivain, d'une « sublimation compensatrice » envers sa mère[101]. Thoreau montre constamment « que
la distinction humain/non-humain, fondée sur des préjugés, est bien
ténue ; dans sa vision, la nature s'humanise, tandis que l'homme
valorisé se naturalise »[102]. Il insiste ainsi sur le « caractère thérapeutique de la nature » qui lui fournit aussi une sécurité affective[103], notamment dans sa relation avec la femme. Cette proximité intime avec la nature, quasi personnifiée, lui permet de lutter contre toute tentation charnelle et l'aide à demeurer lié au réel[104]. De cette position, Thoreau entrevoit une nouvelle éthique qui lui permettrait de « se
laver de la souillure pour aller vers la spiritualité en commençant par
reconnaître le corps nié, réconcilier le « divin et la brute » » en somme[105]. Cette éthique est une synthèse plutôt qu'une rupture totale et misanthrope ; s'affichant comme « un promeneur oisif au pays de l'éthique protestante du travail, insistant sur la primauté du loisir et de la contemplation »[106], Thoreau ambitionne de créer une raison qui « prétend
aussi régenter, avec la même sûreté et un égal bonheur le champ de ce
que l'on appelait naguère encore la vie morale. » Cette éthique thoreauvienne est marquée par son puritanisme et s'affiche comme une véritable foi puisque le « narrateur de Walden est profondément convaincu de l'omniprésence de la morale au cœur de toute existence »[63].
Philosophie des sciences naturelles et de l'écologie
Thoreau a une intuition marquée des préoccupations qui seront
exprimées dans les sciences naturelles cent ans après lui. L'amour de la
nature constitue sa source permanente d'inspiration dans ses
épanchements littéraires, mais sa fascination pour les phénomènes
naturels, en géologie, hydrologie, météorologie, et plus
particulièrement en botanique, s'accompagne aussi d'un souci
d'exactitude dans ses descriptions, et de tentatives ou d'ébauches
d'explications rationnelles. Le regard poétique et l'intérêt
"scientifique" pour la nature de Thoreau lui ont acquis des lecteurs,
pour ses excursions en canot et ses randonnées dans les bois, parmi les
"amoureux de la nature". Mais comme son appréciation de la vie dans la
nature est également combinée à une attitude critique par rapport à la
société de production et de consommation industrielle, on peut le situer
aux origines de la mouvance des mouvements écologistes. Selon Donald Worster« les
sentiments envers la nature exprimés par Thoreau dans ces volumes
constituent son legs le plus important aux générations futures »[43].
Ses propositions, notamment lors de la conférence sur La Succession des arbres
(conférence donnée à l'exposition bovine de la Middlesex Agricultural
Society) en font également un protecteur de l'environnement. En effet,
déjà à cette époque l'homme réduit les espaces boisés : en 1880, il ne
restait plus que 40 % de terres boisées dans le Massachusetts.
Thoreau avertit ses concitoyens de ce danger et milite en faveur d'une
utilisation rationnelle des ressources et de la protection de la faune et de la flore[note 16].
Thoreau se passionne ainsi pour l'écologie de la graine et, à force
d'observations attentives, découvre que les écureuils, en transportant
loin les graines, permettent de renouveler les espèces d'arbres[109]. Par son désir de retrouver la forêt primitive, Thoreau appartient sans conteste à « la tradition arcadienne de la pensée écologique »[110]. « Sa
biographie et son œuvre donnent un exemple parfait de l'attitude
romantique envers la terre et de la philosophie de plus en plus complexe
et sophistiquée de l'écologie. Thoreau constitue une remarquable source
d'inspiration et de référence pour l'activisme subversif du mouvement
écologique actuel » explique Donald Worster[111].
L'environnement exige le plus grand respect, puisqu'un philosophe
s'en nourrit. Mais toutes les richesses de la nature ne pourront jamais
suppléer aux lacunes des hommes, et une approche strictement
matérialiste de la nature est stérile. Ainsi, Thoreau critique dans un
de ses premiers essais, intitulé Le Paradis à (re)conquérir, la promesse d'un ingénieur allemand selon qui l'exploitation des énergies du vent, des marées et du soleil (les énergies éoliennes, solaires et marémotrices)
permettrait rapidement un règne d'abondance et de confort pour tous, et
ce avec peu d'effort. Il est illusoire de croire que le monde peut
s'améliorer tant que les hommes eux-mêmes ne changeront pas, soutient-il[112].
La société aveugle à l'aune des besoins humains
Peu après l'expérience de Walden, Thoreau publie le texte d'une conférence, « La vie gaspillée » qui forme l'essai publié en 1854 de La Vie sans principe. Dans ce texte, il attaque vivement l'économie et la société industrielle. Il réaffirme les valeurs éthiques liées à l'individualisme contre celles véhiculées par l'État. Il dit ainsi dans La Désobéissance civile : « Je pense que nous devons être des hommes, des sujets ensuite »[113]. Il ne voit face à cet envahissement de la sphère privée que deux solutions : la désobéissance civile d'une part, l'usage de la force d'autre part, possibilité qu'il n'évoque néanmoins que timidement[114]. En ce sens, Thoreau a été considéré, par toute une frange des penseurs modernes de cette pensée, comme un anarchiste. Comme le rappelle Guillaume Villeneuve « l'ambition
de Thoreau est spirituelle, soucieuse de transformation intérieure :
l'ennemi est en nous, non à l'extérieur. La violence doit d'abord
s'exercer sur nous […] »[115].
La notion de non-violence chez Thoreau
Face aux autorités esclavagistes, qui ont des visées expansionnistes dans la guerre contre le Mexique au Texas, et arrêtent Anthony Burns à Boston en vertu de la loi sur les esclaves fugitifs, Thoreau prône la non-participation aux injustices des gouvernements, et la non-collaboration avec leurs institutions[note 17]. Ces idées étaient soutenues depuis des années par le courant abolitionniste mené par William Lloyd Garrison.
Cependant, la résistance au gouvernement de Thoreau était strictement basée sur la constatation de son caractère « injuste », et non sur des principes chrétiens de « non-résistance » (ni sur l'analyse de la violence faite par les pacifistes)[116]. Dans The Service,
Thoreau critique les attitudes de passivité prêchées par ces doctrines
de non-résistance et plaide pour tenter de construire la Paix non par « la rouille sur nos épées ou notre incapacité à les tirer de leur fourreau », mais plutôt en « s'attelant sérieusement à la tâche qui nous attend[117]. »
Thoreau a exprimé quelques réflexions sur la non-violence dans son journal : il écrit que « le soldat est un héros dégénéré[118] », « un individu prêt à tuer ou être tué est bon pour [être envoyé dans] un hôpital de fous[119] », etc. Mais son idéal de la justice[note 18] était nourri de l'histoire des patriotes de la guerre d'indépendance et de personnages de l'antiquité, et il a exalté le courage et le dévouement de John Brown en 1859[120]
parce que, personnellement, il voyait de manière favorable une action
armée et violente « héroïque » pour faire disparaître l'esclavage[note 19].
Thoreau a peut-être changé d'avis sur la non-violence au cours de sa
vie, comme beaucoup d'autres personnes durant la longue bataille contre
l'esclavage. Mais en réalité il ne mentionne le sujet dans ses essais
que pour l'effleurer, comme par souci de simplicité et pour laisser
place à « d'autres intérêts », si ce n'est par indifférence.
Le fait que Thoreau soit parfois associé à la non-violence
peut s'expliquer par une assimilation étroite de cette notion avec
celle de la non-coopération, une interprétation erronée de sa
dénonciation de la guerre du Mexique comme une opposition à la guerre
comme telle plutôt que contre l'expansion de l'esclavage au Texas, ainsi
que la traduction et la distribution de son essai La Désobéissance civile par Gandhi,
– tandis que les divergences d'opinion entre Thoreau et les tenants de
la non-violence à son époque, les (abolitionnistes) non-résistants, sont
méconnues.
Lecteurs et admirateurs de Thoreau
Thoreau représente l'un des héros de l'« américanité » et « son
nom fait partie du bagage culturel minimum de l'Américain moyen qui en
connaît quelques expressions ou préceptes célèbres »[121],[122].
Politique
Dessin d'une feuille de Quercus coccinea (ou « chêne écarlate ») par Thoreau illustrant le chapitre The Scarlet Oak dans son essai Autumnal Tints (1862).
José Bové devant la cabane reconstituée de Thoreau à Walden Pond.
Le rayonnement de Thoreau a également été utilisé par l'écologie politique[126]. L'expression de « désobéissance civile » est en effet reprise par les paysans du Larzac et par José Bové mais en mouvement plus violent. Des études modernes, dont celles de Lawrence Buell (The Environmental Imagination : Thoreau, Nature Writing and the Formation of American Culture, 1995[92]) ont montré l'actualité de la pensée de Thoreau à ce propos, pensée qui nourrit jusqu'à l'écologie profonde, l'environnementalisme et le monde libertaire[127], celui de Murray Bookchin et de Paul Goodman[128]. Ainsi, dans L'écologie technophobe de Thoreau[129], 11e volume de Contre-histoire de la philosophie, le philosophe Michel Onfray dévoile en quoi les tenants de l'écologie peuvent se réclamer de l'héritage intellectuel de Thoreau.
Les études scientifiques menées par Thoreau ont été réévaluées dans les années 1980 et ont été reconnues comme scientifiquement valables en limnologie et en phénologie explique Michel Granger[130]. Thoreau marque également l'histoire du courant végétarien[131],[132] en considérant ce mode de vie comme un idéal de purification à atteindre[133]
même s'il ne semble pas avoir lui-même assidûment pratiqué ce régime.
François Duban évoque l'influence moderne de Thoreau sur les politiques
environnementales, dans L'écologisme aux États-Unis (2000). Sa philosophie serait ainsi à l'origine de l'aménagement du territoire américain pour Michel Granger[134]. Pour François Specq la contribution de Thoreau à la naissance de l'idée de parc national, aux États-Unis, est réelle et date de 1858, dans le chapitre « Chesuncook » des Forêts du Maine (1864)[135]
Littérature
Fronstipice de The Bibliophile Society (Boston, 1905).
En littérature, Walden inspira William Butler Yeats, le grand poète nationaliste irlandais, qui y fait référence dans son poème The Lake Isle of Innisfree dans le recueil The Countess Kathleen and Various Legends and Lyrics publié en 1893[136]. Romain Rolland, qui parle de l'œuvre de Thoreau comme étant la « Bible du grand Individualisme »[137] et qui projetait une traduction qu'il abandonna, y fait référence dans sa Vie de Vivekananda[note 21]. Le romancier Robert Louis Stevenson, bien qu'irrité par la philosophie de Thoreau, voit en lui un « maître du style » (« master of style »)[138]. Jean Giono s’inspire du concept de désobéissance civile dans Refus d’obéissance.
Walden a également directement inspiré plusieurs œuvres littéraires. En 1948, le psychologue béhavioristeBurrhus Frederic Skinner écrit un roman à thèse, Walden Two, dans lequel il imagine une communauté expérimentale utopique (experimental community) basée sur les idées de Thoreau. L'auteur suédois Stig Dagerman cite les noms de Thoreau et de Walden dans son essai Notre besoin de consolation est impossible à rassasier publié en 1952. Le photographe américain Ian Marshall a également écrit un livre de haïkus intitulé Walden by haiku (2009) dans lequel il s'arrête sur plusieurs citations de Thoreau.
L'écrivain américain de science-fictionJames Patrick Kelly décrit dans son roman Fournaise une société utopique implantée sur un monde nommé Walden afin d'y pratiquer le retour à la terre, et, d'une manière plus générale, à la Simplicité (un mouvement philosophique s'opposant aux bouleversements introduits par la technologie).
Thoreau est évoqué dans le roman Dans le torrent des siècles du grand auteur de science-fictionClifford D. Simak :
à l’occasion de la rencontre entre Asher Sutton (héros du roman), qui
vient de l’année 7990, et Cliff, un vieux pêcheur de 1977 (Simak
lui-même ?), ce dernier lui fait l’éloge de Thoreau et lui en conseille
la lecture.
Musique
Charles Edward Ives a intitulé « Henry David Thoreau » le quatrième mouvement de sa Concord Sonata qui est un hommage aux écrivains transcendantalistes[151]. Son essai, Essay before a Sonata témoigne par ailleurs en quoi Walden
est une profonde source d'inspiration pour lui et explique pourquoi
Thoreau donne une importance fondamentale à la musique de la nature
notamment lorsqu'il dit, dans son Journal, « Il y a de la musique dans chaque son[152]. »
John Cage considère Thoreau comme son maître[153] et, s'inspirant de son rythme poétique, il compose Empty words (1973–1974) et 40 drawings by Thoreau.
Le compositeur Loïc Guénin compose un cycle de pièces mixtes intitulées WALDEN [..un lieu..]. Adoptant la posture et s'inspirant de la pensée de Thoreau, il écrit des partitions graphiques en travaillant à partir de l'architecture formelle, sociale et sonore des lieux qui lui passent commande[154],[155].
Il a également imaginé une installation-composition en construisant une
cabane qu'il pose dans le paysage, invitant le public à adopter une
pleine écoute[156].
Des passages de Walden sont cités à l'ouverture de chaque réunion secrète des membres du Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society) dans le film homonyme de Peter Weir (1989), comme la célèbre citation « sucer toute la moelle secrète de la vie » et notamment la scène où il est annoncé que le secret de la vie est de saisir le jour (carpediem)[157].
Dans Walden. Diaries, Notes, and Sketches (1969) le réalisateur d'origine lituanienne Jonas Mekas élabore un journal sous forme filmographique, de 43 minutes[158].
Le second film du réalisateur américain Shane Carruth, Upstream Color (2013) contient de nombreuses références à Walden ou la Vie dans les bois avec lequel les personnages entretiennent un rapport privilégié. Le film s'inspire également du transcendantalisme.
Arts graphiques
Maximilien Le Roy et A. Dan mettent en scène Thoreau lors de son passage à Walden dans une bande dessinée intitulée Thoreau – La vie sublime (2012)[159].
Critiques américaines
De son vivant, Thoreau est considéré comme un arriéré et un original[160]. Mais la principale critique vient d'un autre écrivain, l'auteur écossaisRobert Louis Stevenson,
qui considère que la volonté de Thoreau de vivre simplement dans la
nature, loin de la société moderne, lui donne un caractère efféminé et
des manières snobs[161]. Il écrit un essai publié dans le Cornhill Magazine en , intitulé « Henry David Thoreau: His Character and Opinions », traduit en français sous le titre Un roi barbare : essai sur Henry David Thoreau, dans lequel il dit être irrité par le puritanisme de Thoreau : « On
peut trouver une sorte de noblesse rustre, la noblesse d’un roi
barbare, dans la confiance inébranlable que Thoreau a en lui-même et
dans son indifférence aux désirs, aux pensées et aux souffrances
d’autrui »[161].
Tout au long du XIXe siècle, Thoreau sera souvent rejeté comme un « grincheux provincial » hostile au progrès matériel. L'historien Ronald Creagh souligne qu'en tournant « le dos au mythe du progrès » Thoreau s'est aliéné le « XIXe siècle positiviste et scientiste »[162]. Rééditée en France dans les années 1960, son œuvre connaît un regain d'intérêt lors du mouvement de mai 68. La grève générale de mai redonne en effet une actualité politique à Walden ; « fable moderne de l’individu excentrique cherchant à s’émanciper de la tradition », dénonçant le pouvoir de l’argent, la rigidité des conventions sociales et la violence des institutions, raillant « le papotage des journaux et refus[ant] de s’incliner devant le progrès technique », l'œuvre de Thoreau proposait « un modèle alternatif centré sur l’individu non-conformiste à l’esprit critique toujours en éveil » dans lequel les jeunes générations se reconnaissaient alors[163]. Cependant, l'épisode de Walden est perçu comme l'œuvre d'un idéaliste et d'un rêveur. Le poète John Greenleaf Whittier condamne ainsi Thoreau, le jugeant « très mauvais et païen » et expliquant que ce dernier cherche à renvoyer l'homme à une vie animale et dégradante[164].
Pendant la Seconde Guerre mondiale et durant la guerre froide, Thoreau est mis au pilori aux États-Unis. Considéré comme un « un-American » (un « non-américain ») dans les années 1940 le public lui reproche son pacifisme. Une anthologie où il figure est interdite par Joseph McCarthy[80]. En ,
le centenaire de sa nuit passée en prison pour refus de payer l'impôt
n'est pas célébré comme à l'habitude alors que, durant la période du maccarthysme, son livre La Désobéissance civile est interdit dans certaines bibliothèques du pays[165].
Dans les années 1960, la critique se veut davantage universitaire. On lui reproche en effet des propos rétrogrades et misogynes, critique émanant du milieu féministe américain.[réf. nécessaire]
Chronologie de la publication de l'œuvre
The commercial spirit of modern times considered in its influence on the Political, Moral, and Literary (1837)
Natural History of Massachusetts (publié dans The Dial en )
Paradise (to be) Regained (1843)
The Landlord (1843)
Sir Walter Raleigh (1844)
Herald of Freedom (1844)
Wendell Phillips Before the Concord Lyceum (1845)
Reform and the Reformers (1846-8)
Thomas Carlyle and His Works (1847)
A Week on the Concord and Merrimack Rivers (1849)
Civil Disobedience (1849)
An Excursion to Canada (1853)
Slavery in Massachusetts (1854)
Walden or Life in the woods (1854)
Remarks After the Hanging of John Brown (1859)
The Last Days of John Brown (1860)
A Plea for Captain John Brown (1860)
Walking (1862)
Autumnal Tints (1862)
Wild Apples: The History of the Apple Tree (1862)
Excursions (1863)
Life without principle (1863)
Night and Moonlight (1863)
The Highland Light (1864)
The Maine Woods (1864)
Cape Cod (1865)
Letters to Various Persons (1865)
A Yankee in Canada (1866)
Early Spring in Massachusetts (1881)
Summer (1884)
Winter (1888)
Autumn (1892)
Miscellanies (1894)
Familiar Letters of Henry David Thoreau (1894)
Poems of Nature (1895)
The First and Last Journeys of Thoreau (1905, découvert tardivement parmi ses journaux et manuscrits inédits)
The Journal of Henry D. Thoreau (1906, première édition pratiquement complète ; 1962, rééd. en deux volumes, « 1837-Oct. 1855 », « -1861 »)
Bibliographie des œuvres en français
Signature de Henry David Thoreau.
Walden ou la Vie dans les bois
Henry David Thoreau (trad. Louis Fabulet), Walden, ou la Vie dans les bois [« Walden or Life in the Woods »], Paris, éditions Gallimard, coll. « L'Imaginaire » (no 239), (1re éd. 1854), 377 p. (ISBN978-2-07-071521-3)
Je vivais seul dans les bois : Extrait de Walden ou la Vie dans les bois [« Walden or Life in the Woods »] (trad. de l'anglais par Louis Fabulet), Paris, Éditions Gallimard, coll. « Folio 2 », (1re éd. 1854), 119 p. (ISBN978-2-07-035628-7)
La Désobéissance civile [« Civil Disobedience »] (trad. Guillaume Villeneuve), Mille et une nuits, (1re éd. 1849), 63 p.
La Désobéissance civile [« Civil Disobedience »] (Préface et direction de Noël Mamère,
accompagné de l'article du Monde Diplomatique intitulé « Jusqu'où obéir
à la Loi » daté d'avril 2006), Paris, Le Passager Clandestin, (1re éd. 1849), 75 p. (ISBN978-2-916952-03-1)
Plaidoyer pour John Brown [« A Plea for Captain John Brown »] (trad. Thierry Gillybœuf, Intégré au recueil : De l'esclavage : Plaidoyer pour John Brown), Mille et une nuits, coll. « La petite collection », (1re éd. 1860), 127 p. (ISBN978-2-84205-966-8)
De la marche [« Walking »] (trad. Thierry Gillybœuf), Mille et une nuits, coll. « La petite collection », (1re éd. 1862), 79 p. (ISBN978-2-84205-748-0)
La Vie sans principe [« Life without principle »] (trad. Thierry Gillybœuf), Mille et une nuits, coll. « La petite collection », (1re éd. 1863), 63 p. (ISBN978-2-84205-852-4)
Couleurs d'automne [« Autumnal Tints »] (trad. de l'anglais par Thierry Gillybœuf, Intégré au recueil : Balade d'hiver, couleurs d'automne), Paris, Mille et une nuits, coll. « La petite collection », (1re éd. 1862), 111 p. (ISBN978-2-7555-0028-8)
Balade d'hiver [« Winter »] (trad. de l'anglais par Thierry Gillybœuf, Intégré au recueil : Balade d'hiver, couleurs d'automne), Paris, Mille et une nuits, coll. « La petite collection », (1re éd. 1888), 111 p. (ISBN978-2-7555-0028-8)
Un Yankee au Canada, trad. d'Adrien Thério, Montréal : Éditions de l'Homme, 1962, 143 p.
Les pommes sauvages [« Wild Apples: The History of the Apple Tree »] (trad. de l'anglais par Philippe Jamet), Bordeaux, Éditions Finitude, (1re éd. 1862), 76 p. (ISBN978-2-912667-61-8)
Cap Cod [« Cape Cod »] (trad. de l'anglais par Pierre-Yves Pétillon), Paris, Imprimerie nationale, coll. « La Salamandre », , 319 p. (ISBN2-7433-0322-0)