Nous ouvrons ici une réflexion sur la non-violence d’une
résistance au système étatico-marchand dans le contexte moderne avec
deux textes, le premier ci-dessous de Günther Anders et le second plus récent de Peter Gelderloos. (Voir ci-dessous)
Toute résistance doit réfléchir à cette question : quand la violence
soi-disant “légitime” de la répression systémique augmente, comment ceux
qui lui résistent doivent-ils se comporter ? Nous pensons qu’une
confrontation directe de rue ne peut mener qu’à une violence croissante
parce que c’est là où le système affirme sa supériorité physique et
technologique. Si le choix tactique est la confrontation de rue, alors
la résistance doit se préparer à la guérilla urbaine, Gaza à l’échelle
planétaire. Il y a néanmoins une autre solution : celle de changer
totalement et en nombre suffisant notre relation avec l’état et la
marchandise en créant des associations libres s’associant elle-mêmes en
communes, partout, solidairement et développant un mode de vie ignorant
le système en place, une société parallèle qui, par l’efficacité de sa
coordination sociale, incitera toujours plus de personnes à la
rejoindre, alimentant ainsi la nouvelle société des sociétés. Il sera
cependant nécessaire de la protéger d’agressions potentielles de
l’ancien système disparaissant pas à pas dans les oubliettes de
l’histoire, mais s’accrochant à ses privilèges. La violence sera réduite
à un strict minimum temporaire, essentiellement de défense du nouveau
contrat social, celui-ci volontairement accepté par ses participants et
donc tout autant évident que motivant à défendre. Descendre dans la rue
confronter l’État pour affirmer son mécontentement est voué
systématiquement à l’échec. Défendre ce qu’on a créé, volontairement
associés, une nouvelle société solidaire et égalitaire, nous place sur
la plus haute marche morale et nous donne l’avantage psychologique… Le
problème de la résistance au système aujourd’hui, c’est qu’elle ne fait
que contester, sans rien avoir à proposer. Si elle avait une société
parallèle fonctionnant à défendre, ce ne serait plus du tout la même
limonade… Tout commence par dire NON ! S’associer et créer avec l’idée
d’auto-défense. Nous devrons passer par là, bientôt, il en va de la
survie de l’humanité qui est menée dare dare à l’extinction par les
actions des gardiens psychopathes du système étatico-marchand avides de
mettre en place leur dictature planétaire finale.
Tel est l’enjeu et le rôle du peuple en arme sera décisif…
~ Résistance 71 ~
1ère partie : Günther Anders
2ème partie : Peter Gelderloos
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L’alternative au mouvement non-violent : possibilités d’activisme révolutionnaire
Peter Gelderloos
2007
~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~
NdR71 : ce texte ci-dessous est la traduction de la dernière partie du long essai de Peter Gelderloos “Comment la non-violence protège l’État” (2007).
L’essai est composé d’une introduction et de 7 parties très argumentées
et documentées plus de 230 notes de références), les six parties
précédentes ont pour sous-titres : la non-violence est inefficace, la
non-violence est raciste, la non-violence est étatiste, la non-violence
est patriarcale, la non-violence est stratégiquement et tactiquement
inférieure, la non-violence est illusoire. En voici la conclusion
alternative… Bonne lecture et merci de diffuser ce texte essentiel
d’analyse lucide sur le sujet.
“Avec l’anarchie comme but et comme moyen, le communisme devient
possible. Sans cela, il serait forcément la servitude et, comme tel, il
ne pourrait exister.”
~ Pierre Kropotkine, 1903 ~
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J’ai fait plusieurs fortes argumentations, parfois au vitriol, contre
l’activisme non-violent et je n’ai pas dilué ces arguments. Mon but a
été d’insister sur des critiques bien souvent passées sous silence, afin
de faire passer par le fenêtre la main mise que le pacifisme possède
sur le discours du mouvement ; une main mise qui exerce un tel monopole
sur la morale putative et l’analyse stratégique / tactique dans bien des
cercles et qui va jusqu’à empêcher même la reconnaissance d’une
alternative faisable. Les révolutionnaires en herbe doivent comprendre
que le pacifisme est si fade et contre-productif qu’une alternative est
un impératif. Ainsi seulement pourrons-nous juger et penser efficacement
les différentes voies de lutte et, je l’espère, de manière plus
pluraliste et décentralisée par la même occasion, plutôt que de tenter
de renforcer une ligne de parti ou de suivre le seul programme
révolutionnaire “correct”.
Mon argument n’est pas que tous les pacifistes soient des carpettes
ou des vendus sans regagner un mérite ou une place dans un mouvement
révolutionnaire. Beaucoup de pacifistes sont des révolutionnaires
en herbe de bonne volonté, qui ont simplement été incapables de dépasser
leur conditionnement culturel, qui les programme à réagir
instinctivement contre les assauts fait au dieu état comme s’agissant du
plus haut crime et de la plus haute trahison. Une poignée de
pacifistes ont démontré une telle motivation et un tel engagement dans
la révolution, ont pris tant de risques et fait tant de sacrifices,
qu’ils sont au-dessus de toute critique possible réservée habituellement
aux pacifistes et posent même un défi au fonctionnement du statu quo,
particulièrement lorsque leur moralité ne les empêche pas de travailler
solidairement avec des révolutionnaires non pacifistes. La
question est que le pacifisme, en tant qu’idéologie, avec ses
prétentions au delà de la pratique personnelle, sert les intérêts de
l’État et est enveloppé psychologiquement de manière irrémédiable dans
le schéma de contrôle du patriarcat et de la suprématie blanche.
Maintenant que j’ai démontré le besoin de remplacer une pratique
révolutionnaire non-violente, je voudrais élaborer sur ce avec quoi on
pourrait la remplacer, car de nombreuses formes non-pacifistes de lutte
révolutionnaire contiennent aussi des défauts terminaux. Dans un débat,
les pacifistes vont typiquement généraliser quelques fautes larges par
des exemples de révolutions historiques, éviter toute analyse de détail,
et faire leur argumentation. Mais plutôt que de dire par exemple “Vous
voyez, la violente révolution russe a mené à un autre gouvernement
autoritaire et violent, donc la violence est contagieuse.” Cela
aiderait aussi de faire remarquer que tout ce que les léninistes
voulaient était un gouvernement autoritaire, capitaliste repeint en
rouge avec eux à sa tête et dans leurs propres termes et objectifs, ils
furent couronnés de succès.
On pourrait aussi faire remarquer l’existence contemporaine de cette
révolution des anarchistes révolutionnaires du sud de l’Ukraine (NdT :
mouvement makhnoviste), qui constamment refusèrent le pouvoir
bolchévique et pendant des années libérèrent de vastes zones des
Allemands, des nationalistes ukrainiens antisémites, des royalistes et
des rouges bolchéviques, mais qui n’imposèrent jamais leur volonté à
ceux qu’ils libérèrent et qu’ils encourageaient à s’auto-organiser.
Brossant de côté plus avant l’analyse généraliste et mystifiante du
pacifisme, cela nous ferait du bien de nous salir les mains dans les
détails historiques et d’analyser les degrés de violence, peut-être en
montrant qu’en termes de dépravation structurelle et de répression
d’état, la Cuba de Castro, le produit d’une révolution violente, est
sans conteste bien moins
violente que la Cuba de Batista. Mais il y a déjà suffisamment
d’adorateurs de Castro, ce qui m’incite à ne pas dépenser mon énergie
là-dessus.
Le point commun de toutes ces révolutions autoritaires est leur
forme hiérarchique d’organisation. L’autoritarisme de l’URSS ou de la
République Populaire de Chine ne fut pas une translation mystique de la
violence utilisée, mais une fonction directe des hiérarchies avec
lesquelles elles furent mariées dès le départ. Il est vague,
sans aucun sens et en fin de compte faux de dire que la violence produit
toujours certains schémas psychologiques et relations sociales. Par
contre, la hiérarchie est inséparable des schémas psychologiques et des relations sociales de domination.
En fait, la plupart de la violence dans une société qui est sans
conteste mauvaise provient des hiérarchies coercitives. En d’autres
termes, le concept de hiérarchie a plus de précision analytique et
morale faisant défaut au concept de violence. Ainsi donc, pour vraiment
réussir, une lutte de libération doit utiliser tous les moyens
nécessaires consistants avec la construction d’un monde libre de
hiérarchies coercitives. (NdT : comme le disait Pierre
Clastres, il n’y a pas de société sans pouvoir, mais le pouvoir s’exerce
de deux manières possibles : de manière non-coercitive (sans hiérarchie
et système d’imposition) et de manière coercitive (hiérarchisé avec
système de contrôle). Nous avons analysé et compilé tout cela dans notre
“Manifeste pour la société des sociétés” (2017)
Cet anti-autoritarisme doit se refléter à la fois dans l’organisation et dans l’ethos du mouvement de libération. Côté
organisationnel, le pouvoir doit être décentralisé, ceci veut dire par
de partis politiques ou d’institutions bureaucratiques. Le pouvoir doit se situer le plus près possible de la base populaire (NdT : dilué dans le corps social), les individus et groupes œuvrant dans une communauté (NdT : d’association véritablement libre).
Parce que les groupes populaires et communautés sont confinés par les
conditions de vie et sont en contact constant avec des gens en dehors du
mouvement, l’idéologie tend à la fluidité verticale, se concentrant
dans des “comités nationaux” et autres niveaux centralisés (qui
rassemblent des gens pensant de la même façon, théoriciens et éloignés
du contact avec le peuple et des réalités de la vie quotidienne). Peu de choses ont plus de potentiel pour l’autoritarisme qu’une forte idéologie.
Ainsi donc, le plus d’autonomie et de pouvoir décisionnaire que
possible doivent demeurer au niveau de la base populaire. Quand des
groupes locaux ont besoin de se fédérer ou de se coordonner sur une zone
géographique plus vaste et la difficulté de cette lutte va demander de
la coordination, de la discipline, du partage de ressources et une
stratégie commune, quelque soit l’organisation qui en émerge, devra
s’assurer que les groupes locaux ne perdent pas leur autonomie et que
les organisations plus vastes créées (comités régionaux, nationaux ou
une fédération) soient faibles, temporaires, remplacées fréquemment, à
mandat révocable et toujours dépendant de la ratification par les
groupes locaux. (NdT : ceci est le mode de
fonctionnement de gouvernance amérindien au sens large, meilleur
exemple, la confédération iroquoise, Haudenausonee avec sa Grande Loi de
la Paix, Kaianerekowa. Également l’organisation zapatiste (à base Maya)
du Chiapas dans le sud-est du Mexique depuis 1994) Dans le cas
contraire, ceux qui remplissent les factions du plus haut niveau ont
toutes les chances de développer un état d’esprit de contrôle
bureaucratique et l’organisation se développera sans doute de par ses
propres intérêts, qui bientôt divergeront des intérêts du mouvement
populaire.
De plus, aucune organisation ne doit monopoliser le mouvement.
Les organisations ne doivent pas être des empires ; elles doivent être
des outils temporaires qui se chevauchent, prolifèrent et meurent,
disparaissent quand on en n’a plus besoin. Un mouvement sera bien plus
difficile à infiltrer et à coopter s’il y a une diversité de groupes
remplissant les niches différentes et poursuivant des objectifs
similaires. Ces groupes seront moins prônés à la zizanie si les gens du
mouvement tendent à appartenir à de multiples groupes plutôt que d’être
fidèle et loyal à un seul groupe.

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“La révolution anarchiste est aujourd’hui la révolution naturelle,
celle qui ne peut pas se laisser dériver ou confisquer par des groupes,
factions ou partis, classes ou autorités.”
~ López Arangó ~
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La culture ou l’ethos du mouvement de libération est aussi vital. Des
structures non-coercitives sont facilement détournées si la culture et
les désirs des gens faisant fonctionner ces structures les tirent vers
d’autres objectifs. Pour commencer, une culture de libération doit
favoriser le pluralisme au monopole. En termes de lutte, ceci veut
dire que nous devons abandonner l’idée qu’il ne peut y avoir qu’une
seule et unique façon de faire, que nous devons avoir tout le monde à
bord de la même plateforme ou rejoindre la même organisation. Au
contraire, la lutte bénéficiera d’une pluralité de stratégies attaquant
l’État sous plusieurs angles. Ceci ne veut pas dire que tout le monde doit travailler tout seul dans son coin ou avec des objectifs croisés. Nous devons nous coordonner et nous unifier le plus possible afin d’augmenter notre force collective, mais nous devons aussi reconsidérer combien de conformité est en fait possible. Il est impossible d’avoir tout le monde d’accord sur une stratégie de lutte et que celle-ci serait la meilleure,
et de fait, cette contention est probablement fausse. Après tout, des
gens différents ont des forces et expériences différentes et font face à
différents aspects de l’oppression : il ne peut qu’être censé de
reconnaître qu’il y ait plusieurs chemins de lutte sur lesquels lutter
ensemble, simultanément, vers la libération.
Le monothéisme autoritaire inhérent à la civilisation occidentale
nous inciterait à voir d’autres chemins comme étant des détours
non-intelligents, des concurrences, nous pourrions même essayer de
réprimer ces autres tendances au sein du mouvement. L’anti-autoritarisme
demande que nous abandonnions cet état d’esprit, que nous
reconnaissions l’inévitabilité des différences et tensions, que les
personnes qui dévient de notre façon de faire, sont aussi des alliés.
Après tout, nous ne sommes pas en train d’imposer une société
nouvelle utopique sur tout le monde après la révolution ; le but est de
détruire les structures de pouvoir centralisé de façon à ce que chaque
communauté ait l’autonomie pour s’organiser de la façon dont ses membres
le décident de manière collective, d’une façon qui leur permettra au
mieux de satisfaire leurs besoins tout en rejoignant ou quittant des
associations libres d’entraide ayant des communautés autour d’elles.
Tout
le monde a un potentiel inné pour la liberté et l’auto-organisation ;
ainsi donc, si nous nous identifions comme anarchistes, notre boulot
n’est pas de “convertir” tous les autres à l’anarchisme, mais d’utiliser
notre perspective et nos expériences collectives pour nous préserver
contre les efforts de cooptation de cette gauche institutionnelle et de
fournir des modèles de relations sociales autonomes et
d’auto-organisation, d’autogestion, dans des cultures où rien de tout
cela n’existe.
Il y a aussi la question du leadership dans une lutte anti-autoritaire.
L’idée traditionnelle de leadership, en tant que rôle institutionnalisé
ou coercitif, de contrôle des gens, est hiérarchique et inhibitrice de
la croissance populaire. Mais il est aussi vrai que les personnes ne
sont pas égales en termes de capacités, que cette révolution demandera
une grande quantité d’expertise et que des gens intelligents, sans ego
seront plus enclins à volontairement placer quelqu’un ayant plus
d’expertise que d’autres dans une position de leadership temporaire
non-coercitif.
L’approche d’un ethos anti-autoritaire envers le leadership est
celle qui veut que le pouvoir ait besoin d’être constamment redistribué
vers l’extérieur. C’est la responsabilité des gens de se
retrouver en position de leadership, de prêter leurs talents au
mouvement tout en diffusant leur leadership alentour, enseignant aux
autres plutôt que de s’accrocher à leur expertise comme à une forme de
pouvoir.
De plus, un ethos anti-autoritaire favorise de combattre sans
aucun compromis contre l’oppression, mais s’oppose à l’écrasement de
ceux qui sont défaits ; il favorise la réconciliation plutôt que la
punition.
Avec ces structures et cette culture, un mouvement de libération a
bien plus de chance d’avoir du succès sans avoir à créer un autre
système autoritaire. Il y aura toujours une tension entre être efficace
et être libérateur et dans la complexité de la lutte, il y a plein
d’espace gris, mais cela aide grandement de voir cultiver une pratique
anti-autoritaire comme une constante bataille entre deux requis
(efficacité et liberté) qui sont en conflit mais ne s’excluant pas
mutuellement. La vision pacifiste de la lutte, basée sur une
dichotomie polaire entre violence et non-violence, est irréaliste et est
une défaite à terme auto-infligée.
Plus concrètement, il est difficile de généraliser sur le comment un
mouvement de libération utilisant toute une diversité de tactiques,
devrait conduire sa lutte. Des groupes spécifiques doivent décider cela
d’eux-mêmes fondé sur les conditions auxquelles ils doivent faire face
et non pas basé sur les prescriptions d’une quelconque idéologie. Il
est plus que probable qu’un mouvement de libération anti-autoritaire
mettrait une certaine emphase sur la construction d’une culture de
l’autonomie qui puisse résister au contrôle des esprits des médias de
masse et la fondation de centres sociaux, d’écoles libres, de cliniques
libres, d’une agriculture de communauté (non-industrielle) et autres
structures qui puissent soutenir la resistance des communautés.
Les occidentaux ont aussi besoin de développer des relations sociales
collectives. Pour ceux qui grandissent dans le Nord, être anarchiste ne
fournit pas d’exception pour ce qui est d’être imbu d’individualisme,
de punition et de formes basées sur le privilège d’interactions
sociales. Nous avons besoin d’employer des modèles efficaces de justice
restauratrice ou transformatrice de façon à ce que nous n’ayons plus
besoin de police ni de prisons. Tant que nous sommes dépendants de
l’État, nous ne le renverserons jamais. (NdT : Gustav
Landauer disait que l’État ne peut être aboli que lorsque nous changeons
de relation avec celui-ci et ses institutions. L’État est avant tout un
mode relationnel. Changeons e mode de relatons et nous changeons… TOUT…)
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“Vous ne serez et ne demeurerez que des commodités aussi longtemps que l’empire existera…”
~ Russell Means, Oglala, Lakota, fondateur de l’Américain Indian Movement ~
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Les lecteurs auront peut-être remarqué que les requis initiaux
majeurs d’un mouvement de libération n’incluent pas d’actions
“violentes”. J’espère que dorénavant nous puissions abandonner
définitivement la dichotomie entre violence et non-violence. L’utilisation
de la violence n’est pas une étape de la lutte que nous devons mettre
en place afin qu’elle “passe” et pour gagner. Cela n’aide en rien
d’isoler la violence. Nous devons plutôt être conscients de certains
types de répression auxquels nous devrons faire face, certaines
tactiques que nous devrons probablement utiliser. A chaque étape
de la lutte, nous devons cultiver un esprit militant. Nos centres
sociaux devraient honorer les activistes militants en prison et ceux qui
ont été tués par l’État ; nos écoles libres disent enseigner la
self-defense et l’histoire de la lutte. Si nous attendons d’amener le
militantisme jusqu’à ce que l’état ait augmenté la répression à un tel
niveau que cela devienne évident qu’il nous a déclaré guerre (NdT :
nous y sommes, depuis 2019 et l’attaque nano-biotechnologique COVID-19,
injections ARNm sur l’humanité… Nous y étions déjà auparavant, mais
2019 est la date historie de la guerre oligarchique contre les peuples.
L’oligarchie systémique a déclenché une guerre nano-biotechnologique
contre les peuples et il est grand temps de bouger et d’y mettre fin une
bonne fois pour toute !), il sera trop tard. Cultiver le militantisme devrait aller de paire avec la preparation et l’embrasse.
Il est dangereux de se retrouver complètement coupé d’une réalité de
masse en se précipitant en des tactiques que personne d’autre ne peut
comprendre et encore moins soutenir. Les gens qui agissent
prématurément et se coupent du soutien populaire seront des proies
faciles pour le gouvernement. Ceci dit, nous ne pouvons pas laisser nos
actions être déterminées par ce qui est acceptable dans la perception de
masse. Les opinions de masse sont conditionnées par l’état, suivre la
masse, c’est suivre l’état. Nous devons au contraire augmenter
le militantisme, éduquer au travers d’actions exemplaires et augmenter
le niveau de militantisme acceptable (à au moins des segments de la
population identifiés à des soutiens potentiels). Les radicaux ayant un
historique privilégié ont le plus de boulot à faire à cet égard parce
que ces communautés ont les réactions les plus conservatrices aux
tactiques militantes. Les radicaux privilégiés sont plus enclins à
demander “Qu’est-ce que la société penserait ?” Comme excuse à leur
passivité.
Augmenter
l’acceptation des tactiques militantes n’est pas chose aisée, nous
devons amener graduellement les gens à accepter plus de formes
militantes dans la lutte. Si nous ne pouvons donner qu’un seul choix
entre le lancer de bombe et le vote, pratiquement tous nos alliés
choisiront le vote. Et bien que plus de conditionnement culturel doive
être dépassé avant que les gens n’acceptent et ne pratiquent des
tactiques plus dangereuses, plus mortelles, ces tactiques ne peuvent pas
non plus être placées au sommet de quelque hiérarchie. Le fétichisme de la violence ne va jamais améliorer l’efficacité du mouvement ni préserver ses qualités anti-autoritaires.

A cause de la nature même de l’État, toute lutte de libération
deviendra probablement une lutte armée. En fait, bien des gens sont
engagés dans une lutte armée pour se libérer dès maintenant, les
Irakiens, les Palestiniens, le peuple Ijaw au Nigéria, quelques nations
indigènes d’Amérique du sud (NdT : comme les Mapuche au Chili et
en Argentine) et de Papouasie Nouvelle-Guinée et de manière moindre des
groupes anti-autoritaires en Grèce, en Italie et ailleurs. Alors que
j’écris cette phrase, des activistes indigènes, des anarchistes et des
syndicalistes, armés de briques et de matraques tiennent des barricades à
Oaxaca (NdT : sud-ouest du Mexique, Gelderloos écrit ceci en 2007 rappelons-le…)
contre un assaut militaire à venir. Certains d’entre eux ont déjà été
tués et alors que l’armée attaque encore et toujours, ils doivent
décider pour escalader les tactiques afin d’améliorer leur capacité
d’auto-défense, ce au risque de graves conséquences.
Je ne dirai pas que la lutte armée est une nécessité
idéologique, mais que pour beaucoup de gens dans beaucoup d’endroits,
cela devient une nécessité pour renverser ou simplement se défendre,
contre l’État. Ce serait merveilleux si la plupart des gens
n’avaient pas à aller au travers de ce processus de lutte armée pour se
libérer et, étant donné le niveau d’intégration global des économies et
des gouvernements, un bon nombre de gouvernements pourraient bien
s’effondrer s’ils étaient déjà bien affaiblis par de grandes vagues de
révoltes mondiales. Mais certaines personnes vont devoir faire
l’expérience de la lutte armée, certaines maintenant et il serait
impardonnable que notre stratégie de révolution ait augmenté la
certitude que d’autres personnes mourraient dans des conflits sanglants
alors que nous demeurions en parfaite sécurité.
Nous devons accepter de manière réaliste que la révolution est une
guerre sociale, pas parce que nous aimons la guerre, mais parce que nous
reconnaissons que le statu quo est une guerre de basse intensité et que
défier l’État a pour résultat l’intensification de cette guerre. Nous
devons aussi accepter que toute révolution nécessite un conflit
inter-personnel pace que certaines catégories de gens sont employées à
défendre les institutions centralisées que nous devons détruire. Les
gens qui continent à se déshumaniser en tant qu’agents des forces de
“l’ordre” et de la loi (NdT : étatico-marchands)
doivent être vaincus par quelques moyens nécessaires jusqu’à ce qu’ils
ne puissent plus empêcher la réalisation autonome des besoins du peuple.
J’espère que durant le processus nous pourrons construire une culture
du respect pour nos ennemis (un nombre de cultures non-occidentales a
montré qu’il est en fait possible de respecter une personne ou un animal
que vous devez tuer..), ce qui permettra d’éviter les “purges” ou la
mise en place d’une nouvelle autorité lorsque l’état actuel aura été
vaincu. Par exemple, on pourrait concevoir comme acceptable de tuer un
ennemi plus puissant (par exemple, quelqu’un qui devrait être ciblé de
manière clandestine par crainte des représailles de l’état), défavorable
de tuer quelqu’un qui est également puissant et vu comme complètement
immoral et préjudiciable de tuer quelqu’un de plus faible (comme par
exemple quelqu’un de vaincu).
Nous pouvons être couronné de succès quant à un activisme
révolutionnaire faisable en poussant pour des buts à long terme
non-dilués. Mais nous ne devons pas oublier les victoires du
court-terme. Dans le même temps, les gens ont besoin de survivre et de
se nourrir. Nous devons reconnaître que la lutte violente contre un
ennemi très puissant contre lequel une victoire à long terme paraît
impossible, peut mener à des victoires sur le court-terme. Perdre
des combat peut être mieux que de ne pas se battre du tout ; le combat
donne du pouvoir aux personnes et nous enseigne comment combattre.
En référence à la défaite de la bataille de la montagne Blair dans la
guerre des mines en Virginie occidentale en 1921, le cinéaste John
Sayles écrit : “La victoire psychologique de ces jours
violents a peut-être été plus importante. Quand un peuple colonisé
apprend qu’il peut lutter ensemble en retour, la vie ne peut plus jamais
être aussi confortable pour les exploiteurs.”
Avec suffisamment de résistance ferme et motivante, nous pouvons
progresser au delà des petites victoires et parvenir à une victoire de
longue durée contre l’État, le patriarcat, le capitalisme et la
suprématie blanche. La révolution est impérative et elle nécessite la
lutte. Il y a plusieurs formes efficaces de lutte, et certaines de ces
méthodes peuvent mener aux mondes dont nous rêvons. Pour trouver un des
bons chemins y menant, nous devons observer, évaluer, critiquer,
communiquer et par dessus tout, apprendre en faisant.
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“Plus le péril grandit et plus grandit ce qui sauve.” (Hôlderling)
“La force est le devoir de l’État, pas du Hezbollah” (Hassan Nasrallah)
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Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)
Source : https://resistance71.wordpress.com/2024/10/01/reflexions-sur-la-non-violence-face-a-lultra-violence-etatico-marchande-2eme-partie-gunther-anders-peter-gelderloos-resistance-71/