vendredi 4 avril 2025

Débattre = dé-battre

Personnellement, quand je débats, c'est pour avancer avec l'autre (ou les autres) vers une solution commune, vers un accord si possible, ou au moins un compromis.

Je considère avec respect que chacun possède une partie de la vérité et qu'en confrontant ces éléments, en les assemblant, on obtiendra collectivement une vision plus complète de la réalité. C'est en tout cas dans cet état d'esprit que je m'engage dans de (parfois) longs débats.

Quand cela se déroule comme j'apprécie, il y a deux issues possibles :
- le débat aboutit sur un consensus,
- ou aboutit sur un dissensus clairement identifié, finalement limité et acceptable, après avoir avancé côte à côte vers une vérité commune.

A l'inverse, je n'apprécie pas du tout les duels, c'est-à-dire quand il y a volonté de dominer l'autre. Je considère que c'est un péché d'orgueil. Cela ne m'intéresse pas car, personnellement, je souhaite m'appuyer sur "l'intelligence collective". Je ne tire aucun plaisir à "dominer" l'autre. Je ne souhaite pas imposer "ma" vérité mais au contraire donner à réfléchir, recevoir des informations et, ensemble, parvenir à la vérité.

Exemple de long débat : Misère de l'anarchisme !

Voici quelques années en arrière, j'ai débattu avec un interlocuteur/contradicteur qui affirmait que l'anarchie était "logiquement (mathématiquement !) impossible". Il faut préciser qu'il est chrétien et reste "bloqué" sur une vision anti-religieuse de l'anarchisme "Ni dieu, ni maître".

Concernant son affirmation "L'anarchisme est impossible à réaliser", je lui a apporté de nombreux éléments tirés principalement du livre "L'anarchie expliquée à mon père" du politologue Francis Dupuis-Déri, des exemples d'observations de terrain fournies par plusieurs anthropologues (Amérindiens d'Amazonie par Pierre Clastres, peuples sud-asiatiques du Zomia par James C. Scott, etc.) et encore des exemples concrets contemporains des "zapatistes" du Chiapas.

Malheureusement, mon interlocuteur est resté muré dans son dogme supposément basé sur la "logique" et continua à prétendre que ce n'était pas viable au-delà d'une dizaine d'individus et encore pour un temps extrêmement court (axiome subjectif) ... alors que je lui décrivais les 250.000 "zapatistes" du Chiapas qui vivent ainsi de nos jours depuis une trentaine d'années. Déni de réalité donc.

Concernant l'affirmation selon laquelle les anarchistes seraient ses "ennemis" parce que les ennemis du sacré, je lui a rétorqué que c'était majoritairement le cas en ce qui concerne l'anarchisme du XIXème siècle, à cause de la collusion entre l'institution cléricale (l’Église catholique par exemple) et le pouvoir politico-économique, mais que, dans les sociétés premières, et même parmi les zapatistes du Chiapas, la spiritualité existe : chamanisme pour les uns, théologie de la libération pour les autres. 

Malheureusement, mon interlocuteur a interprété ces informations pour décrire une "verticalité" (dieux en haut, hommes en bas) alors que, sur le terrain, parmi les hommes, c'est la plus pure horizontalité qui est pratiquée.

C'est désolant d'être face à un tel interlocuteur qui veut imposer ses vues, et refuse de sortir de son dogme,  quitte à nier la réalité en prétendant (inversion accusatoire) que tous les anthropologues (sauf René Girard) sont des "imbéciles aveuglés par leur idéologie".

Pour ma part, j'ai quand même tiré bénéfice de ces échanges. Je prenais pour acquis ce qui était observé ("ça existe") sans me demander "Comment est-ce possible ?" alors qu'on constate au quotidien la difficulté d'être dans le consensus durable. Ces échanges m'ont permis d'approfondir et de déterminer que :

  1. cela fonctionne mieux quand l'élément de base est un groupe d'à peine plus d'une centaine de personnes : "le nombre de Dunbar". C'est le nombre maximum d'individus avec lesquels une personne peut entretenir simultanément une relation humaine stable. Cette limite est inhérente à la taille de notre cerveau impliquée dans les fonctions cognitives dites supérieures, le néocortex. Ce nombre est estimé par l'anthropologue britannique Robin Dunbar à une valeur admise en pratique de 150 personnes, mais se situe dans une fourchette de 100 et 230 personnes. (cf. article du blog de 2022
  2. et quand il y a un intérêt personnel à effacer ses pulsions égoïstes pour laisser la priorité au collectif : lorsqu'il s'agit d'exploiter un bien commun ! Qu'il s'agisse d'une zone de pêche, d'un terrain agricole, d'une coopérative, etc. D'ailleurs, le prix Nobel d'économie a été décerné à Elinor Ostrom en 2009 pour ses travaux sur la gestion des biens communs, démontrant que les communautés locales peuvent s'auto-organiser pour gérer durablement leurs ressources naturelles.

En conclusion, le débat aurait été une réussite, de mon point de vue, si nous avions pu nous séparer sur les dissensus suivants et limités à :

  • "Nous ne sommes pas d'accord sur le fait qu'il ne faut pas confondre autorité morale (un conseil qu'on est libre de suivre ou pas) et autorité coercitive (un ordre qu'on est obligé de suivre sous peine de punition)" ;
  • et "Nous ne sommes pas d'accord sur le fait qu'il ne faut pas confondre verticalité virtuelle (une charte, une constitution, un texte sacré, d'inspiration morale, philosophique, politique ou religieuse suivie par tous) et une verticalité humaine, institutionnelle (comme la structure étatique qui confisque les pouvoirs politiques au sein d'une société)".

mardi 1 avril 2025

Réponse à "Je souhaite de tout cœur que ce mouvement [les gilets jaunes] reprenne".

Le mouvement des "gilets jaunes" a été créé par le pouvoir pour détourner l'attention vis-à-vis du Pacte de Marrakech (Pacte mondial sur les migrations) consistant à organiser les migrations de masse. Un projet cher à George Soros et ceux qu'il représente. Il ne devait durer que deux ou trois semaines. Et avait même été "prophétisé" par The Economist.

Le souci pour le pouvoir, c'est qu'il lui a échappé. Les gens du peuple, rassemblés autour des ronds points, ont commencé à faire de la politique, de la politique directe, sans passer par les "représentants", ces élus qui trahissent tôt ou tard. On parlait à nouveau de démocratie (directe, la seule démocratie réelle). On ne parlait plus d'élection (ce qui consiste à abandonner son pouvoir politique en le donnant à quelqu'un d'autre) mais de référendums/RIC (les Suisses diraient "votations"). Bref, un véritable éveil politique.
 
Que ceux qui ne se sont pas rendormis continuent à se réunir, à penser et agir comme de véritables adultes politiques. Qu'ils élaborent eux-mêmes, collectivement, un projet de société, qu'ils s'inspirent du travail déjà fait en amont par les théoriciens anarchistes, qu'ils lisent les travaux des anthropologues qui ont observé des sociétés sans Etat (Pierre Clastres, James C. Scott, etc.) et enfin qu'ils s'informent sur les modèles existants (zapatistes du Chiapas, municipalistes libertaires du Rojava, etc.).
Qu'ils créent la société dans laquelle ils aimeraient vivre, pour eux, pour leurs enfants. Le travail commence aujourd'hui !

L'obéissance confortable - ou Comment un tyran arrive-t-il à se faire obéir ?