vendredi 4 avril 2025

Débattre = dé-battre

Personnellement, quand je débats, c'est pour avancer avec l'autre vers une solution commune, vers un accord si possible, ou au moins un compromis.

Je considère avec respect que chacun possède une partie de la vérité et qu'en confrontant ces éléments, en les assemblant, on obtiendra collectivement une vision plus complète de la réalité. C'est en tout cas dans cet état d'esprit que je m'engage dans de (parfois) longs débats.

Quand cela se déroule comme j'apprécie, il y a deux issues possibles :
- le débat aboutit sur un consensus,
- ou aboutit sur un dissensus clairement identifié après avoir avancé côte à côte vers une vérité commune.

A l'inverse, je n'apprécie pas du tout les duels, c'est-à-dire quand il y a volonté de dominer l'autre. Je considère que c'est un péché d'orgueil. Cela ne m'intéresse pas car, personnellement, je souhaite m'appuyer sur "l'intelligence collective". Je ne tire aucun plaisir à "dominer" l'autre. Je ne souhaite pas imposer "ma" vérité mais au contraire donner à réfléchir, recevoir des informations et, ensemble, parvenir à la vérité.

Exemple

Voici quelques années en arrière, j'ai débattu avec un interlocuteur/contradicteur qui affirmait que l'anarchie était "logiquement (mathématiquement !) impossible". Il faut préciser qu'il est chrétien et reste "bloqué" sur une vision anti-religieuse de l'anarchisme "Ni dieu, ni maître".

Concernant son affirmation "L'anarchisme est impossible à réaliser", je lui a apporté de nombreux éléments tirés principalement du livre "L'anarchie expliquée à mon père", des exemples d'observations de terrain fournies par plusieurs anthropologues (Amérindiens d'Amazonie, peuples sud-asiatiques du Zomia, etc.) et encore des exemples concrets contemporains des "zapatistes" du Chiapas.

Malheureusement, mon interlocuteur est resté muré dans son dogme supposément basé sur la "logique" et continua à prétendre que ce n'était pas viable au-delà d'une dizaine d'individus et encore pour un temps extrêmement court (axiome subjectif) ... alors que je lui décrivais les 250.000 "zapatistes" du Chiapas qui vivent ainsi de nos jours depuis une trentaine d'années. Déni de réalité donc.

Concernant l'affirmation selon laquelle les anarchistes seraient ses "ennemis" parce que les ennemis du sacré, je lui a rétorqué que c'était majoritairement le cas en ce qui concerne l'anarchisme du XIXème siècle, à cause de la collusion entre l'institution cléricale (l’Église catholique par exemple) et le pouvoir politico-économique, mais que, dans les sociétés premières, et même parmi les zapatistes du Chiapas, la spiritualité existe : chamanisme pour les uns, théologie de la libération pour les autres. 

Malheureusement, mon interlocuteur a interprété ces informations décrire une "verticalité" (dieux en haut, hommes en bas) alors que, sur le terrain, parmi les hommes, c'est la plus pure horizontalité qui est pratiquée.

C'est désolant d'être face à un tel interlocuteur qui veut imposer ses vues, et refuse de sortir de son dogme,  quitte à nier la réalité en prétendant (inversion accusatoire) que tous les anthropologues (sauf René Girard) sont des imbéciles aveuglés par leur idéologie.

Pour ma part, j'ai quand même tiré bénéfice de ces échanges. Je prenais pour acquis ce qui était observé ("ça existe") sans me demander "Comment est-ce possible ?" alors qu'on constate au quotidien la difficulté d'être dans le consensus durable. Ces échanges m'ont permis d'approfondir et de déterminer que :

  1. cela fonctionne mieux quand l'élément de base est un groupe d'une centaine de personnes environ (cf. article qui met en avant le plafond de 150 "le nombre de Dunbar" : https://justemonopinion- jeronimo.blogspot.com/2022/11/en-attendant-la-redaction-dune-deuxieme.html)   
  2. et quand il y a un intérêt personnel à effacer ses pulsions égoïstes pour laisser la priorité au collectif : lorsqu'il s'agit d'exploiter un bien commun ! Qu'il s'agisse d'une zone de pêche, d'un terrain agricole, d'une coopérative, etc. Le prix Nobel d'économie a été décerné à Elinor Ostrom en 2009 pour ses travaux sur la gestion des biens communs, démontrant que les communautés locales peuvent s'auto-organiser pour gérer durablement leurs ressources naturelles.

mardi 1 avril 2025

Réponse à "Je souhaite de tout cœur que ce mouvement [les gilets jaunes] reprenne".

Le mouvement des "gilets jaunes" a été créé par le pouvoir pour détourner l'attention vis-à-vis du Pacte de Marrakech (Pacte mondial sur les migrations) consistant à organiser les migrations de masse. Un projet cher à George Soros et ceux qu'il représente. Il ne devait durer que deux ou trois semaines. Et avait même été "prophétisé" par The Economist.

Le souci pour le pouvoir, c'est qu'il lui a échappé. Les gens du peuple, rassemblés autour des ronds points, ont commencé à faire de la politique, de la politique directe, sans passer par les "représentants", ces élus qui trahissent tôt ou tard. On parlait à nouveau de démocratie (directe, la seule démocratie réelle). On ne parlait plus d'élection (ce qui consiste à abandonner son pouvoir politique en le donnant à quelqu'un d'autre) mais de référendums/RIC (les Suisses diraient "votations"). Bref, un véritable éveil politique.
 
Que ceux qui ne se sont pas rendormis continuent à se réunir, à penser et agir comme de véritables adultes politiques. Qu'ils élaborent eux-mêmes, collectivement, un projet de société, qu'ils s'inspirent du travail déjà fait en amont par les théoriciens anarchistes, qu'ils lisent les travaux des anthropologues qui ont observé des sociétés sans Etat (Pierre Clastres, James C. Scott, etc.) et enfin qu'ils s'informent sur les modèles existants (zapatistes du Chiapas, municipalistes libertaires du Rojava, etc.).
Qu'ils créent la société dans laquelle ils aimeraient vivre, pour eux, pour leurs enfants. Le travail commence aujourd'hui !

L'obéissance confortable - ou Comment un tyran arrive-t-il à se faire obéir ?


 

vendredi 28 mars 2025

Serons-nous tous Vivants en 2027 ? | Thierry Casasnovas

Par ce que nous n'arrivions plus à y croire.. Une lueur d'espoir rejaillit à travers une démarche inattendue sur les pas de précurseurs qui ont disparu mystérieusement mais qui ont participé activement à l'insurrection des consciences.

Par ce que 2027 c'est demain.
Par ce que la mascarade a trop duré.
Par ce que le vivant est en danger !

Thierry Casasnovas, acteur incontournable du changement, nous fait l'honneur de présenter son plan d'action. Une candidature improbable. Un pari osé face à un jeu totalement truqué qu'il est désormais temps de renverser.


 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=3wmxwUEy_JA

jeudi 27 mars 2025

Discussion à partir d'un constat vu sur Facebook : "Quand le calcul est fait 65% de nos revenus sont donnés à l’Etat !!! Enorme !!!

André-Jacques Holbecq
L'Etat redistribue la totalité et même plus (dette).
La question c'est d'abord "à qui?"
 
Kjs De Secours
André-Jacques Holbecq Les intérêts de la dette (la totalité de l'impôt sur le revenu) sont distribués aux banques privées.
 
André-Jacques Holbecq
Kjs De Secours Non: les intérêts de la dette sont payés aux possesseurs des OAT. Seulement 8% pour les banques , et 10% pour les assurances vie
Oui: car à l'origine la monnaie est une monnaie de crédit (donc intérêts)
 

 
Kjs De Secours
André-Jacques Holbecq Merci. Je vais regarder attentivement.
 
Kjs De Secours
André-Jacques Holbecq C'est très flou de mon point de vue. Plus de la moitié des créanciers sont désignés par leur origine géographique, "non résidents", sans préciser leur nature, et encore un quart par un terme fourre-tout : "autres secteurs d'activité". Finalement, seul un cinquième est désigné par sa nature (son secteur d'activité) : assurance (10%), établissement de crédit (8%) et "Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilières" OPCVM (2%).
Je reconnais que le terme générique "banque" manquait de précision mais je mettais tout ça dans le même panier. A tort, j'en conviens. J'aurais dû écrire "organisme financier" même si banque et assurance ont tendance à fusionner de nos jours, voire n'être que les deux faces d'une même médaille.
 
André-Jacques Holbecq
Oui, ces entités ont tendance à fusionner et surveilleront bientôt toutes nos habitudes et consommations comme le souhaite Klaus Schwab et l'UE
Le Trésor Public couvre son déficit par de la dette qui est émise (adjudication d'OAT) par France Trésor auprès d'une dizaine de "grandes banques" (les SVT), mais celles ci "re vendent" ces titres à divers investisseurs ou autres banques , ainsi la dette est détenue aussi bien par des Fonds de Pension US (ou autres) que par certains Etats. Tout le monde se sucre, merci VGE !
Et il n'y a d'argent nulle part (enfin peu), juste des "reconnaissances de dettes" (exemple l'Etat Français pour la dette de l'Etat de 2600 milliards et 800 milliards de plus pour diverses autres administrations. Total = "dette au sens de Maastricht" )
 
Kjs De Secours
André-Jacques Holbecq Ces organismes financiers, actuels détenteurs de la dette, se comportent tous comme des établissements de crédit : les banques avec la monnaie de leurs déposants, les assurances avec la monnaie de leurs cotisants et les OPCVM avec la monnaie de leurs clients. On doit encore ajouter les fonds de pension avec les souscriptions et cotisations des futurs retraités (par capitalisation). Sans forcément que tous les clients soient informés ni d'accord !
 
Kjs De Secours
André-Jacques Holbecq Avant de pouvoir continuer la discussion, je dois chercher la définition de certains termes.
Mais une question de profane au passage. La dette de l'État est-elle entièrement constituée d'obligations émises par l'État ?
 
Kjs De Secours
Je partage ce que je trouve pour celles et ceux qui seraient un peu limités, comme moi, par le vocabulaire :
"En France, les emprunts d'Etat sont les OAT (Obligations Assimilables du Trésor). Ils sont également nommés “bons du Trésor” car émis par l'Agence France Trésor (AFT), le service du ministère des Finances chargé de gérer la dette et la trésorerie de l'État. Ces OAT ont une durée de 2 ans minimum et 50 ans maximum."
 
Kjs De Secours
SVT ("Spécialiste en valeurs du Trésor") : (Finance) Établissement ayant obtenu un statut particulier relatif à l’émission, au placement et au marché secondaire des valeurs du Trésor, et ayant l’obligation d’assurer en permanence la liquidité du marché secondaire.
 
Kjs De Secours
La composition du groupe des SVT a évolué dans le temps. Au nombre de treize en janvier 1987, il s’est élargi à vingt-deux au début des années 2000 avant de compter quinze établissements pour la période 2019-2021 et 2022-2024. Ce groupe de SVT représente aujourd’hui la diversité des établissements actifs sur le marché des emprunts d’État français : grandes banques de réseau, établissements spécialisés, institutions d’origine française ou étrangère.
Les SVT sont sélectionnés par le ministre chargé de l’économie, sur recommandation du directeur général du Trésor, président de l’AFT. Le directeur général du Trésor peut, pour l’établissement de ses recommandations, recourir à l’avis d’un comité de sélection.
À partir du 1er janvier 2025, le groupe des SVT est composé de quatre établissements français, un allemand, un espagnol, trois britanniques, cinq nord-américains et un japonais, ce qui reflète le rôle central et l’attractivité des valeurs du Trésor français sur le marché de la dette en euros.
À l’issue du processus de sélection lancé en septembre 2024, la liste des SVT retenus pour le mandat 2025-2027 a été publiée le 12 décembre 2024 :
BANK OF AMERICA SECURITIES (BofA Securities Europe SA),
BARCLAYS (Barclays Europe Plc),
BNP PARIBAS (BNP Paribas SA),
CITI (Citibank Europe Plc.),
CRÉDIT AGRICOLE - CIB (Crédit agricole - CIB SA),
DEUTSCHE BANK (Deutsche Bank AG),
GOLDMAN SACHS (Goldman Sachs Bank Europe SE),
HSBC (HSBC Continental Europe SA),
JP MORGAN (J.P. Morgan SE),
MORGAN STANLEY (Morgan Stanley Europe SE),
NATIXIS (Natixis SA),
NATWEST MARKETS (Natwest Markets NV),
NOMURA (Nomura Financial Products Europe GmbH),
SANTANDER (Santander SA),
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE (Société générale SA).
 
Kjs De Secours
André-Jacques Holbecq En synthèse (je me permets de reformuler avec mes mots de profane, pour être corrigé si j'ai mal compris), l'État émet des titres (des obligations) qui sont acheté(e)s par de très grosses banques triées sur le volet (j'en étais resté là) mais ces banques revendent ensuite à toutes sortes d'organismes financiers de plus petites tailles et de nature différentes. Et ce sont ces derniers qui sont majoritairement les créanciers de l'État français.
Quel désastre ! Alors que normalement, un État digne de ce nom ne devrait pas emprunter la monnaie dont il a besoin. Il devrait la créer lui-même !
 
 
Kjs De Secours
André-Jacques Holbecq Merci beaucoup !
 

191 – AJ Holbecq: L’arnaque de la dette

Article paru sur le site de « Debout La République »  le mardi 10 mai 2011
La réactualisation des données de la dette publique à fin 2010 est sur le site « dette et monnaie »

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Jusqu’en 1973, lorsque l’État avait besoin de trésorerie, il demandait à la Banque de France de le financer, de la même manière que procède toute entreprise ou ménage envers sa banque commerciale : en lui signant une « reconnaissance de dette ».

L’exception européenne

C’est à Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des finances, que nous devons la loi du 3 janvier 1973 dont l’article 25 précisait « Le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France », interdisant donc le financement direct de l’État par la Banque de France. Cette loi a été confirmée par l’article 104 du Traité de Maastricht – devenu 123 du Traité de Lisbonne. Cette interdiction, n’est, dans aucune autre zone monétaire, gravée ainsi dans le marbre d’un Traité !

En clair la France (de même que les pays de la zone euro) est obligée d’emprunter sur les marchés financiers, en payant des intérêts, les besoins monétaires qu’elle ne peut couvrir par des recettes budgétaires. Pourtant, des pays tels les USA, la Grande Bretagne ou le Japon, n’hésitent pas à se servir de la possibilité de monétisation directe par leur Banque Centrale lorsque les besoins de leur économie le nécessitent  [ A-J Holbecq: erreur de ma part dénoncée et argumentée par Chris06 dans les commentaire à partir de celui-ci le 1 er août : il n’y a pas de monétisation directe mais toujours monétisation indirecte: J’ai fait mon « mea culpa » dans l’article « 198- perseverare diabolicum« ]
. Chez nous, les banques peuvent emprunter à 1% à la BCE et prêter aux États à 3, 5 ou 7% et parfois plus.

L’augmentation annuelle de cette dette publique de 1980 à fin 2009 correspond, bon an mal an, aux intérêts de la dette, dans un effet boule de neige. En euros constants la dette est passée de 239 milliards d’euros (21% du PIB) fin 1979 à 1489 milliards d’euros (78% du PIB) fin 2009, soit une augmentation de 1250 milliards d’euros. Sur la même période, nous avons payé environ 1340 milliards d’euros d’intérêts aux différents prêteurs privés (banques et établissements de crédits, fonds de pension, assurances-vie…).

Mais direz vous, nous sommes bien obligés de payer des intérêts à nos prêteurs !

Oui, et justement puisque nous devons, dans le système actuel, emprunter chaque année sensiblement l’équivalent de ces intérêts qu’il faut payer, non seulement nous ne pourrons jamais rembourser, mais en plus la dette continuera à croitre alors que nous avons une obligation d’honnêteté envers les épargnants qui ont fait confiance à la signature de la France.

Pourtant, nous pourrions imposer à la Banque de France de monétiser chaque année une somme raisonnable pour alléger le poids de cette dette dont le paiement des intérêts pèse aujourd’hui sur les services publics essentiels de notre nation (éducation nationale, sécurité sociale, sécurité…) .

Ah, je vous entends « mais c’est la planche à billet, c’est l’inflation assurée… »

Tout d’abord, il faut noter qu’aujourd’hui, ce sont les banques privées qui ont la responsabilité de la création de la monnaie et qui ont provoqué une immense inflation du prix des actifs pendant les années 2000, qui a mené à la pire crise économique depuis 80 ans. En effet, la masse monétaire a progressé de près de 10% par an dans la zone euro jusqu’à la crise.
Aujourd’hui, la quantité de monnaie en circulation en France est d’environ 1900 milliards d’euros (agrégat M3). La BCE considère qu’une augmentation annuelle de plus ou moins 5% n’est pas inflationniste. C’est donc une centaine de milliards de monnaie nouvelle qui peuvent être émis chaque année sans effet inflationniste.
Comment pourrons-nous rembourser ces épargnants qui détiennent cette « dette de la France » sans les léser, qu’ils soient français ou étranger, qu’ils aient placés leur épargne au sein de fonds de pensions ou d’obligations détenues par des assurances vies ?

Bien que la vente par les administrations publiques des actifs monétaires qu’elles détiennent permettrait instantanément la réduction de plus de 700 milliards d’euros de la dette, restons dans l’hypothèse d’une nécessité de remboursement de la dette brute « au sens de Maastricht » estimée au début de cette année 2011 à 1600 milliards d’euros.

En fait la solution est simple et ne nécessite que la volonté politique.

Prenons les hypothèses d’un budget global dont le solde primaire est équilibré (recettes – dépenses hors charges d’intérêts) et d’un taux d’intérêt moyen sur les obligations d’État de 3%.
Si nous décidions de monétiser chaque année 100 milliards d’euros, la première année, 48 milliards d’euros serviront au paiement des intérêts et il resterait 52 milliards en remboursement du capital de la dette. Le solde résiduel deviendrait donc 1548 milliards d’euros. L’année suivante, c’est 46 milliards d’euros d’intérêts, 54 milliards de remboursement du capital et une dette ramenée à 1494 milliards d’euros. Et ainsi de suite.
En 22 ans la dette serait totalement remboursée aux actuels détenteurs, sans en léser aucun ni sur le capital investi, ni sur les intérêts attendus chaque année. La dette et les intérêts payés pendant cette période de remboursement seront simplement transférés sous forme de nouvelles obligations à l’actif du bilan de la Banque de France. Il est à noter qu’il faudrait 39 ans avec une monétisation annuelle de 70 milliards d’euros.

D’ailleurs, Maurice Allais, notre seul prix Nobel d’économie affirmait que : « La création monétaire doit relever de l’État et de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création de monnaie bancaire ». Cette création monétaire, bien public, actuellement confiée à des banques privées auxquelles il est pourtant difficile de faire confiance doit revenir dans le giron de la collectivité. C’est aussi ce qui permettra d’honorer la dette sans asphyxier notre économie.

André-Jacques Holbecq
Économiste et auteur de :
Argent, dettes et banques,
éditions Yves Michel, 2010
La dette publique, une affaire rentable,
en collaboration avec Philippe Derudder (préface d’Étienne Chouard) – éditions Yves Michel 2008 – 2° édition réactualisée mars 2011

198 – perseverare diabolicum

A-J Holbecq fait son mea culpa

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Dans l’article 191  , j’ai écrit

En clair la France (de même que les pays de la zone euro) est obligée d’emprunter sur les marchés financiers, en payant des intérêts, les besoins monétaires qu’elle ne peut couvrir par des recettes budgétaires. Pourtant, des pays tels les USA, la Grande Bretagne ou le Japon, n’hésitent pas à se servir de la possibilité de monétisation directe par leur Banque Centrale lorsque les besoins de leur économie le nécessitent

je me dois de remercier « Chris06 » des précisions qu’il a pu apporter et qui font donc l’objet de ce présent billet.

Le « litige » concernait le terme « monétisation directe ». Il faut dire que des économistes de la « recherche économique  » de Natixis écrivent eux-mêmes

La crise financière, mutant en crise des dettes souveraines a chamboulé les schémas de pensée, et les banques centrales ont toutes octroyé un crédit aux Etats (900 Mds USD de la Fed, 198 Mds GBP de la BOE, 74 Mds EUR de la BCE).

… alors je pense que j’ai quelques excuses mais il serait diabolique de persévérer dans cette erreur.

En effet, comme » Chris06″ le démontre:

1 – la FED ne dispose pas du droit de monétisation directe:

Pour la FED : voir cette Note en fin de l’article publié par une de ses branches
http://research.stlouisfed.org/publications/es/10/ES1014.pdf

The Fed is forbidden by law to purchase government securities directly from the government. The government first sells securities to the private sector and the Fed then purchases securities from the private sector, specifically, government securities dealers.

D’ailleurs il n’y a aucun « mystère » sur la manière dont la FED conduit ses OMO (Open Market Operations), c’est à dire l’achat et la vente d’obligations du trésor et d’autres titres des agences fédérales ou des GSE toutes sont effectuées via le marché secondaire auprès des primary dealers (les 18 banques qui sont autorisées à le faire par décret).
Absolument aucun titre émis par le gouvernement des Etats Unis ou toute autre institution publique américaine n’est acheté par la FED directement à l’émetteur ou autrement que par des OMO, c’est à dire via les primary dealers
http://www.newyorkfed.org/aboutthefed/fedpoint/fed32.html

« The Federal Reserve conducts open market operations with primary dealers—government securities dealers who have an established trading relationship with the Federal Reserve. »

http://www.newyorkfed.org/markets/pridealers_current.html

« Primary dealers serve as trading counterparties of the New York Fed in its implementation of monetary policy. This role includes the obligations to: (i) participate consistently in open market operations to carry out U.S. monetary policy pursuant to the direction of the Federal Open Market Committee (FOMC); and (ii) provide the New York Fed’s trading desk with market information and analysis helpful in the formulation and implementation of monetary policy. Primary dealers are also required to participate in all auctions of U.S. government debt and to make reasonable markets for the New York Fed when it transacts on behalf of its foreign official account-holders. »

Quand au texte de loi qui oblige la FED a conduire tous ces achats de dette publique des Etats Unis via le second marché, et non directement auprès du trésor, c’est tout simplement le Federal Reserve Act – section 14b

http://www.federalreserve.gov/aboutthefed/section14.htm

Purchase and Sale of Obligations of United States, States, Counties, etc., and of Foreign Governments
(b)
To buy and sell, at home or abroad, bonds and notes of the United States, bonds issued under the provisions of subsection (c) of section 4 of the Home Owners’ Loan Act of 1933, as amended, and having maturities from date of purchase of not exceeding six months, and bills, notes, revenue bonds, and warrants with a maturity from date of purchase of not exceeding six months, issued in anticipation of the collection of taxes or in anticipation of the receipt of assured revenues by any State, county, district, political subdivision, or municipality in the continental United States, including irrigation, drainage and reclamation districts, and obligations of, or fully guaranteed as to principal and interest by, a foreign government or agency thereof, such purchases to be made in accordance with rules and regulations prescribed by the Board of Governors of the Federal Reserve System. Notwithstanding any other provision of this chapter, any bonds, notes, or other obligations which are direct obligations of the United States or which are fully guaranteed by the United States as to the principal and interest may be bought and sold without regard to maturities but only in the open market.
To buy and sell in the open market, under the direction and regulations of the Federal Open Market Committee, any obligation which is a direct obligation of, or fully guaranteed as to principal and interest by, any agency of the United States.

2 -Il en est de même de la Banque d’Angleterre

« 1. Overdraft facilities or any other type of credit facility with the European Central Bank or with the central banks of the Member States (hereinafter referred to as ‘national central banks’) in favour of Union institutions, bodies, offices or agencies, central governments, regional, local or other public authorities, other bodies governed by public law, or public undertakings of Member States shall be prohibited, as shall the purchase directly from them by the European Central Bank or national central banks of debt instruments. »

Et sur le site de la BoE:

http://www.bankofengland.co.uk/monetarypolicy/qe/askqa.htm voyez la réponse à la question 6

« The key point is that the Bank is not being forced to create money in order to cover the gap between the government’s tax income and its spending commitments. If it were carried out to finance the budget deficit, it would be a violation of Article 123 of the Treaty on the Functioning of the European Union. Rather, the Bank is undertaking quantitative easing in order to meet the inflation target and will sell the government debt back to the private sector once the economy recovers, thus unwinding the original increase in the money supply.

Central banks routinely buy and sell government debt in the secondary market as part of their normal operations in the money markets and such operations are not deemed to amount to monetary financing under the Treaty on the Functioning of the European Union. The only thing that distinguishes quantitative easing from normal operations is their scale and the length of time for which the assets are likely to be held. »

J’ai ensuite argumenté que le Royaume Uni « disposait depuis Maastricht d’un  « opt out » ce qui permet justement à la Bank of England de financer directement. » . Comme l’a bien montré « Chris06 » cette dérogation est très limitée dans son montant

10. Par dérogation à l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et à l’article 21.1 des statuts, le gouvernement du Royaume-Uni peut conserver la ligne de crédit « Ways and Means » dont il dispose auprès de la Banque d’Angleterre si et aussi longtemps que le Royaume-Uni n’adopte pas l’euro.

La ligne de crédit « ways and means », c’est une ligne de crédit dont le montant est fixé à un grand total de £370 millions. Sur une dette publique de près de £1000 milliards, ça fait 0,037% de la dette qui n’est pas concernée par l’article 123!

vous la trouverez au bilan de la Bank of England :

http://www.bankofengland.co.uk/statistics/bankstats/2011/jul/tabb1.1.1.xls
voir le tab « consolidated assets amount out » colonne B72A

Et  la conclusion de « Chris06 » est sans appel, je ne puis qu’y souscrire : « Ce que je veux dire c’est qu’on ne peut pas simplement relâcher l’interdiction faites aux banques centrales de financer directement leurs gouvernements respectifs : il faut aussi complètement abandonner ce système des changes flottants. L’un ne va pas sans l’autre.

La loi Pompidou-Giscard de 73 est la conséquence de l’adoption d’un système de changes flottants, c’est à dire où les taux de changes ne sont pas déterminés par les gouvernements mais par les marchés interbancaires privés : pour qu’un tel marché puisse fonctionner il faut bien que les états empruntent sur ces mêmes marchés.
Ce fut une erreur monumentale d’adopter ce système de changes flottants depuis 1971, il est grand temps d’en changer, avant que tout n’explose! »

mercredi 26 mars 2025

Relation du couple Israël - Etats-Unis

 Dans cette vidéo, cet entrepreneur américain décrit Israël comme un "petit roquet" qui se cache derrière son "gros copain". Il provoque et dès qu'une personne réagit à ses provocations, il envoie le "gros copains" pour aller casser la figure à l'autre. C'est ainsi que les États-Unis sont utilisés par Israël.

 


Source : https://www.youtube.com/shorts/_5XsyRU4Hsw

mardi 25 mars 2025

Executive Order 11110

 

John F. Kennedy

Executive Order 11110—Amendment of Executive Order No. 10289 as Amended, Relating to the Performance of Certain Functions Affecting the Department of the Treasury

June 04, 1963

By virtue of the authority vested in me by section 301 of title 3 of the United States Code, it is ordered as follows:

SECTION 1. Executive Order No. 10289 of September 19, 1951, as amended, is hereby further amended --

(a) By adding at the end of paragraph 1 thereof the following subparagraph (j):

"(j) The authority vested in the President by paragraph (b) of section 43 of the Act of May 12, 1933, as amended (31 U.S.C. 821 (b)), to issue silver certificates against any silver bullion, silver, or standard silver dollars in the Treasury not then held for redemption of any outstanding silver certificates, to prescribe the denominations of such silver certificates, and to coin standard silver dollars and subsidiary silver currency for their redemption," and

(b) By revoking subparagraphs (b) and (c) of paragraph 2 thereof.

SEC. 2. The amendment made by this Order shall not affect any act done, or any right accruing or accrued or any suit or proceeding had or commenced in any civil or criminal cause prior to the date of this Order but all such liabilities shall continue and may be enforced as if said amendments had not been made.

JOHN F. KENNEDY

THE WHITE HOUSE,

June 4, 1963

Sourcehttps://www.presidency.ucsb.edu/documents/executive-order-11110-amendment-executive-order-no-10289-amended-relating-the-performance

Traduction

4 juin 1963

En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par l'article 301 du titre 3 du Code des États-Unis, il est ordonné ce qui suit :

ARTICLE 1. Le décret exécutif n° 10289 du 19 septembre 1951, tel que modifié, est par les présentes modifié :

(a) Par l'ajout, à la fin du paragraphe 1, de l'alinéa (j) suivant :

« (j) Le pouvoir conféré au Président par le paragraphe (b) de l'article 43 de la loi du 12 mai 1933, telle que modifiée (31 U.S.C. 821 (b)), d'émettre des certificats d'argent contre tout lingot d'argent, argent ou dollars d'argent standard du Trésor non détenus à ce moment-là pour le remboursement de certificats d'argent en circulation, de prescrire les valeurs nominales de ces certificats d'argent et de frapper des dollars d'argent standard et des monnaies d'argent subsidiaires pour leur remboursement ; » et

(b) Par la révocation des alinéas (b) et (c) du paragraphe 2.

ARTICLE 2. La modification apportée par le présent décret n'affecte aucun acte accompli, aucun droit né ou acquis, ni aucune action ou procédure engagée ou intentée dans une affaire civile ou pénale avant la date du présent décret. Cependant, toutes ces responsabilités demeurent et peuvent être exécutées comme si lesdites modifications n'avaient pas été apportées.

JOHN F. KENNEDY

LA MAISON BLANCHE, 

4 juin 1963

L'échiquier International | Assassinat de JFK : ce que révèlent-ou pas- les documents déclassifiés

 

 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=MAF42fFuPis

Nouvelles révélations sur la mort de Kennedy ?

Direct du 20 mars 2025 - Extrait


 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=vcoR_s4Ce4I

L’EUROPE EST VULNÉRABLE : VOICI COMMENT FAIRE TOMBER LES ÉLITES ! | FRANÇOIS ASSELINEAU | GPTV

L’Union européenne se drape dans le mythe de la paix, mais derrière cette façade, elle s’est révélée être un instrument docile de l’impérialisme américain. De la Yougoslavie à l’Ukraine, Bruxelles a toujours suivi les directives de Washington, sacrifiant les intérêts des peuples européens sur l’autel des stratégies atlantistes. La réalité est implacable : loin d’empêcher les conflits, l’UE a contribué à les attiser, entraînant le continent dans une spirale dangereuse.

François Asselineau l’a toujours dénoncé : cette construction artificielle a affaibli les nations, les rendant vulnérables aux ingérences étrangères. Ursula von der Leyen, incarnation de cette soumission absolue, entraîne l’Europe dans une escalade suicidaire au service des néoconservateurs américains. Quant à Emmanuel Macron, il joue le rôle d’agent zélé d’un coup d’État euro-fasciste, exploitant les crises pour imposer une gouvernance autoritaire et mener la France vers un affrontement destructeur. Son alignement total sur l’OTAN et son mépris des souverainetés nationales font de lui un danger majeur.

Depuis 18 ans, l’UPR défend une position claire : seule la souveraineté permet de garantir la paix et la démocratie. Quitter l’UE et l’OTAN est une nécessité vitale pour reprendre en main notre destin. Mais l’oligarchie ne reculera devant rien pour maintenir son emprise… jusqu’où ira cette fuite en avant ?

François Asselineau, Laurent Artur du Plessis et Nicolas Stoquer vous attendent nombreux en direct sur Géopolitique Profonde.

Sourcehttps://www.youtube.com/watch?v=Lplky3j76tA

lundi 24 mars 2025

Différence entre "moi instinctif" (cerveau reptilien) et "Je conscient" (néo-cortex)



Source : https://www.youtube.com/watch?v=VuD9Nq0LLso

Moses est un penseur créatif et innovant, spécialisé dans l'accompagnement des individus et des groupes vers l'état de Présence. Animé par une passion profonde pour la reconnaissance et l'honoration de l’unicité de chacun, tout en célébrant notre unité collective, il inspire à travers sa vision et ses enseignements. Son site http://www.MeetMoses.com

D'où vient le dollar américain ?

 

Source : https://www.facebook.com/reel/1742560212979074

dimanche 23 mars 2025

Passerelles vers la société des sociétés : l’anarchisme chrétien (Sebastian Kalicha & Résistance 71)

 

Nous avons eu un problème avec cette traduction car l’auteur se réfère sans cesse à la “bible” sans préciser s’il parle de l’ancien ou du nouveau testament. Il est évident que l’ancien testament ne peut en rien être assimilé à quelque pensée anarchiste que ce soit, il est même l’antinomie totale de la pensée anarchiste. Nous avons donc “assumé” qu’il référait au nouveau testament, les évangiles, qui sans aucun doute, peut avoir une interprétation “anarchiste”, Tolstoï ,entre autres, ayant franchi ce pas analytique philosophique. Ceci dit, il nous paraît important que des passerelles soient lancées dans la mesure où il est évident aujourd’hui que la nouvelle société qui émergera du chaos et de la chute finale du système étatico-marchand sera une société qui renouera avec la spiritualité, l’esprit du corps social organique en adéquation avec notre Mère à tous : la Nature, que les chrétiens appellent “le Père”. Il s’agira bien entendu de spiritualité et pas de religion. Au travers des cultures un lien existe entre société naturelle, esprit de société et gouvernance du, pour et par le peuple. L’anarchisme chrétien est sans aucun doute une piste à suivre, parmi d’autres au travers les cultures de cette planète, mais chez les anarchistes, la notion d’esprit, de “souffle” organique de la société est quelque chose de toujours très présent. Quoi qu’il en soit, le christianisme originel, pur, celui qui s’inspire de l’esprit des évangiles, du message et de l’enseignement du « Christ », hors de la pollution des dogmes des églises, ne saurait être néfaste. Une société chrétienne telle que présenté dans le “Sermon sur la montagne” (voir sous l’article) est très certainement anarcho-compatible…
~ Résistance 71 ~

“Jésus défie l’humanité de le suivre. Cela requiert honnêteté, franchise, courage, mais aussi un dévouement inébranlable à l’amour. Chaque situation concrète comporte un défi spécifique à ses circonstances. Mais lorsqu’elle relève ce défi, exaltée et éclairée par l’enseignement et l’exemple de Jésus, la société humaine s’engage sur le chemin qui mène au Royaume anarchiste chrétien de Dieu.”
~ Alexandre Christoyannopoulos, “L’anarchisme chrétien, un commentaire politique de l’Évangile”, 2022 ~

“Les églises, en tant qu’églises, en tant qu’entités qui affirment leur propre infaillibilité, sont des institutions totalement opposées au christianisme. Il n’y a non seulement rien de commun entre les dites églises et un tel christianisme, mis à part le nom, qu’ils représentent deux principes fondamentalement opposés et antagonistes l’un avec l’autre. L’un représente la fierté, la violence, la prétention, la stagnation et la mort ; l’autre : l’acceptation, la pénitence, le progrès et la vie. […] Les églises n’ont jamais servi de médiatrices entre les humains et dieu. Une telle médiation n’est pas souhaitée et a été directement interdite par le Christ lui-même, qui a révélé son enseignement directement et immédiatement, sans intermédiaire, aux hommes. Mais les églises ont mis en place des formes mortes à la place de dieu et loin de révéler dieu, elles l’obscurcissent à la vue des hommes.”
~ Léon Tolstoï, “Le royaume de dieu est en vous”, 1884 ~

“Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Écriture : la Loi et les Prophètes. » “ (Sermon sur la montagne, Matthieu)

“Fais à autrui ce que tu voudrais qu’il fasse pour toi en pareille circonstance.” (Adage anarchiste)

L’anarchisme chrétien

Sebastian Kalicha

2013

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

Mars 2025

Une brève caractérisation de l’anarchisme chrétien pourrait être comme suit : Le christianisme est compris d’une façon qui finalement compte pour quelque chose dans les questions politiques et sociales que les activistes politiques du mouvement du travail de la fin du XIXème siècle ont commencé à appeler “anarchisme” ou “socialisme libertaire”. C’est un anarchisme qui dérive des évangiles, de la vie et de l’œuvre de Jésus. Les Évangiles et le message de Jésus servent ainsi de base pour arriver aux mêmes conclusions que celles formulées par les théoriciens anarchistes : regarder l’état et toutes ses institutions et représentants comme illégitimes, rejeter le capitalisme en tant que système économique et mettre en place un ordre social égalitaire, décentralisé et non-violent, libre de toute oppression et exploitation pour le remplacer. Le sociologue et philosophe français Jacques Ellul, qui a beaucoup contribué à la théorie anarchiste chrétienne, écrit en ce sens que la “pensée des évangiles mène directement à l’anarchisme.”

Catholiques libertaires

Mais une exégèse particulière de la bible ne doit pas être nécessairement le point de focus ou servir de seul point de départ pour une compréhension anarchiste du christianisme. Par exemple, le mouvement des travailleurs chrétiens, qui est un des meilleurs exemples sur le comment des chrétiens catholiques peuvent positivement se relier à l’anarchisme ; il fut toujours clair, en plus d’une compréhension anarchiste des évangiles , qu’ils tiraient leurs idées de plusieurs courants politiques et philosophiques de la gauche, dont la combinaison et la fusion donna éventuellement naissance à ce nouveau mouvement, qui fut appelé “mouvement anarchiste-chrétien”. Un des fondateurs du mouvement des travailleurs chrétiens, Peter Maurin, par exemple, fut fortement influencé par trois écoles de pensée, à savoir les personnalistes français (Emmanuel Mounier, Jacques Maritain), les anarchistes russes (Pierre Kropotkine et Léon Tolstoï) et les distributistes anglais (Eric Gill, G.K. Chesterton, Hillaire Belloc).

Les traces laissées par le syndicat des Industrial Workers of The World (IWW) duquel les influents travailleurs catholiques Dorothy Day et Ammon Hennacy faisaient partie , sont aussi évidentes. Si on regarde de plus près la compréhension de l’anarchisme des travailleurs catholiques, l’image demande une fois de plus une certaine différentiation et spécification. Les travailleurs catholiques ne sont ni influencés par “l’individualisme extrême” de Max Stirner, ni par la croyance de Bakounine en “un pouvoir créateur rédempteur de violence et de destruction.” Mais ils sont beaucoup influencés par “l’anarchisme pacifiste” de Tolstoï, l’anarcho-communisme de Kropotkine et le mutualisme de Proudhon.”

Nous n’affirmons pas ici que l’anarchisme et le christianisme sont essentiellement la même chose. Les racines historiques et intellectuelles du christianisme et de l’anarchisme sont différentes, mais ceci ne doit pas empêcher un anarchiste de comprendre le christianisme. Certains auteurs argumentent que l’anarchisme chrétien n’est pas quelque chose visant “à rassembler deux systèmes”, mais qu’il est simplement “une tentative de faire passer le message des évangiles dans la pratique.” Ciaron O’Reilly, un autre activiste du mouvement ouvrier catholique, dit fort justement que “les bases de l’anarchisme sont inhérentes au christianisme et au message des évangiles.” Nous allons essayer de voir comment cela se manifeste. D’abord nous allons discuter la relation entre l’anarchisme et le christianisme et différencier notre vision dans le processus.

Critique de l’église

Dans le mouvement anarchiste, les pensées anticléricales et anti-religieuses sont fortes et de longue tradition. Vous pouvez regarder quelque texte anarchiste classique du XIXèm ou du début du XXème siècles que ce soit, les déclarations contre l’église et la religion n’en sont quasiment jamais absentes, c’est pourquoi une attitude négative envers la religion est souvent vu comme un “essentiel” anarchiste. Prenons un des anarchistes les plus connus : Michel Bakounine, dans “Dieu et l’État” il avertit que la religion “abrutit et corrompt les peuples” et qu’elle tue la raison, “cet outil principal de la libération humaine”, dans le peuple. Il conclut : “Si dieu existe, l’homme est un esclave ; mais l’homme peut et devrait être libre ; en conséquence, dieu n’existe pas.

Ou Erich Mühsam : il voit la religion et l’État comme des instruments inter-reliés d’oppression et écrit dans son “La libération de la société de l’État” que “dieu et l’état sont les deux pôles du pouvoir” qui sont fondés sur “le déni d’égalité, de réciprocité et de responsabilité personnelle”. Étant donné les arguments anticléricaux et anti-religieux déjà bien connus du mouvement anarchiste, c’est un non sens que de faire remarquer de nombreux écrits de cette sorte, certains dérapant dans la polémique comme “La peste et dieu” de Johann Most, car il y a bien plus de positions bien connues plutôt que différenciés sur le sujet, auxquelles nous donnerons un espace ici.

Le front libertaire contre tout ce qui est religieux n’est pas aussi rigide qu’il le paraît dans ces citations et aussi loin que bon nombre d’anarchistes pourraient le croire. Pierre Kropotkine, un des représentants les plus importants de l’anarchisme communiste (NdT : pris ici au sens de “commune”, pas au sens marxiste du terme bien entendu…) et loin d’être un anarchiste chrétien admet par exemple, que le christianisme fut corrompu par l’institutionnalisation lorsqu’il décrit le christianisme comme étant la “rébellion contre la Rome impériale”, qui fut vaincue par “la même Rome” en “adoptant ses maximes, ses coutumes et sa langue” et devenant ainsi la “loi romaine”. Il alla même plus loin et écrivit qu’il y avait “de sérieux éléments anarchistes dans le mouvement chrétien”. Mais, le “contenu anarchiste” qu’il situait “à son commencement” disparut peu à peu avec lui lorsque “ce mouvement se dégrada et graduellement dégénéra en une église.” (NdT : parce que hiérarchie il y eut, la pourriture institutionnelle ecclésiastique oublia que Jésus, si tant est qu’il ait existé, mais selon son message relaté dans les écritures saintes, n’a jamais fondé une “église” mais une “ekklesia”, c’est à dire une communauté spirituelle d’intérêt commun, nuance, grosse nuance… Communauté dont il fixe les bases dans son “Sermon sur la Montagne” et qui sera décrite par les “apôtres” dans leurs “Actes” plus tard…)

Cet argument ne le distingue pas de bien des théoriciens de l’anarchisme chrétien. Ce fut aussi Kropotkine qui, dans son article sur l’anarchisme qu’il rédigea pour l’Encyclopædia Britannica (eleventh ed.), en 1910, considérait les premiers Hussites, les anabaptistes et le théologien Hans Denck comme valant qu’on s’intéresse à eux de manière positive. L’anarchiste américaine bien connue Voltairine De Cleyre alla également dans un processus intéressant de réflexion sur les questions religieuses. Elle affirma dans un premier temps que “personne ne pouvait se dire anarchiste et dans le même temps croire en dieu”. Mais elle écrivit également : “je vois la ligne d’arguments que j’ai trouvé auparavant convaincante que l’anarchisme, en tant que rejet de toute autorité sur l’individu, ne peut pas co-exister avec la croyance en dieu.” Ceci est contredit par “le cas de Léon Tolstoï, qui, précisément à cause de sa croyance en dieu, en vient à la conclusion que personne n’a le droit de diriger les autres, précisément parce qu’il croit que nous sommes tous les enfants égaux d’un seul Père et que donc personne n’a le droit de diriger quiconque.” Elle pointe aussi vers de nombreux exemples “où la même idée a été développée par tout un groupe de croyants.

Le mouvement ouvrier

Le prêtre catholique américain Thomas J. Hagerty (1862-1920) fut un activiste influent et un membre fondateur de l’IWW mentionné plus haut, impliqué dans le contexte du mouvement ouvrier catholique et dans lequel bien des anarchistes et anarcho-syndicalistes furent impliqués. Une des quelques études à son sujet cite : “Des près de 200 délégués qui se rencontrèrent à Chicago en juin 1905 pour fonder l’IWW, personne n’eut plus d’influence dans le façonnage de cette nouvelle organisation que Thomas J. Hagerty, le secrétaire de la réunion du comité fondateur. Hagerty a non seulement joué un rôle phare dans la réunion elle-même, mais il fut aussi important, sinon crucial, dans les préparations de cette réunion.

Il fut une des six personnes qui envoyèrent des invitations à un groupe sélectionné de militants syndicalistes à l’automne 1904 afin de discuter de la possibilité de fonder un nouveau syndicat révolutionnaire ; il participa aux discussions lorsque le groupe se réunît en janvier 1905 ; il aida à la formulation du Manifeste du Syndicat Industriel, un appel à tous les travailleurs à se révolter contre les syndicats existant et le capitalisme ; il donna son diagramme à l’IWW (la roue de la fortune du père Hagerty) pour sa structure syndicaliste industrielle ; et il fut l’éditeur de “La Voix du Travail”, l’organe de presse officiel du Syndicat du Travail Américain (American Labor Union / ALU) pendant six mois avant cette réunion dans laquelle il argumenta de manière plus que convaincante des mérites du syndicalisme industriel.

Même dans la guerre d’Espagne / révolution espagnole de 1936, l’église catholique, alliée avec le fascisme sous Franco, a fait face aux milices variées socialistes, marxistes ou anarchistes, le prêtre catholique Aita Patxi (1910-1974) a pris parti des forces républicaines, toujours sans arme et transportant un lourd autel potable. Il n’était en rien un “partisan de Franco”. En tant que catholique et basque, il se tenait du côté de la république et des milices basques, marxistes et anarchistes. Il fut capturé par un prêtre catholique rangé du côté franquiste. “L’horreur du prêtre Patxi de voir un collègue le menaçant d’une arme ne fut surpassé que par la colère du franquiste de voir un prêtre rejoindre les forces “rouges”.”

Le prêtre anglais Gresham Kirkby (1916-2006) est aussi un impressionnant exemple du rôle des prêtres dans le mouvement socialiste et anarchiste. Il fut un militant actif de la campagne pour le désarmement nucléaire et un membre du groupe militant anti-militariste britannique du “Comité des 100”, qui avait des tendances anarchistes et dans lequel furent actifs bon nombre d’anarchistes comme Nicolas Walter, Alex Comfort et Herbert Read ainsi que le philosophe Bertrand Russel. Il fut fortement inspiré par Pierre Kropotkine et Dorothy Day, se nommait lui-même “anarcho-communiste” (ou après 1956, “anarchiste socialiste”) et témoigna sur son lit de mort en sa “croyance éternelle en l’anarchie.” (NdT : ce que nous ferons tous ici à Résistance 71, certains d’entre nous se rapprochant tranquillement du générique de fin…)

Jésus en tant que rebelle social

Une question cruciale dans des contextes anarchistes-chrétien est bien sûr le comment la vie et l’œuvre de Jésus sont jugés. En général, le Christ est compris dans ce contexte comme un rebelle social et un révolutionnaire non-violent, ce dans le sens où il a recherché une amélioration fondamentale de la situation et dont le message est toujours on ne peut plus valide aujourd’hui et dont les maximes politiques peuvent être le mieux décrites comme “anarchisantes” dans les circonstances actuelles. De très nombreux auteurs et théologiens (qui n’avaient pas nécessairement une approche anarchiste de la chose) ont fait remarquer répétitivement et souvent avec insistance ce “Jésus politique” et son message révolutionnaire. Le théologien John Howard Yoder, par exemple, parle du Christ comme d’un “modèle d’action politique radicale” et va jusqu’à dire que bien que Jésus “ne fut pas le libérateur violent que d’aucun avait attendu” il se voyait lui-même comme libérateur et utilisait le langage politique qui était attendu de lui. Il “ennuyait Hérode et les Saducéens qui contrôlaient la politique locale,” mais ne se résolvait pas “à la violence de l’état ou de la guerre.” Lui et la communauté qu’il laissa derrière lui prônaient des “innovations politiques” comme “aimer ses ennemis” et l’”élévation des marginaux”.

Le tolstoïen français Georges Lechartier a résumé ses convictions anarcho-chrétiennes lorsqu’il déclare : “Le véritable fondateur de l’anarchie fut Jésus Christ et la toute première association anarchiste fut celle de ses apôtres.” Personne, d’après un autre anarchiste, “n’a pénétré si radicalement aux racines mêmes du mal absolu, personne n’a fait de telles demandes révolutionnaires” que le Christ. Jésus apparaît comme “un rebelle et un insurgé envers les autorités de ce monde ; son enseignement, cet enseignement silencieux d’amour et de non-violence, est interprété de manière instinctive par les riches et les puissants comme rébellion et  haute trahison à l’ordre établi.” Même dans la littérature anarchiste de la révolution espagnole, “Les portraits positifs du Christ dominent” à cause de “ses actions personnelles et ses caractéristiques, qui, aux yeux de bien des auteurs, le rendent anarchistes, ou du moins un combattant de la première heure pour la justice sociale ; sa solidarité avec les parias sociaux, l’expulsion des marchands et monnayeurs du temple [c’est à dire des capitalistes…], ses provocations des autorités, son rejet de la richesse etc…

Mais de telles interprétations et déclarations peuvent-elles être dérivées des évangiles ou des trouvailles théologiques et/ou historiques sur Jésus, ou ne sont-elles que de futiles projections sans aucune base légitime ? Sans aucun doute, on peut dire que le Nouveau Testament est parfois assez clair sur l’énoncé d’un ordre social idéal que Jésus a prédit. Par exemple, Matthieu dit ceci : “Alors Jésus les appela à lui et dit : “Vous savez que les dirigeants des Gentils les dominent, que leurs puissants abusent de leur pouvoir. Il n’en sera pas ainsi parmi vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous devra être votre serviteur et quiconque voudra être premier parmi vous devra être votre esclave. Car même le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie comme rançon de la multitude.

D’après les évangiles, les communautés chrétiennes premières, suivant ces enseignements, organisèrent leurs communautés d’une façon qui aurait été plus que sympathique pour les anarchistes, comme on peut le lire dans les Actes des Apôtres  par exemple. Il y est dit entre autre : “Et tous ceux qui crurent formèrent une communauté où tout était placé en commun. Ils vendirent leurs biens et donnèrent à chacun autant qu’il y avait besoin.” Ou “La communauté des croyants était constitué d’une âme et d’un cœur. Personne ne clamait propriété de quoi que ce soit, mais ils avaient tout placé en commun.” Il est évident que les évangiles sont souvent négatifs au sujet de la richesse matérielle et de l’opulence, au sujet des riches et de l’injustice que cela amène. Jésus, qui est connu pour s’être très souvent exprimé sous forme de paraboles et de métaphores, a parlé si clairement et sans aucune ambigüité sur quasiment aucun autre sujet.

Le royaume de dieu

Quelques théoriciens voient aussi la manière dont Jésus a résisté à l’occupation romaine et aux dirigeants locaux de son époque et les options qu’il n’a pas considérées, comme une indication que la référence à l’anarchisme apparaît légitime. Il refusa de coopérer avec le pouvoir d’occupation romain et d’accepter les avantages financiers en résultant comme ce fut le cas pour les Saducéens. Il refusa aussi de lutter pour des réformes du système oppresseur existant comme le firent les Pharisiens. Il ne s’est pas non plus totalement isolé de la société qu’il considérait mal guidée afin de pouvoir vivre une vie “pure” séparé d’elle, comme le firent les Essenes. Et finalement, il a aussi rejeté la lutte révolutionnaire armée propagée par les combattants de la résistance juive, les Zélotes.

Jésus visa pour un renversement complet des conditions prévalantes pour mettre en place un ordre social égalitaire et essaya d’y parvenir exclusivement par le moyen d’une non-violence radicale et constante. Il fit tout cela avec le but de montrer aux gens que la possibilité leur était ouverte d’entrer dans le “Royaume de dieu” ici et maintenant. […] Dave Andrews trouve des exemples dans l’Ancien Testament d’un supposé caractère critique de dieu : “Il est un farouche opposant à un système politique qui gouverne de haut en bas, centralisé et privant le peuple de pouvoir, spécifiquement ceux en bas de la société. Et il avertit le peuple d’Israël contre le retour d’une forme de gouvernement tel qu’il l’a laissé en Egypte, parce que le peuple deviendrait alors “esclave”.” (Samuel 8:4-22)

Pour Ammon Hennacy, dieu “n’est pas une autorité à laquelle j’obéis comme à un monarque, mais un principe de bonté comme expliqué par Jésus dans son Sermon de la Montagne.” Des similarités avec Hennacy peuvent être perçues avec la compréhension de dieu du théologien mexicain d’orientation marxiste José Porfirio Miranda dans sa Théologie de la Libération, qui pensait que dieu est justice et vice versa. Miranda ne comprenait pas dieu en tant “qu’Être” de quelque sorte que ce soit, mais comme un commandement éthique de justice.

= = =

Ne vous occupez pas de combattre ces rois. Laissez-les de côté et vous, constituez une société en marge qui cesse de s’intéresser à tout cela, une société où précisément, il n’y aura pas de pouvoir, d’autorité, de hiérarchie.”
~ Évangiles, cité par Jacques Ellul, “Anarchie et christianisme” ~

“ “Le Sermon sur la montagne” de Jésus est donc un document politique, un manifeste pour une société anarchiste chrétienne. Il aborde tous les aspects essentiels de la vision politique (anarchiste) chrétienne et la façon d’y parvenir. Selon Tolstoï, il représente ‘une doctrine philosophique, morale et sociale’.”
~ Alexandre Christoyannopoulos. “L’anarchisme chrétien”, 2022 ~

Pour référence de ce “Manifeste pour une société anarchiste chrétienne”, nous reproduisons ci-après “Le sermon sur la montagne” depuis l’évangile selon saint Matthieu, évangile considéré comme le plus social-révolutionnaire des quatre évangiles. Ce n’est pas un hasard si par exemple le poète, écrivain, cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, marxiste non orthodoxe, a mis en scène en 1964, “L’évangile selon saint Matthieu”. Dans le film, le “sermon” y a une connotation révolutionnaire puissante. Le film de Pasolini a été reconnu comme “le meilleur film jamais fait sur la vie de Jésus” par le Vatican soi-même, qui a pu mesurer de visu à quel point il est éloigné du souffle chrétien originel… En voici le texte complet :

Le sermon sur la montagne (évangile de Matthieu)

Quand Jésus vit la foule,

il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. 2 Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :

 3 « Heureux les pauvres de coeur :
le Royaume des cieux est à eux !
4 Heureux les doux :
ils obtiendront la terre promise !
5 Heureux deux qui pleurent :
ils seront consolés !
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice :
ils seront rassasiés !
7 Heureux les miséricordieux :
ils obtiendront miséricorde !
8 Heureux les coeurs purs :
ils verront Dieu !
9 Heureux les artisans de paix :
ils seront appelés fils de Dieu !
10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :
le Royaume des cieux est à eux !
11 Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. 12 Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. »

13 « Vous êtes le sel de la terre. …

…Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.
14 Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. 15 Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 16 De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

17 « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes…

… je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. 18 Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. 19 Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. 20 Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.

21 Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il en répondra au tribunal. 22 Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère en répondra au tribunal. Si quelqu’un insulte son frère, il en répondra au grand conseil. Si quelqu’un maudit son frère, il sera passible de la géhenne de feu. 23 Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, 24 laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. 25 Accorde-toi vite avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. 26 Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.

27 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. 28 Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur. 29 Si ton oeil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne. 30 Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi : car c’est ton intérêt de perdre un de tes membres, et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne.
31 Il a été dit encore : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. 32 Eh bien moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

33 Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. 34 Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, 35 ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. 36 Et tu ne jureras pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. 37 Quand vous dites ‘oui’, que ce soit un ‘oui’, quand vous dites ‘non’, que ce soit un ‘non’. Tout ce qui est en plus vient du Mauvais.

38 Vous avez appris qu’il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. 39 Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. 40 Et si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. » 41 Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 42 Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter.

43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. 44 Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, 45 afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. 46 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? 47 Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? 48 Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

« Si vous voulez vivre comme des justes,…

évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
2 Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. 3 Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, 4 afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.

5 Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. 6 Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. 7 Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. 8 Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l’ayez demandé. 9 Vous donc, priez ainsi : 10-13

  1. Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié;
  2. que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
  3. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien;
  4. pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés;
  5. ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent,
    dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen!

14 Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. 15 Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes.

16 Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. 17 Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; 18 ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. »

19 « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, …

…là où les mites et la rouille les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. 20 Mais faites-vous des trésors dans le ciel, là où les mites et la rouille ne dévorent pas, où les voleurs ne percent pas les murs pour voler. 21 Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur.

22 La lampe du corps, c’est l’oeil. Donc, si ton oeil est vraiment clair, ton corps tout entier sera dans la lumière ; 23 mais si ton oeil est mauvais, ton corps tout entier sera plongé dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres y aura-t-il ! »

6  24 Aucun homme ne peut servir deux maîtres…

ou bien il détestera l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. 25 C’est pourquoi je vous dis : Ne vous faites pas tant de souci pour votre vie, au sujet de la nourriture, ni pour votre corps, au sujet des vêtements. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? 26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils ne font pas de réserves dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? 27 D’ailleurs, qui d’entre vous, à force de souci, peut prolonger tant soit peu son existence ? 28 Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. 29 Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux. 30 Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? 31 Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : ‘Qu’allons-nous manger ?’ ou bien : ‘Qu’allons-nous boire ?’ ou encore : ‘Avec quoi nous habiller ?’ 32 Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.

33 Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché. 34 Ne vous faites pas tant de souci pour demain : demain se souciera de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »

1  « Ne jugez pas…

…pour ne pas être jugés ; 2 le jugement que vous portez contre les autres sera porté aussi contre vous ; la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. 3 Qu’as-tu à regarder la paille dans l’oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas ? 4 Comment vas-tu dire à ton frère : ‘Laisse moi retirer la paille de ton oeil’, alors qu’il y a une poutre dans ton oeil à toi ? 5 Esprit faux ! Enlève d’abord la poutre de ton oeil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l’oeil de ton frère.

Ce qui est sacré…

…ne le donnez pas aux chiens ; vos perles, ne les jetez pas aux cochons, pour éviter qu’ils les piétinent puis se retournent pour vous déchirer.

Demandez, vous obtiendrez…

… cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte. 8 Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s’ouvrira. 9 Lequel d’entre vous donnerait une pierre à son fils qui lui demande du pain ? 10 ou un serpent, quand il lui demande un poisson ? 11 Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent !

12 Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Écriture : la Loi et les Prophètes. »

7  13 « Entrez par la porte étroite.

Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. 14 Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent.

7 15 Méfiez-vous des faux prophètes…

qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans ce sont des loups voraces. 16 C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. On ne cueille pas du raisin sur des épines, ni des figues sur des chardons. 17 C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l’arbre mauvais donne des fruits détestables. 18 Un arbre bon ne peut pas porter des fruits détestables, ni un arbre mauvais porter de beaux fruits. 19 Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu. 20 C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.

21 Il ne suffit pas de me dire…

…’Seigneur, Seigneur !’, pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. 22 Ce jour-là, beaucoup me diront : ‘Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?’ 23 Alors je leur déclarerai : ‘Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !’

24 Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique…

est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. 25 La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s’est abattue sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. 26 Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. 27 La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »

28 Jésus acheva ainsi son discours.

Les foules étaient frappées par son enseignement, 29 car il les instruisait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes.

Le texte du sermon en PDF :
Le sermon sur la montagne

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L’Antéchrist, F. Nietzsche, 1888 (PDF)

Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)

Comprendre et transformer sa réalité, le texte:

Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »

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5 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:

Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être

Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche

Manifeste pour la Société des Sociétés

Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie

Société des sociétés organique avec Gustav Landauer