lundi 30 mars 2015

Les leçons du scrutin (départementales 2015).

Le FN nourrissait des espoirs dans plusieurs départements, comme le Vaucluse et l'Aisne. Mais le parti de Marine Le Pen n'a réussi à obtenir aucun exécutif départemental. Alors qu'il a recueilli plus de 5 millions de voix au premier tour, il se retrouve avec 62 élus sur 4 108, soit 1,5% du total. "Le Front national se heurte au scrutin majoritaire à deux tours, qui reste l'un des remparts les plus puissants de la Ve République", note Martial Foucault, qui souligne "un vrai problème de représentation démocratique".

Malgré cette déception, le Front national, qui comptait un seul conseiller général sortant, poursuit sa stratégie d'implantation territoriale. "Petit à petit, le FN tisse sa toile d'élus locaux. La nouveauté, c'est qu'il sait séduire l'électorat urbain et périurbain, les employés, les fonctionnaires", détaille le politologue. Cet ancrage dans les territoires devrait se poursuivre aux élections régionales de décembre, dont le mode de scrutin, qui inclut une dose de proportionnelle, est bien plus favorable au FN.

Selection by lot (allotment)

The use of a lottery to select officeholders was regarded as the most democratic means: elections would favour those who were rich, noble, eloquent and well-known, while allotment spread the work of administration throughout the whole citizen body, engaging them in the crucial democratic experience of, to use Aristotle's words, "ruling and being ruled in turn" (Politics 1317b28–30). The allotment of an individual was based on citizenship rather than merit or any form of personal popularity which could be bought. Allotment therefore was seen as a means to prevent the corrupt purchase of votes and it gave citizens a unique form of political equality as all had an equal chance of obtaining government office. Samons writes that "the system of selection by lottery for members of the Council of 500 and other officials (like the treasurers of the sacred funds) provided a potentially significant check on the dangers of demagoguery." However, this may not have been completely successful, as some "increasingly pandered to the electorate and ... often told the people only what they wanted to hear."
The random assignment of responsibility to individuals who may or may not be competent has obvious risks, but the system included features meant to obviate possible problems. Athenians selected for office served as teams (boards, panels). In a group someone will know the right way to do things and those that do not may learn from those that do. During the period of holding a particular office everyone on the team is observing everybody else. There were however officials such as the nine archons, who while seemingly a board carried out very different functions from each other.
No office appointed by lot could be held twice by the same individual. The only exception was the boule or council of 500. In this case, simply by demographic necessity, an individual could serve twice in a lifetime. This principle extended down to the secretaries and undersecretaries who served as assistants to magistrates such as the archons. To the Athenians it seems what had to be guarded against was not incompetence but any tendency to use office as a way of accumulating ongoing power.


Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Athenian_democracy

Constitution des Athéniens


samedi 28 mars 2015

"Moins, c'est mieux" ou "besoins naturels et nécessaires", comme dirait Epicure.

vendredi 27 mars 2015

Soral appelle les Juifs français à prendre exemple sur Zemmour

Dans sa conférence de Lyon, le 26 mai 2014 en compagnie de Gilad Atzmon, l'essayiste Alain Soral a appelé les juifs de France à refuser les manipulations commises par leurs élites, et à rejoindre la démarche assimilationniste d'Éric Zemmour.


Source https://youtu.be/TTcTLR01nOw

Tirage au sort des élus : Laurent Louis ébranle le Parlement !

Le député Belge Laurent Louis, en très grande forme, propose une mesure d'urgence pour lutter, entre autres, contre la corruption des politiques : L'ÉLECTION DES ÉLUS PAR LE TIRAGE AU SORT. Citoyens, renseignez-vous sur les travaux d'Etienne Chouard ...



Sourcehttps://youtu.be/LwjBEEZdHis

Election vs tirage au sort - l'objection de la grande taille du pays - Étienne Chouard


"on m'humilie quand on prétend me représenter !"
Extrait de "Étienne Chouard - Sommes-nous en démocratie ? "
http://youtu.be/6LB462z-j70
L'impuissance politique du peuple démontre que nous ne sommes pas en démocratie.
Parce que ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir : c'est au peuple d'écrire sa constitution http://www.le-message.org/

Notre régime actuel n'est pas du tout une démocratie mais une oligarchie ploutocratique (le pouvoir des plus riches).
Argumentation ici : http://lavraiedemocratie.fr/

Les Gentils Virus : pour réfléchir et propager le Message de la vraie démocratie http://gentilsvirus.org/






Source : https://youtu.be/yAHb1UzOr_I

Départementales 2015 : les vrais chiffres


Élection vs tirage au sort : l’objection de la COMPÉTENCE

À propos de la prétendue « incompétence des électeurs » et de la prétendue « compétence des élus », ce petit extrait d’une conférence à Lyon, que Benoît vient de créer (merci à lui) :

 

Source : https://youtu.be/-nk4kFIPX3M


Juste pour illustrer que peut-être le thème des Non-Compétents est amené à s’introduire dans la culture contemporaine : l’interview d’Alexandre Astier sur le sujet dans la série Kaamelott (deux premières et deux dernières minutes de la vidéo) :

 

Source : https://youtu.be/jw_RVrh5TcM


Source de l'article, le site Plan C http://chouard.org/blog/2014/11/02/election-vs-tirage-au-sort-lobjection-de-la-competence/

mercredi 25 mars 2015

La démocratie représentative (des puissants) - Le pouvoir porté par l’argent et les médias

A la question « sommes-nous en démocratie ? », voici un graphique qui à lui seul permet de répondre.
Les sources de ce graphique se trouvent en bas de page.


- Total des recettes : 75 091 753 €
- Total du temps de parole : 205 heures et 20 minutes
Disparité par chaînes entre les candidats
Voici les données d’audience ayant servies à l’établissement du précédant graphique.
Celles-ci révèlent que parmi les chaînes ayant les plus forts taux d’audiences (supposées, exit France Ô) et qui offrent le plus de temps de parole (exit TMC et Direct 8), les chaînes publiques présentent la plus grande disparité entre les candidats, France 2 en tête.
 
 
29% pour François Hollande et 30% pour Nicolas Sarkozy, contre 0,2% pour Jacques Cheminade et 0,8% pour Nicolas Dupont-Aignan sur France 2.
A noter que Jacques Cheminade (le moins médiatisé des dix candidats) est écarté des médias depuis qu’en 1995 il présageait une grave crise financière entre 2005 et 2010 et demandait à ce que des mesures soient prises, tandis que pas un économiste de ces mêmes médias n’aura (publiquement) exprimé d’inquiétudes jusqu’à la veille de la catastrophe qui touchera durablement l’économie mondiale.
Sources du graphique
Recettes : http://www.cnccfp.fr/index.php?art=819
Temps de parole : (du 1er janvier à la veille de la publication de la liste des candidats ; Chaînes généralistes ; Émissions d’information)
http://www.csa.fr/content/view/full/57266
Suffrages exprimés : http://www.presidentielle-2007.net/resultats-premier-tour.php
Calendrier : http://www.presidentielle-2007.net/calendrier.php

Article du site Citoylien.frhttp://citoylien.fr/sur-le-vif/article/la-democratie-representative-des-puissants

La presse et ses propriétaires

On ne mord pas la main qui vous nourrit.


Citation d'Emmanuel-Joseph Sieyès


mardi 24 mars 2015

Toute la monnaie vient des banques privées

Démonstration

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce sont les banques commerciales privées qui créent 100% de la monnaie que la population utilise !
Pour cela, il faut :
- Soit que les populations vendent leur travail, leurs entreprises ou leur production aux banquiers
- Soit que les populations s'endettent auprès des banquiers pour obtenir des chiffres immatériels et sans valeur que les banquiers créent à coût nul, sans travail et sans production !

 

Sourcehttps://youtu.be/WVVyHkSYKvA

Conséquences

Le système d'émission de monnaie par l'endettement et la prédation des populations a des conséquences. Les voici !

 

Sourcehttps://youtu.be/pcQLrNlYudk

Départementales : la grosse arnaque !

par Michel DROUET (son site)
dimanche 22 mars 2015

 
Vous avez été un peu plus d’un électeur sur deux à voter dimanche, soit un score légèrement amélioré par rapport à 2011, encore faudra-t-il prendre en compte les votes blancs ou nuls pour avoir une idée précise des suffrages exprimés avant de se réjouir. Pas très glorieux comme résultat.

Quelles ont été les motivations des votants ?

On peut penser que certains se seront déplacés pour voter comme d’habitude pour le parti pour lequel ils avaient l’habitude de voter, sans se poser de question.
Certains auront voté pour protester devant l’impuissance des partis traditionnels, sans se douter que ce sera la même chose avec les nouveaux venus.
D’autres seront allés voter non par conviction, mais seulement pour faire barrage aux précédents.
Enfin, l’attrait de la nouveauté introduite par la parité homme/femme aura sans doute provoqué quelques votes supplémentaires ainsi que l’épouvantail du vote obligatoire.
N’en déplaise à ceux qui vont se réjouir de ce résultat, il n’en reste pas moins que le taux d’abstention aux cantonales est beaucoup plus important que pour toutes les autres élections (sauf les européennes), ce qui veut bien dire que le rôle cette collectivité territoriale est largement méconnu, en particulier dans les zones urbaines, ou que son utilité est contestée.

Peu d’électeurs se sont posé la question de l’utilité des conseils départementaux…

Il n’y a pas si longtemps, l’UMP parlait de la fusion des conseils régionaux et départementaux, projet annulé par le PS et ses alliés qui malgré tout a relancé l’idée de la suppression des conseils généraux avant de décider de les conserver sous la pressions des lobbies des élus : comprenne qui pourra. Encore que rien n’est figé puisque le projet de loi sur la répartition des compétences entre conseils départementaux et régionaux n’étant pas encore voté, rien n’empêche que les conseils départementaux nouvellement élus consacrent dans le futur leur temps à inaugurer les chrysanthèmes ou au contraire voient leurs compétences augmenter. Tout est possible !

Une curieuse impression…

Tout cela laisse penser que les motivations des électeurs auront été souvent étrangères aux compétences qui seront au final exercées par les conseils départementaux. C’est tout de même un exercice particulier que de convoquer 44 millions d’électeurs pour leur demander d’élire des représentants dont on ne sait pas au moment où on vote quelles seront leurs attributions. J’y vois pour ma part un risque de dérive totalitariste : « puisque nous avons été élus, nous sommes donc légitimes et il ne vous reste plus qu’à être les spectateurs de nos décisions et payer les impôts qu’on vous demandera », semble-t-on nous dire au travers de ce simulacre de démocratie.
A ce rythme on vous demandera bientôt de prendre modèle sur la téléréalité en tapant 1 ou 2 sur votre portable : ça coûtera moins cher.

Quelles seront les conséquences de votre vote ?

…Puisque vous êtes nombreux à ne pas connaître les compétences des futurs conseils départementaux…
Vous avez de fait donné votre feu vert à l’embauche d’un peu plus de 4000 conseillers départementaux qui seront payés grâce à vos impôts, qui vont dépenser environ 3.20 € par an et par habitant pour leurs dépenses de communication et qui auront besoin de petites mains, toujours payés par vos impôts, directement issus des partis politiques et qui ne sont pas forcément compétents pour gérer des compétences mais qui savent y faire pour protéger les élus et favoriser leur réélection, ainsi que des services destinés au fonctionnement des assemblées (chauffeurs, huissiers, secrétariats, hôtesses d’accueil, etc…).
Certains d’entre vous disent que les dépenses de personnel et de fonctionnement des collectivités locales sont trop élevées, mais sont quand même allés voter… Où est la logique ? Trop de fonctionnaires ? Pas forcément, mais trop d’élus, certainement !
En donnant une légitimité à cette collectivité territoriale dont on pourrait se passer au travers des 4000 élus et sans doute autant de « collaborateurs politiques », vous avez évité un plan social qui aurait touché directement les partis politiques notamment leurs ressources financières : vous êtes bien bons !
On comprend mieux pourquoi tous les élus et tous les partis se sont opposés à la disparition des conseils généraux. Ce n’est pas pour cette fameuse gestion de proximité et le pseudo contact avec les citoyens, mais simplement pour conserver un système qui fait les choux gras de tous les élus et partis politiques et qui maintient l’entre soi, le corporatisme et le conservatisme dont l’ultime expression est celle des sénateurs.
Ce n’est pas demain que le paysage administratif français sera lisible et efficace et moins coûteux.

Une autre organisation était-elle possible ?

Oui, en supprimant le conseil départemental, c’est-à-dire les élus et les collaborateurs. Elle consistait à transférer à la Région les compétences en matière de routes, de collèges et de transports, tout en organisant sous forme d’agences départementales (pour éviter les transferts géographiques de personnels) ces compétences pour garder la gestion de proximité. Pour les compétences sociales, la gestion par une agence départementale à laquelle les élus communaux participeraient serait à même de suppléer la gestion par des élus départementaux. Enfin, les intercommunalités (élargies) prendraient en charge la gestion des affaires de proximité et gèreraient les maisons de services publics.
C’est simple, mais les élus et les partis ancrés dans leurs corporatismes et leurs intérêts de boutique n’en veulent pas et les citoyens ne sont pas suffisamment au fait de ce qui se joue dans leur dos subissent et vont voter en croyant que c’est pour leur bien.

Un chiffre pour finir…

En supprimant le conseil départemental dans mon département, les économies réalisables (indemnités d’élus, collaborateurs des partis, communication, etc.,…) se chiffrent à 11 millions d’euros par an, soit le prix d’un collège….

lundi 23 mars 2015

Extrait zapping Canal+ du 06/09/2014 avec Etienne Chouard

Temps de parole durant l'émission de Ce soir ou jamais ou était invité pour la première fois Étienne Chouard :
Attali 18mn10 (29%)
Hue 9mn13
Philippe 7mn59
Gauchet 7mn55
Chouard 7mn09
Goyet 5mn51
Delaume 4mn01
de Vitry 2mn11

La moyenne (1h02mn29s / 8) est de 7mn49.

Attali que l'on entend déjà à longueur d'années sur toutes les chaînes, et Hue qui parle pour ne rien dire cumulent 44% du temps de parole à eux deux pour huit invités, Attali ayant le double du second.
C'est malheureusement très "représentatif" du traitement médiatique mainstream habituel, lors des élections notamment, ce que dénonçait justement Etienne Chouard durant l'émission (financements de campagnes et médias appartenant aux multinationales ou dans les mains du gouvernement, donc in fine de ceux qui les font élire) citant Alexis de Tocqueville :

"Je ne crains pas le suffrage universel, les gens voteront comme on leur dira."

De nombreuses conférences données par Étienne Chouard sont disponibles sur Youtube, notamment dans cette vidéo-ci qui concentre différentes personnalités : https://www.youtube.com/watch?v=zjq4y...

Lire et écouter également parmi nos contemporains Francis Dupuis-Déri, David Van Reybrouck, Loïc Blondiaux, Hervé Kempf, Jean-Paul Jouary,...
Ou dans un autre registre Frédéric Lordon, Bernard Friot et bien d'autres personnes tant passionnantes qu'émancipatrices.

Source : https://youtu.be/K-SbjKq3UgE

Chronique d’un éveil citoyen – Episode 9 : La crise financière - un détonateur

par Alban Dousset
mercredi 11 mars 2015

Résumé de l’épisode précédent : Après les origines de la monnaie, l'épisode précédent s'attachait à comprendre le système monétaire, bancaire et financier. L'article revenait sur le néochartalisme et les problématiques liées aux monnaies fondantes. Il illustrait le fonctionnement du système bancaire financier avec trois mots clefs : précarité, interconnectivité et dominance.
Introduction
Avant de développer les raisons qui me conduisent à penser qu'une crise financière surviendra à court où moyen terme, il est nécessaire d'évoquer les crises larvées qu'elle est susceptible de faire apparaître dans son sillage.

>> Une crise économique (d'ampleur systémique) :
Cette crise est le sous-jacent de l'aspect "précarité" du système bancaire et financier.
Cette crise économique a elle-même plusieurs facettes :
—>Crise spécifique au capitalisme (Réalité des ressources limitées, notamment l'énergie, contre les hypothèses de croissance économique illimitées / Divers mécanismes autodestructeurs identifiés par K. Marx lorsque le système économique cesse sa phase de croissance et entre dans une phase récessive).
—>Crise de la dette survenant lors des récessions économiques (Constante historique qui dépasse le système capitaliste lui-même, Cf Dette 5000 ans d'histoire de David Graeber).

>> Une crise géopolitique :
Cette crise est le sous-jacent de l'aspect "dominance" du système bancaire et financier.
Pour le moment, cette crise géopolitique est larvée.
Elle s'illustre discrètement, ponctuellement, lorsque des pays refusent de s'aligner sur le leadership monétaire des États-Unis. C'est notamment le cas avec la création d'un fond monétaire alternatif par les BRICS[1] où la stratégie explicite de contournement du dollar comme monnaie de réserve mise en œuvre par la Russie[2].

Pour se figurer cette juxtaposition des crises, la meilleure comparaison est certainement un effet "boule de neige" qui conduirait à une avalanche. Je m'explique :
Dans un entretien[3] Olivier Berruyer évoque divers éléments hétéroclites et susceptibles de provoquer "l'éboulis" à effet "boule de neige" qui entrainerait une première "avalanche" : la crise financière :
" Ça lâchera peut-être parce qu'une banque aura sauté, ça lâchera parce que le Japon aura des problèmes, ça lâchera parce qu'il y aura encore un trader fou qui va couler une banque à Londres... Je n'en sais rien. Ça lâchera parce que Israël va bombarder l'Iran, ça lâchera parce que[...]la Chine va s'écrouler, parce que les États-Unis ne vont pas se mettre d'accord politiquement pour augmenter le plafond de la dette. Voilà, vous êtes juste dans un champ de nitroglycérine avec des gens qui secouent partout en fait... C'est fabuleux...
[...] Maintenant, je ne sais pas si ça viendra dans trois mois ou si ça viendra dans trois ans. Ce ne sera pas beaucoup plus que dans trois ans parce que vous voyez très bien à quel point votre système est en train de se véroler. En plus, vous êtes obligé d'injecter de plus en plus d'argent dans le secteur bancaire et financier. Plus vous le faites, plus vos effets sont à très court terme..."
Les divers événements qu'évoque Olivier Berruyer peuvent n'être que de simples "éboulis" sans gravité significative. Toutefois, lorsque l'un de ces "éboulis" est sujet à un effet "boule de neige" il peut conduire à une avalanche, c'est à dire à une crise financière (comme ce fut le cas avec les Subprime en 2007).
Hors en 2007, cette crise financière (= première avalanche) aurait normalement dû provoquer ces crises économiques et géopolitiques mais elle a été endiguée par l'endettement public d'une majorité d'État.
Les crises économiques et géopolitiques seront des conséquences probables d'une crise financière. Lors de la prochaine crise financière, on imagine mal comment nos États surendettés pourraient à nouveau procéder au sauvetage des banques avec leur seule capacité d'endettement. Dès lors, on peut supposer que la première avalanche (= la crise financière) provoquerait deux avalanches gigantesques (= la crise économique et la crise géopolitique) dont les signes avant-coureurs sont déjà visibles dans l'actualité.
Dans cet article, je m'efforcerai d'analyser les tenants et aboutissants de la crise financière.
Je reviendrai ultérieurement sur les aspects économiques et géopolitiques si la crise financière n'était pas endiguée comme celle de 2007.
Wikipédia donne la définition suivante d'une crise financière :
"Le terme crise financière s'emploie pour désigner un ensemble assez large qui inclut notamment les crises du change, les crises bancaires et les crises boursières, récurrentes dans l'histoire boursière. Mais le terme est également utilisé pour désigner les crises de la dette publique ou des crises qui affectent un marché à terme, voire un marché de produit agricole, comme celui touché au XVIIe siècle aux Pays-Bas par la tulipomanie. Une crise financière peut concerner seulement quelques pays, ou, initiée dans un pays, peut s’étendre par contagion et devenir internationale et ralentit ainsi l'économie mondiale. Si une crise financière ne concerne dans un premier temps que les marchés financiers, son aggravation conduira à des effets néfastes sur le reste de l'économie, entraînant une crise économique, voire une récession. Ces effets sont généralement un resserrement du crédit et donc une baisse de l'investissement, une crise de confiance des ménages."
Il arrive qu'une crise financière trouve son origine dans une crise économique (par exemple une chute brutale de la demande ou de l'offre) ou dans une crise géopolitique (par exemple une guerre).
Néanmoins les crises financières les plus violentes et les plus néfastes pour la société sont généralement liées à des bulles spéculatives.

Les bulles financières
Pour définir le phénomène de bulle financière et spéculative on peut retenir la définition que donne Rosser en 2000 : "Une bulle spéculative existe lorsque le prix de quelque chose ne reflète pas les fondamentaux du marché sur une période de temps pour des raisons autre que des chocs aléatoires. Par "fondamentaux", on entend un équilibre de long terme qui est cohérent avec un équilibre général."
Les bulles financières présentent généralement quatre phases distinctes (gestation, naissance, euphorie et éclatement) que l'on peut représenter de manière graphique :
Gestation : Les investisseurs avisés remarquent du potentiel dans un secteur jusqu'ici ignoré par les marchés.
Naissance : Une tendance claire naît et le marché attire de plus en plus d'investisseurs. Premières prises de profits des investisseurs avisés.
Euphorie : Le grand public se rue vers le marché qui doit forcément monter. Les médias parlent du dynamisme du marché et du "nouveau modèle".
Éclatement : Un événement déclenche une baisse rapide et tout le monde se rend compte que la situation a changé. Perte de confiance.
Cette représentation schématique d'une bulle financière permet de comprendre que le mécanisme est toujours le même. Voici ses manifestations historiques :
Mon hypothèse est que les phases d'éclatement sont de plus en plus rapides. Voici le détail des phases d'éclatement des trois crises présentées ci-dessus :
Les raisons qui me conduisent à formuler cette hypothèse sont les suivantes :
  1. L'information financière (et générale) circule de plus en plus rapidement entre les différents acteurs. Par ailleurs, les pouvoirs économiques et publics sont de moins en moins en mesure de "contrôler" cette information.
  2. Découle du 1. >> L'information financière et économique dite "hétérodoxe" ou "critique" est de plus en plus portée à la connaissance des acteurs du marché. Cette connaissance implique qu'un nombre croissant d'acteurs a conscience d'être dans une bulle avant qu'elle n'éclate. Ces acteurs pensent être en mesure de revendre rapidement leurs titres lorsque la bulle financière prendra fin.
  3. Le processus transactionnel est de plus en plus rapide et automatisé, notamment via l'influence du trading haute fréquence[5] et des algorithmesinformatiques.
  4. La concentration du capital investi sur les marchés conduit à un nombre très réduit d'acteurs ayant une influence significative sur les marchés. Les crises successives renforcent ce phénomène par une sélection naturelle des acteurs les mieux informés, les plus influents et les plus réactifs. (Cf 1. et 3.)
Lors de l'éclatement d'une prochaine bulle, si mon hypothèse est valide, le nombre de jours entre le point boursier le plus haut et le point boursier le plus bas devrait être inférieur à 512. Cependant, si cette crise est définitive, il n'y aura probablement pas de rebond comme en 2009 et l'on peut s'attendre à ce que ce crash boursier fulgurant succède à une longue récession de l'économie et de la finance à moyen terme.
>> Dans ce contexte, le "point bas" de l'éclatement de la bulle sera difficile à déterminer.
Par ailleurs, l'apparition des bulles spéculatives présentent des caractéristiques spécifiques :
  1. La croissance extrême des prix
  2. Investissement massif / spéculation intense (flux de capitaux importants)
  3. Perspectives optimistes mais futur incertain
  4. Levier (surexposition des investisseurs aux risques)
  5. Rôle de l'état dans la formation de la bulle

La situation actuelle
Sommes-nous dans une situation de bulle aujourd'hui ?
  1. La croissance extrême des prix
Depuis le point bas de 2009, soit 666,79 points, le S&P 500 a cru de 310,63% pour atteindre les 2071,26 points. Cette forte croissance de l'indice S&P 500 (et de nombreux autres indices boursiers) est comparable à celle d'autres bulles financières observées dans l'histoire de la finance (crack boursier de 1929 +370 % sur 5 ans ; crack boursier de 1987 +237 % sur 5 ans ; crack de la bulle internet +220 % sur 5 ans ; crack des subprimes +75 % sur 4,5 ans).
  1. Investissement massif / spéculation intense (flux de capitaux importants)
Comme en témoigne ce graphique[6], depuis mi 2013, on observe des flux nets de capitaux sur les marchés financiers en provenance d'investisseurs (que l'on peut distinguer des spéculateurs.)
  1. Perspectives optimistes mais futur incertain
Récapitulatif :

1) Sortie de la crise financière par le QE (Quantitative easing), c'est à dire la planche à billet, mis en œuvre par la Fed (Banque centrale américaine). Cette politique monétaire conduit à inonder les marchés financiers de liquidité, c'est à dire d'argent "gratuit" puisque prêté par la Fed à 0% d'intérêt.

2) Ces liquidités de la Fed conduisent à un gonflement extraordinaire des actifs financiers (obligations et actions). Logiquement, cette politique monétaire ultra-abondante aurait dû conduire à une explosion
du prix des matières premières et particulièrement des valeurs refuges telles que l'or et l'argent. Cependant, il apparaît que les banques centrales interviennent sur les marchés financiers (notamment via les produits dérivés) afin de maintenir artificiellement le prix de ces valeurs refuges au plus bas et de décourager les mouvements de capitaux dans cette direction.

3) Cette politique monétaire permet également à la Fed de financer le déficit américain. Déficit toujours plus élevé puisque proportionnel à une dette publique toujours plus élevée. Ce déficit public permet néanmoins de produire de la croissance économique à crédit (environ 5$ de dette publique pour 1$ de croissance économique). Cette croissance économique artificielle permet de justifier politiquement le dogme néolibéral et l'usage de la planche à billet. Cependant ce mode de fonctionnement ne repose que sur la domination monétaire du dollar.

Futur incertain :

>> Vu ces éléments, on peut s'interroger sur ce qui adviendra lorsque la Fed cessera cette politique monétaire (arrêt de la planche à billet et hausse des taux).
Comment réagiront les marchés face à ce manque de liquidité et cet argent "payant" ?
Dans l'hypothèse ou la Fed poursuivrait cette politique monétaire ultra-abondante, qu'adviendra-t-il ? Comment se comporteraient les acteurs économiques et financiers dans un environnement où les rentes du capital tendent vers 0 ? Pourquoi prendre un risque pour un retour sur investissement de 0€ ?
  1. Levier (surexposition des investisseurs face aux risques)
Définition de la dette de marge[7] : "Crédit ouvert par un courtier ou société de bourse face à un portefeuille boursier et dont le bénéficiaire l'utilise soit pour des fins personnelles soit pour acquérir d'autres titres (cas le plus fréquent). Vous disposez de 10 000 $ sous forme d'actions par exemple, vous pouvez emprunter 50 % pour vos dépenses propres ou l'utiliser à plein pour l'achat de 10 000 autres $ d'actions."


Comme en 2007, il apparaît que les investisseurs se sont fortement endettés afin d'investir sur les marchés financiers.
  1. Rôle de l'état dans la formation de la bulle
Le rôle de l'état se manifeste essentiellement par l'intermédiaire de la politique monétaire et les rachats d'actifs des banques centrales et particulièrement de la Fed. Voici la variation et la composition de ses actifs depuis 2009 :
[GDP est le sigle anglais désignant Gross Domestic Product, ou en français Produit Intérieur Brut (PIB). Le sigle GDP est défini dans le dictionnaire financier à travers la définition de Produit Intérieur Brut.]

Conclusion :
Vu ces éléments, on peut penser que nous sommes dans une bulle spéculative.
J'anticipe la question qui vous brûle les lèvres : quand éclatera cette bulle ?

>> Si par-là vous entendez "dans quelles circonstances", je peux vous répondre :
- Soit la Fed durcit suffisamment sa politique monétaire pour effrayer les marchés financiers.
- Soit un événement ébranle massivement la confiance des investisseurs et conduit par un effet "boule de neige" à une nouvelle crise financière.

>> Si par-là vous entendez "sous quel délai", ma réponse sera encore plus floue :
Demain ? Dans trois mois ? Dans six mois ? Dans un an ? Dans deux ans ? Plus ? Je l'ignore mais je serais surpris qu'elle survienne après la prochaine élection présidentielle (même si ce n'est pas exclu).
Si vous souhaitez en savoir plus sur les bulles financières, je vous recommande trois vidéos qui ont fortement influencé cet épisode >> Cf note de bas de page[8].

Cet épisode marque la fin de la première saison de cette chronique d'un éveil citoyen.
Avant d'entamer la seconde saison, je souhaite publier sur Agoravox divers éléments d'un essai en cours d'écriture.
 

[3] Entretien d'Olivier Berruyer avec Avant Garde Économique, mai 2013 : https://www.youtube.com/watch?v=3Gc...
[5] Page wikipédia du trading haute fréquence : http://fr.wikipedia.org/wiki/Transa...
[6] Source du graphique présenté : http://www.google.fr/imgres?imgurl=...

Chronique d’un éveil citoyen – Episode 8 : Comprendre le système monétaire, bancaire et financier

par Alban Dousset
lundi 26 janvier 2015  
Résumé de l’épisode précédent : Précédemment, je suis revenu sur les origines de la monnaie et ses trois caractéristiques fondamentales : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. Dans cet article, j’expose les raisons qui me conduisent à penser que la monnaie ne doit ni disparaître ni devenir « fondante », c’est-à-dire abolir l’une de ses trois caractéristiques essentielles : la réserve de valeur. Enfin, l’article précédent rétablissait certaines déformations relevées dans l’ouvrage de David Graeber « Dette, 5000 ans d’histoire ».

La monnaie dette.
L’apparition des premières pièces de monnaie, mais surtout des premières papiers-monnaies, engendrent l’apparition de ce que l’on nomme « monnaie fiduciaire »[1].
Extrait Wikipédia[2] : « La monnaie fiduciaire est un instrument financier dont la valeur nominale est supérieure à la valeur intrinsèque  : la confiance (fiducia en latin) que lui accorde l'utilisateur comme valeur d'échange, moyen de paiement, et donc comme monnaie, repose sur un principe de garantie défendu par une institution centralisatrice.
[…]
On distingue plusieurs niveaux [de monnaie fiduciaire] :
  1. une monnaie sans valeur en elle-même, mais parfaitement convertible en un bien actuel dont la valeur ne fait aucun doute ; par exemple un billet de papier convertible en or, pourvu que le nombre de billets en circulation corresponde exactement au stock d'or. N'importe quel autre bien de valeur peut convenir aussi bien que l'or (par exemple le Rentenmark, qui permit de vaincre l'hyperinflation de la République de Weimar, avait été adossé à l'ensemble de l'économie allemande,à hauteur de 6 % de la valeur estimée en mark-or des entreprises). Le terme anglais correspondant est "representative money".
  2. une monnaie représentative d'une reconnaissance de dette par un agent économique en qui on a confiance, garantie ou non par une convertibilité, confiance soutenue par le fait que l'agent économique en question détient, ou détiendra prochainement (parce qu'il est engagé dans une opération rentable), suffisamment d'avoirs réels. Le terme anglais correspondant est "credit money".
  3. une monnaie absolument dépourvue d'un lien avec des actifs. Le terme anglais correspondant est "fiat money".
À noter que, selon la doctrine des effets réels, toute monnaie est de la credit money et n'a de valeur que grâce au capital dont elle représente une part.
Selon cette perspective, la fiat money n'existe donc pas : les monnaies modernes telles que l'euro ou le dollar sont soutenues par un capital réel, qui est le pouvoir de taxation (représentatif d'une dette des contribuables à l'égard des banques émettrices). »
Comme l’illustre très clairement le documentaire de Paul Grignon, nos monnaies modernes sont donc des « credit money » pouvant se traduire comme « monnaies-dettes ». Ces monnaies reposent d’une part sur la confiance qu’en ont ses utilisateurs (nationaux et internationaux), et d’autre part sur le pouvoir de taxation (incarné par l’État).
Après une explication pédagogique du système monétaire et bancaire, le documentaire pose diverses questions :
  1. Pourquoi est-ce-que les gouvernements choisissent d’emprunter de l’argent aux banques, avec intérêts, quand ils pourraient créer tout l’argent qu’il leur faut, sans intérêts ?
  2. Pourquoi créer de l’argent à partir du processus de dette ?
  3. Comment un système monétaire fondé sur l’augmentation perpétuelle (et exponentielle) de la croissance (économique) peut-il être compatible avec une économie durable ?
Un débat récent sur la monnaie met en scène Étienne Chouard, Stéphane Laborde qui soutient la TRM et Jean-Baptiste Bersac, un néochartaliste[3].
La TRM revient à une forme sophistiquée de monnaie fondante. Dans l’épisode précédent, j’ai indiqué les raisons qui me conduisent à écarter la solution d’une « monnaie fondante ».
Pour aller plus loin, j’ajouterai qu’une monnaie fondante ne peut être considérée comme une monnaie (économiquement parlant) puisqu’elle serait incapable de remplir sa fonction de « réserve de valeur », fonction qui sert précisément à définir une monnaie en économie.
Le chartalisme (et le néochartalisme) est un mouvement conceptuel auquel je n’adhère pas non plus. En effet, ce mouvement continue de concevoir la monnaie comme une « monnaie dette », c’est-à-dire une monnaie qui ne repose que sur la confiance et le pouvoir de taxation.
Extrait de Wikipédia[4] :« Dans le Chartalisme, la monnaie est principalement considérée comme un bon, un avoir, un coupon pour des taxes à payer. L'argent ainsi créé est appelé monnaie fiduciaire, sa valeur découle des taxes dont il permet de s'acquitter, puis du désir qu'ont les individus d'en épargner pour se les échanger avant même de payer ces taxes. L'État crée la monnaie en dépensant, et détruit cette monnaie en la taxant  : la fiscalité sert alors à revendiquer la monnaie et à contrôler la masse totale de monnaie en circulation. »
Le chartalisme me semble être l’essence même de la « monnaie dette » puisqu’il considère la monnaie comme une dette due à l’Etat, une monnaie dette.
De mon point de vue, la monnaie devrait se définir comme un outil économique soumis à l’intérêt général, garant d’une stabilité nécessairement assise sur des éléments physiques.
Une monnaie dette ne repose que sur la confiance des usagers et le pouvoir de taxation de l’État, c’est-à-dire d’un côté un « aléa psychologique » et de l’autre les mesures coercitives des institutions. Dans la théorie chartaliste, l’émission ou la destruction de la monnaie s’incarne directement dans l’état par l’intermédiaire des impôts (= destruction de monnaie) et des dépenses publiques (= création de monnaie). Néanmoins, le chartalisme diffère de notre système actuel puisque les banques centrales gèrent la quantité de monnaie de manière indépendante.
Toutefois, le fait que la monnaie soit soumise à une oligarchie politique (comme elle le serait dans un système dit « chartaliste ») ou à une oligarchie bancaire (comme c’est le cas aujourd’hui) m’apparaît d’un intérêt marginal puisque, en dernier ressort, l’intérêt de ces deux oligarchies convergent vers la domination du peuple.
Ici, on pourrait m’objecter qu’un chartalisme dans un système politique réellement démocratique (Cf.Étienne Chouard) serait nettement plus enviable qu’une monnaie soumise à une oligarchie bancaire.
C’est vrai.
C’est vrai que cela serait plus enviable… mais serait-ce idéal ?
Au même titre que nous devrions sortir d’un système politique oligarchique pour construire une vraie démocratie (Cf.Étienne Chouard), il m’apparaît que nous devrions sortir de la monnaie dette pour construire une monnaie vraiment représentative, une monnaie affranchie de sa tutelle politique, une monnaie qui ne pourrait pas être manipulée pour influencer l’économie, une monnaie qui appartiendrait directement au peuple [et non à ses représentants ou aux seuls citoyens intéressés par la politique], une monnaie qui se cantonnerait à son rôle économique et ses seules caractéristiques fondamentales (unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges) et serait libérée du joug de la politique et des oligarchies économiques.
A ce stade de ma réflexion une monnaie représentative, dont le fonctionnement serait quasiment autonome, est la solution qui me paraît correspondre le mieux à l’intérêt général, au bien commun. Si votre opinion diverge sur ce point, je vous encourage vivement à me porter la contradiction en commentaire.

Le système bancaire et financier.
Comme cela est illustré dans le documentaire de Paul Grignon, l’argent que prêtent les banques n’implique pas nécessairement un dépôt en contrepartie.
Extrait de Wikipédia sur les réserves fractionnaires[5] : « Le système de réserves fractionnaires (on parle aussi de « couverture partielle ») désigne le droit pour une banque commerciale de prêter, par des jeux d'écritures, de l'argent qu'elle n'a pas et sur lequel, outre le remboursement par le débiteur, elle touchera des intérêts, sachant toutefois qu'elle devra se refinancer en collectant des dépôts pour maintenir son équilibre de bilan. »
Par ailleurs, les banques qui ont besoin de liquidités à court terme (malgré le système des réserves fractionnaires) peuvent également se refinancer auprès de leur banque centrale.
Extrait de Wikipédia sur le taux directeur[6] : « Les banques qui veulent se refinancer à court terme peuvent le faire en payant un intérêt sur la somme qu'elles empruntent auprès des banques centrales de leurs pays respectifs. Cet intérêt est calculé d'après le taux en cours à la BCE. Si ce taux d'intérêt est fort les banques vont limiter leurs crédits sachant que le refinancement leur sera coûteux ; elles auront le comportement inverse si ce taux d'intérêt est faible. »
Il est impératif, ici, de comprendre le système bancaire et financier en quelques mots :

  • Interconnectivité.
Les banques (nationales et internationales) se prêtent les unes aux autres directement (prêt/emprunt divers) ou par l’intermédiaire de divers mécanismes (tels que la titrisation).
Le système bancaire international est donc interconnecté et, puisque les banques maitrisent l’intégrité du système des paiements, elles ont un moyen de pression sur les oligarchies politiques qui leurs sont soumises pour beaucoup d’autres raisons.
De manière imagée, on pourrait comparer le système bancaire et politique à des grimpeurs encordés sur une paroi d’escalade : si l’un d’eux tombe, les autres sont obligés de supporter son poids ou de tomber avec lui. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec la « crise des subprimes », lorsque le grimpeur des banques américaines est tombé, les autres grimpeurs (que sont les diverses banques internationales et leurs états) ont du encaisser le choc de cette chute (avec de la dette publique) sous peine d’être entrainés avec lui (le grimpeur des banques américaines).

  • Précarité
Cette précarité s’incarne notamment dans les produits dérivés[7].
« Selon une étude de décembre 2013 du cabinet AlphaValue, la valeur notionnelle des dérivés s’élevait à 693 tera dollars au premier semestre 2013 […] soit 10 fois le PIB mondial. »[8]
Cette précarité s'incarne également dans la distorsion entre l'économie réelle (En 2007 : 44 800 Md€, soit 2%) et l'économie financière (En 2007 : 2 024 800 Md€, soit 98%).


Il est nécessaire de se figurer la spéculation boursière et les produits dérivés comme un vaste casino.
Un casino dans lequel les joueurs (= les banques) auraient mis en jeu une quantité de jetons correspondant à 10 fois (ou 49 fois) la valeur de l’argent réel qui circule à l’extérieur du casino (l’économie réelle).
Tant que les joueurs restent dans le Casino pour jouer avec leurs jetons, cela ne pose aucun problème. Étrangement, à l’intérieur de ce Casino (= les marchés financiers), les paris se prennent sur des éléments extérieurs au Casino (= l’économie réelle).
Ainsi, lorsque l’économie réelle connait une croissance, cela peut permettre à tous les joueurs de gagner beaucoup de jetons. Malheureusement, lorsque l’économie entre en récession les joueurs commencent à perdre leurs jetons. Les problèmes surviennent lorsque les perdants doivent régler leur ardoise avec « l’argent réel » qui circule à l’extérieur du casino (= l’économie réelle).
Or, les joueurs (= les banques) devront emprunter cet argent à un ami (= l’État) en aggravant mécaniquement la pénurie de liquidités et la récession à l’extérieur du casino (= l’économique réelle) ce qui continuera d’aggraver les pertes des joueurs de casino (= marchés financiers) qui continuent malgré tout à parier sur l’économie réelle…

  • Dominance
Depuis les accords de Bretton Woods, le dollar n’est pas seulement la monnaie d’un pays, il est également la monnaie du monde.
Cela conduit les Etats-Unis à être le point névralgique du système monétaire international (lorsque le dollar tousse, c’est le monde qui s’enrhume). Cette position dominante a certainement favorisé l’impérialisme qui structure la géopolitique américaine (—> comment dire non à son banquier ?).
Elle conduit les États-Unis à être sujet à un aléa moral[9], c’est-à-dire la perspective qu'un agent (les États-Unis), isolé d'un risque, se comporte différemment que s'il était totalement lui-même exposé au risque.
Pour le dire simplement, si la monnaie des États-Unis n’était pas devenue le système monétaire lui-même, leur politique économique (désindustrialisation/tertiarisation de l’économie, déficits commerciaux), leur politique financière (dérégulation financière, abrogation du Glass-Steagall Act), leur politique budgétaire (déficit budgétaire et rachat massif des dettes publiques par la banque centrale) et leur politique internationale (interventionnisme et impérialisme) seraient nettement moins déviantes et nocives.
Les États-Unis seraient (beaucoup plus) redevables de leur dette publique vis-à-vis de leurs créanciers, de leur déficit commercial vis-à-vis de leurs partenaires commerciaux et de leurs interventions militaires vis-à-vis de la communauté internationale.

Cet article aurait certainement pu être plus précis, aborder la problématique du QE[10] (Quantitative Easing = Planche à billets), donner des perspectives politiques et historiques[11], etc.
Néanmoins, je m’arrête ici et attends avec impatience vos commentaires.

 

[1] Ce processus est parfaitement illustré par :
Le documentaire de Paul Grignon « l’argent dette » : https://www.youtube.com/watch?v=OoE...
Le dessin animé « Le rêve américain - L'histoire de la plus grande arnaque de tous les temps » (moins précis mais plus ludique) https://www.youtube.com/watch?v=QNb...
[3] Vidéo disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=kvjstlFaxUw
[7] Explication de ce qu’est un produit dérivé dans une vidéo de 2min : https://www.youtube.com/watch?v=zxK...
[8] Extrait d’un article d’alternative économique : http://alternatives-economiques.fr/...
[9] Définition Wikipédia de l’aléa moral : http://fr.Wikipedia.org/Wiki/Al%C3%...
[10] Pour cette problématique monétaire et financière, je recommande les interventions d’Olivier Delamarche :
 

Chronique d’un éveil citoyen – Épisode 7 : Penser la monnaie et la dette

par Alban Dousset
mardi 18 novembre 2014 

Résumé de l’épisode précédent : L’article précédent m’avait conduit à analyser l’histoire des médias ainsi que leurs influences significatives sur la société. Dans cette analyse, il apparaissait que les médias [c’est-à-dire tout moyen de diffusion naturel (comme le langage verbal) ou technique (l'écriture, la radio, la télévision, le cinéma, Internet) permettant la communication.] d’une société avaient une importance significative dans son organisation politique. Cette courte étude m’avait notamment ramené à l’invention de l’écriture qui, accessoirement, marque le début de l’histoire de l’humanité (Cf la préhistoire, c’est-à-dire « l’avant histoire » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9histoire).

Introduction à la monnaie.
Etonnamment, les premières écritures dont nous disposons sont des écritures comptables. L’apparition du premier média « technique » correspond à une ligne d’écriture comptable ou, plus exactement, à une dette. Wikipédia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette)
Dans son livre « Dette 5000 ans d’histoire », David Graeber fait l’observation suivante « La différence entre une dette et une obligation morale n’est pas la présence ou l’absence d’hommes armés qui peuvent imposer son respect en s’emparant des biens de l’intéressé ou en le menaçant de lui casser les jambes. C’est simplement le fait que le créancier à les moyens de préciser, numériquement, combien lui doit exactement le débiteur. »[1]


Si l’origine de la monnaie doit être dissociée de la dette [Cf [1]], il est de très fortes probabilités pour que l’apparition de la monnaie (puis de la dette) entre certaines communautés humaines soit issue du désir d’échanger certains biens, c’est-à-dire certaines « propriétés ». En effet, le concept de propriété (communautaire et, plus tard, individuelle) se renforcera (ou apparaîtra ?) avec la sédentarisation des êtres humains et/ou la domestication d’animaux.
La monnaie et la dette ont des dimensions sociales, politiques, psychologiques, juridiques et économiques. Initialement, la monnaie et la dette sont des outils sociaux-économiques permettant de gérer les échanges de biens et de services au sein d’une communauté. Au cours de l’histoire (y compris de nos jours), il s’est avéré que le contrôle du couple « monnaie/dette » avait une importance comparable (sinon supérieure) au contrôle du pouvoir politique. Cette réalité fera dire à Nathan Rothschild : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation, et je me moque de qui fait ses lois ».
De nos jours comme par le passé, la monnaie et la dette sont utilisées pour asservir des individus, des peuples, des états, des organisations (Je reviendrai sur cet aspect dans un prochain épisode bien qu’il soit brièvement abordé dans l’épisode 4 avec le documentaire « L’argent dette » de Paul Grignon : http://www.youtube.com/watch?v=kgA2...). Au même titre que la politique, la logique démocratique voudrait que le fonctionnement des monnaies et des dettes soit soumis à l’intérêt général, au bien commun, ou encore, à la souveraineté populaire. Car l’avènement d’une démocratie « réelle » impliquerait une souveraineté populaire pleine et entière (qui ne pourrait être une simple délégation de pouvoir telle qu’elle se manifeste aujourd’hui). Cette souveraineté populaire ne serait pleine et entière que si elle incluait la souveraineté territoriale, la souveraineté monétaire/ bancaire, la souveraineté médiatique et la souveraineté politique (incluant le pouvoir législatif, exécutif et judiciaire), donc la souveraineté de notre économie politique…

  1. Perspectives personnelles sur la monnaie.
La monnaie est définie par Aristote par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges.
Par ces trois fonctions, on peut déduire ses caractéristiques :
Unité de compte et réserve de valeur  : Pour acquérir ces deux fonctions, la monnaie doit jouir d’une (relative) stabilité :
Pour sa fonction d’unité de compte : Une stabilité dans son usage quotidien, c’est-à-dire que ses utilisateurs doivent s’habituer à la valeur que représente cette monnaie (afin de se comporter comme des acteurs « relativement » rationnels, faire valoir la loi du marché dans le temps…).
Pour sa fonction de réserve de valeur  : Une stabilité dans la valeur qu’elle représente. A ce titre, elle permettra aux utilisateurs de cette monnaie de la thésauriser (c’est-à-dire la cacher sous leur matelas) ou de l’investir dans l’économie (livret, épargne, obligation, action…).
Intermédiaire des échanges : Pour permettre les échanges, la monnaie doit être liquide et facilement transportable. Notre évolution technologique permet de résoudre sans difficulté cette problématique grâce aux cartes de crédit, ou même les téléphones portables, qui simplifient l’aspect « Intermédiaire des échanges » et ouvrent un vaste champ des possibles.
La monnaie ne devient un problème économique que lorsqu’elle est utilisée pour asservir le peuple et stimuler le Travail (Cf définition Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Travail_%28%C3%A9conomie%29.)
Au cours d’une interview, Albert Dupontel remarquait que le système éducatif (et à travers lui l’idéologie dominante) conditionne les individus à devenir des consommateurs ou des prédateurs, c’est-à-dire des individus focalisés sur leur volonté de jouissance ou sur leur volonté de puissance politique / économique. Ce n’est pas un hasard si le comportement des individus vis-à-vis de la monnaie (y compris comme réserve de valeur) est essentiellement résumée dans ces deux types d’aspirations individuelles. En effet, ces deux aspirations résument la majorité de nos comportements face au Capital dont la monnaie est elle-même l’intermédiaire.

La cigale et la fourmi
A ce titre, la fable « La cigale et la fourmi » de La Fontaine est une incarnation de nos comportements économiques : jouir ou thésauriser/investir.

Il m’apparaît inutile de débattre de cette fable d’un point de vue moral.
En revanche, l’évidence consiste à observer qu’un comportement de « fourmi » ou de « cigale » sont l’un et l’autre justifiable du point de vue d’une existence humaine. Ainsi, aucun de ces deux comportements ne devrait être pénalisé ou stimulé par la monnaie. Cela ne signifie pas que l’un ou l’autre de ces comportements ne peut pas être préféré en fonction de l’âge d’un individu, de ses conceptions philosophiques, de son sens moral… Autant d’éléments variables lors d’une existence humaine.
D’un point de vue strictement amoral donc, le comportement de fourmi [Travailler beaucoup + Economiser + Réinvestir ou faire des réserves pour préparer l’avenir] doit être considéré de manière équivalente à celui de la cigale [Travailler peu et par obligation + Jouir sans économiser et sans préparer l’avenir]
Pour dépasser cette fable et illustrer nos comportements face à l’Argent, c’est-à-dire au Capital, on pourrait imaginer trois types de comportement différents.
Le consommateur, c’est-à-dire la cigale : Les individus qui préfèrent consommer le « surplus » de leur labeur et/ou travailler moins afin de satisfaire leurs aspirations/convictions.
Le thésauriseur, c’est-à-dire la fourmi « pessimiste » : Les individus qui ne désirent pas nécessairement faire « plus d’argent » avec de « l’argent » mais au moins conserver le « surplus » de leur labeur comme une valeur acquise.
L’investisseur, c’est-à-dire la fourmi « optimiste » : Des individus qui choisissent d’investir le « surplus » de leur labeur dans diverses organisations afin de satisfaire leurs aspirations/convictions.
La thésaurisation est un droit citoyen, le droit de la fourmi, le droit de se projeter dans l’avenir, un droit qu’aucune monnaie ne devrait nier... Le pourrait-elle ?

Une monnaie fondante
Lorsque l’Etat provoque une forte inflation (cela revient à créer une monnaie fondante) pour décourager la thésaurisation et stimuler le Travail et le Capital afin de générer une croissance économique qui peut dévier de l’intérêt général (obsolescence programmée…) et des ressources disponibles (anticipation de la crise écologique…).
Cela désavantage le comportement strict de la « fourmi » qui ne désire que constituer des réserves pour surmonter l’avenir et incite les individus à se comporter comme des « cigales » : travailler par obligation + jouir sans économiser/investir et sans préparer l’avenir (car la monnaie perd régulièrement de sa valeur). Cela encourage les individus à ne se projeter que dans une optique court termiste du style « après moi le déluge » qui pourrait en dire long sur l’état lamentable de notre société, sur sa boulimie consommatrice, son manque de sobriété qui n’a d’égal que sa vulgarité.
Bref, la monnaie fondante contrevient à l’une des fonctions primaires de la monnaie définit par Aristote : « La réserve de valeur »
Une monnaie fondante pourrait-elle abolir la thésaurisation ?
Non. La thésaurisation consiste à stocker de la valeur, or, si vous savez que la valeur d’une monnaie est instable, qu’elle se déprécie avec le temps, mais que vous souhaitez néanmoins « conserver » cette « valeur » pour l’avenir, vous trouverez un moyen détourné de « conserver » cette « valeur » : vous achèterez des métaux précieux ou diverses choses de valeur que vous pourrez revendre lorsque vous aurez besoin de cette valeur « épargnée » par la dépréciation de la monnaie.
Une monnaie fondante pourrait-elle stimuler l’investissement ?
Non. En effet, lorsqu’une monnaie perd 10% de sa valeur par an, il faut au minimum que l’investissement rapporte plus de 10% pour être préféré à la thésaurisation… sans parler du risque que l’investissement soit infructueux. Abolir l’investissement revient à abolir la création d’entreprise… or, sans création d’entreprise l’économie (et avec elle la société) s’asphyxie.
Une monnaie fondante pourrait-elle stimuler la consommation ?
Non. Elle ruinerait l’épargne des ménages et comme nous l’avons vu plus haut, elle encouragerait la thésaurisation (physique) contre l’investissement, cela anéantirait l’économie et avec elle : la consommation.

Quelle monnaie pour l’avenir ?
La monnaie qu’il faudrait « penser » serait, probablement, une monnaie assise sur la valeur des matières premières :
  • Matières premières renouvelables (énergies renouvelables, agriculture et diverses cultures…)
  • Matières semi-renouvelables (le bois, les ressources halieutiques…)
  • Matières non renouvelables (métaux, minéraux, énergies fossiles…)
Idéalement, les éventuelles variations de valeurs monétaires ne seraient fonction que de la productivité (elle-même soumise à divers facteurs tels que les énergies fossiles…).
Ainsi, lorsque la productivité augmenterait (comme c’est le cas depuis plus d’un siècle), la valeur de cette monnaie augmenterait.
De la même manière, si la productivité diminuait (du fait, par exemple, de notre incapacité à surmonter l’épuisement des énergies fossiles), la valeur de cette monnaie se déprécierait.
Avec une monnaie "neutre", les comportements économiques seraient réaffirmés :
Le thésauriseur  : un pessimiste qui craint l’avenir, un individualiste dont « l’épargne » économique n’est qu’un moyen de se protéger du monde.
L’investisseur : un optimiste dont « l’épargne » économique est un « tremplin » économique qui lui permettra d’améliorer le monde et/ou de satisfaire sa volonté de puissance économique.
Le consommateur : un jouisseur invétéré qui ne se soucie pas de l’avenir.
En réalité, comme pour la cigale et la fourmi, aucun de ces rôles ne doit être préféré. Chacun d’entre nous a une part de cigale et de fourmi, une part de thésauriseur, d’investisseur et de consommateur. Nous devons nous méfier du manichéisme et être des individus équilibrés.

  1. Doit-on renoncer à la monnaie ?
Dans le débat auquel j’ai participé avec l’équipe de Cause Toujours ( https://www.youtube.com/watch?v=_rP... ), nous avons entamé ce débat sur « l’après-monnaie » avec la problématique : Est-ce que l’on peut se passer de monnaie ? Sous-entendu, Est-ce possible ?
La réponse est évidemment oui : C’est possible. Nous pourrions certainement trouver le moyen de vivre sans monnaie… Nos ancêtres y parvenaient et, aujourd’hui encore, certaines communautés y parviennent (http://www.arche-nonviolence.eu/communautes.php)
En ce qui me concerne, le débat qui devrait avoir lieu, si l’on décidait de renoncer à la monnaie, serait : Est-ce que l’on doit se passer de monnaie ? Sous-entendu, Est-ce souhaitable ? Personnellement, je ne crois pas que ce soit souhaitable.
Les arguments avancés lors du débat :
  • Tandis que je soutenais que le travail était un labeur qui méritait une « contrepartie sociale » qui s’incarne aujourd’hui dans la monnaie. On m’opposa que « Le travail* peut être un plaisir » :
Etymologie de travail : En ancien français travail (« tourment, souffrance ») (XIIe siècle) / bas latin (VIe siècle) tripálĭus du latin tripálĭum (« instrument de torture à trois poutres »).
L’un des phantasmes contemporains, certainement issu du capitalisme (Cf au livre de F. Lordon, « Capitalisme, désir et servitude »), consisterait à nous faire aimer notre travail et notre servitude. Malheureusement, par nature, le travail est globalement quelque chose de déplaisant. Je ne dis pas qu’il est impossible de prendre plaisir à son travail. Je dis que, pour une majorité de personne, pour la majorité du temps, le travail est un labeur qui demande des efforts et une motivation et qui est une source d’ennui et/ou de souffrance. L’un des rôles majeurs de la dette/monnaie est notamment de rendre la société redevable du labeur des travailleurs.
  • « L’argent de l’état (pour payer les impôts) a toujours été imposé de force aux populations. »
Dans notre imaginaire l’expression « imposé de force » ferait référence à une force physique, une menace armée… En ce qui me concerne, l’argent n’est pas véritablement imposé par la force mais il est imposé par le rouage administratif de l’État. Néanmoins, dès lors que nous ne sommes pas en démocratie toutes les décisions prises par la puissance publiques sont « imposées » ( ? de force ?) par l’état à la société, c’est-à-dire aux populations.
  • « L’argent [c’est-à-dire la monnaie] doit être « rare » et cela entraine de l’inégalité ».
Ici, le lien de causalité n’est pas rigoureux. En effet, il n’est pas inconcevable d’imaginer une monnaie « rare » mais « équitablement » répartie par l’intermédiaire de divers mécanismes (Impôts…).
  • « Les bons comptes font les bons amis, ce n’est absolument pas vrai, en fait ça [la monnaie] tue les relations sociales »
Je crois que c’est faux. De mon point de vue, si l’on supprime la « dette » et la « monnaie », les dons prodigués à autrui se matérialiseront en « obligations morales » (Cf l’extrait du livre « Dette 5000 ans d’histoire » cité en introduction.). Nos relations sociaux-affectives sont déjà (sur)chargées « d’obligations morales », par exemple rester fidèle lorsque l’on est en couple, se montrer empathiques et loyaux avec nos proches, respecter les lois et règlements divers, travailler et aimer son travail, respecter les traditions et/ou les religions, respecter la parole des autres, être ni trop timides/muets/laxistes, ni trop exubérants/bavards/autoritaires, être propre et ne pas sentir mauvais…
Bref, nos obligations morales sont déjà considérables or, ce que permet l’argent, c’est notamment de nous affranchir de certaines de nos obligations morales* en les matérialisant sous forme de dette. Cela ne veut pas dire que les gens renonceront à faire preuve de générosité par l’intermédiaire de dons ou de bénévolat (et pour cause, les dons et le bénévolat existent dans nos sociétés), cela signifie qu’ils ont le choix d’être rémunéré pour les biens et services qu’ils prodiguent ou d’offrir ces biens et services à titre gratuit (dons ou bénévolat).
*Nos obligations morales inhérentes à certains biens et services.
  • « Si l'on considère le pouvoir politique comme étant la capacité d'une personne à influer sur la société alors le pouvoir lié à la possession d'argent est un pouvoir politique »
Effectivement si l’on définit le pouvoir politique comme la capacité d’une personne à influer sur la société, alors la possession d’argent est un pouvoir politique… Néanmoins, si « pouvoir politique = influer sur la société », on ne sera jamais égaux car nous ne sommes pas égaux par nature. Il y aura toujours des gens plus éloquents, plus intelligents, plus charismatiques : ces inégalités de fait sont autant d’inégalités sur l’influence dont nous sommes capables sur la société, donc autant de facteurs d’inégalité politique. En ce qui me concerne, je définis « l’égalité politique » par « l’égalité dans le gouvernement de la cité ». (http://www.toupie.org/Dictionnaire/Egalite.htm + http://www.toupie.org/Dictionnaire/...) Or, je pense qu’il est nécessaire de dissocier clairement le « gouvernement de la cité » et la « vie économique », c’est-à-dire des entreprises individuelles et collectives de toutes natures. Il y aura toujours des personnalités plus influentes que d’autres dans une société pour des raisons financières, personnelles ou autres... Je crois que c’est une erreur sémantique de définir « l’égalité politique » par « l’influence dans la société ».
  • « Ce n'est pas parce qu'une personne a travaillé plus pour la société qu'elle doit avoir plus de pouvoir politique qu'une autre personne. »
Je suis d’accord avec cette déclaration si l’on considère que « politique » = « gouvernement de la cité ». Néanmoins, si tu continues de considérer que « politique » = « influence sociale », je crois qu’une personne qui travaille « plus » a droit à une rémunération économique (et non un « accroissement de pouvoir politique ») plus importante. Ce surcroit de rémunération économique conduirait à un léger surcroit d’influence/pouvoir social, car ce surcroit de rémunération économique serait le fruit du surcroit de son labeur…
  • « L'argent nous conduit inévitablement vers une aristocratie. »
Je ne suis pas d’accord avec cette déclaration. Nous sommes dans une aristocratie élective car cela a été décidé il y a plus de deux cents ans. Si l’on analyse la « relative » démocratie athénienne, qui fonctionnait avec sa propre monnaie, c’est une guerre qui a mis fin à ce régime et non un glissement vers une aristocratie. En revanche, je veux bien admettre qu’un régime « aristocratique » a tendance à glisser vers un régime « ploutocratique » car il y a tôt ou tard collusion entre l’élite politique et l’élite économique (qui plus est lorsque les mandats sont renouvelables, cumulables et non révocables).

Note de fin
Je vous remercie d’avoir consulté cette épisode, le prochain traitera certainement du système monétaire et de la finance.
Pour ceux qui suivent régulièrement mes articles, je vous signale

  • Deux vidéos développées à partir de mes deux premiers articles :
Mon premier article-vidéo : "Chronique d'un éveil citoyen - Épisode 1 : L'électrochoc Dieudonné" : http://rutube.ru/video/72829306a1e69c7a67835f64794e71ff
Mon second article-vidéo : "Chronique d'un éveil citoyen - Épisode 2 : De Dieudonné jusqu'au sionisme" :
http://rutube.ru/video/ead8f0605ec71abd5a95b8bb212b7e83/

 

[1] Le livre de David Graeber, outre de nombreuses perspectives très intéressantes sur les relations des dettes sur les sociétés, est critiquable sur de nombreux points :
  1. Il indique que « La violence et la quantification sont intimement liées. De fait, il est pratiquement impossible de trouver l’une sans l’autre ». Je regrette profondément ce procédé dialectique manichéen qui consiste à attacher un sujet d’étude à « la violence » au moment de l’introduction et de la définition des termes. [C’est un procédé semblable qui conduit B. Friot à assimiler directement la notion économique de « travail » à la violence. Ici, je ne nie pas qu’une forme de violence existe dans la dette ou le travail mais il me semble inadéquat et moralisateur de lier des concepts aussi vastes et complexes que le travail ou la dette à la notion (tout aussi vaste et complexe) de violence.
  2. Il indique que « Ce n’est pas seulement la monnaie qui rend possible la dette : la monnaie et la dette entre en scène exactement au même moment. ». On peut admettre que l’acte de naissance de la dette est lié à celui de l’écriture, néanmoins D. Graeber manque de rigueur (particulièrement pour un anthropologue) lorsqu’il indexe l’existence de la monnaie sur la dette. En effet, il apparaît que « Les paléomonnaies ont pour fonction de satisfaire des obligations sociales ou rituelles. Elles servent à régler des naissances, des mariages et des deuils, à déclarer la guerre ou à faire la paix et à compenser des meurtres, des injures, des offenses et des dommages physiques ou moraux. Elles sont amenées à changer de mains selon les circonstances. Certaines obligations rituelles nécessitent la détention de paléomonnaies. Il est alors possible de les acheter ou de les emprunter. Les paléomonnaies consacrent des hiérarchies dans la société. Elles peuvent constituer des moyens de pouvoir. Les formes et les usages sont variés d’une société à l’autre, voire à l’intérieur d’une société. » (Source Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie)
  3. Il indique que « Les économistes distinguent en général trois fonctions de la monnaie : c’est une moyen d’échange, une unité de compte et un moyen de stocker de la valeur. » Ici encore, il y a manque de rigueur manifeste qui contribue à délégitimer les réflexions sur la monnaie en essayant de les cantonner à « la science économique ». Comme cela est évoqué plus haut, c’est Aristote qui, le premier, avait discerné la monnaie en tant que moyen d’échange, unité de compte et réserve de valeur. Dans son traité politique, ce philosophe de l’antiquité analysait les dimensions sociales, politiques, psychologiques, juridiques et économiques de la monnaie.
  4. Il indique que « Il est faux que nous ayons commencé par le troc, puis découvert la monnaie, et enfin développé des systèmes de crédit. L’évolution a eu lieu dans l’autre sens. La monnaie virtuelle comme nous l’appelons aujourd’hui est apparue la première. Les pièces de monnaie sont apparues bien plus tard, et leur usage s’est diffusé inégalement, sans jamais remplacer entièrement les systèmes de crédit. ». De mon point de vue cette prétendue « démystification » de D. Graeber est, en elle-même, une mystification ! Si, à notre connaissance, les premières pièces de monnaies (qui datent de 687 av. J.-C.) sont postérieures aux premières écritures/dettes livrées par la civilisation Sumer (6000-3500 avant J.C). Il est donc très peu rigoureux de réduire la « monnaie » aux « pièces de monnaie ». En effet, les palléomonnaies sont une partie intégrante de l’histoire de la monnaie, au sujet desquelles Wikipédia indique que : « Jean-Michel Servet a créé ce terme en 1979. Il désigne une monnaie primitive. La particule monnaie indique que les paléomonnaies remplissent les fonctions qui sont dévolues à une monnaie au sens élargi. Le préfixe paléo signifie qu’aux yeux de Servet ces monnaies ne sont pas des antécédents des monnaies actuelles mais des formes monétaires simples répondant aux besoins du milieu qui les produit. En cela, il rejoint les points de vue de Polanyi ou de Malinowski selon lequel la culture est un tout indivisible dans lequel prend place l’ensemble des institutions. ». En réalité, la « démystification » de D. Graeber confine à la confusion puisqu’il indique en (2.) que la monnaie et la dette entrent en scène « exactement au même moment » pour déclarer, plus tard, en (4.) que la dette, c’est-à-dire « La monnaie virtuelle comme nous l’appelons aujourd’hui est apparue la première ».